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llistoria de Abiponibus

'1. Voir le chapitre sur la population.

96 LA RÉPUBLigUE ARGENTINE.

Santiaguenos se partage entré la plupart des provinces du Centre et du Nord de l'Argentine, mais elle intéresse surtout la région frontière. Le Santiaguefio est avant tout un bûcheron. La zone forestière a sur les autres marchés de travail l'avantage d'accueillir les travailleurs en toute saison, hiver comme été, tandis que la récolte de canne à Tucuman et la moisson du Sud ne durent que peu de mois. On émigré des banados pour Tucuman en mai, pour Cordoba et Santa Fe en octobre, novembre et décembre, pour la forêt du Chaco pendant toute l'année. Avec les banados du Dulce et du Salado, la province de Gorrientes a élé la réserve principale où l'industrie du bois a puisé sa main-d'œuvre. Comme à Santiago del Estero, on retrouve à Corrientes l'opposition si fréquente dans les zones d'ancienne colonisation de l'Amérique du Sud, entre les régions de culture et les régions d'élevage. Les estancieros, éleveurs, sont les maîtres de Corrientes, mais les alignements de collines basses de snble et d'argile rouge ponctuées de lagunes qui traversent l'angle Nord-Ouest de la province, échappent à leur domination. Là le sol se divise, les champs apparaissent. Comme le blé pour les banados, le tabac a été pour cette fraction de Corrientes un produit d'exportation, surtout après l'isolement politique du Paraguay, principal producteur de tabac au xviii" siècle. Pendant toute la première partie du xix® siècle, les acheteurs de tabac parcouraient Corrientes après la récolte, en janvier et février. D'ailleurs ce sol fertile, sous un climat doux où les plantes vivrières tropicales réussissent comme celles de la zone tempérée, fournit les éléments d'une aisance locale qui se suffit à elle-même. Ici encore, la colonisation agricole a créé un noyau de population relativement dense, capable d'essaimer. Bien que les divisions administratives ne correspondent pas exactement aux divisions naturelles, l'inégalité de la distribution de la population à Corrientes ressort des chiffres fournis par le recensement de 1895. La densité

s'élève, dans les zones agricoles, à 8 habitants par kilomètre carré, dans le département de Bellavista; à 10 à S. Cosme; à 14 à Lomas ; à 30 à S. Roque. Elle est comprise entre I et 2 dans les départements purement pastoraux (Concepcion, Mercedes).

Corrienles a aussi ses forets où reparaissent la plupart des espèces de la forêt du Cliaco, en lignes étroites, le long des cours d'eau, et en taches plus étendues sur les plateaux qui séparent leurs vallées inférieures près du Parana. Elles ont fourni d'abord l'écorce de Curupai qu'utilisaient les tanneries de Corrientes. Les chantiers de construction pour la batellerie fluviale émigrent au début du xix*^ siècle du Paraguay à Corrientes, en même temps et pour les mêmes causes que le commerce du tabac. L'exploitation du quebracho rouge ne commença que vers 1850. En 1887, Virasoro' rapporte que 50 navires sont employés h charger du bois de Nandubaï sur les rives du rio Corrientes, et à le transporter à Rosario. Née sur la rive gauche du Parana, l'industrie forestière a émigré à la fin du siècle sur la rive droite, où la main-d'œuvre correntine l'a suivie.

Le même mouvement se dessine plus au Nord sur le Paraguay. L'exploitation du bois y est sur les affluents de la rive gauche une industrie séculaire. D'Azara^ en signale l'importance. Robertson, allant de Corrientes à Asuncion en 1814, trouve dans la zone marécageuse voisine du fleuve une population de bûcherons, qui, pendant la crue, se réfugie dans les cantons agricoles • limitrophes, sur les terres hautes, où elle est bien accueillie. La coupe de bois paraît donc avoir dès cette date le caractère d'une industrie saisonnière. L'exploitation des forêts envahit aujourd'hui rapidement la rive droite, longtemps abandonnée aux Indiens sauvages.

1. \'al. Virasoro. Los esteras y lagunas ciel Ibera. Rev. soc. geogr. Argenlina, VI, 1887, p. .105-351. '

2. Diario de la n<iveçiacion y reconocimiento del rio Tibicuari. Collection de Ange'.is. t. II.

Denis. — L'Argentine. 7

98 LA RÉPUBLIQUE ARGENTL\E.

Santiaguenos et Correnlinos ne se sont pas mélangés. Les deux zones d'expansion de la colonisation forestière, dont ils sont les pionniers, sont indépendantes. Le quechua, qui est la langue des banados durio Dulce, est parlé sur les chantiers du Chaco de Santiago; le guarani, qui est la langue de Gorrientes et du Paraguay, règne le long du fleuve, dans le Chaco de Santa Fe. Leurs do* maines n'entreront en contact que lorsque l'embranchement de Quimili du chemin de fer du Central Norte, qui vient de la province de Santiago, aura rejoint la ligne de pénétration de Resistencia sur le Parana vers l'Ouest.

