W. Vallentin, C/mbut. Berlin
cembrc cl janvier. Popper ' a signale (1887) des migrations du mèiiic type chez les Onas de Patagonic, qui se rapprochent de la côte en hiver, et s'en éloignent l'été pour chasser dans l'intérieur. La région du Nahuel Iluapi et du GoUon Cura exerçait une attraction à distance. La foret d'araucarias produisait en effet des graines (pinones) que les Indiens allaient recueillir, et ils étaient également friands des pommes sauvages qui mûrissaient sur le terrain des anciennes missions jésuites. Les fourrés de bambous de la Cordillère fournissaient les lances des Aucas et des Tehuelches.
Au Nahuel Iluapi aboutit la plus active de toutes les routes indiennes, qui venait du Santa Cruz inférieur, remontait le rio Chico et suivait de là vers le Nord le pied de la Cordillère. D'Orbigny l'a connue déjà par ouï dire. « Tous les Indiens qui vivent près des Andes en suivent, dans leurs voyages, le pied oriental, parce qu'ils y trouvent de l'eau ; tandis qu'ils en manqueraient en suivant les côtes : par là, ils vont du détroit de Magellan au Rio Negro ». La piste indienne ne s'éloignait de la dépression subandine qu'entre le rio Chico et le lac Buenos Aires, dans la zone où les hautes mesetas basaltiques s'avancent jusqu'à la Cordillère, et sur la Pampa du Senguerr.
Du Nahuel Iluapi, les Indiens du Sud gagnaient, en descendant le Limay et le Rio Negro, l'île de Choele Choel, à 500 kilomètres en amont de Carmen, où ils rencontraient les Aucas et les Puelches ; ils y échangeaient leurs peaux de guanacos contre les tissus de laine fabriqués par les Aucas. Choele Choel était le seul grand marché purement indigène : les blancs n'y pénétraient pas. Des raisons géographiques fixaient l'emplacement de ce marché de nomades. A la hauteur de Choele Choel, le Rio Negro se rapproche du Colorado et de l'archipel des Sierras de la Pampa méridionale, qui marquent autant
1. J. Popper, Exploracion de la Tierra de Fueijo. Bol. Instit. geogr. Argentirio, VllI, 1887, p. 7i-9ô.
DcM*. — LArçcnline. 9
d'étapes sur les routes entre la Pampa et les Andes. Au Sud, partait de Clioele Choel le chemin de la côte, moins exposé aux neiges que la piste subandine et que les Indiens suivaient pour gagner Le golfe de San Jorge et le Santa Cruz, en hiver, à la saison des pluies. Darwin signale l'importance du site et du gué de Choele Choel. Villarino l'avait devinée, et, dès 1782, plaidait pour qu'un poste y fût établi. En tenant ce point, dit-il, on empêcherait les tribus d'attaquer Buenos Aires et aussi d'approcher de la côte de Patagonie dans la région de San José'.
Aussi loin que nous puissions remonter, la vie indigène nous apparaît d'ailleurs comme profondément influencée par des relations entretenues avec les populations blanches. Les Aucas apportaient à Choele Choel, non seulement les produits de leur industrie, mais les objets achetés ou volés aux chrétiens de la Pampa. Le récit de Musters, qui suivit une tribu Tehuelche de Santa Cruz au pays de las Manzanas (pays des pommes), montre clairement que l'attraction exercée sur les Indiens par la région du Nahuel Huapi s'expliquait moins par ses ressources naturelles que par le voisinage des établissements chiliens de Valdivia, d'oîi venaient,, par les cols de la Cordillère, quelques charges d'eau-de-vie.
L'Indien n'a jamais pratiqué l'élevage des bœufs ; son troupeau ne comprend que des juments et un petit nombre de moutons. Mais, à défaut d'élevage, le commerce du bétail volé devient vile l'occupation principale des tribus. On se tromperait pourtant en simaginant que l'Indien pillard ait été pour les estancias du Carmen uniquement et constamment un adversaire redouté. Il leur ♦arrivait de recourir à ses services ou de profiter de ses méfaits. Après la Révolution, ce sont les Indiens qui aident à repeupler les estancias du Rio Negro en y amenant les bœufs marrons restés dans la région de S. José. Plus tard, Carmen achète les bœufs volés parles Indiens
1. Informe de D. Basilio Villarino à Fr. de Viednia, 4782. Coll. (ie Ancelis, ^'.
à Buenos Aires. De hStî") à i8'26, le nombre des bœufs vendus par les Indiens aux colons du rio Negro est évalué à 40 000. Ainsi alternaient, pour les éleveurs du Carmen, vis-à-vis des indigènes, les périodes de conflit armé et les périodes de complicité.
Mais le grand marché du bétail razzié fut toujours le Chili. Les razzias (nialones) et le passage des convois par la Cordillère commencent au xviii^ siècle et se poursuivent pendant tout le xix% jusqu'en 1880, où rétablissement de l'autorité argentine sur le versant oriental des montagnes donna au commerce du bétail une forme plus régulière. Les convois aboutissaient à Antuco et à Chillan, d'où les acheteurs chiliens accompagnaient parfois les tribus indiennes jusqu'aux tolderias de la lisière de la Pampa. Le trafic du bétail volé empruntait tous les passages de la Cordillère, depuis le col du Planchon sous le 55", que Roca fît couvrir dès 1877 par le fort d'Alamilo, jusqu'aux sources du Bio Bio. Le plus pratiqué élait celui de Pichachen ou d'Antuco. Sur le plateau, les routes de bétail formaient un faisceau, richement ramifié, et qui s'étalait sur une largeur de 200 kilomètres environ. Le chemin le plus septentrional partait à l'Est de la région de Poitague, et, après avoir guéé le Salado et l'Atuel et touché les aguadas de Cochico et de Ranquilco, pénétrait dans la Cordillère au coude du Rio Grande, l'nc autre piste remontait le Colorado pour gagner ensuite la haute vallée du Neuquen ; une troisième passait du Colorado au Rio Negro, et, en amont du confluent du Limay au rio Agrio ou à l'Alumine.
Les premiers renseignements précis sur le domaine des Indiens de Patagonie sont fournis par un groupe de voyageurs hardis qui, de 1870 à 1880, parcoururent les j>istes indiennes : Musters, Moreno, Moyano, Ramon Lista, etc. Leurs découvertes avaient déjà ébauché la reconnaissance géographique de la Patagonie lorsque la campagne de 1879 à 1885 l'ouvrit à la colonisation.
L'histoire de la colonisation blanche depuis 1880 laisse
132 LA RÉPUBLIOUE ARGENTINPl
reconnaître plusieurs courants de peuplement distincts. Le premier, parti de la région pampéenne, progresse du Nord au Sud le long de la côte atlantique et élargit peu à peu son domaine vers l'intérieur. Les éleveurs utilisent, pour amener les premiers troupeaux, la voie maritime ou l'ancienne piste indienne jalonnée de points d'eau reconnus. En 1884, le seul point habité de la côte entre le Rio Negro et le Deseado était la colonie galloise du Chubul. En 1886, Fontana ' signale déjà des estancias dans la région de Punta Delfin, au Sud du Cliubiit. Vers 1890, tout le pourtour du golfe de San Jorge a été occupé, et, peu après, le courant venu du Nord rencontre, vers San Julian et Santa Cruz, le courant provenant du Sud. L'expansion de la colonisation est m.oins rapide veis l'intérieur: AmbrosettiS'oit s'établir, en 1893 seulement, les premières estancias autour de la Sierra de Lihuel Calel, et, à la même date, Siemiradzki^ rencontre encore peu de traces de colonisation sur le Colorado.
Le deuxième courant de peuplement provient de la région magellaniennc; il a son origine en territoire chilien autour de Punta Arenas. C'est vers 1878 que l'élevage du mouton se répand autour de Punta Arenas, et entre 1885 et 1892 que les estancias magellaniennes se W multiplient le plus rapidement. Elles occupent au Nord du détroit les terres basses en bordure de Skyring Watcr et d'Otv/ay Water, puis le plateau au Sud du Gallegos ; elles progressent le long de l'Atlantique jusqu'au Santa Cruz. En 1896, la limite du mouton se trouve sur le Santa Cruz à 50 kilomètres de la côte (Hatcher)*. A l'Ouesl, Puerto Consuelo est fondé en 1892, et, en 1898, la colo-
1. L. J. Fontana, Exploracion en la Palacjonia austral. Bol. Inslil. geogr. Argent., \'II, 1886, p. 223-259.
2. J. B. Ambrosetti, Viaje a la Pampa centra!. Bol. Inst. geogr. Argent., XIV, 1893, p. 292-568.
5. J. V. Siemiradzki, £'me Forschungsreise in Patagunien. Petermann's Miiteiliingen, XXXIX, 1893, p. 49 62.
4. J. B. lîatclier, Reports of the Princelon Universily expéditions lo Patagonia, 1896-99. Narrative of the expéditions. Geography of southern Patagonia. Princelon. Stuttgart, 1903.
LA PATAGOXIE ET LÉLEVAGE DU MOUTON. 133
nisalion s'arrête devanl la barrière montagneuse que le Cerro Payne et le plateau basaltique du Cerro Vi/xachas interposent entre le lac Arg^entin et le fjord de la Ultima Esperanza.
Les zones de colonisation primitive de la Patagonie méridionale et de la côte se distinguent encore aujourd'hui par la densité relativement élevée de leur population. Mais les éleveurs en quôte de terres inoccupées n'ont pas tardé à s'avancer au delà. En 1895 et 1900, ils se portent à l'Ouest du golfe de San Jorge vers le bassin du Senguerr et du Gcnua (fondation de la colonie Sarmiento, au Sud du Golhuapi 1897; fondation de San Martin sur le Genua 1900). Depuis 1900, le peuplement a remonté aussi le Sanla Cruz et le Piio Chico, jusque dans la zone andine, et la lacune qui subsistait encore il y a 20 ans, entre la région du Senguerr et celle du lac Argentin, aisément reconnaissable sur les cartes de la Commission des Frontières, a été à peu près entièrement comblée.
L'histoire de la colonisation dans la partie Nord des Andes de Patagonie est plus compliquée. Aussitôt après la campagne de 1885, les vallées du Neuquen sont envahies par des immigrants chiliens, métis de la « Frontière », qu'il n'est pas toujours aisé de distinguer des Araucans purs. Quelques Chilotes, et même quelques Allemands des colonies méridionales du Chili,, étaient mêlés aux métis. Ce courant d'immigration avait commencé avant la conquête. Dès 1881, Host' signale la présence à Chosmalal de familles d'agriculteurs chiliens qui tenaient leurs terres du Cacique indien. Ils gardaient pendanl l'été les troupeaux transhumants venus de la plaine chilienne. Le pays pacifié, leur nombre s'accrut rapidement. Ce sont eux qui fournirent la main-d'œuvre des placers du Neuquen, dont l'exploitation commença à
1. Fr. Host, Expcdicion al Neuquen. Bol. Inslif. geogr. Aigenlino, II, 1881, p. 10-16.
154 LA REPUBLIQUE ARGENTL\E.
partir de 1890. La zone où s'étendit la colonisation cliilienne, va du Rio Atuel, où Villanueva' signale en 1884 des immigrants chiliens, jusqu'au Sud du Nahuel Huapi, où des Chiliens furent encore rencontrés par Vallentin en 1906, sur le rio Pico, tout près du 44° L. S. Au Sud du Nahuel Huapi il n'existe pas de passage régulièrement pratiqué à travers la Cordillère \ Les colons chiliens de la zone méridionale sont donc venus du Nord en suivant le pied oriental des Andes. Bailey Willis estime qu'il y a 2000 Chiliens sur une population totale de 3500 habitants dans la région subandine depuis le Nahuel Huapi jusqu'à Diez y seis die Octubre. Le nombre total des immigrants chiliens a pu atteindre 20000. Il ne continue pas à s'accroître. L'immigration chilienne s'est interrompue enlre 1890 et 1895. Après le règlement du tracé de la frontière, le Gouvernement chilien a cherché à ramener sur son territoire une parlie des émigrants. Beaucoup sont allés se fixer dans la vallée du Lonquimay. En 1896, Moreno observe partout dans la vallée du Collon Cura la trace du départ des colons chiliens qui venaient d'abandonner le pays.
A l'origine, les Argentins des provinces occidentales de San Juan et de Mendoza avaient été seuls à disputer le sol aux Chiliens. C'est eux que Furque^ trouve en 1888 à Roca, sur le Rio Negro, mais à partir de 1890 à 1895, des immigrants de nationalités divei'ses se fixent dans le Neuquen et le Rio Negro. Des capitalistes étrangers y .organisent les premières cstancias. En 1888, d'autre part, les Gallois du Chubut inférieur, guidés par les Indiens, essaiment de la côte vers la région subandine et s'établissent dans la vallée de Diez v Seis de Gctubre.
1. C. Villaiiueva, De Mendoza a Norquin. Bol. Iiist. geogr. Ai'gentino, V, 1884, p. 171-174.
2. Les bûcherons cliilotes ont pénétré parfois jusque dans les vallées orientales à la recherche de bois d'alerces, mois ce sont des nomades qui ne se fixent pas.
3. Furque, Desoipcion ciel Fueblo General Roca, Bol. Inst. gcopr. Argentino, IX, 1888, p. 124-102.
Entre 1895 et 1900, les vallées voisines commencent à se peupler, et les zones de colonisation du NahuelHuapi et du Senguerr se soudent'.
Le caractère le plus frappant de la colonisation en Patagonio est la très faible densité de la po})ulatîon. Le recensement de i914 donne 81 000 hal)ilants en tout aux territoires du Rio Negro, du Neuquen, du Chuhut, de Santa Cniz et de la Terre de Feu. Une estancia bien tenue de '2500 kilomètres carrés comporte euA^iron un personnel d'une centaine d'hommes, soit au maximum, en faisant la part des étrangers établis sur ses terres, 500 habitants, i\ peine plus d'un pour dix Ivilomètres carrés. Cette population se divise en deux classes distinctes. L'une a des titres de propriété réguliers, elle est enracinée et stable. Le Gouvernement, après avoir à l'origine accordé de vastes concessions où se sont établies surtout des propriétés anglaises, s'efforce aujourd'hui de diviser le sol davantage, et les lots des nouvelles colonies pastorales qu'il met en vente n'ont plus que 625 hectares. Mais c'est là une superficie trop faible pour établir un domaine d'élevage, si favorable que soit sa situation, et la concentration des terres entre un petit nombre de propriétaires paraît inévitable. L'antre partie de la population occupe des terres qui ne lui appartiennent pas; elle se déplace à mesure que des concessions régulières sont octroyées à de nouvelles esîancias, vivant, pour ainsi dire, en marge delà colonisation, et réduite de plus en plus aux zones les plus pauvres. Parfois les « intruses » ou les « pobladores » obtiennent
1. Malip'é leur impoiiance, il faut considérer comme des épisodes dans l'histoire de la colonisati.on de la F'atagonie, l«s affiux de population provoqui'-s sur la côte orientale par la découverte de l'or des ■pbcers du r,ap ^'irf^Piies el de la ente atlantirine do la Terre de Feu (1884), et par celle du pétrole à Hivadavia (1907) au cours de sondages à la recherche de l'eau, Rivadavia, avec ses ÔOOO habitants, est déjà l'on des principaux centres de la Patagonie.
