‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 77 sur 226 · PERSÉCUTION CONTRE LES QUAKERS · texte numérisé non relu

PERSÉCUTION CONTRE LES QUAKERS

Ces sanglantes exécutions ne tardèrent pas à produire une fâcheuse impression sur la population, notamment sur ceux qui, les plus nombreux, n'était pas membres de l'Église. La Cour générale, sans renoncer à ses idées de vengeance sur les Quakers, chercha à faire prendre le change à l'opinion, et, en 1661, elle passa une nouvelle loi aux termes de laquelle, assimilant les Quakers à des vagabonds, elle ordonna que tout homme de cette secte trouvé sur ce territoire en opposition aux lois serait amené devant le magistrat, dépouillé de ses vêtements jusqu'à la ceinture, attaché au bout d'une voiture et traîné de ville en ville, en étant frappé de coups de fouet jusqu'à la frontière. En cas de retour, la même pénalité serait pratiquée deux fois de suite. A la quatrième offense le délinquant serait mis en jugement et, s'il y avait lieu, condamné à être marqué sur l'épaule gauche d'un fer rouge imprimant la lettre R, et cela, indépendamment de la peine du fouet appliquée pendant l'expulsion au delà delà frontière (1).

Dans le cas où ces châtiments resteraient sans effet, le banissement serait prononcé, puis, en cas de retour, la peine de mort (2). Disons ici, pour rendre hommage à la vérité, que le salut des malheureux Quakers condamnés à mort ne fut pas dû à un acte de clémence des Puritains, mais à un homme qui n'était ni puritain ni de la Nouvelle-Angleterre. Cet homme fut Charles II, roi de la Grande-Bretagne. A la première nouvelle des cruautésqui, se couvrant du voile de la religion, s'abattaient sur les Quakers dans la Nouvelle-Angleterre, ce souverain ordonna l'élargissement des détenus et la cessation des poursuites contre ces dissidents. Il ôta enfin à la Cour générale toute juridiction sur eux (3). Dès lors s'ouvrit une ère d'apaisement qui ne fut pas définitive; car plus tard le roi fut encore

(1) Palfrey, vol. II, p. 482 et Massachusetts Records ^ vol. IV, p. 2 et 4.

(2) Massachusetts Records, vol. IV, p. 2-4.

(3) HiLDRKTH, vol. I, p. 451. Qui pourrait croire que Tocqueville, en parlant des Puritains de Fépoque coloniale, ait dit que chez eux la religion et la liberté civile marchaient d'accord et se prêtaient un niu-

^ tuel appui? Voir De la démocratie en Amérique^ vol. I, p. 68.

obligé d'intervenir pour prévenir le retour de nouveaux excès.

SECTION II

Formation de partis contre le despotisme puritain. — BoXf-way Covenant, — Action de Charles II contre le Massachusetts. — Législation restrictive de New-Plymouth. — Chartes très libérales données au Conneclicut et au Rhode-Island.

Si les provinces puritaines étaient animées d'un même esprit d'hostilité envers les autres sectes, elles ne réussissaient guère, en dépit de la Cambridge platform, à maintenir dans leur propre sein Tunité de vues sur des doctrines très intéressantes pour la masse de la population. Au rapport d'un savant historien (1), le Massachusetts depuis un certain temps déjà était divisé en trois partis. « Le premier, le plus considérable des trois malgré son affaiblissement insensible, soutenait avec ardeur le système théocratique comme indispensable à l'indépendance du pays. Le parti opposé, faible en nombre et en influence, réclamait la tolérance en religion, dans une certaine mesure, et la participation de tous les habitants à l'exercice des droits civils et politiques. 11 voulait la suprématie de la couronne comme étant le seul moyen d'abaisser la théocratie et de lui enlever le monopole du pouvoir. A ce parti appartenaient les épiscopaux et ceux qui craignaient moins l'autorité d'un monarque éloigné que le gouvernement inquisitorial acharné de rivaux de l'ordre spirituel. Entre ces deux partis s'en trouvait un troisième très limité comme nombre, mais prenant chaque jour plus de consistance et demeurant convaincu que la théocratie dans sa forme très accusée n'était plus praticable ni même désirable. C'est à ce travail de décomposition du parti dominant, qu'il faut attribuer la convocatioo d'un nouveau synode dont l'objet était de modifier les

0) HiLDRETH, vol. I, p. 454.

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