L'industrie forestière de l'intérieur et celle de la région fluviale ne se distinguent pas seulement par leur personnel, mais par leur organisation même et par leur marché. La variété de quebracho rouge exploitée à l'Ouest n'est pas exactement semblable à la variété qu'on trouve à l'Est : chacune d'elles a son nom particulier : quebracho santiagueno et quebracho chaqueno. Le premier contient 10 pour 100 de tannin et le deuxième, 50pour 100 ; le premier est abattu comme bois d'œuvre, le deuxième pour en extraire l'acide tannique. L'un est vendu en Argentine, l'autre est expédié à l'étranger.

L'exploitation du bois à Santiago est restée aux mains d'un monde de petits capitalistes et de tâcherons qui n'ont pas acquis la propriété foncière et ne travaillent pas chez eux; ils se bornent à acheter au détail, et selon les besoins du moment, le droit d'exploitation (derecho de monte ou derecho de lena). Les troncs de quebracho de dimensions exceptionnelles fournissent des billes vendues au cube, mais la zone du quebracho santiagueno exporte principalement des traverses. Les traverses de quebracho ont été employées à la construction du réseau de chemins de fer à voie étroite et à voie large, qui depuis '20 ans s'est développé sur la Pampa. Les arbres hauts

el minces donnent des poteaux de télégraphe, les branches menues, les poteaux des clôtures de fil de fer. Dans les régions du monte où manque le quebracho rouge, on exploite aussi le rctamo dont on tire des piquets de clôture, et le quebracho blanc qui se débite en rondins. Enfin on tire de la forêt du bois de chauffe. Les usines de Tucuman, les locomotives sur toute une partie du territoire sont chauffées au bois. Le bois de quebracho rouge, abandonné quelques années sur les chantiers d'exploitation de traverses, et débarrassé par le temps de l'aubier qui tombe en pourriture, la « lena campana » est un combustible de première qualité. Le charbon de bois supporte mieux que le bois brut les frais de transport, aussi pout-il être expédié plus loin, dans toute la zone de la prairie. On le fabrique dans le monte le long de toutes les voies ferrées, et en particulier dans les forêts clairsemées et pauvres qui forment la bordure de la prairie.

Comme elle est dispersée et primitive, l'industrie forestière de l'intérieur est aussi instable : son outillage est peu coûteux : des scieries aisément démontables, et représentant d'ailleurs un capital modeste. Lorsqu'elles ont épuisé un canton de la forêt, on les démonte pour les transporter plus loin. Les coupes ne sont pas conduites de façon à laisser la forêt se reconstituer et réparer ses blessures et à permettre une exploitation continue. On enlève en une fois tout ce qui a de la valeur. Le quebracho est d'ailleurs un arbre de croissance lente. Si l'industrie forestière est parfois revenue après un intervalle à des terrains qu'elle avait déjà exploites, ce n'est pas parce qu'elle y disposait d'une génération nouvelle d'arbres, mais parce qu'elle trouvait profit, les conditions du marché ou le prix du transport s'étant modifiés, à abattre le bois menu qu'elle avait jadis dédaigné.

Le maître obrajero, qui se déplace, est suivi par la plus grande partie de son personnel. Pourtant, pour le décider à émigrer, ou pour recruter dans les banados

f BISLIOTHECA

des hacheurs qui consentent à aller travailler sur des chantiers éloignés et dans des régions neuves, il doit se montrer plus libéral et offrir des salaires plus élevés. Les conditions du travail et le taux des salaires ne sont donc pas les mêmes dans toutes les fractions de la forêt. La zone d'exploitation la plus ancienne que traverse le Central Cordoba, entre les provinces de Gatamarca et de Santiago del Estero, a un excédent d'ouvriers habiles. Les obrajeros de la vallée du San Francisco à Jujuy, où l'exploitation est toute récente, ne disposent au contraire que d'une main-d'œuvre médiocre. Le rendement n'y est pas plus élevé qu'au Sud, bien que la densité et la richesse de la forêt y soient incomparablement supérieures. Il en a coûté surtout pour faire naître un courant d'immigration continue vers la grande région de production qu'on appelle aujourd'hui le Ghaco, le long de la voie ferrée qui partd'Anatuya et pénètre à 200 kilomètres vers le Nord, L'ouvrier étant rétribué aux pièces, le prix payé par traverse atteignit au moment de la formation des obrajes du Ghaco un prix double sur la ligne d'Anatuya de celui qu'on payait sur l'ancienne ligne de Santiago à Prias, à la porte des banados.