156 LA REPUBLIQUE ARGENTLNE.
pour leurs troupeaux riiospitalité sur les terres d'une estancia, en échange de services ; ils disposent de peu de capitaux, et ne pratiquent aucune amélioration matérielle. Ils se préoccupent peu de ménager le pâturage qu'il ne leur importe guère de voir s'appauvrir.
Le climat établit en Patagonie deux régions pastorales distinctes. A l'Ouest, la zone andine humide est favorable à l'élevage des bœufs. Vers 1870, les Chiliens de Valdivia chassaient les bœufs sauvages dans la région du Nahuel Huapi ; de même, la Commission des frontières rencontra sur les rives du lac San Martin, encore inoccupées, de grands troupeaux de bœufs sauvages. Le mouton ne prospère pas dans la zone humide, où les pluies ont lessivé les terres et entraîné les sels qui paraissent lui être indispensables. Le plateau aride, au contraire, est le pays du mouton. Il y a éliminé le gros bétail, môme dans la zone que les premiers éleveurs à la fin du xviif siècle avaient peuplée de bœufs. Entre la zone du mouton et celle du bœuf s'étend une zone mixte, où les deux élevages se combinent : elle est plus ou moins étendue, selon que la transition du climat humide au climat désertique est lente ou brusque; elle est surtout importante dans les régions où la colonisation est déjà ancienne, comme la région fucgienne et le Neuquen; elle manque dans les régions de colonisation récente (Chubut et Santa Cruz), où les éleveurs de moutons ont trouvé le champ libre jusqu'aux x\ndes. Les estancias de la Cordillère, spécialisées dans l'élevage du gros bétail, nourrissent toutes un petit troupeau de moutons réservés i\ leur propre consommation, leur personnel étant trop restreint pour qu'il soit économique d'abattre des bœufs. La zone du mouton est de beaucoup la plus étendue : sur sa superficie, les taches de colonisation agricole sont infiniment clairsemées et réduites. Elles sont limitées aux oasis fluviales du Rio Negro et du Chubut. Ces petites régions de culture ont conserA'^é à l'égard de la zone pastorale où elles sont perdues une indépen-
LA PATAGOME ET L'ÉLEVAGE DU MOUTON. 157 dancc économique remarquable. C'est ainsi que les cultivateurs du Chubut exportaient leurs blés vers Buenos Aires jusque vers 1900, et y envoient aujourd'hui leurs balles de luzerne sèche. Quelques estancias ont l'ait de petits essais de culture en quelques points favorisés, mais elles sont uniquement destinées à augmenter leurs réserves de fourrage, non pour le troupeau de moutons, mais pour les chevaux de selle employés à la surveillance du domaine, et pour les attelages utilisés aux transports.
La capacité pastorale de la brousse patagonienne est en moyenne de 800 à 1200 têtes de mouton par lieue carrée de 25 kilomètres carrés, moins du 1/10 des prairies de la Pampa orientale. L'estancia établit sa résidence sur la partie la plus favorisée du domaine, où le manque d'eau est le moins à craindre, et où le patul'oge est le plus abondant. C'est là, en effet, que l'on amène périodiquement les moutons pour leur faire subir les bains désinfectants contre la gale, et qu'on les rassemble pour la tonte. Ces mouvements incessants vers le centre de l'estancia y déterminent une surcharge presque permanente du pâturage, qui est un des soucis principaux de l'éleveur. Le territoire de l'estancia est aussitôt que possible divisé en quartiers (potreros) par des clôtures de fil d'acier, qui permettent à la fois de surs'eiller la reproduction et l'amélioration du troupeau et de mieux utiliser le pâturage. Le clôturage est plus avancé près de la Cordillère qui fournit du bois pour les piquets.
Certaines régions restent désertes faute de points d'eau. Parmi les points d'eau naturels, les uns sont permanents : les eaux sourdent à la base des bancs fissurés de roches volcaniques, lorsque la roche sousjacente est imperméable, et au-dessus de différents niveaux marneux des mollasses patagoniennes, par exemple dans les canadones du pourtour du golfe de San Jorge. En outre, les pluies et la fonte des neiges
158 LA RÉPUBLIOIE .ARGENTINE.
laissent à la surface du plateau un grand nombre de flaques qui s'évaporent à la saison sèche ; ce sont ces points d'eau temporaires, « manantiales », auxquels l'élevage est réduit sur de grandes étendues du plateau. La plupart des nappes sans écoulement, qui ont un caractère permanent, sont salées; la teneur en sel en est très variable et se modifie pour chacune d'elles suivant les cycles d'années sèches et d'années humides. Les eaux du Carilaufquen étaient douces en 1900; en 1914 elles étaient devenues saumâtres, bien qu'utilisables encore pour les troupeaux.
La recherche de points deau permanents est le premier soin de l'éleveur. Dans quelques régions, il a réussi à atteindre par des puits des nappes d'eau douce. Ces puits manquent dans les zones cristallines, dans les dépressions fermées, où les nappes sont parfois puissantes, mais toujours salées. îls manquent aussi dans la zone des grès rouges, la plus aride de toutes. Dans la région occidentale, les puits sont creusés dans les vallées sèches, sur le tracé des courants d'eau souterrains. C'est ainsi que le Picun Leufu, dont le cours superficiel se perd 25 kilomètres en amont de son confluent avec le Limay, est jalonné par une ligne ininterrompue de puits. C'est surtout dans la région côtière que les puits ont transformé les conditions de l'élevage. L'eau y fut découverte d'abord au pied des dunes, le long de la côte elle-même (région de Viedma, San-Jose, etc.). Depuis, des forages profonds ont été entrepris dans toute la plate-forme tertiaire de part et d'autre du Rio Negro inférieur, au Nord de San x\ntonio. Chaque estancia y a son réservoir de tôle, abrité par un bouquet de tamaris, et qu'un moteur à vent travaille à remplir.
Tous les pâturages ne sont pas utilisables indiff'éremment en toute saison : tous ceux dont l'altitude dépasse 1200 mètres au Nord, 7 ou 800 mètres au Sud, sont recoiuverts en hiver d'une épaisse couche de neige et constituent des pâturages d'été. L'hiver, les animaux
LA PATAGOiME ET L'ELEVAGE DU MOUTOX. lô'J
sont ramenés dans les vallées principales ou dans les cafladones abrités au-dessous du niveau du plateau. Le mallin est en général un pAlurage d'hiver; cependant, lorsqu'il est trop humide, il devient mouvant, et les animaux s'y enlisent; il leur faut attendre les beaux jours pour y pénétrer. Les pâturages où manquent les points d'eau permanents, et qui n'ont que des manantiales, desséchés dès le début de l'été, ne peuvent eux aussi être utilisés que comme pâturages d'hiver. Il faut donc, à chaque estancia, outre des ressources assurées en eau, une heureuse association de pâturages d'hiver et de pâturages d'été, qui est bien loin de se rencontrer toujours sur chacun des lots, géométriquement découpés à l'usage de la colonisation par l'administration des terres.
La constitution du troupeau et la première occupation du terrain ont obligé les éleveurs à des voyages difficiles, dont plus d'un tourna au désastre. Les premiers arrivants, poussant leur bétail sur des pistes mal connues, franchirent, non sans pertes, les parties arides du plateau que d'Orbigny, traduisant littéralement le mot espagnol de travesia, appelle des « traversées n\ Une fois l'estancia établie, l'élevage ne comporte plus, à l'exception de certaines migrations particulières de transhumance que j'étudie plus loin, de déplacements des troupeaux à grande distance. C'est sur chaque estancia, parfois sur cha(iue groupe de quelques estancias associées en un seul domaine, qu'ils passent alternativement des pâturages d'hiver aux pâturages d'été. Les seuls transports sont ceux de la laine. Les toisons que le vent d'Ouest a lourdement chargées de poussière sont rassemblées dans des hangars dépendant de l'estancia, ou, pour les intrusos, chez de petits commerçants « bolicberos »,
1. La recherche îles ilin6roircs possibles pour amener du bétail dans les régions non encore colonisées a contribué à la reconnaissance de la Patagonie. Movano est conduit par cette préoccupation à explorer la roule de Santa riruz au XahuoI Huapi.
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dispersés jusque sur les parties les plus reculées du plateau. Des troupes de chars les emportent ensuite aux ports de la côte.
Depuis peu d'années pourtant, la laine a cessé d'être le seul produit des estancias. Peu avant 1895, s'établirent sur le détroit de Magellan les premières graisseries, pour abattre les brebis âgées qui ont cessé d être fécondes. Les frigorifiques ont succédé aux graisseries et se sont ouverts à Puerto Callegos et à San Julian. Un troisième frigorifique est en construction à Puerto Deseado (1915). Dans la Patagonie septentrionale, une partie du troupeau est envoyée de même aux frigoriliques ou aux abattoirs de la région pampéenne. La création des frigorifiques a rendu nécessaire une adaptation de l'élevage à des conditions économiques nouvelles. La race merino tend, dans toute la zone d'influence du frigorifique, à être éliminée par la race .lincoln, de poids plus fort et de croissance plus rapide, tandis qu'elle se maintient dans la Patagonie aride du Nord.
En outre, l'approvisionnement des frigorifiques détermine des mouvements importants de transport de bétail : les troupeaux, à destination des frigorifiques ou des voies ferrées du Nord, circulent à la belle saison, après la tonte, de novembre à avril. Les routes qu'ils suivent ne sont pas encore invariablement fixées. L'une des plus passantes, qui mène des plateaux subandins vers San Julian, suit la vallée de Santa Cruz. Rien, au moment où a été faite la division des terres, n'avait fait prévoir cette forme de circulation ; rien n'a été préparé pour la faciliter. Les chemins traversent les estancias qui sont contraintes d'autoriser le passage ; lourde servitude pour certaines d'entre elles, à moins qu'en louant le pâturage aux troupeaux en voyage, elles ne tirent au contraire une ressource précieuse de leur situation sur la route qui se crée.
La zone andine, si elle est encore aujourd'hui, elle
aussi, principalement pastorale, n'en est pas moins infiniment plus variée et plus riche en possibilités de développement que le plateau. L'agriculture y est dès maintenant associée à l'élevage.
Le nom de « vegas », qui désigne dans la Puna et à San Juan des pâturages alpestres, s'applique ici aux taches de cultures des vallées andines. Elles apparaissent au Nord dans la vallée du Neuquen, autour de Chosmalal. Au Sud, la vallée du Rio Pico marque la limite des cultures. L'irrigation est presque toujours nécessaire au Nord du lac Nahuel Huapi, oii les vegas ont le plus souvent un sol d'alluvions grossières, ou de tufs perméables qui se dessèchent vite. Les ressources en eau sont, il est vrai, abondantes, et s'accroissent rapidement vers le Sud. Le principal obstacle à l'extension des cultures est la fréquence des gelées de printemps et d'été. Les fosses profondes de la dépression subandine au Sud du Nahuel Huapi, dont l'altitude s'abaisse à 500 mètres au Bolson, à 400 mètres à Diez y seis de Octubre, n'ont pas de gelées d'été, et nourrissent de petites communautés agricoles. Aux altitudes supérieures, dans le bassin du Nahuel Huapi, ou sur les vegas du Traful et du Lac Lacar, vers l'altitude de 700 mètres, la distribution des gelées d'été est en relation étroite avec le relief et la disposition du terrain qui facilite ou entrave la circulation des couches d'air froid et le jeu de ce que l'on a appelé le drainage atmosphérique. Les vallées bien ouvertes de l'Ouest à l'Est, au débouché des lacs, oîi les vents d'Ouest trouvent libre passage, sont peu exposées aux gelées. Partout où les gelées sont fréquentes, on doit se borner à cultiver des plantes fouiragères; les cantons plus favorisés, qui récoltent du blé, du seigle et des pommes de terre, contribuent à l'approvisionnement de la population pastorale locale et exportent une partie de leur production jusqu'à une faible distance sur le plateau.
L'élevage des bœufs est pratiqué, comme l'élevage
des moutons sur le plateau, à la fois par des pobladores sur les terres publiques, et par des estancieros établis sur des concessions régulières qu'ils ont aménagées et clôturées. Les hauts pâturages alpestres, au-dessus de la lisière de la forêt, sont en partie utilisés comme pâturages d'été de décembre à mars. La forêt sert elle aussi au pâturage ; elle constitue un terrain de parcours permanent, utilisable l'hiver et l'été. Au-dessous de l'altitude de 1000 mètres, les fourrés de bambous du sousbois fournissent un abri pendant l'hiver et un fourrage que la neige n'ensevelit pas. Les incendies allumés par les éleveurs ont transformé une partie de la forêt primitive en une brousse qu'envahit une légumineuse grimpante fourragère, et dont la capacité pastorale dépasse celle de la forêt. A TEst de la forêt, la prairie, trop exposée aux vents, ne convient pas en général comme pâturage d'hiver; les bœufs trouvent un refuge dans les vallées abritées et dans les fourrés de mayten qui suivent les dépressions : Bailey Willis estime à 400 bœufs par lieue carrée de 2500 hectares la capacité pastorale de la forêt vierge; à 600, celle de la forêt incendiée, à 350 celle des prairies subandines. Le problème essentiel pour l'utilisation complète des ressources pastorales de la région subandine est un problème de circulation. Les chemins manquent, en effet, pour passer d'une zone à l'autre, et pour gagner les hautes prairies; les troncs abattus qui encombrent la forêt ne peuvent être franchis par les bœufs; le rassemblement des bêtes pour la vente est difficile ainsi que la surveillance du troupeau.
Le rendement de l'exploitation du bois paraît devoir rester faible. La forêt, réduite par les incendies, difficile d'accès, est composée en partie d'arbres trop âgés. Le libocedrus a été enlevé sur un tiers de la superficie. L'Alerce, qui est l'essence la plus précieuse, ne passe que rarement sur territoire argentin. Les scieries ne se sont pas multipliées sur le versant oriental des Andes comme dans la région magellanienne. Le rôle essentiel
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de la forêt, selon l'avis des forestiers argentins, est de régler la circulation des eaux. Dans ce pays d'érosion glaciaire, de captures récentes, où les cours d'eau ont partout un profil accidenté, où des lacs régularisent leur débit, l'utilisation de la force hydraulique est particulièrement aisée. La houille blanche en fera, dit Bailey Willis, une grande région industrielle, et y implantera la vie ui'baine. Bailey Willis, dont l'optimisme et le don prophétique no manqueront pas de surprendre un lecteur européen, a tracé, à l'extrémité orientale du lac Nahuel Huapi, le plan circonstancié d'une ville future de 40000 âmes. Le terroir patagonien fournira la matière première à ses industries : bois, cuirs, laines.
