LIBERTÉ DE CONSCIENCE AU MARYLAND
lai à la province; mais Léonard, après avoir réuni en Virginie une petite troupe d'hommes résolus, fit un retour offensif contre ses adversaires et les mit en pleine déroute. Il survécut peu de temps à ce succès et mourut en 1647, laissant de profonds regrets, tant le gouvernement dans sa main avait été paternel. Voyant sa fin approcher, il avait, en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires, choisi pour gouverneur devant lui succéder Thomas Greene, catholique qui était en possession de sa confiance et qui la justifia par un acte d'habileté, en proclamant une amnistie générale destinée ;\ pacifier les esprits.
Deux faits importants caractérisent cette époque : Tun antérieur, l'autre postérieur à la mort de Léonard. Dans la session à laquelle il prit part pour la première fois, en 1647, TAssemblée générale fut divisée en deux chambres, concession qui avait été refusée quelques années auparavant. La première se trouva formée par le gouverneur et son Conseil. La deuxième fut composée de députés élus par les freemen. 11 convient de remarquer que la représentation législative ne fut jamais entièrement uniforme. Un historien américain dit qu'on voyait siéger dans les assemblées, non seulement des députés, mais des fondés de pouvoir de certains individus qui y figuraient à titre privé, parce que la convocation du lord Propriétaire avait autorisé cette exception. Celte instabilité de formes paraît s'être conservée jusque sous le protectorat de Cromwell (1). Le deuxième fait signalé ci-dessus est postérieur à la mort de Léonard Calvert; il est comme le précurseur de la catastrophe de Charles I". Lord Baltimore, redoutant pour lui les conséquences de la révolution imminente d'Angleterre, jugea prudent de les conjurer en remplaçant son gouverneur catholique par un protestant de la Virginie, nommé Slone, qui avait ofi^ert d'amener dans la colonie cinq cents émigranls d'origine anglaise et irlandaise. Deux fonctionnaires destinés à occuper des postes importants et
(i) Mac Mahon, vol. I, p. 146.
les membres du Conseil furent également choisis dans les rangs des dissidents. Toutefois, il n'oubliait pas la protection qu'il devait aux catholiques et il recommandait à ses représentants de ne point les molester sous le rapport religieux ainsi que de leur faire une part convenable dans les nominations aux emplois (i). Ces mesures prises sous l'influence de la peur et peu sages en elles-mêmes ne purent changer le cours des événements, comme on le verra bienlôt.
Toutes les libertés conquises jusque-là étaient dues aux catholiques qui formaient la majorité dans les Assemblées générales; mais le moment était proche où ils verraient le pouvoir leur échapper. A la faveur de la liberté religieuse, Episcopaux et Puritains étaient venus occuper quelques points de la colonie. Leur nombre allait grossissant. Leur influence était déjà prépondérante en 1649. il n'est donc pas sans intérêt d'examiner comment furent traités les sujets religieux.
L'on décréta la peine de mort contre tout blasphémateur et contre quiconque nierait la divinité du Christ et l'unité de Dieu en trois personnes. La confiscation des biens du coupable était la conséquence de la condamnation corporelle. Toute parole on*ensante contre la Vierge Marie, les apôtres et les évangélistes entraînait comme pénalités progressives d'abord l'amende, puis la flagellation, enfin le bannissement. Des peines analogues, moins cette dernière, furent édictées contre tous ceux qui qualifieraient un colon de l'épithèle d'hérétique, schismatique, idolâtre, puritain, presbytérien, etc. 11 en devait être de même pour ceux qui profaneraient le dimanche par des récréations inconvenantes ou bruyantes ou par un travail quelconque. La loi n'en proclamait pas moins une liberté complète pour la croyance et l'exercice du culte (2). Cette prétendue liberté ne devait pas être de longue durée pour les catholiques.
(1) HiLDRETH, vol. I, p. 346. — (2) Le môme, toI. I, p. 347.