L'exploitation ne reste profitable que jusqu'à une faible distance de la voie ferrée. Les transports par chars élèvent en effet rapidement les prix de revient. L'industrie forestière n'est pas moins étroitement dépendante des voies ferrées pour son approvisionnement que pour l'exportation des bois. L'obraje n'a sur place aucune ressource en fait de vivres. Les cultures maraîchères qui commencent à s'étendre dans la zone des canaux d'irrigation de la Banda, à l'Est de la ville de Santiago del Estero, voient leur production absorbée tout entière par les acheteurs d'Anatuya et de la ligne du Ghaco. Souvent la voie ferrée apporte non seulement les vivres mais l'eau. Dans une grande partie du Ghaco de Santiago, les eaux courantes font défaut et les nappes souterrames sont mal connues, inaccessibles ou salées.

L'obraje est le pays de la soif. Pour réduire les besoins en eau, on creuse des réservoirs pareils aux represas des estancias et que les pluies remplissent. Mais dès les premiers mois de sécheresse, ce ne sont plus que de.s mares croupissantes et vertes, et il faut recourir aux wagons-citernes.

Si le Chaco de Santiago est aujourd'hui une démocratie de petits obrajeros et de petits entrepreneurs, le Chaco oriental, le long du Parana, abrite une société toute différente. Il est en effet tout entier aux mains de grandes fabriques d'acide tannique où les troncs de quebracho sont râpés, bouillis et leur suc concentré en une ré.sine visqueuse ; leurs hautes cheminées dominent de loin en loin la forêt. L'exploitation prend ici un caractère capitaliste et industriel qui lui manque ailleurs ; elle est dirigée par de puissantes entreprises, fortement organisées, et qui la mènent selon un plan établi à l'avance. Les usines ne traitent pas, il est vrai, toute la production de quebracho ', mais, même pour les bois qui sont exportés bruts, elles sont à peu près complètement maîtresses du marché, et une bonne part en est réservée aux filiales qu'elles ont en Europe. Pour pouvoir amortir le capital considérable que représentent les usines, les compagnies qui les ont bâties ont dû s'assurer des forêts étendues, et elles sont devenues propriétaires. La concentration des terres entre leurs mains se continue chaque jour, et le nombre des compagnies tend à se réduire par fusion ou par rachat d'usines concurrentes et de leurs domaines. Sur le territoire du Chaco, où l'administration des terres publiques était entre les mains du Gouvernement Fédéral, quelques précautions ont été

1. L'élaboration sur place de l'extrail de quebracho est d'autant plus nécessaire qu'on avance davantage au Nord vers l'intérieur du continent et par conséquent que les frets jusqii'aux ports de destination en Europe sont plus élevés.

prises pour éviter l'accaparement des terres : mais les forêts de la province de Santa Fe appartiennent tout entières à deux sociétés.

Avec les capitaux nécessaires à la construction des usines, le Chaco oriental a reçu d'Europe un personnel dirigeant assez nombreux, occupé soit à l'administration, soit à la direction technique. Il s'est montré plus exigeant que le personnel créole des scieries de Santiago. Auprès de la plupart des usines se sont élevés des chalets confortables, des cités ouvrières de brique. Ces dépenses étaient d'autant plus indiquées que l'industrie est ici moins errante. Une usine d'acide tannique ne peut être déplacée comme une scierie : lorsque les réserves de bois s'épuisent autour d'elle, elle se fournit plus loin, aussi longtemps que les frets le lui permettent. Elle dépend du chemin de fer, non seulement comme les scieries, pour l'exportation de ses produits, mais pour son approvisionnement en matière première.

Les usines ne sont pas toutes également riches. Elles sont dispersées sur près de 10 degrés de latitude, au Nord du 50" L. S., à portée du fleuve qui assure leur communication avec le monde, et a permis d'attaquer à la fois toute la largeur de la forêt. Le quebracho abonde particulièrement dans le Nord de Santa Fe et dans le Sud du territoire argentin du Ghaco, où il forme l'essence domi nante de la forêt. Les usines qui sont établies là, au milieu des forêts les plus denses, disposent en outre de capitaux abondants qui leur permettent de ménager leurs ressources et d'acheter du bois au loin. La forêt à leurs portes est encore presque intacte, et elles ont devant elles le plus long avenir. Au contraire, l'usine la plus ancienne, à la lisière méridionale de la forêt, et celle des Corrientes sur la rive gauche du Parana, sont actuellement paralysées, faute de bois.