Une des conditions indispensables au développement de la vie urbaine est du moins pleinement réalisée dans la région du Nahuel Huapi et du Limay. Elle constitue un carrefour remarquable de voies naturelles, dont l'avenir accroitra la valeur économique. Là, se rejoignent les routes qui viennent de la Patagonie australe par la dépression subandine, du golfe de San Antonio sur l'Atlantique, et du Rio Negro par le Limay et les routes qui mènent au Chili et à travers la Cordillère. Toute la zone des Andes comprise entre le 56" et le 42", à hauteur de la partie méridionale de la plaine chilienne, comporte des passages faciles et des cols nombreux. Les relations ont toujours été étroites entre les deux versants ; la population a librement émigré de l'un à l'autre. Mais, au Nord du 59" L. S., ces cols ne s'abaissent guère au-dessous de 1500 mètres; ils sont coupés en hiver par la neige et ne se prêtent qu'à une circulation saisonnière, comme celle que représentent les transports de bétail. Il n'en est pas de même au Sud du volcan Lanin : là commencent les vallées glaciaires qui pénètrent jusqu'au cœur de la Cordillère et dont quelques-unes la traversent d'Est en Ouest. Leur reconnaissance n'est pas encore achevée. Le col de Bariloche, au Sud du Tronador, par lequel les missionnaires chiliens parvenaient
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au xviii" siècle sur le Naliuel Iluapi, a cessé d'être pratiqué. Le col du Cajon Negro, à l'Ouest du lac Traful, par où Bailey Willis fait passer le tracé du chemin de ter transandindu Sud, n'a été découvert que récemment, et les vallées qui y aboutissent sur le versant chilien ne sont pas encore reconnues. Les deux routes transandines les plus fréquentées sont aujourd'hui celles de Ferez Rosales qui mène du Chili au Nahuel Huapi en passant au Nord du Tronador, et, plus au Nord, celle du lac Lacar et de San Martin. L'une et l'autre ont reçu un aménagement provisoire, et des téléféric{ues ou des decauvilles y relient les lacs. Les transbordements successifs réduisent leur rendement, mais la circulation y est permanente et elle ne s'interrompt pas pendant Ihiver. La réduction des exportations de bœufs vers le Chili a momentanément réduit leur activité, mais elle ne peut manquer de reprendre sous d'autres formes. Leur importance permanente est un des faits les plus clairement inscrits par la nature sur le sol américain.
11 est difficile, faute de documents, d'entreprendre pour tout l'ensemble de la Patagonie une description détaillée de l'industrie pastorale, en suivant, pas à pas, sur le terrain, ses efforts pour s'adapter aux conditions naturelles. Mais cette analyse peut être tentée pour la région comprise entre San Antonio et le Nahuel Huapi, au Sud du Rio Negro', pour la vallée du Rio Negro et pour le plateau qui s'étend à l'Ouest entre le Neuquen et le Limay. Cette fraction de la Patagonie est aujourd'hui facilement accessible : deux voies ferrées parallèles y pénètrent. L'une part de San Antonio sur l'Atlantique, et se dirige à l'Ouest vers le Nahuel Huapi; elle atteint (19J4) Maquinchao, sur le plateau, à mi-chemin des Andes; l'autre part de Bahia Blanca ; elle atteint à
1. C'est sur cette région qu'ont porté les études de la Commission dirigée par Bailey Willis.
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Clioelc-Clioel la vallée du Rio Negro et la remonte jusqu'au confluent du Ncuquen, puis pénètre à 200 kilomètres à rOucst jusqu'à Zapala, au pied des premiers ciiainons subandius. L'une et l'autre de ces deux lignes ont l'ambition de servir d'amorce à des transandins; du moins se hàtent-elles d'atteindre la zone humide du pi^^d des Andes, capable d'alimenter un trafic plus actif que le plateau désertique.
Le chemin de fer de San Antonio et la piste qui le prolonge, à l'Ouest de Maquinchao, traverse, de l'Ailantique aux Andes, sur une distance de 500 kilomètres, cinq régions distinctes : la première est la plaine côtière, formée de sédiments marins tertiaires horizontaux, argileux et sableux. La plaine se relève lentement vers l'Ouest et atteint 200 mètres à 90 kilomètres de la côte. Cette plate-forme côtière sépare, au Nord-Ouest, du fond du golfe de San Antonio, la dépression fermée du Bajo del Ciualicho. Sa surface est peu accidentée; les cailloux roulés sont accumulés à sa superficie en une sorte de ]ioudingue : malgré l'apparence, ces sols caillouteux ne sont pas défavorables à la végétation. Les eaux de pluie y sont rapidement absorbées et échappent à l'évaporation. La végétation est relativement riche. Il n'existe pas do sources: mais, sur les affleurements marneux, les pluies d'automne entretiennent des « manantiales », qui ne tarissent qu'au printemps. La plaine côtière est abandonnée l'été, faute d'eau. Mais l'hiver, les troupeaux s'y rassemblent et y séjournent jusqu'au printemps. La neige y est peu abondante, la température est douce. Malgré la densité de la population pastorale en hiver, la pâturage ne souffre pas; les graminées restent abondantes parmi les buissons du monte ; c'est que les troupeaux quittent la région avant la saison où les herbes fleurissent et fructifient, et que le réensemencement est possible. Une partie des troupeaux qui hivernent dans la plaine côtière eslive au Sud-Ouest sur les hauts-plateaux basaltiques de Somuncura. La surface entière du
Denis. — I/Aiirenline. lO
plateau n'est pourtant pas utilisable d'une façon permanente pendant tout Télé. L'eau y abonde au printemps après la fonle des neiges. xVu cœur de Tété, les troupeaux se concentrent au voisinage des sources permanentes pour se disperser de nouveau dans les pâturages de la montagne aux pluies d'automne, avant le retour vers la plaine.
La deuxième région est celle de Valcheta. Depuis Aguada Cecilia jusqu'à Gorral Chico, la voie ferrée suit pendant 80 kilomètres le front des épanchements de laves venus du Sud, qui recouvrent les argiles tertiaires. En avant de l'escarpement basaltique, le terrain s'abaisse au Nord vers une dépression fermée, le bajo de Valcheta, dont le fond est occupé par des argiles imprégnées de sel. Les couches tertiaires marines entourent cette dépression à l'Ouest et au Nord où elles la séparent du bajo del Gualicho, mais elles ne forment plus ici qu'une mince pellicule recouvrant laplate-fornic cristalline. Le contact des basaltes et des marnes tertiaires est marqué par une série de sources })uissantes, qui forment des ruisseaux permanents, comme l'arroyo Valcheta et le Naliuel Niyeu. Ils coulent d'abord dans une étroite vallée couronnée par les basaltes et dont le fond est occupé par des prairies tourbeuses, puis sur les marnes tertiaires, et, à la hauteur de la voie ferrée, s'enfoncent dans une gorge creusée dans les granits, avant de se perdre au Nord dans le salitral. Une petite o.asis agricole est nourrie par les eaux du Valcheta. Le site de Valcheta a une importance exceptionnelle dans l'histoire de la colonisation de la Patagonie. Il marque une étape nécessaire sur la piste indienne de l'Allantique au Nahuel Huapi dont la voie ferrée suit aujourd'hui les traces. Musters s'y est arrêté. Là, passait aussi la piste de Choele-Choel, sur le Rio Negro, vers la côte méridionale et le Santa Cruz. Elle était, dit Ezcurra',
1. Pedro Ezcurra, Comino indio entre los rios Negro y Chnbut. La travesia de Valcheta. Bol. Instit. geogr. Argenlino, XIX. 98, p. 1.1i-lo8.
bii passante que le pied des chevaux l'uvait profondément creusée. Le village argentin date de 1890; il vécut (l'abord du ravitaillement en fourrage des caravanes de chars qui font le tran.sport des laines; le chemin de fer a supprimé cette forme de circulation et le seul débouché de l'oasis est aujourd'hui le petit port de San Antonio, où les laines sont embarquées et dont les environs sont impropres à loiitc culture.
Gomme la région côtière, la région de Valcheta paraît destinée par sa faible altitude à servir de terrain de parcours d'hiver. En fait, le pâturage est utilisé toute l'année. Les points d'eau ne tarissent pas en été. Les ruisseaux qui descendent du Sud vers le bajo de Valcheta sont permanents; en outre, quelques puits ont été forés dans les couches tertiaires. A la ditférence de ce qui se passe dans la plaine côtière, le bétail peut donc ici être conservé pendant l'été. La reproduction des graminées se fait moins librement, et le pâturage teud à s'appauvrir.
La troisième zone, à 200 kilomètres de la côte, est r-elle du plateau des Cerros Colorados, où des croupes basses de granit rouge émergent comme un archipel des formations tertiaires déposées dans les dépressions qui les séparent. Son altitude augmente vers l'Ouest de "200 à 400 mètres. C'est une des parties les plus pauvres du plateau et la densité du troupeau s'y réduit à 000 tétcs par lieue carrée. La roche nue y affleure, sans être recouverte, comme plus à l'Est, par une nappe de cailloux; dans les vallées, l'eau est rare et à une grande profondeur. Il n'y a pas de déplacements périodiques du bétail; il se tient l'hiver et l'été à la portée de quelques sources maigres qui naissent de quelques aflleurements de laves d'étendue restreinte, et s'en éloigne seulement sur le plateau après la période des pluies.
Au delà des Cerros Colorados, la ligne s'élève rapidement et atteint à Maquinchao le bassin du lac Carilaufquen. Le Carilaufquen occupe, à l'altitude de
900 mètres, le fond d'une dépression fermée dominée de tous côlés par un plaleau de laves, vers lequel aboutit au Sud un faisceau de vallées importantes (Nahuel Niyeu, Ouetriquile, Maquincliao). Ces vallées naissent au Sud dans le plateau basaltique, à 1200 mètres et 1400 mètres, et n'ont d'eaux courantes que dans leur partie supérieure. Elles s'ouvrent au Sud du Carilaufquen sur une large plaine, qu'enferme une cornicbe sombre de laves haute de 100 mètres environ. Les eaux ont accumulé dans la plaine des formations alluviales que les vents ont remaniées, cailloux anguleux des terrasses, fine poussière des mallines, sables des dunes sur le pourtour du lac.
Toute cette région est beaucoup plus favorisée que les Cerros Colorados. Les sources sont nombreuses, à la base des coulées de laves, sur les flancs des vallées, et ont dispensé jusqu'ici de chercher les nappes souterraines qui suivent certainement les vallées. Le haut bassin du Ouetriquile, qui n'est pourtant occupé que par des « intrusos », paraît avoir une densité pastorale particulièrement élevée, et nourrit, assure-t-on, 500 000 moutons. Dans la partie occidentale de la région, le printemps est plus tardif, et les neiges sont à craindre pendant la saison de la mise-bas. Aussi n'y a-t-on pas de béliers, et les agneaux y sont amenés de Maquinchao. Cette spécialisation des zones consacrées à la multiplication du troupeau permet d'améliorer rapidement la race. Ici encore, il n'y a pas de déplacements du bétail à grande distance pour l'utilisation du pâturage. La végétation des vallées a souffert, dans les années de sécheresse qui ont précédé 1914, de la permanence du parcours du troupeau, qui empêche le réensemencement des graminées utiles. Le danger est moindre pourtant que sur les Cerros Colorados, parce que les mallines sont étendus et suffisent à l'alimentation des moutons, pendant les périodes où les « manantiales » du plateau sont taris et où le bétail est confiné aux vallées.
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La cinquième région comprend le massif élevé qui sépare le bassin du Carilaul'quen du Nalmel Huapi, et dont les eaux s'écoulent au Nord vers le Limay, au Sud vers le Cluibut. Des éruplions successives ont répandu à sa suri\ice des laves et des cendres qui s'élèvent à l'Anecon jusqu'à 2000 mètres; la plate-i'orme granitique qui affleure au Nord au Cerro Aspero et au Qu^fl^'^di'o atteint elle-même 1500 et 1400 mètres, et elle offre par endroits des formes hardies et rajeunies. Toute la région a été profondément découpée par l'érosion et offre des passages relativement aisés que les roules indiennes ont utilisés. Au-dessous des hautes pentes, les vallées s'approfondissent en gorges qui s'élargissent dans les tufs meubles et s'étranglent à la traversée des laves ou des affleurements granitiques. Dans ce pays accidenté, où les difl'érences d'altitude sont très marquées, les pâturages d'hiver et les pâturages d'été sont partout proches : les précipitations sont plus abondantes qu'à distance de la Cordillère, le pâturage est plus riche et la densité du troupeau s'élève à 1600 têtes à la lieue, l^es moulons passent l'hiver sur les versants inférieurs, abrités contre le vent et la neige; ils descendent au mallin quand la sécheresse débute et en rafifermit le sol. En été. ils gravissent les plateaux oîi les pâturages s'étendent jusque vers 1500 mètres.
Bailey Willis, étudiant les améliorations qui pourraient être apportées aux pratiques pastorales, conclut f[ue le point essentiel serait d'utiliser chaque pâturage à la saison favoral)le et d'établir une rotation raisonnée entre les terrains de parcours. Ce régime, le seul qui permette de ménager les ressources naturelles de la brousse en plantes fourragères, n'est appliqué aujourd'hui que dans un petit nombre de districts : à l'Est, où les troupeaux hivernent dans la plaine côtière et estivent sur le plateau de Somuncura, et à l'Ouest, autour de l'Anecon, où les pâturages d'été et d'hiver sont groupés à peu de distance les uns des autres. 11 devrait être
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général. Les zones à réserver au pâturage d'hiver comprennent la plaine côtière, toute la région basse autour de Valclieta, et la partie inférieure des vallées au Sud du Carilaufquen. Elles sont moins étendues que les pâturages d'été disponibles, mais on pourrait accroître leur capacité en développant les cultures irriguées dans le Bajo de Valcheta et en ensemençant en luzerne les mallines du bassin du Carilaufquen. Les vallées basses autour du Carilaufquen devraient être réservées aux pâturages d'hiver. L'été, les moutons seraient menés au Sud dans les hautes, vallées qui .ont des pâturages permanents. Ils se répandraient de là, après la fonte des neiges, et en automne après les premières pluies, sur les hauts plateaux qui les environnent.
