CROMWELL ET LB MARYLAND
laine. Cet acte porte en effet qu'aucun catholique ne jouira de la protection des lois d'Angleterre et que la liberté religieuse ne sera accordée qu'à ceux qui croiront en Dieu, mais sans qu*on puisse l'invoquer en faveur des individus qui se soumettent au pape et à la prélature (1), allusion aux Épiscopaux, qui admettent la hiérarchie cléricale.
Ce n'était point assez de cette destruction des libertés. On s'attaqua au droit de souveraineté de lord Baltimore par une assimilation inique à la révolution d'Angleterre; car jamais gouvernement n'avait été plus paternel que celui du Maryland. L'Assemblée générale de 1654 supprima, en effet, le serment jusque-là prêté à lord Baltimore et dénia à ce dernier tout droit de souveraineté. Une pareille violation de la charte, qui révélait un instinct de grande convoitise, souleva de profonds ressentiments chez les catholiques. Les partis en vinrent aux mains dans une lutte armée. Ces derniers furent vaincus laissant bon nombre des leurs tués ou blessés sur le champ de bataille ; une cour martiale condamna à mort dix des prisonniers» Quatre seulement furent exécutés. Stone et les autres n'eurent la vie sauve que grâce aux supplications des femmes et des soldats du parti vainqueur. Mais les biens de tous leS opposants furent séquestrés (2), comme si cette révolution devait avoir pour caractère particulier la spoliation plus encore que l'intolérance !
Cependant lord Baltimore adressa ses justes réclamations à Cromwell qui, animé d'un vrai sentiment de justice, institua une commission qu'il chargea d'instruire Taffaire. C'est alors que les colons réfléchissant que, si le rapport était défavorable au souverain dépossédé, la colonie serait réduite à l'état de province dépendante et obligée de se courber sous le joug arbitraire de l'Angleterre, préférèrent encore négocier avec lord Baltimore un arrangement dont l'objet serait de transiger sur leurs
Xi) BOZMAN, vol. Il, p. 512. - (2) HiLDRETH, vol. I, p. 360-361.
prétentions respectives. Un pacte fut, en effet, conclu en Î657. Il restaurait Tautorité^u propriétaire aux conditions suivantes : 1** amnistie complète pour le passé; 2* confirmation des litres de propriété des terres possédées plus ou moins régulièrement par les colons; 3* modification de la formule du serment à prêter, non plus au propriétaire personnellement, mais à son autorité légale, c'est-à-dire limitée; 4* consentement par les colons à la remise des armes qui seraient en leur possession; 5* enfin, rétablissement de la liberté religieuse que, vainqueurs, les protestants avaient foulée aux pieds (1).
La colonie vécut ainsi pendant deux années en pleine paix; mais, à la mort de Cromwell, le gouverneur choisi par le lord Propriétaire, traître à son mandat, fomenta une nouvelle révolution dans le Maryland. D'accord avec les membres influents de la chambre basse, il signifia à la chambre haute ou Conseil que son rôle législatif avait cessé et que désormais le pouvoir suprême résiderait dans une assemblée unique de laquelle il relèverait lui-même. Cet essai de révolution avorta bientôt, grâce à la restauration de Charles 11, qui, bienveillant pour lord Baltimore, le rétablit immédiatement dans tous ses droits sur celte province (1660). Celui-ci, à son tour, s'empressa de rendre aux catholiques la capacité politique dont les protestants les avaient dépouillés (2).
SECTION V
Variété de population. — Restriction du droit de suffrage. — Décliéance de lord Baltimore. — Conversion de lord Benedict au protestantisme. — Il est rétabli dans son gouvernement. — Sa mort.
Le Maryland se peuplait lentement; sa population se recrutait d'Européens protestants d'origines variées. Au premier noyau de la fondation s'ajoutèrent des émigrants de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre et des Anglais
(1) BozMAN, vol. II, p. 555. — (2) Hildrkth, vol. I, p. 367.