DÉVELOPPEMENT DU MARYLAND
colonifi (1), particularité qui n'existait daos aucune autre proviûce. La considération d'un corps électoral bien peu homogène et très changeant par la fréquence des émigrations et des immigrations composées d'éléments de toute sorte inspira à lord Baltimore une grave résolution. En 1681, en effet, il restreignit le nombre des électeurs sur le même pied à peu près que celui adopté par la Nouvelle- Angleterre. En conséquence il proclama qu'à l'avenir nul ne jouirait du droit de suffrage, s'il ne justifiait de la possession, à titre de propriétaire, de 50 acres de terre ou de valeurs mobilières équivalant à 40 livres sterling (2). On rentrait dans les termes de la charte ; mais on s'éloignait de la pratique jusque-là suivie du suffrage universel. Les gens de couleur libres restaient sur ce point assimilés aux blancs. Cette modification du droit public semblait répondre au vœu de l'opinion, car elle ne souleva aucune réclamation.
Le succès des colonies excitait de plus en plus les convoitises de TAnglelerre. Elle épiait toutes les occasions qui pouvaient justifier plus ou moins des actes d'usurpation. Charles II, puis Jacques 11, sous de faux prétextes de violalions de la charte, menacèrent de la faire annuler en justice ; mais la mort de l'un et le renversement de l'autre conjurèrent cetta extrémité (1687-1688).
La révolution de 1688, avec un faux semblant de libéralisme, inaugura, comme on Ta déjà vu, une ère d'oppression beaucoup plus dure que celle qui l'avait précédée. Les catholiques furent déclarés inhabiles à exercer aucune fonction publique. Lord Baltimore lui-même se trouva déchu de son autorité par une sentence du Conseil privé, sur le seul motif qu'il était papiste (1692) (3).
Une Assemblée générale fut convoquée immédiatement pour mettre la législation en harmonie avec le nouvel étal de choses qui substituait l'autorité royale à un gouvernement de propriétaire. On annula toutes les lois existantes pour ea faire d'autres qui, renouvelant en partie les précé-
(1) Bancroft, vol. I, p. 284. — (2) Le môme, ibid. — (3) Hildrkth, ^ol. n, p. 172.
dénies, en différaient beaucoup à certains égards. I^a religion anglicane fut déclarée religion d'État, et Ton divisa la province en trente paroisses soumises à la glèbe pour le soutien de TÉglise privilégiée. Chacun eut à supporter une part de celte contribution, sans avoir égard à la communion à laquelle il appartenait. Les catholiques qui, lespremiers^ avaient inauguré une ère de liberté politique el religieuse dans ce pays, furent déclarés déchus de ces précieux avantages et réduits à Télat de parias, sans qu'on daignât articuler contre eux le moindre prétexte plausible. Martyrs d'une cause juste, ils supportèrent avec une grande résignation cet état d'ilotisme. Mais lord Bénédict Baltimore leur chef, qui était avide de pouvoir, séparant sa cause de celle de ses coreligionnaires, parvint à ressaisir raalorilé gouvernementale, à la faveur d'une lâche apostasie qui lui fit trouver grâce près du roi d'Angleterre (1715) (1). Exemple éclatant du peu de cas que font souvent les chcis d'empire, de leurs sentiments religieux, qu'ils sacrifient aisément au besoin de leur politique!
Bénédict ne jouit pas longtemps de ce pouvoir si chèrement acheté. A peine investi de sa nouvelle autorité, il mourut, laissant son titre et ses biens à son fils eu bas âge, du nom de Charles, qu'on éleva, d'après les directions de son père, dans les principes de la secte épiscopale. 11 devint lord Charles Baltimore, cinquième du nom. Son aïeul avait déjà porté le nom de Charles.
Une nouvelle constitution fut faite, elle rappelait à peu près la première. Ainsi le gouvernement se trouva composé d'un gouverneur, d'une chambre haute formée de douze conseillers nommés comme ce dernier par le lord propriétaire, et qui faisait aussi fonction de tribunal suprême, plus, d'une chambre basse dite Assemblée générale, composée de députés envoyés par les comtés, à raison de quatre pour chacun d'eux. Le droit de suffrage fui réservé aux propriétaires fonciers et à tous autres possé-
(1) HiLDRETH, vol. II, p. 322.
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