Si les usines sont toutes placées à peu de distance du fleuve, ce n'est pas seulement parce qu'elles en ont besoin pour évacuer leur production, mais parce que

c'est la seule fraclion du Cliaco où l'on trouve de l'eau douce. Or, l'usine à acide tannique en consomme abondamment. Le long du fleuve, dans une zone dont la largeur est comprise entre 50 et 400 kilomètres, on voit réapparaître en efl'et un réseau hydrographique permanent qui manque dans tout le reste de la plaine; ce sont de longues traînées de marécages couverts de joncs, des « cafiadas » qui se convertissent pourtant, de place en place et près de leur embouchure, en rivières proprement dites au lit bien dessiné. Les eaux souterraines sont aussi plus souvent douces et abondantes, soit qu'elles soient entretenues par les pluies plus fréquentes, soit qu'elles soient alimentées par des infiltrations du Parana, et plusieurs usines ont exécuté des forages heureux. On souffre ici de l'excès d'eau aussi souvent que de la soif; sur ces immenses superficies presque horizontales, les eaux des canadas s'étalent et envahissent parfois la forêt entière ; la voie ferrée, les habitations, sont alors baignées par la nappe stagnante, qui met des mois à disparaître. Les troncs mal équarris, accumulés aux stations pour être chargés, et qui, suivant l'état du marché y attendent parfois des années, sont à demi enfouis dans la boue. La circulation des chars sur les chemins devient difficile. Les mules qui donnent dans la forêt sèche de l'Ouest un bon rendement, ne sauraient fournir leffort nécessaire ici, et il faut recourir au bœuf, la bête de somme par excellence des pays de boue. Tandis que les bœufs créoles aux grandes cornes, efflanqués, hâlent péniblement les chars, un correntino, aux longues jambes minces, botté de boue, les guide et les harcèle, pareil, avec son pas lent et prudent, à un échassier du marais. Le travail de ces meneurs de chars est bien plus dur que celui des hàcheurs. Ils reçoivent une paie presque double, et c'est la difficulté d'en recruter un assez grand nombre qui limite la production.

La puissance et aussi la stabilité des grandes usines a fixé le marché du travail sur la rive droite du Parana,

lOi LA RÉPUBLigUE ARGENTINE.

et nulle part on n'est plus forcé d'aller recruter des ouvriers à Corrientes; ils viennent d'eux-mêmes; des services quotidiens de petits vapeurs les amènent à tous les ports d'expédition du quebracho. La rive gauche, sur le territoire argentin, n'a plus de centre d'embauché, comme sont encore au Paraguay Asuncion et Concepcion.

Même sur ses terres, l'usine abandonne l'exploitation du bois à des entrepreneurs auxquels elle l'achète. Mais les obrajeros, travaillant dans les forêts de la Compagnie ou chez eux, sont vis-à-vis de l'usine dans une étroite dépendance : les contrats qui les lient varient selon qu'ils sont ou non propriétaires, selon qu'ils se chargent du transport du bois aux gares, ou qu'ils le livrent à la place où il a été abattu, selon qu'ils possèdent les bœufs et les chars nécessaires ou que ceux-ci leur sont fournis par la Compagnie. Ils comportent toujours des avances faites par la Compagnie, et, en échange, l'obligation de se fournir à ses magasins des denrées que consomme la population de l'obraje. Le bénéfice réalisé sur ces fournitures s'ajoute au produit de l'usine. La Compagnie monopolise le commerce d'importation et le commerce d'exportation. Elle exerce sur la forêt une souveraineté absolue. Tout juste a-t-elle cédé au chemin de fer assez d'espace pour poser ses rails et bâtir ses gares.

Le dernier centre de l'exploitation du bois dans l'Argentine moderne est le territoire des Missions sur le haut Parana. Posadas en est l'entrepôt et en garde l'issue vers l'aval. Son influence s'étend au delà de la frontière argentine sur une petite partie du territoire paraguayen et brésilien. Les Missions ont deux types de forêts, très différents, et dont aucun ne ressemble à la forêt à quebracho. L'un est la forêt à araucarias (pinos) .qui couvre les hauts plateaux au-dessus de (300 mètres;

l'autre est la forêt tropicale, riche en essences, et de végétalion pérenne, qui remplit le fond et le versant des vallées. Le pin, qui fait déjà sur le plateau brésilien l'objet d'une exploitation intense, donne un excellent bois blanc, pouvant remplacer les pins du Nord, et qui serait de vente facile sur le marché de Buenos Aires; mais il n'a jamais été exploité sur territoire argentin en raison de la distance qui sépare les peuplements du lleuve navigable. Par sa distribution au faîte des plateaux, l'araucaria est un fret réservé aux chemins de fer à construire et non à la voie fluviale'. Ouant à la forêt feuillue tro})icale, elle comprend de nombreuses variétés utilisables : timbo, lapacho, etc., mais celle qui est recherchée entre toutes est le cèdre, au bois rose, odorant et fin, admirablement propre à la menuiserie. Lors du voyage de d'Orbigny, les habitants de Corrientes recherchaient déjà activement sur le fleuve les troncs de cèdre amenés de l'amont par les crues. Les obrajes de bois de cèdre s'étendent aujourd'hui sur la rive argentine jusqu'à 20 kilomètres ; sur la rive paraguayenne, qui est moins accidentée, et oii les transports sont plus faciles, jusqu'à 50 kilomètres du fleuve. Les billes descendent en trains de bois jusqu'à Posadas; le cèdre, moins dense que le quebracho, est en effet flottable, et le séjour dans l'eau aide à faire dégorger la sève. A Posadas les radeaux sont dépecés et les troncs livrés aux scieries.

