L'ÉGLISE ET L*ÉTAT DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE
peine assez dure qui s'explique par la démission qu'il donna de ses graves fonctions. Chauncey ; son digne successeur, suspecté des mêmes tendances, ne dut son maintien qu'à la promesse qu'il fit de tenir secrètes ses convictions (1).
Les Anabaptistes n'étaient pas les seuls dissidents portant ombrage aux Puritains. Une nouvelle secte s'était créée en Angleterre pendant le Protectorat et avec la tolérance de Cromwell, sous la parole ardente de Georges Fox. Ses partisans s'appelaient Quakers. Radicaux dans leurs idées sur la religion, ils étaient les adversaires-nés des Puritains, qui dans la Nouvelle-Angleterre s'appuyaient sur la Bible et invoquaient le concours de l'autorité civile. Lorsque, en 1656, quelques Quakers imaginèrent de partir pour l'Amérique afin d'y répandre leurs doctrines, leur mauvaise fortune les conduisit d'abord dans le Massachusetts. Là, des rigueurs successives les attendaient. Les lois contre les hérétiques ne paraissant pas suffisantes contre ces novateurs, la Cour générale se mit à Tœuvre et elle en arriva à forger des armes qui montrent tous les raffinements auxquels peut atteindre l'esprit de persécution.
Une première loi les déclara hérétiques et leur interdit l'entrée de la province. Une peine de 100 livres st. fut édictée contre celui qui y transporterait un Quaker, indépendamment de l'obligation de le reconduire hors du territoire. Quant au Quaker, il était soumis à vingt coups de lanière et à un travail forcé jusqu'à sa transportation à la frontière. Tous ses livres de doctrine devaient être remis au magistrat et brûlés par lui. Défendre ces doctrines exposait à une amende, puis à la détention dans une maison de correction et au bannissement s*il y avait double récidive (2). Ces mesures n'étaient qu'un prélude. En 1657, les pénalités furent notablement aggravées; ainsi recevoir chez soi et héberger un Quaker fut puni d'une amende de 40 shillings par heure de séjour. Tout Quaker du sexe masculin,
(l)HiLDRETH, vol. I, p. 393 ct Palfrey. vol. II, p. 397 et suiv.
(2) Massachusetts RecordSy voJ. IV, p. 277 et Hildreth, vol. 1, p. 405.
trouvé sur ce territoire malgré la prohibition générale, subissait à la première offense l'amputation d'une oreille. La récidive entraînait la section de l'autre; à la troisième condamnation, pour les femmes comme pour les hommes, on infligeait au coupable la perforation de la langue avec un fer rouge (1). Ces pénalités n'étaient point particulières au Massachusetts. New Plymoulh, le Connecticut, New- Haven se les approprièrent (2).
Ces châtiments, malgré leur cruauté, ne répondaient pas entièrement aux espérances du Massachusetts. Les Quakersx bravaient ses foudres qu'ils méprisaient. La Cour générale se résolut alors à ordonner la peine de mort contre tout Quaker qui, après avoir encouru le bannissement, se représentait dans cette province (1659).
Cette cruelle aggravation de pénalité témoignait de rimpuissance des Puritains à triompher de leurs adyersaires. En s'abandonnant à ce fanatisme implacable, ils montraient combien peu ils connaissaient le cœur humain. Le paroxysme de cette délirante législation, loin de les délivrer des Quakers, en attira bon nombre. Tous à l'envi couraient au devant du martyre : ils savaient que la mort les attendait dans cette voie de sang; ils embrassaient cette perspective avec bonheur. Us auraient presque remercié leurs bourreaux de Tauréole qu'ils attachaient à leur front et qui les désignait aux faveurs célestes. Les tribunaux furent saisis de nombreuses poursuites : les condamnations à mort ne se firent pas attendre. Quatre de ces malheureux subirent leur sentence sans vouloir céder aux demandes de rétractation dont on les obsédait, en échange du pardon. D'autres, fatigués de tant d'épreuves et ayant à peine conscience d'eux-mêmes, eurent la vie sauve, eo promettant de ne plus reparaître dans le Massachusetts (3).
(1) Massachusetts Records^ voL IV, p. 308, etPALFRRT, vol. II, p. 468. Cet auteur prétend que ces deux dernières pénalités ne reçurent jamais d'exécution.
(2) Voir Elliott, Histort/y vol. I, p. 290, note.
(3) HlLDRBTH, vol. I, p. 408.