Ce programme se heurte en premier lieu à la constitution actuelle de la propriété, imprudemment fixée avant que la reconnaissance détaillée du terrain eûtétéachevée. C'est ainsi que l'estancia de Maquinchao, établie dans la vallée inférieure, ne possède pas la haute vallée où s'étendent les pâturages d'été qui lui sont nécessaires. Un obstacle plus grave est l'extrême difficulté des déplacements de bétail. Ce ne sont pas seulement les routes qui^ manquent , mais surtout les points d'eau aux éta-pes'.
Entre le chemin de fer de San Antonio au Nahuel Huapi et le Rio Negro, s'étend une zone désertique de iOO kilomètres de large, où dominent les grès rouges et qui est restée inoccupée. Au Nord de cette travesia, s'ouvre la vallée du rio Negro. Sa largeur entre Neuquen et Patagones varie de 6 à 20 kilomètres. Sa pente di-
1. Le territoire du Rio Negro n'est pas la seule partie de la Patagdnie où se pose le problème d'augmenter la capacité des pâlurages d'iiiver. On a signalé la possibilité d'étendre les luzernières dans !a région- de la Colonia Sarmiento, au sud du lac Musters, et den faire une grànde zone d'hivernage pour les troupeaux de Santa Cruz.
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minuc lenlement vers l'aval (de 0,67 à 0,49 pour 1000 en amont de Clielforo, de 0,45 à 0/29 pour 1000 en amont de Conesa). Les barrancas de grès et de marnes qui Fen- Fermcnt s'abaissent progressivement vers lavai; elles dominent la vallée de 2i)0 mètres au conlïuent du Neuquen. de 50 à 40 à Palagoncs. A leurs pieds, s'étendent de larges terrasses déjà fortement entamées par des ravins dissymétriques, où les couches de grès affleurent sur le versant ouest, exposé aux vents, tandis que les cailloux roulés couvrent les pentes orientées à l'Est. Sur les rives du fleuve, une zone de 2 à 5 kilomètres de large a une végétation herbacée aI)ondante, entre des lignes de saules; c'est celle qui est recouverte par les crues ordinaires. Le reste de la plaine fluviale, jusqu'au pied des barrancas, ne nourrit qu'une brousse clairsemée, interrompue par des dunes. Les argiles salées y recouvrent les cailloutis fluviatiles. Le niveau de la nappe phréatique, entretenue par le fleuve, s'approfondit quand on s'éloigne de ses berges vers les barrancas. Peu de parties du plateau ont un aspect aussi désolé que le fond de ces grandes vallées patagoniennes quand il n'a pas été transformé par l'irrigation. Le pâturage y est maigre. A Conesa cependant, la costa (vallée) est utilisée comme pâturage d'été quand l'eau fait défaut sur les plateaux environnants (planeza).
Les ressources en eau sont abondantes : le débit du fleuve varie de 200 à 900 mètres cubes par seconde. Les basses eaux durent de février à avril (fin de l'été). De mai à juillet, le fleuve a des crues brusques et violentes ; c'est l'eff'et des pluies d'automne. La courbe fléchit de nouveau en août et septembre, pour se relever d'octobre à décembre, pendant la période de la fonte des neiges dans les Andes. Le Limay, dont le bassin supérieur comprend de vastes nappes lacustres, est plus régulier que le Neuquen, qui a au contraire des maigres très accentués, et d'où proviennent les crues dangereuses d'automne. Les premiers efforts pour aménager l'irriga-
tion dalent de 1885; alors fut creusé le canal de la colonie Roca; d'autres furent établis plus tard vers l'aval. Les coopératives organisées pour l'administralion de ces canaux n'ont pas eu tout le succès qu'on pouvait en attendre ; le progrès de la colonisation agricole est resté lent; un travail d'aménagement coûteux est nécessaire pour niveler le terrain et pour organiser le drainage, sans lequel des taches salées se forment et s'étendent comme une lèpre aux dépens des terres cultivables. Enfin !e centre de la vallée est exposé aux crues'.
Les cultures principales sont la luzerne, les céréales et les vignes. Sur la vigne, se concentrent aujourd'hui tous les soins et toutes les espérances des colons. C'est pour étendre le vignoble qu'ils se préoccupent d'accroître leur main-d'œuvre. Elle comprend un singulier mélange où se coudoient les Chiliens venus du Neuquen et des immigrants latins (italiens et espagnols) de la région pampéenne.
La luzerne est mise en balles et exportée par voie ferrée vers Bahia Blanca et Buenos Aires. Pas plus que sur le Chubut, la vie économique de l'oasis agricole du Rio Negro n'est liée à celle du plateau pasioral. On ne pratique pas sur le Rio Negro l'engraissage des moutons ni des bœufs. Singulier contraste avec le spectacle qu'offrent les régions andines de l'Argentine du Nord- Ouest et de l'Ouest, où, depuis des générations, s'est établie et se maintient l'association entre l'industrie de 1,'élevage dans la brousse et celle de l'engraissage dans les luzernières. C'est que les courants du commerce du bétail n'ont pas eu ici le même caractère de permanence et de stabilité que plus au Nord. L'ère où les convois du
1. Les travaux en cours (1914) réduiront la menace des crues et permettront d'étendre notablement la superficie des cultures. La Cuenca Vidal, qui s'ouvre dans les grès, nu-dessous du niveau de la vallée, sur le plateau au Nord du Neuquen, sera aménagée pour absorber la crue du lleuve, et alimentera un canal qui desservira la rive gauche sur une étendue de 150 kilomètres. Les eaux du Limay resteront disponibles pour la vallée inférieure.
bcHail pampécn en route vers le Chili empruntaient la vallée du Rio Negro est antérieure à la colonisation agricole des berges du fleuve ; la conquête de la Patagonie arrêta ce trafic. Un intervalle de 25 ans sépare la période des (exportations de bétail pampéen vers le Chili de la reprise dos exportations des bœufs du Neuquen vers Buenos Aires, que je signale plus loin. Quant à l'élevage du mouton, il n'a visé que tardivement à la production de viande, et n'a donné lieu que depuis peu d'années à des transports de bétail. Les agriculteurs du Rio Xegro, pauvres en capitaux, et dont les fourrages secs sont achetés et payés d'avance, n'ont pu encore profiler de la réorganisation du commerce du bétail.
A l'Ouest du confluent du Neuquen et du Limay,le chemin de fer s'élève sur le plateau gréseux de 500 à 900 m., jusqu'au pied de la première chaîne subandine, à l'estancia de Zapala. Les roches éruptivesy ont soulevé les grès, et les profils levés au Xord et au Sud de Zapala, à travers la Sierra de la Vaca Muerta et le Cerro Lotena coupent des plis de couches mésosoïques réduits par l'érosion au niveau du plateau. On y sent déjà le voisinage de la Cordillère, le pâturage est abondant, le malîin dru et les points d'eau nombreux. Le domaine du mouton s'étend à rOuest de Zapala jusqu'au Rio Cataluin et au Rio Agrio. De Zapala vers l'Est, au contraire, le caractère désertique du pays s'accentue vite. Les points d'eau tarissent en été, et toute la zone comprise à l'Est du 70" long. Ouest Gr. n'est utilisable, faute de points d'eau permanents, que com.me terrain de parcours d'hiver. Aussi la transhumance y est-elle indispensable. La transhumance a été pratiquée de longue date sur le versant chilien de la Cordillère depuis la latitude de Coquimbo et de San Juan jusqu'au Nord du Lac Quillen. Elle tend actuellement à disparaître dans les Andes du Neuquen '. Mais la transhumance du versant argentin
I. A la vérité, dans les dernières années, on a souvent déguisé sur
lui LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE.
se maintient. Les moutons du plateau, chassés de leurs pâturages d'hiver lorsque les points d'eau tarissent, montent à la Cordillère. Il arrive qu'elle ne soit pas encore libre de neiges ; on ralentit alors le voyage, pâturant en route, au grand dommage des terres traversées.
Les itinéraires sont multiples; ils se confondent souvent avec ceux que suivait jadis le bétail des Pampas vers les cols de la Cordillère. Groeber signale une draille, (piste de transhumance), au Sud du.Rio Barrancas et du lac Carri Lauquen. De la rive gauche du Neuquen, les troupeaux remontent par Chosmalal et Butamallin vers les pâturages du col de Pichachen, ou par Las Lajas vers le col de Pino Hachado ; de Zapala et du plaieau plus au Sud, ils vont estiver dans la Cordillère de Calaluin où le nombre des moutons estivants est estimé à 70000; d'autres poussent au delà vers les sources de l'Alumine et le col de l'Arco. Le volcan Lanin marque à peu près la limite méridionale de la zone de transhumance. Le groupe le plus important des moutons transhumants provient de la région du Coyunco, du Canadon Grande et du Picun Leucu.
La transhumance n'est pratiquée que par les « intrusos ». Ils passent des terres encore sans maîtres du plateau aux terres encore sans maîtres de la Cordillère. La location à des propriétaires de terrains d'estivage est tout à fait exceptionnelle. Les concessions de terres accordées par le Gouvernement argentin réduisent de plus en plus le domaine des transhumants dans la Cordillère, et aussi les zones de circulation entre le plateau et la montagne. Les propriétaires se soucient peu d'héberger les troupeaux migrateurs et s'opposent à leur pas-
ce versant, sous le nom de transhumance, une contrebande do bétail que la transhumance rendait facile, et qui contribuait d'ailleurs à la maintenir. Les bergers se faisaient remettre par les autorités chiliennes, avanl de franchir la frontière, des certificats exagérant le nombre de leurs bêtes, et s'en servaient pour rentrer ensuite au Chili après avoir complété leurs troupeaux par des achats sur le territoire argentin.
LA PATAGOXIE ET LKLEVAGE DU MOUTOX. \bh
sage en cloturanl leurs terres. Les routes de transhumance sont actuellement déterminées par les espaces restés libres entre les estancias clôturées. Les intrusos transhumants sont traqués en outre par la crainte de trouver occupés par d'autres en leur absence les pâturages d'hiver sur lesquels ils n'ont pas de droits de propriété. Le fractionnement des terres et l'organisation de la propriété auront pour résultat, à bref délai, l'extinction des coutumes de transhumance, et la plus grande partie des pâturages d'hiver sera transformée en pâturages permanents par le forage de puits et l'aménagement de points d'eau.
Les environs de l'estancia de Zapala se sont brusquement animés depuis la construction de la voie ferrée. La voie ferrée y a transformé profondément les conditions d'existence. Elle a fait de Zapala une manière de capitale. Il est curieux d'opposer le renouvellement qui a suivi ici l'arrivée du rail aux transformations beaucoup moins profondes qu'elle a déterminées à Maquinchao. Le mouvement que la voie ferrée concentre à Zapala ne comprend pas seulement comme à Maquinchao le trafic des laines, mais celui du bétail. Les troupeaux destinés à l'embarquement se rassemblent en même temps que les « tropas » de chars autour de l'estancia qui leur loue un bon prix le droit de pâturage. Tandis que la ligne de Maquinchao aboutit au port de San Antonio, outillé seulement pour l'expédition des laines, le chemin de fer de Zapala dessert le frigorifique de Bahia Blanca. ïl se raccordeavec tout le réseau dévoies ferrées de la Pampa. Les moutons arrivent à Zapala non seulement de la région voisine et du Neuquen, mais de toute une partie du Rio Negro et même du Ghul>ut. Les convois de bétail venant du Sud ont intérêt en effet à se tenir au voisinage de la Cordillère où les pâturages sont meilleurs. Quelques-uns seulement descendent le Limay jusqu'à Senillosa; de Zapala à Senillosa, aucun chemin praticable aux troupeaux ne se greffe sur le chemin de fer, et, plus
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à l'Est, il faut aller, pour trouver des pistes qui y aboutissent, jusqu'à la hauteur de Choele-Choel. L'embarquement des moutons dure cinq mois, de novembre à mars.
Mais Zapala voit aussi converger vers sa gare les troupeaux de bœufs. Tels habitants de Zapala gardent encore le souvenir du temps où passaient par cette vallée les bœufs amenés de la Pampa, à destination du Chili. Si ces exportations de bétail pampéen vers le Chili cessèrent après 1885, du moins toute la région andine du Neuquen vécut-elle uniquement jusqu'à une date toute récente du marché chilien. L'attraction du marché chilien est une des causes qui ont entretenu la transhumance ; les éleveurs du versant argentin avaient avantage en effet à se rapprocher de la Cordillère et des cols où venaient en été les acheteurs chiliens. La vie des petits centres des hautes Vvillées qui se développèrent rapidement après la conquête, Chosmalal, Norquin, Codihue, Junin, San Martin, était liée au commerce du bétail avec le Chili, et se reflétait d'ailleurs de l'autre côté des Andes dans la prospérité des marchés chiliens correspondants.
Dans les quelques années qui précédèrent 1914, une brusque révolution renversa au Neuquen le sens de la circulation du bétail, et l'attraction de Buenos Aires y remplaça celle du marché chilien. L'influence commerciale de Buenos Aires se fît sentir d'abord sur le marché des laines ; les tropas de chars qui amenaient les laines à Zapala y prirent en échange les farines, le sel, nécessaires à l'élevage des moutons dans les pâturages de la Cordillère (pastos dulces). Le commerce d'importation suivit la roule tracée par le commerce d'exportation. Les petits chars chiliens qui continuent à franchir la Cordillère n'amènent plus au Neuquen que les farines grossières du Chili, des haricots et du vin ; ils reviennent à vide au Chili. Après les acheteurs de laine, les marchands de bœufs de Buenos Aires se sont avancés jusque
dans la Cordillère. Les centres où se faisaient les ventes de bétail pour le Chili sont en décadence et ont perdu une partie de leur population. Les bœufs sont dirigés veis les centres d'engraissage de la Pampa, ou vers les marchés de Bahia Blanca ou de Buenos Aires. Ainsi se produit sous nos yeux, inopinément, dans le Nord de la Patagonie, une transformation qui s'est réalisée progressivement depuis un demi-siècle dans toutes les parties du Nord-Ouest et de l'Ouest de l'Argentine. Sous ces formes multiples, elle est le fait essentiel de l'histoire moderne de la colonisation de l'Argentine; les provinces les plus éloignées se détachent une à une des marchés extérieurs, et la vie nationale tout entière s'organise autour du grand foyer économique qu'est devenue la région pampéenno.
CIIAPITRi: VI
LA PLAINE P A .M P ii! E N N E
Les limites de la prairie. — Les pluies. — Le veut et la formation du limon pampéeu. — Le vent et le modelé. — Les zones de colonisation de la Pampa, — La chasse au bétail et l'élevage primitif. — Les bergeries. — Les estancias. — La région des « colonies ». — La région des luzernes, du maïs el du blé. — L'association de l'agriculture et de l'élevage. — Le mécanisme économique de la colonisation. — Les échanges entre les diverses /cones de la Pampa.
