LE MAINE
habitant fut appelé à jouir de l'exercice des droits de citoyen, sans avoir égard à sa croyance particulière; on alloua deujL députés au Maiae dans la Cour générale du Massachusetts, et il fut établi que cette province ainsi annexée n'aurait à supporter, malgré cette annexion; que les charges inhérentes à son territoire (1652). Cette fois encore la grande colonie puritaine, dans des vues d'agran* disseinent, savait assouplir ses principes à ses intérêts, en accordant à ses nouveaux citoyens des avantages d'ordre politique et religieux qu'elle refusait à ses propres habitants (1)!
Les héritiers de Gorges, après un assez long temps écoulé depuis la mort du fondateur du Maine, protestèrent contre l'usurpation du Massachusetts; mais leur action, quoique intentée sous le Protectorat, ne fut l'objet d'une sentence souveraine qu'après la Restauration ; une décision du conseil privé, rendue de l'avis conforme de deux chîef justice, statua que la patente ou charte du Massachusetts ne s'étendait pas jusqu'au territoire du Maine et qu'ainsi cette province appartenait bien aux héritiers de Gorges (2). Remis en possesssion des titres de leur auteur, en 1677, ils ^'apprêtaient à prendre les rênes du gouvernement, lorsque le Massachusetts les désintéressa à prix d'argent et reprit le gouvernement du Maine, mais cette fois à titre de propriétaire légitime. Les rapports des deux pays furent désormais d'une nature toute particulière. Gorges était propriétaire du Maine d'après une charte qui. l'en constituait souverain. Le Massachusetts, en traitant de ce titre, acquit la souveraineté qu'il entendit maintenir, comme l'eût fait le premier concessionnaire, c'est-à-dire dans les rapports de gouvernant à gouverné. Ce fut le premier et le seul exemple d'une province en possédant une autre et l'administrant d après des règles autres que celles de sa propre charte, et cela dans le moment même où l'existence de
(1) Hislory of the Siaie of Maine, bj William de Williamson, vol. I, p. 356.
\2) Palfrby, vol. III, p. 307.
celle-ci était mise en question, comme on le verra plus loin, La Cour générale du Massachusetts, en tant que souveraine du Maine, ordonna les pouvoirs de la province subordonnée de la manière suivante :
La direction et la haute surveillance revinrent au gouverneur et au conseil des assistants du Massachusetts; à eux appartint la nomination annuelle du président du Maine. Une législature spéciale pour cette colonie eut pour attribution principale la confection des lois. Elle fut divisée en deux branches dont Tune composée d'un conseil de huit membres restait à la nomination annuelle du gouverneur et des assistants du Massachusetts; on la qualifia de Standing Council (conseil permanent). L'autre branche, élant à proprement parler la représentation populaire, était formée de députés élus par les towns. Le Conseil permanent exerçait aussi les fonctions de cour suprême. La liberté de conscience, qui avait été réservée aux habitants, lorsqu'ils traitaient de puissance à puissance avec le Massachusetts, leur fut refusée quand cette colonie put agir en maître. C'est ce que vient attester une lettre de Charles II, datée de 1680, et dans laquelle ce prince exprime son étonnement de voir le Massachusetts exclure des fonctions dans le Maine des gens de bonnes mœurs et de consistance territoriale certaine uniquement parce qu'ils n'appartiennent pas à la secte congrégationnaliste (puritaine), alors qu'eux-mêmes déclaraient, en venant en Amérique, que c'était pour obtenir la liberté de conscience qu'ils avaient émigré (1). L'hypocrisie du prétendu peuple de Dieu était mise complètement à vue. La dissimulation était désormais impossible.
Nous ne disons rien de plus du Maine pendant la période coloniale; car il subit toutes les péripéties de la fortune du Massachusetts. Il n'en fut séparé qu'en 1819 (2), bien longtemps après l'union américaine. Son entrée dans cettte union à titre d'État ne date que de 1820.
(1) WiLLiAiisoN History, vol. I, p. 5o9.
(2) Acte de la Cour générale du MassacbuseUs du 19 juia 1819.