‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 71 sur 226 · ANARCHIE DANS LE BHODE-ISLAND · texte numérisé non relu

ANARCHIE DANS LE BHODE-ISLAND

quatrième se fût formée non pas dans l'île d'Aquiday, mais sur le continent dans le voisinage de Providence^ sous le nom de Shawomet, converti depuis en celui de Warwick (1). L'incurie était grande, on le voit par cette omission. On y suppléa un peu plus tard.

La nouvelle de l'octroi de la charte et le retour de Williams causèrent une vive allégresse. Elle dura peu. L'union des deux provinces en une seule, sous une même loi, ne répondait pas au vœu de ceux qui, assez nombreux, préféraient avant tout le particularisme en politique, malgré ses côtés dangereux en face d*un redoutable voisin qui n'abandonnait point ses préjtentions sur le territoire de Rhode-Island. La politique n'était pas le seul ferment de division. Diverses sectes s'y livraient à une vive compétition. Ces deux éléments de ruine minant sourdement le pays devaient empêcher pour longtemps l'établissement d'un ordre stable. L'on vit bientôt les quatre towns prétendre se gouverner elles-mêmes séparément les unes des autres et les partis s'agiter dans chacune d'elles. Williams cherche, pour un instant, à se dégager des étreintes de cette démagogie, en s'éloignant de son foyer ardent ; mais, sollicité enfin de faire face au danger, il se réunit à quelques citoyens divisés pour enrayer ce mouvement de désorganisation et tâcher de réunir les membres désagrégés des deux colonies. A force d'énergie, de patience, de résignation, ces hommes généreux triomphèrent de tous les obstacles. Mais ce n'est qu'en 1647 qu'ils parvinrent à raviver l'union des quatre établissements de Providence et de Rhode-Island, à l'abri de la charte de 1644. Il n'y eut plus alors qu'unseul gouvernement comprenant Providence et Warwick d'une part, et Portsmouth et Newport (Rhode- Island proprement dit) d'autre part. La dénomination de cet ensemble fut : « Plantations de Providence ». Le nouveau gouvernement se trouva composé d'un président, de quatre assistants dont un fourni par chaque town. Il en fut

(1) Palfrey, vol. II, p. 2i9, note.

de même pour les autres hauts fonctionnaires. Ces towns eurent à élire chacun six députés pour la Cour générale. Les lois faites par cette assemblée devaient être soumises à la ratification des towns et approuvées par la majorité d'entre elles. Mais telle était Tindifférence de ces peuples pour le jeu d'un gouvernement régulier, que la Cour générale fut obligée, dans sa deuxième session annuelle, de prendre des mesures pour remplacer les représentants absents et pour rendre vacants les sièges dévolus à ceux qu'elles jugèrent incapables de remplir leur mandat (1). Les towns, qui s'étaient fondues dans un gouvernement unitaire, avaient agi comme États indépendants. Devenues maintenant fragments d'État, elles ne représentaient plus isolément que des gouvernements municipaux; aussi l'assemblée ou Cour générale, en 1649, les încorpora-t-elle en qualité de towns proprement dites (2), distinction nécessaire à observer pour maintenir au mot town sa véritable acception.

Le nouveau pacte, par son mode de distribution de l'autorilé gouvernementale entre les quatre towns, constituait plutôt une confédération qu'une colonie unitaire. Hélait en opposition directe avec les termes et Tesprit de la charte. Les colons repoussaient donc le bouclier qui devait les protéger contre les attaques extérieures non moins qu'au regard de la métropole. Coddington, l'un des fondateurs d'Aquiday, témoin de l'insuccès de toutes les tentatives essayées pour faire régner l'ordre dans ce pays, s'était rendu en Angleterre et y sollicitait secrètement auprès du conseil d'État une mesure qui, motivée par la considération du bien public, devait aussi lui assurer un avantage personnel. 11 reçut ainsi une commission pour le gouvernement à vie de Rhode-lsland, séparément des deux towns de Providence et de Warwick, avec stipulation néanmoins de certaines garanties en faveur des citoyens. Cette corn-

(i) Voir, sur celte période de transition, Palfrey, voL II, p. 215 à 221 et HiLDRBTH, vol. I, p. 3^3.

(2) Palfrey, vol. Il, p. 221.