Mais le bois n'est pas à Misiones comme dans le Chaco l'objet principal de l'industrie forestière : à côté de l'obraje, la forêt abrite l'yerbal, chantier d'exploitation de maté (ilex paraguayensis). On sait le rôle que joue dans l'alimentation des pays méridionaux de l'Amérique du Sud l'infusion de maté. La cueillette de la feuille de maté est restée à travers les siècles, exemple

\. Au Brésil, de même, les scieries de pins araucarias sont localisées le long de la voie ferrée Sâo Paulo — Rio Grande.

peut-être unique dans les annales des industries forestières sud-américaines, une occupation profitable. Elle ne s'est jamais interrompue, mais elle s'est fréquemment déplacée.

Les plantations des Jésuites furent abandonnées lorsque les missionnaires furent dispersés. Après la fin du xvm® siècle, le Paraguay est la seule grande région de production. Villa Rica paraît avoir été le centre principal où se concentrait la yerba. Mais, dès cette date, le bassin du Jejuy, plus au Nord, était exploité, et les yerbateros, venus de Guruguati, s'étaient avancés à l'Est jusque dans la région des chutes de Guayra sur le Parana. Au xix^ siècle, le commerce du maté du Paraguay paraît avoir moins souffert de la politique d'isolement des dictateurs paraguayens que le commerce du tabac. Les descriptions de Mariano Molas, de Demersay, etc.. montrent que l'exploitation se poursuit assez activement. Elle s'étend même vers le Nord, et se développe jusqu'au rio Apa, Villa Goncepcion devenant un marché de yerba rival de Villa Rica. Cependant, le monopole institué par le Gouvernement du Paraguay et les restrictions imposées à la navigation sur le fleuve provoquent le développement de l'industrie de la yerba sur le territoire des Missions orientales de la rive gauche de l'Uruguay. Itaquy leur servait de port d'embarquement. Dans le dernier tiers du xix- siècle, les chantiers d'exploitation émigrèrent de la rive gauche à la rive droite de l'Uruguay. A partir de 1870, le Parana supplante l'Uruguay et le commerce de la yerba se concentre à Gandelaria. G'est le début de la résurrection de Misiones. En 1880* San Javier, s^ur l'Uruguay, élaborait 800 tonnes de yerba et Gandelaria plus de 1000 tonnes. Les yerbales autour de San Javier commençaient à s'épuiser et les yerbateros devaient remonter de plus en plus haut sur l'Uruguay et vers les yerbales du plateau de Fracan

i. V. Virasoro. El terrilorio correntino de Misiones. Bol. Institulo Geogr. Argentino, II, 1881, p. 161-201.

el de San Pedro, (^andelaria était alimentée surtout par les yerbales de la rive droite du Parana, sur territoire paraguayen. Posadas a succédé aujourd'hui à Gandelaria et les yerbales qui en dépendent sont distribuées en amont de part et d'autre du Parana.

Les yerbales des Missions sont en dehors de la forêt tropicale proprement dite, et vers la lisière inférieure de la foret de pins, parlant à assez grande distance du lleuve, auquel ils sont joints par des sentiers muletiers, boueux et pénibles. Le maté peut en effet supporter des frais de transport qui seraient écrasants pour le bois. Au point oîi ces chemins débouchent sur le fleuve, les vapeurs fluviaux font halle au pied d'un hangar, à peine discernable dans la verdure. Ce sont les « échelles )^ des yerbales.

Le travail aux yerbales dure six mois par an. Les élagueurs qui rassemblent les rames de feuilles et les rapportent aux fours où elles sont séchées comprennent des brésiliens, des paraguayens et des argentins. Les brésiliens vont s'embaucher sur le yerbal même; les paraguayens el les argentins, originaires presque tous de la province de Corrienles, sont recrutés à Posadas et à la ville jumelle d'Encarnacion, qui lui fait face, sur la rive jjaraguayenne.

