‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 75 sur 226 · L'ÉGLISE ET L'ÉTAT DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET L'ÉTAT DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE

assemblée de ce genre ne devait avoir qu'une influence morale, sans une sanction virtuelle; car elle différait de celles tenues par les Presbytériens, en ce qu'elle n'était que facultative et occasionnelle, au lieu d'être organique et permanente comme le Presbytère. Cependant celle des églises puritaines, qui aurait refusé de se soumettre à une résolution prise par le synode, se fût trouvée dans l'avenir exclue de toute participation aux délibérations à prendre dans un intérêt commun. La Cour générale ou législature se prêta toujours à fortifier de son autorité séculière les décisions du synode; en le faisant, elle faussa complètement le principe de Tindépendance des églises et elle contribua à subalterniser de plus en plus l'État à rÉglise.

Le New-Plymouth, le Connecticut et New-Haven partageaient la ferveur ardente et les préjugés du Massachusetts. Ils cédaient assez facilement aux. impulsions de cette colonie; car, à divers égards, leur condition était identique. Cette communauté d'intérêts et de secte fut le motif déterminant de la confédération formée entre eux en 1643.

La liberté de conscience, comprimée qu'elle était par eux, cherchait une terre hospitalière ; elle ne la trouvait que dans le Rhode-Island. Mais l'état d'anarchie, dans lequel se traînait cette colonie, en éloigna bon nombre de dissidents qui préféraient encore la règle sévère du puritanisme à l'absence de gouvernement régulier. Cependant ils ne voulaient point refouler incessamment le cri de leur conscience, et ils laissaient parfois échapper des plaintes et des revendications à travers les ménagements que comportait leur condition asservie. On avait donc toujours à craindre des conflits irritants. Les commissaires de la confédération, gardiens sévères de la règle puritaine, suggérèrent de bonne heure la publication d'une profession de foi et d'articles de discipline qui maintiendraient l'unité partout dans les quatre colonies. Ce devait être l'œuvre d'une assemblée solennelle qui ne pourrait être réunie qu'en vertu d'une loi. La proposi-

tien qui en fut faite rencontra une vive opposition : les laïques prétendaient que les choses de TÉglise étaient en dehors du domaine de la loi et qu'il importait de séparer le spirituel du temporel. Certains ministres, de leur côté, déniaient tout à la fois à la Cour générale et au synode le droit d'ordonner le dogme et de réghementer les églises qui, dans le système puritain, ne devaient relever que d'elles-mêmes. L'on chercha à calmer les mécontents en leur représentant qu'une pareille assemblée n'avait point d'autorité coërcilive et ne pouvait porter aucan ombrage. La Cour générale, cédant aux observations des Elders, se décida à convoquer le synode qu'ils réclamaient et qui se réunit en 1648. Il fut composé des mêmes éléments que celui de 1637, quoique l'objet de ses résolutions dût occuper un champ beaucoup plus large que celui-là.

L'assemblée presbytérienne de Westminster venait de terminer ses délibérations lorsque le synode américain entra en session; aussi s'empressa-t-il d'en adopter à peu près entièrement la confession de foi. Cependant le gouvernement de l'Église restait différent, eu égard à l'indépendance présumée de chacun de ses'membres collectifs. En réalité ni l'une ni l'autre de ces assemblées ne laissait de liberté réelle ni aux individus ni aux églises ellesmêmes.

Le synode, en effet, débuta par affirmer l'autorité inhérente à cette sorte d'assemblée pour donner des avis cl faire des représentations aux églises de la confédération, el pour, dans des cas extrêmes, retirer à celles qui refuseraient d'obtempérer à ses résolutions toute participation avec les autres aux services et aux devoirs de la religion. Pour mieux faire saisir sa pensée, le synode de 1648 proclama que la résolution d'un synode vaut la parole de Dieu: respect et soumission lui sont dus, et Talliance du gouvernement civil avec TÉglise est nécessaire dans le double intérêt de la religion et de la chose publique. Néanmoins il reconnaissait que ces assemblées n'avaient aucun droit de

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censure ecclésiaslique h litre de mesure disciplinaire, sauf recours au pouvoir civil pour la protection de la paix et de la pureté générale (art. 13, 14 et 15 (1).