Le paysage pampéen est sans doute l'un des plus uniformes qui soient au monde. Sa monotonie fatigue l'observation : elle est en partie responsable de la médiocrité de la plupart des descriptions de la Pampa. Cette uniformité est en elle-même favorable à la colo^ nisation. On a signalé bien souvent la rapidité avec laquelle les plantes et les animaux introduits par les Européens se répandirent autour de Buenos Aires, et, devançant éleveurs et agriculteurs, colonisèrent La Pampa. Dans la deuxième moitié du xix*" siècle, lorsque, au delà de l'ancienne frontière indienne, toute l'étendue de la plaine fut occupée, sa mise en valeur fut d'autant plus aisée qu'on put y appliquer des méthodes d'exploitation plus simples et moins variées. Pas plus qu'elle n'exigeait de capitaux importanls, la colonisation ne nécessitait de la part de l'immigrant une longue expérience personnelle. Des Basques, des Italiens, débarqués de la veille, ont pu y prendre une part active presque sans apprentissage; les groupes primitifs de population ont pu s'avancer d'une zone à l'autre de la plaine, trans-
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portant avec eux telles méthodes de culture et d'élevage, tel type d'économie rurale.
Une étude attentive permet cependant de relever dans la plaine pampéenne des différences physiques sensibles. Ni le climat, ni le sol ne sont semblables sur toute son étendue.
Ce mot de Pampa désigne avant tout une formation végétale : la prairie. Ses limites sont marquées par la lisière de la brousse, du « monte ». C'est encore aujourd'hui, si surprenant qu'il paraisse, une entreprise difficile que de les tracer exactement. Au Nord de Santa Fe, entre le Salado et le Parana, la Pampa s'avance jusqu'à Fives-Lille, un peu au delà du 50" L. S. \ Sur les lignes du Central Norte et du Central Argentino, la lisière du monte passe à Fuertin Inca et à Malbran, à 250 kilomètres environ au Nord-Ouest de Santa Fe. Elle se dirige ensuite au Sud-Est et au Sud, en entourant toute la dépression de Los Porongos et de Mar Chiquita, et la ligne de Santa Fe à Cordoba la traverse à la Francia, en approchant du rio Secundo. Au Sud du rio Secundo, elle s'éloigne à rOucst, et rejoint le pied de la Sierra de Cordoba au Sud du rio Tercero (au ruisseau de Tequia). De ce point à la Cumbre, à 20 kilomètres à l'Est de San Luis, la prairie s'étend jusqu'à la bordure des sierras, et s'insinue jusque dans la moitié méridionale de la fosse de Gonlara, entre les massifs de Cordoba et de San Luis (Pampa de Naschel). La forêt de mimosées pénètre dans la steppe en zones étroites le long du rio Quinto, jusqu'à quelques lieues en aval de Villa Mercedes, le long du rio Tercero jusqu'au confluent du Saladillo, et le long du Salado, jusqu'au Sud de Santa Fe; en outre, les bojiquets de chanares isolés et les taches de bois
\. Sur la rive gauche du Salado, à l'Ouest du chemin de fer de Resistencia, un grand golfe de prairies basses pénètre au Xord dans la forêt du Chaco, jusque près du iS*^ L. S., mais il a plutôt le caractère dune des clairières inondables du Chaco (esleros) que de la Pampa temnér^^o.
lA PIAINK PAMPDENM:. KH
plus étendues abondent dans l'angle Nord-Ouest de la prairie (province de Santa Fe). Le « monte » riverain du Salado se continue au Sud de Santa Fe le long du Parana, jusqu'au point où le bras principal du fleuve vient toucher la falaise de la rive droite, à San Lorenzo. Là est le domaine de V « ombu », au tronc épais, aux racines déchaussées, qu'on retrouve dispersé dans la prairie au voisinage du Parana jusqu'au Sud de Buenos Aires.
Vers l'Ouest, entre San Luis et l'embouchure du Colorado, le passage de la Pampa au monte se fait progressivement. Comme à Santa Fe, l'apparition des premiers chanares, dans l'angle Sud-Ouest de la province de ( iOrdoba et sur le versant Sud de la Sierra de la Ventana , annonce l'approche du monte. Le monte proprement dit, d'ailleurs appauvri, envahi par la jarilla et composé surtout, comme dans le Nord de la Patagonie, de mimosécs naines, couvre la région des sierras pampéennes sur la rive gauche du Chadi Leuvu et du Colorado. Entre cette zone et une ligne passant par Rancul, Anguil, Atreuco et Bernasconi, où commence la prairie nue, s'étend une zone mixte qu'on peut appeler la zone du calden. Cette mimosée, proche parente de l'algarrobe et dont le port dépasse celui des autres végétaux du monte à cette latitude, forme des bois discontinus dans le Sud de la province de San Luis et sur les flancs des vallées parallèles de la Pampa central. Entre ces bois, le plateau reste généralement couvert par la prairie semée de taches de chaflares. La ligne de San Rafaël effleure, à 50 kilomètres à l'Est de Buena Esperanza, l'angle extrême d'une forêt de caldenes, qui s'étend au Sud- Ouest et atteint le rio Salado vers 55*30' L. S.; elle reste au delà de Buena Esperanza dans la prairie, jusqu'à la traversée du rio Salado, qui marque ici la limite du monte; la ligne du rio Negro passe directement de la prairie à la brousse patagonienne à mi-chemin entre Bahia Blanca et le Colorado.
A l'intérieur de ces limites, la prairie s'étend sans
Denis. — I. 'Argentine. 11
162 LA RÉPUBLIQUE ARGEXTLNK.
interruption. Les Sierras de la province de Buenos Aires n'ont pas de végétation arborescente.
La zone de la prairie, intermédiaire entre l'Argentine tropicale et les régions suddésertiques de l'Ouest et de la Patagonie, reçoit une hauteur d'eau moyenne; les pluies diminuent régulièrement du Nord-Est au Sud- Ouest : elles sont de 1*200 à 1000 millimètres sur le Parana inférieur, de iOO à 600 millimètres seulement sur la bordure occidentale de la Pampa. La zone comprise entre les courbes de 800 et de 600 millimètres n'a pas moins de 400 kilomètres de large. Mais ce qui caractérise le climat pampéen, c'est surtout l'égalité de la distribution des pluies pendant l'année, et l'absence d'une saison sèche rigoureuse. Par là, la Pampa s'oppose aux régions qui l'environnent, aussi bien vers le Sud- Ouest que vers le Nord. A Buenos Aires, les six mois de la saison relativement sèche fournissent encore 44 pour 100 des pluies totales; à Bahia Blanca, 40 pour 100. Cette régularité diminue à mesure qu'on s'éloigne de la côte : à Rosario, les six mois de la saison sèche ne fournissent plus que 50 pour 100 des pluies de l'année; à Villa Mercedes (province de San-Luis), 25 pour 100. Si l'on franchit les limites de la prairie, la proportion des pluies de la saison sèche s'abaisse rapidement; elle n'est que de 20 pour 100 à Cordoba, de 18 pour 100 à San Luis. A Cordoba, la courbe des pluies accuse encore un régime tropical typique, avec maximum d'été et minimum très profond en hiver. De Cordoba vers le Sud-Est, à Bell Ville, à Villa Maria, à Rosario surtout, la sécheresse de l'hiver diminue, en même temps que se manifeste au milieu de l'été (janvier, février) un minimum secondaire. A Buenos Aires, l'allure de la courbe s'est complètement transformée. Le minimum d'été est presque aussi profond que le minimum d'hiver et les pluies se produisent surtout au printemps (septembre) et au début de l'automne (mars) '.
1. Ln Mésopotamie argentine, qui est au point de vue climatolo-
LA PLAINH PAMPEENNE. 16ô
Ces nuances du climat pampéen ont Une im})ortance e^senlicllc pour Tliistoiro de la colonisation et la distribution des cultures. La zone des pluies d'été est la zone des cultures de maïs, tandis que la culture du blé exige des pluies de printemps et un été relativement sec.
Tandis que les courbes isohyètes figurant les précipitations pour l'année entière sont orientées du Nord- Ouest au Sud-Est, les courbes des pluies pendant la saison froide, d'avril à septembre (saison sèche du Nard), coupent obliquement les précédentes et sont dirigées directement du Nord au Sud. Bahia Blanca reçoit en hiver autant de pluies que Rosario, et General Acha, dans le territoire de la Pampa central, autant que Gordoba. On ne s'expliquerait pas, sans cette circonstance, l'extension de la culture du blé, au Sud-Ouest, jusque vers la courbe de 400 millimètres et même au delà sur la côte atlantique.
Le relief de la plaine pampéenne est connu avec assez de précision, grâce aux nivellements exécutés le long des voies ferrées. Le sol se relève lentement vers l'Ouest. La courbe de 100 mètres dessine un golfe profond à 500 kilomètres à l'Ouest-Sud-Ouest de Buenos Aires. La zone comprise entre 100 et 150 mètres d'altitude a plus de iOO kilomètres de large à la hauteur de Santa Fe, 200 kilomètres à la latitude de Buenos Aires. Au delà de la courbe de 150 mètres, le terrain s'élève rapi-
gique un i)rolongement de la région pampéenne, ne connaît pas non plus, même tians sa partie septentrionale, les saisons sèches rigoureuses du Cliaco. En remontant le Parana, de Corrientes vers Posadas, comme en allant de Cordoba vers Buenos Aires, on voit s'atténuer le minimum d'hiver et se manifester au printemps un maximum secondaire. La prédominance des pluies de printemps, qui caractérise le Brésil méridional, s'accentue sur le moyen Uruguay. Sur rUraguay inférieur, le régime des pluies se rapproche de celm de Buenos Aires avec maxiraa au printemps et en automne, minimum principal en hiver et minimum secondaire en été.
dément vers l'Ouest et le Nord-Ouest pour atteindre iOO mètres dans la région de Cordoba, 500 dans celle de Villa Mercedes; c'est à hauteur de la courbe de 150 mètres et de la rupture de pente qu'elle marque que le Rio Quinto se perd vers la Amarga, au Sud de General Lavalle. Le seuil entre la Pampa et le bassin du Salado dans le Sud de la province de San Luis est à l'altitude de 450 mètres. Au Sud de la province de Buenos Aires, les sierras de Tandil et de la Ventana sont réunies par un dos de pays qui ne s'abaisse pas au-dessous de 200 mètres. Certaines irrégularités de ;la surface, comme la fosse de Mar Chiquita à TEst de Cordoba, ou la saillie du plateau sur la rive droite du Parana, au Sud de Villa Constitucion et de San Nicolas, paraissent ne pouvoir s'expliquer autrement que par des mouvements tectoniques récents.
Les dépôts pampéens qui couvrent la plaine reposent sur un socle rocheux dont les sierras de la province de Buenos Aires et les massifs de Cordoba et de San Luis représentent les parties saillantes. Ce socle affleure de nouveau à FEst du bassin pampéen dans Tîlot granitique de Martin Garcia, au centre de l'estuaire de la Plata, et dans les mornes de la côte uruguayenne*.
Sous la nappe uniforme des alluvions,la surface de la plate-forme subpampéenne est très accidentée; son allure a été révélée par les sondages profonds en quête de nappes artésiennes. Elle a été gauchie et découpée par des failles, une partie de ces dislocations étant probablement contemporaine de la formation des dépôts pampéens qui les ont masquées à mesure qu'elles se
1. Tandis que clans les Sierras du Colorado inférieur et de la; Pampa central, dans le Sud de la province de Buenos Aii-es et dans l'Uruguay, les dépôts pampéens recouvrent directement les formations cristallines et paléozoïques, elles en sont séparées, sur la bordure orientale de la Sierra de Cordoba, par des grès et des conglomérats rouges, d'âge mal établi, correspondant peut-être aux grès rouges continentaux de Corrientes qui affleurent à lEst du Parana, et sont connus depuis d'Orbigny sous le nom de grès gra-^ nitiques.
lA PLA1N1£ PAMPÉENXi:. K'O
produisaient. Un seuil rocheux souterrain prolonge au Sud la Sierra de Cordoba et la relie aux Sierras du Colorado. Le granit y affleure à Chamaico sur la ligne de l'Ouest, tandis que, de part et d'autre, les sondages ont traversé de grandes épaisseurs de limons et de sables'. Ce seuil isole la Pampa orientale des plaines subandines, et marque la limite de la zone qui alimente ses nappes d'eau souterraines. Dans le Nord de la région pampéenne, entre la Sierra de Cordoba et le Parana, l'épaisseur des formations continentales meubles est de plus de 600 mètres à Bell Ville, de plus d'un millier au Nord-Ouest de Santa Fe (forages de San- Cristobal et dEl Tostado). A Buenos Aires, le granit a été trouvé à 295 mètres de la surface.
La formation pampéenne est composée presque exclusivement de dépôts meubles, allant du sable au limon et à des argiles impalpables. Les cailloux roulés manquent'. Même au voisinage des Sierras, les bancs de cailloux roulés ou anguleux sont presque toujours recouverts par les limons et ne sont mis à nu que dans les barrancas des ruisseaux. Olascoaga parle de la surprise des gauchos de l'armée du général Boca en découvrant sur le sol des cailloux patagoniens, pendant leur étape du Colorado à Choele-Choel, au cours de la campagne du Bio Negro. Officiers et soldats mettaient pied à terre pour les recueillir. Sables, limons et argiles constituent une nappe puissante d'alluvions continentales. Les transgressions maritimes tertiaires, qui ont laissé leur trace dans les argiles et les calcaires de la rive gauche du Parana inférieur, et les bancs de coquilles de San Pedro, sur la rive droite, n'ont jamais pénétré profondé-
1. A Rancul, à l'Est, 200 mètres ^e lôss recouvrant des grès rouges ; y Telen, à l'Ouest, 600 m. de sables, de marnes, de grès et de cailloux.
2. Roth assure en avoir trouvé dans la barranca de San-Nicolas sur le Parana. .l'ai moi-même recueilli de petits silex roulés dans les argiles du f^haco à Tarlagal. Mais ces dépôts proviennent vraisemblablement de la rive gauche du Parana où les nappes de cailloux fluviatiles sont au contraire largement développées.
100 LA REPUBLIOUE ARGENTINE.
ment dans l'intérieur de la région pampéenne, et on n'en trouve aucune trace dès qu'on s'éloigne de la côte et du fleuve.