L'embauchage à Posadas se pratique selon des coutumes traditionnelles qui ne paraissent pas avoir varié depuis un siècle. La description de d'Azara n'a pas vieilli : « les gens de Villa Rica, dit-il, ont pour ressource principale de s'engager aux yerbales; l'industrie de la yerba est lucrative quelquefois aux maîtres, et jamais aux pions qui travaillent cruellement sans profit aucun; outre qu'on leur paie en marchandises la yerba qu'ils récoltent, on évalue ces marchandises à si haut prix que c'est une chose terrible; jusqu'à la serpe pour couper le maté, on leur en exige un loyer... Comme les pions, avant de partir pour les yerbales, s'endettent le plus qu'ils peuvent, dès qu'ils ont travaillé quelque peu, ils se tirent

des grègues et disent adieu au yerbatero qui se trouve ainsi volé. Le yerbatero à son tour est exploité par les marchands qui le commanditent ». Avant de partir pour l'yerbal, dit Robertson, Tentrepreneur, « babilitado », reçoit une avance de 4 à 5000 piastres; puis il embauche une cinquantaine d'ouvriers, les fournit de tout le nécessaire, et leur avance deux à trois mois de salaire. L'yerbal dans la forêt, une boutique à Posadas, au centre d'embauché, où les avances sur la paie sont dépensées avant le départ, un moulin à yerba, au Rosario ou à Buenos Aires, à proximité des marchés consommateurs, forment les trois éléments essentiels et inséparables d'une entreprise d'exploitation du maté.

L'industrie forestière, sous ses formes diverses, ne représente pas une prise de possession définitive du sol par l'homme. Après avoir dépouillé la forêt, elle l'évacué, et le terrain reste libre pour la colonisation. Presque toujours, la séparation est complète entre l'industrie forestière et la colonisation permanente. Elles n'ont pas le même personnel : le bûcheron (hachador) ou le charbonnier ne sont pas des défricheurs. Le débroussaillement, l'extirpation des souches, sans lesquels le terrain ne peut être occupé par le laboureur, ne sont pas leur affaire : besogne de terrassiers. A Tucuman, où la majorité des travailleurs sur les champs de canne à sucre sont pourtant des Santiaguenos, on emploie au nettoyage du terrain des Italiens et des Espagnols. Les équipes de Mendocinos, qui viennent couper des échalas dans le monte autour de Villa Mercedes, ne se louent pas aux estancieros qui défrichent pour semer de la luzerne.

Les rapports de l'industrie forestière et de la colonisation forment l'un des chapitres les plus variés de l'histoire économique de l'Argentine moderne. Sur le pourtour de la région pampéenne, le premier point où

la colonisation agricole soit entrée en contact avec la zone forestière est la région des anciennes colonies de Santa Fc. Elle y trouva l'industrie forestière déjh anciennement étal)lie, sur les rives du Salado comme sur celles du Parana ; l'exportation de bois et de charbon vers Buenos Aires et vers les fours à chaux d'Entre Rios était à cette date l'un des rares éléments d'activité économique qu'eût conservés Santa Fe. Les colons ne pénétrèrent pas dans la forêt et ne se mêlèrent pas aux charbonniers, mais ils profitèrent indirectement de leur voisinage en leur vendant du maïs. Plus tard, les labours s'étendirent dans la Pampa central et la province de Cordoba, jusqu'à la lisière de la brousse sur tout le pourtour de la prairie. La coupe du bois y est pratiquée partout en petit, à Toay aussi bien qu'à Villa Mercedes et à Villa Maria. Le prix de la vente des bois constitue pour l'agriculteur un léger revenu supplémentaire, et le défrichement contribue à l'occuper pendant la morte-saison agricole. Les terrains couverts de brousse sont restés longtemps d'un prix très inférieur à celui des terrains nus. Ils ont ainsi constitué une sorte de réserve qui a échappé en partie à la spéculation sur les terres, et où la petite propriété se constitue plus aisément que dans la Pampa. Un courant de Santa Fecinos se porte aujourd'hui de l'Est et du Sud dans la zone du monte comprise au Sud de Mar Chiquita, sur la voie ferrée de Lehmann à Dean Funes.

La zone de la forêt du Chaco, dans l'Argentine septentrionale, entre les Andes et le Parana, paraît au contraire réserA ce à la colonisation pastorale. La forêt du Chaco peut en effet, aussi bien que le monte plus clair qui en forme le prolongement méridional, être utilisée par les éleveurs sans travail préalable. Les Indiens y ont nourri des bœufs et des chevaux depuis le xvif siècle. Les troupeaux trouvent partout de quoi s'alimenter, soit dans les clairières, abras, très nombreuses, qui coupent la forêt, soit dans la forêt elle-même où le sous-bois et

le tapis herbacé viennent dru sous le feuillage maig-re des mimosées et des quebrachos.

