‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 68 sur 226 · PROVIDENCE ET RHODE-ISLAND · texte numérisé non relu

PROVIDENCE ET RHODE-ISLAND

SECTION PREMIERE

Providence. — Point de charte. — Gouvernement démocratique. — Liberté civile et religieuse. — Première organisation.

Le bannissement, qui força à Texil Roger Williams et M"* Hutchinson, donna naissance,à Providence et à Rhode- Island. Ces deux établissements, créés séparément Tun de l'autre, unirent plus tard leurs destinées, après un laborieux enfantement. La fondation de Providence remonte à 1636. Elle fut assise sur des terres situées en haut de la baie de Narraganset, en dehors des limites de New- Plymouth ou de Massachusetts. Ces terres furent concédées gratuitement ou à peu près à Roger Williams par une tribu d'Indiens qui lui donna refuge dans son malheur. Celui-ci associa à cet achat ceux de ses amis qui le suivirent dans Texil, et, en 1638, alors qu'ils eurent surmonté les premières difficultés de leur entreprise, il intervint entre eux un pacte d'association, d'une simplicité toute primitive, qu'explique leur très petit nombre. En voici les termes textuels : «Nous déclarons nous soumettre à toutes les mesures qui seront prises dans l'intérêt de la corporation, à la majorité des chefs de famille incorporés en townthig, et de tous autres qui y seront admis par la suite, mais dans un but civil seulement (i). i»

Cette forme de gouvernement eût constitué une démocratie pure sans la restriction mise à la quaUté decitoyen,

(i) Mode-Islands colonial records, vol. ï, p. 14.

-^^'^Wi^'-^

restriction qui faisait dépendre la franchise de Tadmissioi» par les habitants dans le corps des freemen (1). On pouvait comprendre cette sorte de baptême du citoyen dans les colonies puritaines où Torthodoxie était un titre essentiel. Il ne pouvait se justifier comme base d'un gouvernement ouvert à toutes les théories. Williams semble avoir eu» conscience du danger que courait ce jeune établissement, s'il y admettait indifféremment tous ceux qui viendraient grossir sa petite phalange. Mais pourquoi blâmait-il si amèrement le Massachusetts qui, en le bannissant pour cause de troubles publics, ne fit qu'user du même droit ?^ S*apercevait-il déjà que les théories d'opposition sont peu propres à rien fonder ? Aussi bien, ce qui semblait avoir eu» pour objet d'épurer le corps des freemen et de rendre le gouvernement mieux ordonné fut une digue impuissante contre le flot démagogique.

La liberté de conscience était une loi tacite de la colonie dès l'origine ; elle fut affirmée depuis, en termes exprès (1640). Ce serait une erreur de croire que R. Williams fut, en Amérique, l'initiateur de la liberté religieuse. 11 en fut sans doute un ardent zélateur, mais, avant lui, lord Baltimore, fervent catholique et fondateur du Maryland, introduisit dans cette colonie, en 1634, une liberté de conscience complète pour tous les chrétiens, sans distinction de communion. 11 est vrai que Williams étendit cette faveur même aux juifs, aux mahométans, aux païens, etc. ; mais cette circonstance était alors de peu d'intérêt, car cette sorte de sectaires n'existait pas encore dans la Nouvelle-Angleterre. Si ceux-ci y vinrent plus tard, ce fut toujours en une infime minorité, comparativement aux chrétiens. M. Laboulaye a dit de R. Williams, qu'il n'était pas de son temps, en proclamant cette liberté (2).

(1) Laboulayb affirme à tort que le suffrage était universel. Histoire politique des Êtats^UniSf vol. I, p. 198. Celte assertion est complètement démentie par le savant Palfrey el par tous les aulres auleurs. Palfrey dit, en propres termes, que dans aucune des colonies il n'y eut de suffrage universel, vol. II, p. 8.

(2) Voir Histoire politique des États-Unis, vol. I, p. 304.

Page 1