Par dérogation à la règle jusque là observée, le synode autorise Tordination du ministre d'une église par lesminis> très d'autres églises. Il alla plus loin encore : il sembla prescrire à la législature ou Cour générale des règles de conduite dans des matières qui auraient dû échapper à son contrôle. Ainsi il déclare punissables par le pouvoir civil Tidolâtrie, le blasphème, Thérésie et toute opinion religieuse tendant à détruire Téglise reconnue, ainsi que le mépris de la prédication, la profanation du dimanche et tout trouble apporté aux exercices religieux. Dans le cas où une ou plusieurs églises deviendraient schismatiques, le devoir du magistrat, dit le synode, serait d'user de son pouvoir pour faire rentrer dans le devoir ceux qui s'en écarteraient. Ainsi disparaissait, après quelques années d'établissement, l'indépendance si vantée des églises sous la loi despotique des majorités auxquelles on reconnaissait, d'une manière dogmatique, une sorte d'infaillibilité (2). Le covenant des premiers jours était considéré comme trop démocratique par ces ministres autoritaires et ils répudiaient successivement tout le passé qui les importunait (3).

Les principes formulés par le synode formèrent un ensemble de doctrines appelé Cambridge platform, nom de la town où se tint celte réunion.

« La cour générale, dit Palfrey, ne parut pas disposée à assumer la responsabilité des doctrines émises par le synode notamment en ce qui concernait l'intime union de rÉglisc avec l'État, sauf à en faire l'application suivant que les

(1) HuBBARD, History, p. 540.

(2) Palfrey, vol. II, p. 184 et suiv., et Hildreth, vol. I» p. 328.

(3) Elliott, vol. I, p. 400. Cet auleur rapporte qu'en 1653 les autorités défendaient à l'Église nord de Boston de choisir pour leur ministre un sieur Pownl, quoique ce fût un homme de bien et de considération, parce qu'il n'avait pas reçu une instruction suffisante. Quel despotisme !

circonstances rexigeraient (1). » Elle ne pouvait cependant garderie silence dans ces conjonctures, et elle chercha à abriter son attitude en faisant appel aux différentes églises du Massachusetts. Elle les invita donc à lui donner leurs opinions individuelles sur les principes proclamés par le synode. Après un espace de deux années employées à peser les considérations déterminantes de la conduite à suivre, la Cour générale alors en fonctions publia une déclaration portant « que les règles de discipline adoptées par le synode étaient, en substance, conformes à celles pratiquées jusque là et dans lesquelles elle avait foi. » En réalité, sous ces formes ambiguës, la Cour générale entendait identifier Faction de TÉlat avec celle de l'Église. Jamais Fappûi de Tun ne manquait aux résolutions de l'autre. Ainsi, en 1651 , la Cour générale punit d'une amende tous les membres de l'Église de Malden, pour avoir fait choix d'un ministre, sans avoir reçu l'approbation des églises voisines et la permission des magistrats (2). Ce peuple privilégié commençait à montrer de l'indifférence pour les Elders et les taxes destinées au soutien du culte se faisaient attendre. La Cour générale fut obligée, en 1654, de mettre les émoluments des ministres à la charge des towns de manière à en faire peser le poids sur les individus tout à fait étrangers à l'église, disposition arbitraire attentatoire à la liberté de conscience ! Une fois engagé dans cette voie, le pouvoir civil ne pouvait s'arrêter. La Cour générale, dans la même session, cédant à la frayeur qu'inspiraient les Anabaptistes, passa une loi qui faisait défense à tout député élu pour cette cour de siéger, s'il n'était reconnu orthodoxe (3). Les membres chargés du haut enseignement ne purent échapper à cet ostracisme. Dunster, le vénérable président de Harvard Collège, homme de grand savoir, accusé de faire profession d'Anabaptisme, fut mis en jugement et condamné à l'amende;

(1) Palfrey, vol. II, p. 185.

(•2) HUBBARD, p. .530-551 .

(3) HiLDRETH, vol. I, p. 393.

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