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mission rencontra une vive opposition en Amérique : d'une part, elle ne tenait aucun compte de la charte; d'autre part rinstitution d'un gouverneur à vie répugnait au principe même du gouvernement. Une ligue se forma dans le but avoué d'avoir raison de cette étrange nouveauté. Williams et Clarke, vivement sollicités de prêter leur appui à ce mouvement d'opinion, partirent pour l'Angleterre et mirent en œuvre toutes les influences qu'ils purent intéresser à leur cause. Ils obtinrent ainsi du Conseil d'Étal la révocation provisoire de la commission de Coddinglon (1); mais, avant d'atteindre ce but, les deux branches de la colonie tourmentées de nouvelles discussions étaient tombées dans une complète anarchie. Williams, informé des dangers que courait le pays, revint en toute hâte (juin 1654) et il avoua luimême que les esprits étaient arrivés à un tel état d'exaltation qu'en débarquant il se sentit comme enveloppé d'un épais brouillard (2). Quoique accueilli avec beaucoup de froideur, il ne se découragea point, et il essaya de faire comprendre à tous combien cet état de choses était de nature à leur enlever les appuis qui seuls les soutenaient et qui, s'ils venaient à leur manquer, les laisseraient à la merci de leurs voisins, c'est-à-dire sujets, au lieu d'être en possession d'une souveraineté relative. Vane, l'un des hommes considérables de la révolution d'Angleterre, naguère encore l'un des gouverneurs du Massachusetts, quoique d'opinion avancée, leur écrivait, à propos de ces discordes : « D'où viennent ces violences, ces tumultes, ces désordres, ces injustices? N'y a-t-il donc plus, parmi vous, d'hommes raisonnables, plus de gens d'abnégation, animés de l'amour du bien public? » Il terminait en faisant un îïppel chaleureux aux idées de concorde, de conservation et de sécurité générale (3). Cette généreuse intervention de Vane parut ouvrir les yeux sur les dangers de la situation et préparer la pacification des esprits. Une commission

(1)Palfrey,vo1. I, p. 357.

(2) HiLDRETH, vol. I, p. 395.

(3) HiLDRETH, vol. I, p. 395.

composée de vingt-quatre membres fournis à raison de six par chaque town, fut assemblée pour aviser au parti à prendre dans l'état de confusion où se trouvait la chose publique. Elle vota le rétablissement du gouvernement uni, tel qu'il avait été organisé en vertu de la charte ; à titre de transaction, elle ratifia tous les actes faits antérieurement parles membres désagrégés de l'union. Des élections eurent lieu et Williams fut élu président (1).

Cependant la colonie n'était pas au bout de ses épreuves; on la sentait travaillée par de nouveaux ferments de dissolution. Certains écrits circulant librement protestaient contre les pouvoirs terrestres quels qu'ils fussent et contre tous jugements et actes d'exécution. On allait jusqu'à soutenir que c'était un crime contre la règle évangélique d'exécuter un jugement contre des transgresseurs. Eu moins de vingt années depuis l'inauguration du gouvernement, la démocratie, glissant sur une pente fatale, en était arrivée à nier les principes les plus élémentaires de toute sociabilité! Roger Williams s'apercevant un peu tard des déductions extrêmes qu'on tirait de ses théories, protesta contre ces excentricités dangereuses (2). Mais le mal était profond et l'on pouvait lui en attribuer la responsabilité ; car, se posant comme chef d'État, à l'origine il ne devait donner au peuple qui se groupait autour de lui que des institutions qu'il pût supporter. En agissant autrement il donnait le pas à sa vanité d'initiateur de la démocratie sur son dévouement au peuple, qui n'était pas mûr pour cette expérience et qui en souffrit durement. On verra plus loin les déviations profondes des principes égalitaires nécessitées par l'état delà colonie. Provisoirement le gouvernement fut rétabli ayant à sa tête Williams; Ion reçut la nouvelle de la confirmation par Cromwell lui-même de la charte qui n'émanait que du Conseil d'État (1655). En face de cet ordre souverain, Coddington déclara renoncer formellement à la commission qui lui avait été donnée et

(!) Palfrey, vol. II, p. 360.

(2) HiLDRETH, vol. I, p. 397, Palfrey, vol. II, p. 364.

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