ÉPIDÉMIE DE SORCELLERIE AU MASSACHUSETTS
Youer à la mort, car telle était la pénalité applicable à quiconque était reconnu coupable d'avoir fait un pacte avec le démon. Déjà en 1648, 1650 et 1655, cette législation avait reçu son application dans la Nouvelle-Angleterre et particulièrement dans le Massachusetts, en se basant sur l'Exode, chapitre xxn, v. 18. Depuis lors, elle parut sommeiller; mais le réveil devait être terrible. Cette crédulité du peuple, entretenue par les ministres, fut, dans leurs mains, un puissant moyen d'influence; car on leur attribuait le pouvoir de tenir tète au démon, ou tout au moins de le désarmer par la flatterie, suivant leurs propres expressions. Elle devint une maladie épidémique qui s'accusa en traits de sang dans les annales du Massachusetts. Elle y arriva à son paroxysme en 1692, c'est-à-dire près d'un demi-siècle après la création d'écoles publiques et d'une université dans cette province ! Acette époque, en effet, les habitants croyaient être devenus la proie du diable. Des ministres annonçaient en chaire qu'il s'était déchaîné, la rage au cœur, et qu'il cherchait à multiplier ses victimes. La consternation devint générale. Le meilleur moyen d'échapper à l'accusation de sortilège, pour un individu, était d'en accuser un autre. De là vint la multiplicité de ces sortes d'affaires dans lesquelles des vengeances personnelles se donnèrent carrière. Tous ceux qui se reconnaissaient sorciers échappaient assez généralement à l'exécution; et, chose fort curieuse I on les admettait à faire leur déclaration au nom de Dieu qu'ils disaient implicitement avoir renié! Leurs dénonciations étaient acceptées avec beaucoup de légèreté; peu importait la contradiction de l'accusation et des témoignages. 11 fallait des victimes et les formes de la justice étaient facilement sacrifiées dans cette tourmente d'aberration. Les investigations n'étaient pas seulement orales. On dépouillait les femmes de leurs vêtements, et elles étaient soumises aux investigations les plus choquantes des docteurs et des femmes chargés spécialement de rechercher les boutons du diable et autres preuves de l'effet des sortilèges ; les moindres tuméfactions prove-
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nant de piqûres étaient regardées comme telles. Il sembtait que la froide raison eut été exilée de ce pays, où le sentiment religieux ne demandait cependant qu'une bonne direction! L'histoire rapporte que, le 22 septembre 1692, 8 condamnés à mort pour maléfices furent exécutés; 20 autres avaient déjà éprouvé le même sort; 8 autres déclarés coupables étaient prêts pour le sacrifice. 150 individus gémissaient en prison attendant leur jugement et 200 autres étaient dans les angoisses sous le coup d'accusations vagues portées contre eux pourla même cause. 50environ s'étant reconnus coupables de maléfices, pas un ne fut exécuté. Il suffisait, pour les chefs, que le fait de sacrilège fût reconnu, afin de ne pas mettre en défaut leur prétendue science! Pouvait-on se croire au milieu d'un peuple che^ chant son point d'appui dans l'instruction et la religion? Ne fallait-il pas voir dans tout ceci un fanatisme aveugle attisé par d'indignes ministres (l)chez lesquels Torgueii et l'ambition prenaient le pas sur le dévouement à un devoir public? Que dire en effet d'un de ces ministres, Colton-Mather, le plus éminent mais aussi le plus passionné entre tous, qui, à cheval, se répandant dans la foule, s'animait contre un autre ministre accusé de sorcellerie, qui était mis en jugement, et provoqua ainsi sa condamnation et son exécution, alors que celui-ci protestait contre ce crime imaginaire (1)? Dans ces circonstances les ministres puritains doivent porter devant l'histoire la lourde responsabilité de ces saturnales affectant des formes judiciaires, qui n'étaient que le travestissement de la justice! Là ne s'arrêta point cette calamité : les procès s'accumulèrent; les accusations s'attaquèrent à des gens d'un caractère éprouvé, d'une grande considération. Les choses alors changèrent de face. Les uns s'enfuirent pour avoir la vie sauve. D'autres firent
({) Au premier rang de ces ministres se trouvaient Increase Malher, le gendre du grand John Gotton, et Gotton-Mather, petit-fils de ce dernier. Gelui-ci surtout, après ces saturnales, ne put jamais reprendre dans la considération publique la position élevée qu'il y occupait pré* cédemment. Voir Hildrbth, Uistory, vol. II, p. 160 et Eluott, Fis^wif» vol. n, p. 56.