La provenance des éléments qui composent les alluvions pampéennes est très incertaine. Leur composition ne révèle pas clairement leur origine; les limons sont relativement riches en calcaires, ce qui semble indiquer qu'ils ne proviennent pas de l'Amérique tropicale et du bassin supérieur du Parana. Wright et Fenner' insistent sur la proportion élevée qu'ils contiennent de verre siliceux d'origine volcanique, qui dénote pendant ou avant leur formation une intense activité éruptive. Doering avait déjà signalé dans la région de Cordoba l'importance des couches de cendres volcaniques qui augmentent d'épaisseur quand on se rapproche de la Sierra. Il est certain que les sierras pampéennes ont fourni leur apport à la constitution du pampéen. Mais la masse principale est probablement d'origine andine; quoi qu'il en soit, dès qu'on s'éloigne de la lisière des montagnes, les terrains pampéens n'offrent pas d'autre variété que celle qu'ils doivent aux conditions mêmes dans lesquelles ils ont été déposés.
Dépôts fluviaux proprement dits, dépôts d'estuaires, dépôts lagunaires, dépôts éoliens, dépôts éoliens étalés par les eaux, dépôts fluviaux remaniés par les vents, ces types divers sont représentés dans la formation pampéenne, mais on discute encore sur leur importance relative \
1. Dans Aies Hrdlicka. Early man in South America. Smithsoniau Instit., Bull. 52, Washington, 1912.
2. Des tentatives nombreuses ont été faites pour établir une classification des terrains pampéens; leurs résultats ne peuvent être considérés comme délinitifs; Ameghino, qui est avant tout un paléontologue, a eu le mérite de montrer l'inanité des divisions géologiques fondées sur le faciès actuel des dépôts (couleur, finesse, etc.). Mais la paléontologie elle-même donne des résultats assez incertains, faute de pouvoir reconnaître et suivre d'un point à l'autre les étages d'où proviennent les fossiles. Toutes les classifications du pampéen reposent sur l'examen de deux groupes de coupes; le premier groupe comprend la falaise de la rive droite du Parana, de Rosario à Buenos
Si l'on se borne à l'examen des conditions actuelles de formation des dépôts, on sera frappé d'abord par l'indigence du réseau hydrographique de la Pampa. Il ne présente quelque densité qu'à proximité des sierras, où la pente du terrain reste forte, et dans la zone orientale, sur la rive droite du Parana et d'Entre Rios, où le climat est plus humide et le ruissellement plus intense sur un sol moins perméable. La seule des rivières nées des sierras pampéennes qui parvienne au Parana est le rio Tercero ou Carcarana. Toutes les autres s'appauvrissent vers l'aval et se perdent dans une zone basse marquée par des lagunes qu'elles n'atteignent qu'au moment des crues : les crues elles-mêmesne rétablissent jamais le contact entre les rios Cuarto et Quinto et le Salado de Buenos Aires. Les eaux du versant Nord de la sierra de Tandil et même celles de la sierra de Curumalal arrivent au contraire, après les pluies, jusqu'au Salado, soit par des courants qui drainent les chapelets de lagunes, soit en nappes d'inondation qui s'étalent sur de larges espaces.
Les cours d'eau de la plaine ont d'ailleurs un cours instable; les traces de leurs divagations subsistent sous la forme de traînées de sables alluviaux étalées au milieu des limons fins d'origine éolienne. Ces sables
Aires, et la falaise cùtièrc qui lui fait suite, avec une interruption de la Ensenada à Mar Chiquita. jusqu'à Bahia Blanca. Ameghino y a reconnu une série puissante de dépôts éoliens, divisés par plusieurs discordances, et dont les éléments les plus anciens, vers Bahia Blanca, remontent au miocène. Le deuxième comprend les falaises qui enferment la vallée du rio Primero en amont et en aval de Cordoba. ' Doering et Bodenbender y décrivent deux étages de lôss éolien recouverts l'un et l'autre par des cailloutis torrentiels.
De l'étude de ces coupes, les géologues ont tiré des conclusions sur les mouvements qui ont aflecté le sol de la Pampa ou les variations qu'y a subies le climat. Ces conclusions n'ont en tout cas qu'une valeur locale et elles n'ont pas encore été coordonnées. La majorité des observateurs, de Doering à Bailey Willis et à Rovereto, semble d'ailleurs ne pas avoir tenu compte suffisamment du fait que, dans les formations continentales, les faciès les plus dilTérents peuvent voisiner dans un môme étage, selon le processus particulier du dépôt, et que leur alternance n'implique pas une transformation générale des conditions de l'érosion.
fluvialiles se développent parfois en zones étendues dont la distribution est liée avec le dessin d'un réseau hydrographique aujourd'hui partiellement effacé. Les sables des départements de General Lopez (Sud de la province de Santa Fe), et General Arenales (province de Buenos Aires), où le Salado se forme actuellement, sont vraisemblablement des apports de Rio Cuarto et marquent l'ancien raccord entre le Cuarto et le Salado. Ces sables se prolongent le long du Salado jusqu'à la hauteur du confluent du Saladillo, et le contraste entre ces sols légers et les argiles de la rive du Parana est si frappant qu'ils ont été considérés longtemps comme un dépôt marin, marquant un ancien rivage. Le long du Saladillo, s'étend aussi, au Nord-Est des lagunes de Guamini, une zone sableuse correspondant à une direction importante suivie par les eaux courantes, et qui traverse les départements de Bolivar et de Veinte Cinco de Mayo.
Si l'action des eaux courantes est limitée, pour le transport des alluvions, à certains secteurs de la plaine, celle du vent s'exerce au contraire sur toute sa superficie. Partout, le vent supplée ou relaie les cours d'eau. Comme les eaux courantes, il classe les éléments qu'il charrie, et les trie selon leur poids ou leur calibre, les limons les plus fins étant déposés dans la zone orientale humide, les sables les plus grossiers dans la zone sud-désertique de l'Ouest. Le mécanisme de lérosion rend compte de ce contraste ; les grains de sable pousses par le vent cheminent à la surface du sol, aussi longtemps que la végétation est trop clairsemée pour les fixer. Si l'on pénètre plus à l'Est, dans une zone plus humide, à tapis végétal plus dense; le cheminement des grains de sable à la surface du sol ne se produit plus, mais le vent continue à transporter les particules fines de limon qu'il soulève et qu'il entraîne à forte altitude. Le dépôt des limons, bien loin de supposer, comme on la dit quelquefois, un climat aride, correspond à la zo.ie
I,A PLAINK PAMl»KKNNK. il"'-'
des steppes, à pluies moyennes. C'est d'ailleurs pendant les périodes' sèches que le dépôt de limon est le plus intense. Darwin signale qu'après la sécheresse de 1827-1830, dans la zone voisine du Parana, les bornes furent à ce point ensevelies par la poussière qu'on ne reconnaissait plus les limites des propriétés. Mais, en dehors de ces sortes de crues et des tempêtes de poussière que soulève le pampéro, l'atmosphère d'été est manifestement chargée dans l'Est de la province de Buenos Aires et jusque dans Entre Bios, de poussières qui colorent le ciel.
Le modelé de la plaine porte, comme le sol, la double marque de l'érosion des eaux courantes et de l'érosion éolienne. Les rivières de la Pampa coulent, à leur sortie des sierras, enfoncées entre de hautes barrancas, dont l'altitude diminue vers l'aval ; bientôt ces barrancas s'abaissent, se rapprochent et ne marquent plus que les berges d'un lit majeur que les crues remplissent. Aucune trace de vallée : Bailey Willis, surpris par cette impuissance de cours d'eau qui conserve pourtant parfois une pente sensible, l'attribue au fait que le cycle d'érosion ouvert par le dernier soulèvement de la Pampa n'a pas encore eu le temps de pénétrer vers l'intérieur. Elle marque, en réalité, que nous touchons ici à la limite de la zone d'érosion par les eaux courantes, et que, sous ce climat, le facteur essentiel du modelé est le vent.
La région de la rive droite du Parana (à l'Est du Salado), qui offre seule un réseau hydrographique complet, doit être mise à j)art. Elle est découpée, de la hauteur de Rosario à celle de Buenos Aires, par des vallées à fond plat dont la profondeur atteint une trentaine de mètres. Le creusement de ces vallées a été déterminé par un soulèvement qui a porté cette partie de la pampa au-dessus du niveau de base. Les rapides du Carcarafia inférieur témoignent, eux aussi, de cette reprise du creusement. Ultérieurement, un mouvement inverse a ramené
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le fond des thalwegs au-dessous de ce niveau et en a déterminé le comblement (dépôts lagunaires du Lujanense d'Ameghino). Au Sud de Buenos Aires, le soulèvement a été moins important et les vallées sont moins profondes. Une partie d'entre elles (Salado moyen et ses affluents de la rive gauche) est occupée aujourd'hui par des lagunes allongées, aux berges élevées, ramifiées le long des vallées affluentes et qui doivent leur origine au même mouvement négatif, postérieur au creusement des vallées. Le soulèvement ne s'est pas étendu à la partie orientale de la province de Buenos Aires qui se trouve au Sud du Salado, zone basse et plate, mal drainée, exposée aux inondations, et dont le relief a été étudié en détail pour l'exécution d'un vaste réseau de canaux de drainage. Au Nord de Rosario, sur les argiles peu perméables, la circulation des eaux se fait, après les pluies, non par des thalwegs proprement dits, mais par de larges dépressions à peine marquées, — canadas, — où le courant est peu sensible, et qui tarissent à la saison sèche; leurs relations générales ne sont pas encore connues.
Les dépôts meubles du pampéen offrent peu de résistance à l'érosion; les cycles y évoluent rapidement, et les traces des cycles antérieurs y sont fragiles et s'effacent vite'.
Une surface d'érosion ancienne disséquée par les vallées actuelles s'est pourtant conservée dans la partie Sud-Ouest de la plaine pampéenne, grâce à la présence à la surface d'une nappe de calcaire dur, la losca. La tosca est le résultat de la concentration à la superficie,
1. Certains traits du réseau hydrographique ont manifestement le caractère d'un réseau surimposé, c'est-à-dire que le ti'acé des cours d'eau a été légué à la plaine actuelle par d anciennes surfaces d'érosion aujourd'hui disparues sur lesquelles les thalwegs se sont primitivement établis. C'est ainsi que les vallées, dans la région où confluent le Colorado et le Chadi-Leuvu, passent indifféremment des dépôts pampéens aux sierras cristallines, qui ont été autrefois entièrement recouvertes par eux.
sous un climat sec, des éléments calcaires contenus dans le limon : sa l'oimation suppose une longue stabilité de la surface où elle s'est accumulée; comme les sols profonds de décomposition dans les réj^ions plus humides, elle marque une pénéplaine sur laquelle l'érosion a fait trêve. La nappe de tosca couvre toute la région entre la sierra de Tandil et la Ventana, le versant Sud-Ouest de la Ventana et la plus grande partie du territoire de la Pampa central. Elle ne dépasse pas au Nord la ligne de Buenos Aires à San Rafaël; sa limite orientale passe à peu près par Ingeniero Malmen, Monte Nievas et Atreuco, d'où elle rejoint à l'Est la rive Sud des lagunes de Carhue et de Guninini*. La tosca atteint parfois une épaisseur de plus d'une dizaine de mètres. La région de la Tosca forme aujourd'hui, à l'Ouest de la Ventana et dans la Pampa central, un plateau enlaillé par des vallées étroites dont la profondeur va jusqu'à 60 mètres. Ces vallées parallèles, faiblement ramifiées, orientées généralement du Sud-Ouest au Nord-Ouest, débouchent à l'Est dans la plaine pampéenne vers la limite de la province de Buenos Aires; les plus méridionales, au contraire, naissent au pied de la Ventana et paraissent confluer au Sud-Ouest avec une dépression maîtresse encore très mal connue, qui aboutirait au fond de l'estuaire de Bahia Blanca. Aucune d'elles n'a d'écoulement permanent". L'origine des vallées sèches de la zone de la tosca est un des problèmes les plus obscurs de la morphologie de la plaine pampéenne. Peut-être, comme pour les fosses qui parsèment plus au Sud le plateau du Colorado et du Rio Negro, leur formation est-elle due à l'érosion éolienne.
1. Au voisinage de la sierra de San Luis et de Cordoba, les couches dures désignées sous le nom de tosca sont des bancs de cendres éruplives.
2. La surface du plateau de la tosca est ponctuée en outre par un grand nombre de dépressions fermées plus ou moins profondes, entonnoii s ou - dolines » allongées qui paraissent ne pouvoir s'expliquer que comme le résultat de la dissolution du calcaire par les eaux.
L'action du vent sur le modelé se révèle d'une façon moins contestable par la formation des dunes. Lorsqu'on dépasse, en partant de Buenos Aires ou de Rosario, la zone des pampas horizontales, les dunes forment le premier accident que l'œil perçoive à la surface de la plaine. Les premières dunes vives se rencontrent à la Carlota sur la ligne de Rio Guarto, à Lavalle sur la ligne de Villa Mercedes, à Trenque Lauquen sur la ligne de Toay. Les dunes s'étendent au Nord jusqu'à la latitude de Mar Chiquita mais ne pénètrent pas dans le Chaco. A l'Ouest, on les trouve aussi par endroits dans la brousse, mais leur véritable domaine est la lisière occidentale de la steppe, la partie supérieure de la plaine au pied de la sierra de Cordoba, le Sud de la province de San Luis et la Pampa central.
Une cause accidentelle, qui fait disparaître la couverture végétale, le piétinement du bétail près d'un abreuvoir ou d'une clôture, suffit à déchaîner l'érosion éolienne : le vent soulève alors le sable en une sorte de mer accidentée ; puis la dune prend une forme circulaire ; une dépression centrale apparaît, et s'approfondit jusqu'au niveau moyen de la plaine; elle contient souvent une lagune. A partir de ce moment, les déformations sont moins rapides; la végétation envahit de nouveau le sol et la dune devient la proie des pluies qui réduisent lentement son relief. Dans la Pampa central, où le relief est bien marqué, les dunes, au lieu de former des taches circulaires éparses, s'allongent en traînées parallèles aux vallées, tantôt au cœur de la vallée, tantôt adossées à l'un des versants.
Bien à l'Est de la zone des dunes vives, on trouve, dans le Sud de la province de Cordoba et le centre de Buenos Aires, des ondulations douces, couvertes de végétation, au sol plus sableux que celui de la plaine qui les environne : ce sont des dunes mortes. La région des dunes mortes est caractérisée par l'extrême irrégularité du sol superficiel, l'humus, de plus en plus
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riche et plus profond en règle générale à mesure qu'on progresse vers l'Est, y étant recouvert par endroits par des apports éoliens récents.