Dans une grande partie du Chaco occidental, ,1a colonisation pastorale est antérieure à l'exploitation forestière. Sur le territoire de Santiago del Estero, les éleveurs s'étaient avancés bien avant les bûcherons et le chemin de fer, au delà du Salado, à peu près jusqu'au tracé actuel de la ligne d'Anatuya à Tintina, où il y a des nappes deau douce et des puits. Les estancias anciennes vont jusqu'à Alhuampa. La vieille population pastorale n'a pris qu'une très faible part à l'exploitation forestière : elle s'est bornée à en tirer une rente, en recevant des obrajes le droit de monte. Ce fut pour elle une aubaine gratuite, puisque l'abatage de quelques arbres ne nuit en rien à la valeur du pâturage. L'exploitation forestière n'a pas entraîné une refonte de la propriété foncière, ni une transformation des méthodes d'élevage. Les obrajes ne sont que des hôtes de passage dont les traces s'effacent vite.

Dans le Chaco oriental, au contraire, les bûcherons sont de véritables pionniers, l'avant-garde de la colonisation. Ce sont eux qui ont fait la conquête de la forêt, souvent en contact direct avec les Indiens, et la propriété s'est formée à leur profit. Dans le développement actuel de l'élevage, ils ont eux-mêmes un rôle essentiel.

Si, quittant le fleuve, on s'avance à l'Ouest vers la forêt, on traverse d'abord une étroite zone de cultures, qui forme une ligne à peu près continue, de San Javier à Resistencia. Ce sont d'anciennes colonies, fondées, pour la plupart, vers 1870, en même temps que les premières colonies du centre de Santa Fe. Elles avaient l'avantage d'être à portée de la voie fluviale, tandis que le réseau des voies ferrées desservant les colonies de Santa Fe ne fut construit qu'après 1880. Si elles n'ont pas montré la même puissance d'expansion que les colonies de la prairie, du moins paraissent-elles fermement enracinées, sur des terres hautes et bien drainées.

L'EXPLOITATION DES FORÊTS. Hl

1res différentes des argiles du Chaco, et où les alluvions du Parana alternent avec des apports qui paraissent provenir de la rive gauche. On y récolte le lin et l'arachide, la canne ù sucre et le coton. Au delà de cette frêle façade agricole s'étendent les grands domaines des usines. Dans la répartition du sol, les usines ont recherché les terres les plus riches en quebracho. Les acheteurs de terres qui n'avaient pas d'intentions industrielles, capitalistes étrangers ou porteiios, devenus maîtres de grandes concessions dans les régions encore mal reconnues, ont, après inventaire de leurs propriétés, revendu aux usines les lots où le bois abondait ; pour le reste, ils en ont fait des estancias (domaines d'élevage). La région comprise au Nord de la ligne du Central Norle de San Cristobal au Tostado, où la forêt, qui va céder place à la prairie, se morcelle et ressemble à un parc, comprend plusieurs de ces estancias modernes, où la luzerne comm.ence à remplacer par taches les graminées de la végétation naturelle.

Lorsqu'on pénètre dans l'intérieur, l'industrie pastorale prend bientôt un caractère plus primitif. Les compagnies de quebracho elles-mêmes pratiquent l'élevage, pour utiliser leurs immenses domaines, après qu'on y a enlevé le bois ou en attendant que les chantiers s'y établissent. Elles consomment un nombre élevé de bœufs, tant pour le transport des bois que pour l'alimentation de leurs ouvriers, et cherchent à se suffire à elles-mêmes. La forêt peut nourrir dans cette zone un troupeau beaucoup plus dense que le monte plus sec du Chaco oriental; souvent 1000 têtes à la lieue de 2500 hectares. Au Nord et à l'Ouest de la fraction de la forêt où les grandes compagnies se sont approprié tout le sol, dans le gouvernement du Chaco, d'assez nombreux domaines d'élevage se sont créés. Plus loin encore, en deçà et au delà du Bermejo, des occupants sans titres ont introduit sur les terres du domaine public des bœufs amenés de Corrientesou du Paraguay. Incer-

tains de l'avenir, ils ne peuvent exécuter de travaux d'aménagement coûteux, puits, réservoirs, clôtures. Ils sont parfois réduits par la sécheresse à se replier sur le fleuve.

Les conditions sont fort différentes dans la forêt de Misiones. La forêt humide des Missions ne se prête pas à l'élevage. Tandis que la population forestière à l'Ouest du Parana consomme, grâce au voisinage des éleveurs, de la viande fraîche, à Misiones, dans les yerbales et les obrajes, l'usage de la viande sécliée, charqui ou carne seca, importée de loin, est resté général comme dans la majorité des régions de l'Amérique tropicale. En revanche, les Missions voient aujourd'hui se développer une colonisation agricole d'une forme originale et entièrement distincte du type général argentin. C'est que les Missions constituent en Argentine une région à part : elles se rattachent au plateau brésilien par leur structure géologique aussi bien que par leur climat. Les colonies des Missions ne sont que le prolongement sur territoire argentin de la grande zone des colonies du Brésil méridional, qui s'étend de la côte de Santa Catalina et du Rio Grande do Sul au rio Uruguay. Le type de colonisation brésilien est fondé sur la culture à la houe, dans les brèches ouvertes à la forêt par la hache et l'incendie. Les labours sont en effet impraticables entre les souches puissantes que les défricheurs doivent laisser dans le sol, et qui y pourrissent lentement. Ils sont d'ailleurs inutiles, car les terres, riches en humus, sont légères et aérées. Les sols rouges, produits par la décomposition des diabases auxquelles est liée toute richesse agricole dans le Brésil méridional, couvrent une grande partie de Misiones. L'infériorité économique de cette colonisation agricole en forêt auprès de la colonisation du type pampéen, qui a conquis les plaines herbeuses du Rio de la Plata, est double; d'une part, la superficie qu'un homme peut mettre en valeur est réduite; les lots des colonies brésiliennes sont dix fois

