FONDATION DE RHODE-ISLAND
Ignorait-il donc qu'avant de quitter l'Angleterre Williams -eut des rapports avec les Anabaptistes qui, longtemps avant wn émigration, avaient soutenu et propagé la doctrine de l'indépendance en matière religieuse, non seulement en faveur de tous les chrétiens, mais même des juifs, des inaliométans, etc. (1) ? Williams n'eut donc qu'à suivre la voie tracée. Eut-il beaucoup à se féliciter d'avoir ouvert une carrière sans limite à des populations encore inconnues de lui ? on le verra bientôt. D'après le premier accord fait à l'origine, tous les freemen concoururent eux-mêmes à l'administration des affaires publiques dans des meetings bien rudimentaires; un trésorier était le seul fonctionnaire de cet embryon de colonie. En 1640, une addition fut faite à ce pacte d'association, sur la proposition de quatre arbitres choisis parmi eux: l'on créa un comité permanent composé de cinq juges (disposers), élus par les freemen; ils eurent pour mission de statuer sur les différends qui surviendraient entre eux. Cette simplicité du gouvernement répondait au petit nombre de ceux qui y étaient intéressés.
SECTION II
Rhode-Island. — Point de charte. — Pacte démocratique. — Sédition. — Charte réunissant Providence à Rhode-Island.
Parallèlement à l'établissement de Providence, et non loin de là, se fondait en 1638 une autre petite colonie ^ans l'île d'Aquetnet ou Aquiday par les soins du mari de M"* Hutchinson, de Coddington, John Clark, Aspinwalel autres. Ceux-ci, enveloppés dans la disgrâce de M"* Hutjchinson songeaient, comme Williams, mais sans connexion :avec lui, à créer une colonie qu'ils pourraient façonner à leurs idées, sans être tenus de s'assouplir à des règles •établies par d'autres. Eux et leurs adhérents au nombre
(1) Voir Bapti$t Confession of faith en 1611 dans Crosby, History of ihe English 6aptî«te, vol. I, appendice, p. 71 et Palfrby, History ^ vol. I, p. 414.
de dix-neuf s'associèrent en un corps politique, avec la volonté « de se soumettre à Jésus-Christ ^t à ses lois les plus parfaites et les plus complètes (1) ». Ils choisirent parmi eux un fonctionnaire principal qualifié juge. C'était Coddington. Puis on élut pour secrétaire Aspinwall. Williams fut leur négociateur auprès du chef de la tribu des Narragansets pour l'acquisition de l'île d'Âquiday, nom qui, plus tard, se changea en celui de Rhode*Island (île de Rhodes). Des recrues leur arrivèrent du Massachusetts; mais ceux qui étaient trop imbus d'Ânabaptisme aimèrent mieux prendre part à la fondation de Roger Williams que de rester à Aquiday, où leur indépendance pourrait ne pas aussi aisément se donner carrière. Du reste, la nouvelle colonie avait statué que nul ne serait admis comme habitant et ne jouirait du bénéfice de freeman qu'autant qu'il serait admis à ce privilège par le corps entier des freamen réunis en meeting (2).
Les débuts d'Aquiday ne furent pas exempts de troubles. « Le peuple, dit Winthrop, y devint turbulent. II enleva leurs emplois à Coddington et à trois autres magistrats. W. Hutchinson seul parmi les fondateurs fut élu, sous l'influence de sa femme qui avait été la cause des premiers dissentiments dans le pays, et qui continuait à les entretenir (3). » La sédition se propageant, une scission s'opéra. L'un des partis créa la town connue sous le nom de Portsmouth. L'autre, dirigé par Coddington^ fonda la town appelé Newport. Cette séparation en deux camps d'une si faible population déjà distincte de celle de Providence, que repoussaient les colonies voisines, et qui était impuissante contre les Indiens, ne pouvait être de longue durée. Un rapprochement s'opéra, et en 1640 il intervint entre les deux partis un pacte qui organisa un gouvernement commun, composé d'un gouverneur, d'un lieutenant gouverneur et de quatre assistants ou magistrats. Le gouverneur
(1) HiLDRETH, Uisiory^ vol. I, p. 256.
(2) Palfrey, vol. I, p. 512.
(3) WiNTHROp's History of New England, vol. I, p. 356.