La répartition des dunes mortes est liée aux traînées de sables lluviatiles qui traversent la Pampa et qui ont offert une proie facile aux vents; une ligne de dunes mortes suit le cours supérieur du Salado dans la région de Junin et de Bragado. Sur la ligne de Buenos Aires à San Luis, on la traverse entre Ghacabuco et Vedia, l)Our retrouver au delà la plaine horizontale, où les dunes vives n'apparaissent que plus à l'Ouest, à 150 kilomètres avant Villa Mercedes. Son relief est si apparent sur la plaine uniforme que les premiers éleveurs qui en utilisèrent les pâturages l'appelaient emphatiquement la « Cerillada ». D'Azara avait reconnu très exactement sa nature. « Ce n'est pas autre chose » dit-il, « qu'une dune d'excellent sable fin ». Son altitude ne dépasse pas quelques mètres. Les dunes mortes des départements de Bolivar et de Veinte Cinco de Mayo, que Parchappe a décrites, conservent un relief plus marqué et rappellent parfois par leur disposition les dunes vives circulaires environnant une lagune. Les lignes des dunes côtières de la partie orientale de la province de Buenos Aires, qui y font obstacle à l'écoulement régulier des eaux, forment un groupe à part qui doit être nettement distingué des dunes de la plaine'.
Ainsi l'impression de monotonie que laisse le relief de
1. En dehors des régions de dunes mortes ou vives, un type de modelé fréquent dans la Pampa est celui d'une plaine parsemée de lagunes minuscules, généralement circulaires, entre lesquelles se développe un lacis d'ondulations à peine sensibles. La dénivellation est souvent si faible qu'elle n'est marquée que par le contraste entre la végétation des terres basses et des terres hautes. Ce modelé, qui est notamment celui des environs de Lincoln ou de Nueve de Julio, résulte de l'action du vent sur une plaine où le niveau de la nappe d'eau est très voisin de la superficie; ce niveau marque, en effet, une limite au-dessous de laquelle l'érosion éolienne cesse d'avoir prise, une sorte de niveau de base. Les variations périodiques du niveau de la nappe pliiéatique y réduisent ou y agrandissent la superficie exondée.
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la Pampa s'atténue par une observation patiente; les terres hautes et les terres basses y alternent. Parchappt' avait déjà noté le contraste entre la zone comprise enti-e Buenos Aires et le Salado avec ses ondulations légères et son réseau hydrographique bien développé, les plaines horizontales de la rive droite du Salado^ semées de dunes irrégulières et le plateau méridional de la tosca entre les Sierras de Tandil et de la Ventana.
Il est possible actuellement de distinguer sur l'ensemble du territoire de la Pampa les régions suivantes :
1** — La partie centrale de la province de Santa Fe constitue la région dite « des colonies », c'est-à-dire le domaine des colonies primitives établies il y a deux générations, et la zone où s'est implanté le type d'exploitation introduit par elles. Les récoltes principales y sont le blé et le lin. Des haies de sorbiers plantés (paraïsos) encadrent les champs ; par opposition aux parties de la Pampa restées entièrement nues, la région des colonies constitue un véritable bocage. Elle s'étend à l'Ouest jusqu'au delà de la frontière de la province de Cordoba, où elle vient toucher entre San Francisco et Mar Chiquita la lisière du monte. Au Nord, Miatello donne le 30" L.S. comme la limite normale de la culture du blé, au delà de laquelle elle souffre à la fois de la réduction des pluies d'hiver et de l'augmentation des pluies d'été. En fait, les grandes cultures n'atteignent cette latitude que sur la ligne de San Francisco à Ceres ; sur la ligne de Resistencia, au Nord de Santa Fe, elles s'interrompent sous 30° 50' L. S. Dans l'intervalle, la limite de la région des colonies coïncide à peu près avec celle du département de Castellanossous 30''45'L.S. La zone comprise entre cette ligne et la lisière Nord de la Pampa est une région d'élevage. Au Sud, la région des colonies s'étend jusqu'à las Bandurias et Irigoyen.
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2° — Au Sud de la région des Colonies, le plateau de la rive droite du Parana, à l'Ouest de Rosario cl de San Nicolas, forme la région du maïs, le corn belt argentin. La culture du lin y est généralement associée à celle du maïs. C'est par excellence la terre de labour de l'Argentine. Le sol de limon fin argileux, de teinte rouge sombre, qui retient l'humidité, les pluies d'été abondantes, sont éminemment favorables au maïs. Les limites de la région du maïs dessinent autour de Rosario un arc de cercle d'un rayon de 100 à 150 kilomètres; elles n'atteignent pas tout à fait à l'Ouest la frontière de Cordoba, et laissent en dehors tout l'angle Sud-Ouest de la province de Santa Fe. La zone du maïs touche le Parana entre le 02° L.S. et le Baradero. Au Nord, le passage de la région du maïs à la région des colonies se fait brusquement. Au Sud, au contraire, il existe à la lisière du cornbelt une zone de transition étendue, où le maïs et le blé occupent à peu près la même superficie, et qui s'étend jusqu'au rio Salado de Buenos Aires.
5° — La région des luzernières est beaucoup plus étendue. Elle comprend tout l'angle Nord-Ouest de la province de Buenos Aires, depuis le cours du Salado, dans la région de Junin, jusqu'à la lisière méridionale des départements de Nueve de Julio et de Pehuajo, et jusqu'à la hauteur de Guamini. La limite des luzernières laisse en dehors le territoire de la Pampa central, mais s'avance à l'Ouest pour englober une partie du département de Pedernera dans la province de San Luis. Les luzernières s'étendent sur la ligne de San Rafaël jusqu'à Batavia, et elles touchent en ce point les limites mêmes de la zone colonisée. La zone des luzernières comprend, en outre, toute la partie Sud-Est de la province de Cordoba, jusqu'à la hauteur de la ligne de Villa Mercedes à Villa Maria, et la fraction méridionale de la province de Santa Fe. Dans toute cette zone, la luzerne couvre de 15 à 25 pour 100 de la superficie totale. Les conditions nécessaires pour le développe-
ment des luzernières sont la faible profondeur de la nappe d'eau souterraine et un sol léger où les racines pénètrent aisément. La zone orientale des limons argileux est peu propice à la luzerne; la luzerne y résiste moins longtemps que dans l'Ouest, où, bien ménagée, elle se conserve quinze ou vingt ans.
La zone des luzernières est avant tout une grande zone d'élevage de bêtes à cornes, le pâturage dlf mouton étant nuisible à la luzerne. Elle est loin, d'ailleurs, d'ofTrir l'uniformité des régions précédentes. Au Sud-Est, dans la province de Buenos Aires, la formation des luzernières a été entreprise à une date où la colonisation agricole était déjà commencée. On y trouve donc juxtaposés deux types distincts d'exploitation; la culture du maïs y pénètre au Sud-Ouest, en dépit de conditions de climat relativement peu favorables, jusque dans la région de Trenque Lauquen et de Guamini. Le centre de la zone des luzernières, au Sud de la province de Cordoba, est lui aussi une grande zone agricole, mais l'agriculture y est directement liée à la création des luzernières. Elle est confiée, en effet, à des colons qui cultivent la terre 4 ou 5 ans, et, à la fin de leur bail, la restituent aux propriétaires, ensemencée en luzerne. Les récoltes consistent à peu près exclusivement en blé et en lin. Enfin, dans l'Ouest (province de San Luis et extrême Sud-Ouest de la province de Cordoba), le sol est de plus en plus sableux et le climat de plus en plus sec. Un seul labour suffit à détruire la végétation naturelle et à faire place nette pour la luzerne; les luzernières ont été créées, sans l'intervention de colons, par les éleveurs eux-mêmes qui sont les seuls maîtres de la région.
4° — Au delà des luzernières, au point où la plaine se relève vers les sierras de San Luis et de Cordoba, la nappe d'eau phréatique s'éloigne de la superficie; cette zone du pied des sierras, impropre à la luzerne, et dont le sol est relativement riche en humus, a été occupée par
lA i'I.VINE l'AMPÉENNE. 177
la colonisation agricole. Les cultures de blé s'étendent, dans la province de San I.uis, jusqu'à Fraga età Naschol, dans la fosse de Conlara; les cuUures de maïs, à Oncaitivo,dans la province deCordoba, entre les rios Tercero et Secundo, oij les pluies d'été sont plus abondantes. Cette zone dispose, grâce au voisinage de la montagne, de ressources en eaux pour l'irrigation qui entretiennent de petits centres de cultures riches.
5" — Le Sud de la province de Buenos Aires et la Pampa central forment la zone du blé. La nappe de tosca, qui suit le sol à une faible profondeur, ne nuit au blé que dans les années très sèches. Les vallées où la tosca s'interrompt et les dunes où le sol est profond sont précieusement utilisées pour former des luzernières dont l'étendue est toujours limitée. La culture du blé paraît avoir atteint, aujourd'hui, aussi bien dans cette zone que dans la précédente, sa limite définitive, la sécheresse rendant peu probable une nouvelle extension vers l'Ouest.
6" — Enfin, l'Est de la province de Buenos Aires, dont la petite ville de Dolores marque approximativement le centre, est la seule partie de la plaine pampéenne où la colonisation agricole n'ait pas pénétré. Les terres y sont basses et mal drainées. La végétation n'y a pas subi d'autre transformation que l'amélioration progressive qui est due au piétinement et au séjour prolongé du bétail. Cette région pastorale est nettement limitée au Sud par la sierra de Tandil. Au Nord, elle se continue par la zone plus accidentée comprise entre Buenos Aires et le cours inférieur du Salado, où ralternance des pâturages d'hiver sur les terres sèches, et des pâturages d'été dans les vallées, favorise des méthodes d'élevage plus perfectionnées, et a localisé l'industrie laitière.
Dans la province d'Entre Rios, la limite des grandes cuUures de blé et de lin est marquée par le 52° L. S. La fraction d'Entre Rios qui s'étend au Nord du 52" et
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lis LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE.
la province de Corrientes ne se rattachent plus à proprement parler à la région pampéenne.
L'élevage extensif a été la première forme de la colonisation blanche dans la Pampa, Le mot d'élevage n'est pas à la vérité parfaitement propre pour caractériser une industrie qui tient surtout de la chasse et qui se distingue nettement de Télevage plus attentif et plus perfectionné pratiqué à la même époque dans les provinces du Nord.
« La véritable richesse de la province de Buenos Aires, » dit le Dean Funes, « était et sera toujours le commerce des peaux » (la pelleteria)*. Une bonne part des peaux exportées provenait de la chasse des bœufs et des chevaux sauvages qui s'étaient multipliés sur le territoire de la Pampa au delà du rio Salado*. C'est surtout après 1778, lorsque le commerce eut été autorisé avec l'Espagne et que la demande des cuirs grandit, que la chasse de ces réserves de bétail sans maître fut pratiquée activement : 2000 Espagnols de Buenos Aires, de Santa Fe, de Mendoza, chassaient tous les jours, dit Azara, égorgeant, outre les animaux qu'ils dépouillaient, une bête pour chacun de leurs repas. De 1775 à la Révolution, le Gouvernement espagnol se montre constamment préoccupé de régler et de modérer le massacre des troupeaux. Il établit des peines contre toute personne vendant des cuirs qui ne portent pas sa
1. Ensayo de la historia civil del Paraguay, Buenos Aires y Tucuman, 5 volumes in-16, Buenos Aires, 1816, t. III, p. 2U.
2. On a souvent exagéré le nombre des animaux marrons et l'étendue de la zone où ils s'étaient répandus. Il ne semble pas qu'ils aient jamais recouvert toute la superficie de la plaine pampéenne. Un saulnier qui traversa en 1755 la Patagonie et la Pampa tout entière (voyage du San Martin au port de San Julian. Coll. de Angelis, t. V), ne rencontra de troupeaux sauvages qu'à proximité de la frontière du Salado et reconnut à cet indice le voisinage des estancias. Au début du xix'^ siècle, les bœufs marrons avaient disparu sur la rive droite du Parana; il en restait quelques-uns dans Entre Kios.
LA PIAINK PAMPÉENNE. 179
marque; il afferme le droil de chasser les animaux sans marque; il organise la destruction des chiens sauvages, etc. Les estancias se développèrent à l'abri de cette législation. Cependant, la Révolution ne marque pas le terme des chasses au bétail. D'Orbigny assiste en 1828 à des chasses aux chevaux sauvages (baguales) dans Entre Bios. Longtemps encore le gaucho argentin conservera les mœurs d'un chasseur plutôt que d'un éleveur proprement dit : témoin les soldats d' Urquiza, qui, dit Demersay, pendant la campagne de Corrientes de 1846, lorsqu'ils ne trouvaient pas d'arbres pour attacher leurs montures, égorgeaient des bœufs, aux cornes desquels ils nouaient les longes.
Si l'on passe de la zone de la chasse à la zone des estancias, on constate que le travail de l'éleveur y consiste avant tout à empêcher son troupeau de devenir sauvage. « Les estancias de ce pays, dit le Dean Funes, étant établies sur des plaines immenses, oi!i il n'était pas facile de contenir les troupeaux à l'intérieur de limites fixes, il arrivait que les bœufs, en quête d'eau ou de pâturage, se dispersaient à d'énormes distances et finissaient par être considérés comme sauvages et sans maîtres. » Azara, voulant indiquer la supériorité des estancias du Paraguay sur celles de Buenos Aires, se borne à dire que les bœufs y sont plus apprivoisés « mansos ». Au bétail sauvage « alzado » s'oppose le bétail « de rodeo », c'est-à-dire le bétail qu'on rassemble périodiquement par des battues au centre de l'estancia pour l'accoutumer au pâturage où il doit vivre (aquerenciar). C'est la difficulté d'éviter la dispersion du troupeau qui donne leur prix aux « rincones » de Corrientes entourés de zones inondées, et dans lesquels les bœufs sont captifs.
Les descriptions que Mac Kann a données de la vie pastorale dans la province de Buenos Aires au milieu du XIX* siècle, donnent une impression très nette de ce régime de transition entre l'exploitation du croît naturel d'un troupeau qui se multiplie en dehors de toute inter-
JSO LA RÉPUBLIQli- ARGENTINE.
venlion humaine et l'élevage proprement dit. La valeur d'un cheval y représente presque uniquement le prix de son dressage : l'éleveur ne voit pas sans inquiétude son troupeau s'accroître, redoutant de ne plus avoir les moyens de le domestiquer. Parmi les dangers qui menaçaient la fragile discipline des troupeaux, les plus redoutables étaient les sécheresses. Celle de 1827 fut un désastre; les animaux quittèrent en masse leurs estancias pour s'éloigner vers le Sud où ils se mêlèrent \
Les révolutions et les guerres interrompent la domestication du bétail. iGalvez*, arrivant de la province de
1. Le problème de l'eau n'a pas dans la région pampéenne la même importance essentielle pour l'histoire de la colonisation que dans la région septentrionale. L'élevage primitif était réduit, pour abreuver les troupeaux, aux points d'eau naturels, lagunes ou ruisseaux, et à des puits peu profonds, jagueles, ouverts jusqu'à la nappe superficielle, qui est le plus souvent peu profonde, mais exposée à tarir. A mesure que la colonisation progressa, l'éleveur, et après lui l'agriculteur, furent mieux outillés pour le forage des puits et cessèrent de redouter la sécheresse. On descendit jusqu'aux nappes profondes, semi-artésiennes (région de Buenos Aires) ou artésiennes (Ouest de la province de Santa Fe autour de San Francisco). Ailleurs, au contraire, on sut utiliser des nappes superficielles, plus douces que les nappes profondes, en adai>tant aux puits des types nouveaux de filtres (région de Buena Esperanza). Les deux seules régions où la recherche de l'eau ait présenté des difficultés sont l'angle Sud-Ouest de la région pampéenne et l'extrémité septentrionale de la prairie dans la province de Santa Fe. Les nappes y sont très irrégulières, et souvent salées, et il a fallu longtemps pour que les estancias finissent par avoir leurs besoins en eau assurés.