pins petits que rexploilalioii moyenne dans la Pampa; (l'aulro part, la circulation à travers la foré l est difficile el gène l'exportation des produits.

Les colonies des Missions sont encore limitées à la bordure de la grande forêt où elles pénétreront à mesure que la population agricole grandira. Elles forment deux groupes : l'un, sur le fleuve, au-dessus dePosadas (Candelaria, Bonpland, Corpus, San Ignacio, Santa Ana), l'autre, sur le flanc des collines, au-dessus de la voie ferrée de Posadas à l'Uruguay (San José, Apostoles). Produits vivriers, tabac, volailles et œufs, qu'elles expédient aujourd'buipar cbemin de fer jusqu'à Buenos Aires, sont leurs ressources essentielles; la possibilité d'atteindre par voie fluviale ou par voie ferrée les grands marchés consommateurs pampéens leur procure un certain avantage sur les colonies brésiliennes ; en revanche, les éléments de leur population paraissent de moindre valeur. Ils sont très variés : ils comprennent en effet des autochtones, restes de l'ancienne population indienne ou métissée des Missions, qui ont reçu des terres, et ne se hâtent pas de les mettre en valeur; des Polonais, groupés en quelques villages (Apostoles, San José) ; enfin des teuto-brésiliens immigrés de la rive gauche de l'Uruguay. Actuellement, un courant continu de teuto-brésiliens traverse les Missions pour s'embarquer à Posadas, remonter le Parana et aller se fixer plus au Nord dans l'Etat du Matto Grosso.

On pourrait sans doute, en leur offrant des terres convenablement choisies, en fixer une partie sur territoire argentin.

Ces paysans défricheurs ont rarement trouvé à vendre leur bois. La forêt tropicale est composée d'une extrême diversité d'espèces, dont quelques-unes seulement sont précieuses. L'obrajero n'abat pas la forêt : il y choisit 1 ses victimes. Dans la friche du colon, il est loin de pouvoir tout utiliser. Dans la zone même où fleurit l'industrie forestière, des troncs sans défauts, tombés pour

Denis. — LArKenline. 8

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faire place aux cultures, sont brûlés et détruits impitoyablement.

Mais les avantages indirects que l'industrie forestière assure à la colonisation agricole sont multiples. Comme dans tout le Brésil méridional elle offre à ses produits un marché avantageux : les récoltes des colonies sont concentrées par les commerçants de Posadas, qui les répartissent entre les obrajes et les yerbales. L'industrie fournit de plus un emploi aux bras disponibles. Au Rio- Grande do Sul, plus tard au Parana, les salaires de la cueillette du maté ont longtemps formé le plus clair des ressources des colonies, et leur ont permis de se maintenir pendant la période difficile de leurs débuts. Dans les Missions argentines, l'attraction des yerbales sur la population des colonies se manifeste avec moins d'ampleur : les colons qui consentent à abandonner leur lot pour aller s'embaucher au loin sont relativement peu nombreux. Les yerbales se recrutent, non parmi les immigrés venus d'Europe, mais parmi les anciens pobladores, c'est-à-dire parmi les occupants sans titre, dont on a régularisé la situation lors de la formation des colonies, population flottante, peu attachée au sol.

La colonisation agricole, à son tour, réagira sur l'industrie forestière en développant la culture du maté. Des plantations importantes d'ilexont été en effet créées en amont de Posadas. Déjà elles entrent en plein rapport. Elles sontéparses soit surles lots des colonies nationales, soit sur des propriétés plus étendues aux mains de colons plus riches, car la plantation exige d'assez grosses dépenses. Quelques-unes appartiennent à des commerçants qui exploitent encore ailleurs des yerbales naturels. Elles sont établies de préférence dans la forêt, ou du moins sur sa lisière, pour que le bois nécessaire au séchage des feuilles ne manque pas. Ainsi se prépare sur place, à mesure que les peuplements naturels s'appauvrissent, la transformation de l'industrie primitive de la cueillette du maté.

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