ANNULATION DE LA CHARTE DU MASSACHUSETTS
organisation» alors que cette garantie n'ayait jamais été refusée par les prédécesseurs du roi , surtout pour le vote des impôts. Cette protestation resta sans écho et le gouverneur, CD cherchant à gagner la faveur du souverain sans s'aliéner celle du peuple, perdit l'une et Tautre. Il fut bientôt remplacé. En 1686 on lui donna pour successeur un homme d'une capacité réelle, mais d'une énergie indomptable qu'il mit au service d'un arbitraire sans limites. Son nom était sir Ëdmund Ândros. Le gouvernement qui lui fut confié embrassait le Massachusetts, le New-Hampshire, le Maine et la contrée du Narraganset appelée King's Province. 11 s'éten* ditplustardàNew-Plymouth, auRhode-Islandetfinalement au Connecticut. Les pouvoirs du gouverneur en faisaient une sorte de souverain, à cela près d'un conseil de vingt-six membres dont le choix était réservé au roi; mais la faculté de révocation était laissée au gouverneur, sauf au prince à pourvoir aux vacances. La commission d'Andros lui donnait entre autres pouvoirs, à exercer d'accord avec le Conseil, celui de faire les lois nécessaires à ces provinces, pourvu qu'elles ne fussent pas contraires à celles d'Angleterre, et à charge d'obtenir la sanction de la couronne, de créer, asseoir et percevoir des taxes, de nommer les fonctionnaires, de réglementer le cours des valeurs monétaires et de circulation, d'empêcher la frappe des monnaies, de régler le commerce intérieur, d'instituer des cours de justice dont les décisions seraient sujettes à appel devant le roi en Conseil, d'accorder des sursis d'exécution, même des grâces, de faire des concessions de terres, en débattre et fixer le prix avec les acquéreurs, de protéger la liberté de conscience et de favoriser particulièrement l'Église épiscopale. Nous n'entrerons dans aucun détail sur le fonctionnement de ce gouvernement. Disons seulement que si Andros facilita aux dissidents l'entrée de la colonie et s'il contraignit les Puritains à subir le culte épiscopal dans un de leurs temples, ce fut plutôt pour les humilier que dans une pensée de liberté de conscience. 11 créa des impôts dont il perçut une partie par la force ; il rencontrait partout de vives résistances; car
le peuple ne considérait comme légitimes que les taxes librement votées par ceux qui devaient les payer. A l'aide de jurés de son choix, il obtint aisément des condamnationscontre ceux qui se raidissaient contre ses abus de pouvoir. Il imagina, dans un but de rapine, de soumettre les titresde propriété à une révision générale. Les émoluments attachés à cette opération furent pour lui une source abondante de profits. Des town-meetings, qui étaient chers au peuple, il ne laissa plus subsister qu'un seul, celui relatif aax élections. Défense fut faite, conformément d'ailleurs aux instructions royales, de laisser établir aucune imprimerie dans les colonies soumises à son gouvernement. Enfin nul ne put s'éloigner de la province sans l'agrément du gouverneur (1).
SECTION VII
Arrivée de soldats anglais pour tenir en respect la Nouvelle-Angleterre. — Révolution de 1688. -^ Les colonies reprennent leurs précédents gouvernements. — Négociations du Massachusetts avec la royauté. — Il obtient une nouvelle charte très modifiée. -^ Accroissement d'étendue de cette colonie. — Refonte de la législation. — Ressaisissement de certains droits par la ruse.
Andros avait prévu qu'il n'obtiendrait d'obéissance à son despotisme qu'à Taide d'une force régulière; aussi amenat-il avec lui d'Angleterre une compagnie de soldats anglais qui étaient une menace non déguisée. Et cependant, mal^é cette poignée de soldats, n'était-il point possible aux colons de créer un foyer de résistance comme on le fit plus tard^ au début de la révolution de 1776? A cette question nous répondrons ce que dit un historien à propos de la soumission paisible des gens du Massachusetts à la nouvelle charte dont il va être question : « la moralité publique n'était plus à la hauteur de celle des fondateurs du pays. La perspective d'une grande prospérité matérielle avait engendré un certain luxe, et le luxe, à son tour, avait
(\) HiLDRiTH, vol. II, [p. 84 et suiv. Palfrey, vol. m, p. 515 et suiv*