Un trait remarquable est l'importance des dunes dans la distribution des nappes d'eau souterraines; les eaux de pluies s'accumulent dans les dunes et s'écoulent lentement du sable dans le sous-sol; le niveau de la nappe souterraine dans le limon sur lequel la dune repose est toujours plus proche de la surface au voisinage de la dune. La dune elle-même a souvent une végétation plus verte que les terrains qui l'environnent. Rien n'est plus surprenant que de découvrir à « Medanos » (Ouest de Bahia Blanca), au centre d'une plaine d'aspect aride, les cultures de luzerne et les vergers logés dans les creux de dunes encore vives. Dans toute la province de Buenos Aires, le voisinage de dunes mortes, en raison de ses ressources en eau, est un site favorable d'habitation. D'Azara signale les nombreux points d'eau qui jalonnent le pied de la ligne des dunes mortes de la Cerillada. Alentour blanchissaient les os des baguales. Dans les vallées de la Pampa central, où la nappe d'eau au centre de la vallée est souvent salée, les eaux souterraines s'améliorent régulièrement quand on se rapproche des lignes de dunes.
2. V. Galvez, Memorio.s de un viejo. Buenos Aires, 5 vol. in 16, 4' édicion, 1889.
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Cordoba à Buenos Aires, à la fin du Gouvernement de Rosas, est frappé par l'état où il trouve les estancias. Beaucoup d'entre elles avaient été confisquées, ou les maîtres avaient été exilés : On n'y « marquait » plus ; les bœufs étaient devenus de véritables bêtes sauvages. La période des troubles de l'émancipation fut beaucoup moins néfaste pour les éleveurs de Buenos Aires que pour ceux d'Entre Bios. Le troupeau d'Entre Bios fut à peu près complètement anéanti pendant la Révolution, et une partie des estancieros de la rive gauche se transportèrent sur la rive droite du Parana. Après 1823, la richesse pastorale d'Entre Bios fut brusquement rétablie grAce à dos razzias exécutées sur le territoire brésilien. Elles étaient si fructueuses que la population entière y prenait part. En 1827, les habitants de la Bajada y allaient en si grand nombre que la ville était à moitié déserte. Chaque jour, des milliers de bœufs étaient rassemblés sur la rive de l'Uruguay et franchissaient le fleuve; une partie de ces troupeaux était même menée au delà du Parana dans la province de Santa Fe. Woodbine Parish (1859) confirme ce rapide repeuplement d'Entre Bios dont d'Orbigny a été le témoin. Cette période de prospérité fut de courte durée. La guerre avec l'Uruguay sous Bosas ruine de nouveau les estancias d'Entre Bios; la sécheresse de 1846 contribue à disperser les troupeaux qui restaient. L'élevage extensif est faiblement enraciné au sol; les centres principaux de production se déplacent, au hasard des circonstances politiques, d'une zone à l'autre de la plaine pampéenne.
L'élevage primitif offre peu d'exemples de migrations périodiques pour assurer une meilleure utilisation du pâturage. En 1822, le colonel Garcia, pendant son voyage entre les sierras de Tandil et de la Ventana, observe que les Indiens gardaient leurs juments pendant l'hiver autour des lagunes temporaires de la plaine et se rapprochaient en été des ruisseaux de la montagne.
182 LA RÉPUBLIQUE ARGEiNThXE.
Des mouvements de transhumance de ce genre étaient difficiles pour les estancieros créoles, dont les troupeaux, trop nombreux, étaient peu maniables. Pourtant les éleveurs de Chascomus menaient, à la fin du xviii^ siècle, leurs bœufs dans les terres basses des rives du Salado, pendant la saison sèche'. Garcia^ signale de même l'importance des pâturages du Salado pour les estancias du Salto, d'Areco et de Lujan. La nécessité de déplacer les troupeaux à la saison sèche, et de trouver des « invernadas » à portée des anciennnes estancias, résultait de la transformation subie dans la Pampa orientale par la végétation naturelle et de l'extension du « pasto dulce «. Les herbes annuelles qui composent le pasto dulce meurent en effet et disparaissent après avoir fructifié ; elles laissent, jusqu'aux pluies d'automne, le sol entièrement nu et dépouillé, tandis que les graminées vivaces du pasto duro fournissaient un fourrage maigre mais permanent.
Les premiers perfectionnements de l'industrie pastorale dans la Pampa sont liés au développement de l'élevage du mouton. Les exportations de laine débutent vers 1840 et elles progressent rapidement à partir de 1855 (17 000 tonnes en 1860, 65000 tonnes en 1870). De 1850 jusque vers 1890, le rendement économique de l'élevage des moutons resta très supérieur à celui de l'élevage des bœufs. Pendant toute cette période, la multiplication des bergeries n'est limitée que par les ressources en main-d'œuvre. Les premiers bergers ont été des Basques, dans le Sud de la province de Buenos Aires, et des Irlandais dans le Nord. Le propriétaire les
i. Diario de un reconocimiento de las guardias y fortines que guarne- ; cen la linea de frontera de Buenos Aires (l"96), por D. Félix de Azara. Coll. de Angelis, VL
2. Nuevo plan de fronteras de la Provincia de Buenos Aires por cl Colonel Garcia {\S16). Coll. de Angelis, VI.
LA PLAINH PAMPEENNE. 1S5
établit comme métayers dans les « puestos », sur la bordure de l'estancia, dont le centre reste consacré au gros bétail. Ils peuvent ainsi, en surveillant leurs moutons, faire respecter les limites du domaine et empêcher les bœufs de les franchir.
La laine resta longtemps le seul produit de l'élevage du mouton. A partir de 1866, on songea à utiliser également les peaux et le suif. Le matériel des graisseries étant peu coûteux, elles se multiplièrent dans toute la zone du mouton; beaucoup d'estancias eurent la leur. De 1867 à 1877, les saladeros établis depuis longtemps pour abattre les bœufs entreprirent en grand l'abatage des moutons. Le nombre des moutons vendus aux saladeros s'éleva jusqu'à 5 000 000 par an. En 1880 furent faites les premières expéditions de viande de mouton frigorifiée. Tandis que la création des graisseries n'avait pas eu d'influence sur l'élevage, l'établissement des frigorifiques provoqua une rapide transformation du troupeau. La race Lincoln, plus lourde et d'un meilleur rendement en viande, élimina la race mérinos à laine fine. La substitution des Lincoln aux mérinos est aujourd'hui achevée dans toute la région pampéenne.
Jusqu'en 1880, l'élevage du mouton était concentré à l'Est du Salado, au Nord et au Sud de Buenos Aires, à partir d'une ligne passant par Quilmes, San Vicente, Pilar et Campana, qui marque les limites de la zone suburbaine. En outre, il s'était propagé sur la rive droite du Salado inférieur, jusqu'au pied de la sierra deTandil, dans une zone où les premiers postes datent de 1825, mais dont le peuplement ne progressa rapidement qu'après 1855. Vers 1880, commence, après la pacification de la Pampa, l'expansion des bergeries vers l'Ouest. Alors apparaissent sur le marché de Buenos Aires les laines de pasto fuerte : elles proviennent de la région d'Azul en 1870; dOlavarria, en 1880; de Bolivar, en 1885; de Villegas, en 1890. Le recensement de 1889 attribue à la province de Buenos Aires 51 000 000 de mouton.?.
184 I.A RÉPLBÎ.ÎOUE AUGENTINE.
Celui de 1895 donne un chiffre identique (52 000 000). Une comparaison détaillée des deux recensements montre que le mouvement d'expansion vers l'Ouest s'est continué et achevé pendant cette période. Le troupeau de la zone Nord-Ouest de la province (Lincoln- Villegas-Trcnque-Lauquen) a plus que doublé; celui de la zone Sud-Ouest (Alsina-Puan-BahiaBlanca-Villarino) a continué à s'accroître et a augmenté d'un tiers. Celui du territoire de la Pampa central a triplé. En revanche, dans les départements au Nord et au Sud de la sierra de Tandil, où la colonisation est plus ancienne, l'élevage du mouton est'stationnaire. Les zones du Nord-Est et du Sud-Est, entre le Parana et le Salado, ont perdu, l'une le cinquième, l'autre la moitié de leur troupeau.
A partir de 1895, l'effectif du troupeau de moutons de la plaine pampéenne diminue rapidement. Le nombre des moutons descend de 54 000 000 en 1908 à 18 000000 en 1915 pour la province de Buenos Aires; de 2800 000 en 1908 à 2 500 000 en 1914 pour la Pampa central. La réduction est générale et se manifeste dans toutes les régions; mais elle n'est pas partout aussi forte et elle ne se produit pas partout à la même date. L'élevage du mouton a disparu à peu près complètement de la zone orientale, à l'Est du Salado, qui avait été son berceau. Au Sud de Buenos Aires, le mouton recule devant l'élevage des bêtes à cornes, et il est déjà à peu près éliminé en 1908. Au Nord de Buenos Aires, il résiste plus longtemps, mais la réduction du troupeau n'en est que plus rapide depuis 1908 ; elle correspond au progrès des cultures de maïs. En 6 ans, les départements de Bartolome Mitre et de Pergamino ont perdu les 4/5 et les 5/6 de leurs moutons. Dans le Nord-Ouest de la province de Buenos Aires, le recul du mouton commence dès le début de la création des luzernières, vers 1900; il a continué depuis sans arrêt ; le troupeau actuel représente environ 1/4 du troupeau de 1895. Dans le Sud-Ouest (zone des cultures de blé) la diminution est rapide
LA PLAlMi PAMPÉENxMi:. 18;-)
avant 1008, mais elle paraît s'être à peu près arrêtée depuis, grâce à l'association de l'élevage du mouton avec la culture du blé et de l'avoine. Le troupeau actuel représente environ la moitié du troupeau de 1895. Enfin, dans la zone au Nord de la Sierra de Tandil, le mouton recule comme plus au Nord devant l'élevage du bœuf, mais son élimination est moins complète que dans la zone des luzernières, et le troupeau représente encore en 1915 les 2/5 environ du troupeau qui existait vingt ans plus tôt.
Dans la province d'Entre Rios et le Sud de Gorrientes, le nombre des moutons a continué à s'élever jusqu'en 1908, mais l'augmentation porte seulement sur les départements du Nord, en dehors de la zone agricole, tandis que les départements du Sud, gros producteurs de bléetde lin, ont perdu, entre 1895 et 1908, 1/3 de leur troupeau.
L'élevage des bœufs souffrit longtemps de la difficulté à écouler ses produits; les cuirs seuls trouvaient facilement preneur. La fabrication et l'exportation de viande salée date du xv!!!*" siècle, et c'est pour l'approvisionner que sont organisées les expéditions aux salines de la Pampa et les voyages des saulniers à la côte de Patagonie. De 1792 à 1796, on expédia du rio de la Plata à la Havane 59 000 quintaux de viande sèche. Mais le marché de la viande salée, tasajo, fut toujours restreint. Il comprenait seulement les Antilles et le Brésil, et les saladeros n'utilisèrent jamais complètement la capacité de production en viande du troupeau argentin. La crise des Saladeros est antérieure à la date où commença pour eux la concurrence des frigorifiques. Dès 1889, il n'en restait plus que trois dans la province (le Buenos Aires.
Bien que le prix du bétail fût très peu rémunérateur et n'incitât pas à perfectionner l'élevage, bien que le Saladero fût peu exigeant, demandant seulement des animaux en bon point, l'amélioration du troupeau et l'in-
Iroduction de reproducteurs de race sélectionnée avaieii été entreprises vers le milieu du xix* siècle. Les laitier basques établis dans la zone voisine de Buenos Aire vendaient aux estancias des veaux de race, qui y étaien' utilisés comme reproducteurs*. Vers 1880, les progrè: de l'élevage du mouton refoulaient peu à peu les estanh cias de bêtes à cornes et leur mesuraient de plus en pluî étroitement l'espace, à l'intérieur de l'ancienne frontière indienne. L'étroitesse du marché des bœufs, et leur faible valeur marchande furent des circonstances éminemment favorables à l'occupation des terres nouvelles qu'ouvrit à cette date la soumission des Indiens. Les troupeaux qui ne trouvaient pas acheteurs furent envoyés vers les campos de afuera ; l'expansion des estancias se fit avec une extrême rapidité. Daireaux a dépeint avec beaucoup de précision cette ère de colonisation pastorale et l'exode des convois destinés à peupler l'Ouest de la Pampa. Les bœufs y devancent partout le mouton de plusieurs années. En fait, le bœuf est considéré par les éleveurs comme sans valeur propre; il n'est qu'un auxiliaire chargé d'améliorer le pâturage et de préparer le terrain au mouton. Il est lui-même précédé par les troupes de chevaux à demi sauvages qui prennent possession les premiers ducampo vierge, et en commencent la transformation.
L'effectif du troupeau de bœufs s'élève rapidement.
•!. C'est, sous une forme très spéciale, un premier exemple de la spécialisation d'un des cantons de la région pampéenne dans l'industrie de l'élevage proprement dit (production d'élèves).
Pl. III. -^ L'ÉLEVAGE DES BŒUFS.
La densité du troupeau est très f;iible dans Ja zone du maïs; elle est trc.< élevée dans le Cenfre et l'Est de la région pampéenne. qui approvisionne les frigorifiques d'animaux de race sélectionnée et de poids élevé. La densité est très forte aussi dans le Nord de la Mésopotamie, mais le bétail y est de valeur moindre, et il est consommé par les saladeros de l'Uruguay. La présence du tique, qui inocule aux "bœufs la fièvre du Texas, est le principal obstacle à la transformation du troupeau dans le Nord de l'Argentine.
Denis. — L'Argentine.
Pl. m
65° Long W P.
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