I.A PLA1N1-: IWMPEEN.NE
En 1875, il est évalué à 5000000 de têtes pour la province de Buenos Aires. Il est de 8 millions et demi en 1889. Depuis cette date, les variations ont été relativement modérées. Le recensement de 1895 donne 7 700000 têtes; celui de 1908, 10500000; celui de 1914, 9000000; celui de 1915, 11 500000'. Mais la valeur de ce troupeau a continué à s'élever rapidement. Les exportations de viande sur pied, qui durèrent de 1889 à 1900, marquèrent le début delà hausse du bétail. Elle s'accentua surtout du jour où les frigorifiques cessèrent d'abattre exclusivement des moutons et commencèrent à acheter des bœufs. Les exportations de viande de bœuf congelée ou refroidie se développent à partir de 1898. Leur valeur s'élève à 10000000 de piastres or en 1904, au double en 1909, à près du quadruple en 1914.
La différence entre le prix payé par les frigorifiques pour les bêtes de race et le prix des animaux de sang créole, que consomme seulement le marché local, précipite la transformation du troupeau. Pour surveiller la reproduction et ménager le pâturage, les estancias multiplient les clôtures de fil de fer. Mais les conditions de l'élevage sont surtout modifiées par l'introduction des cultures de luzerne. La luzerne se répand à partir de 1895 dans le Sud de Cordoba et à l'Ouest de la province de Buenos Aires, et à partir de 1905 dans une partie de la province de San Luis. De petites luzernières existaient déjà depuis longtemps dans la province de Buenos Aires. Une description de la fin du xviii" siècle signale, autour de la ville, des luzernières qui étaient réservées à l'entretien des bœufs d'attelage et des bêtes de somme*.
1. Les variations du troupeau sont moins sensibles pour la région pampéenne que pour l'ensemble du territoire argentin. Elle est en elTet mieux pourvue de capitaux que les autres zones d'élevage, et répare rapidement les pertes causées par une exportation excessive, en achetant du bétail dans les provinces voisines.
2. Fernando Borrevo, Descnpcion de las provmcias ciel Rio delà PlaUi. Publié par le Ministère des Affaires étrangères de la République Argentine, Buenos Aires, 1911.
188 LA RÉPUBLIOl E ARGENTINE.
Mais la zone d'où partit, à la fin du xix^ siècle, la culture de la luzerne est la région de la province de Cordoba, que traverse la voie ferrée de Rosario à Cordoba, achevée dès 4870,versBeîIvilleet Villa Maria. Lesluzernières n'y furent pas créées par des éleveurs et la luzerne y fut destinée primitivement à être exportée à l'état de fourrage sec vers Rosario et Buenos Aires; le commerce du fourrage sec y est resté actif; le recensement de 1908 donne 4 '28 kilomètres carrés de luzerne pour la coupe dans le département de Tercero Abajo (Villa Maria), et 267 kilomètres carrés dans le département de Union (Bellville)'.
La luzerne se propagea de ce point vers le Sud et le Sud-Ouest; l'amélioration du' troupeau a progressé de pair avec elle. J'ai indiqué ailleurs comment cette amélioration était entravée, au Nord d'une ligne qui suit le cours du Parana, la frontière Nord des départements de Constitucion et de General Lopez, dans la province de Santa Fe et le rio Cuarto, dans la province de Cordoba, par la présence de la garrapate, qui inocule au bétail une maladie redoutable, la fièvre du Texas. Le bétail créole est immunisé contre la piqûre de la garrapate, mais les bœufs de race sélectionnée y succombent rapidement. Pour protéger la zone méridionale indemne où la garrapate ne se reproduit pas, le Gouvernement argentin soumet à une stricte réglementation les transports de bétail du Nord vers le Sud, et les bœufs doivent subir des bains désinfectants aux stations qui jalonnent la ligne frontière. Elle coupe en deux l'Argentine pastorale. Tandis que les bœufs durham du Sud sont destinés aux frigorifiques, les bœufs créoles du Nord continuent à alimenter les saladeros, qui ont disparu à Buenos
1. Parmi les industries spécialisées liées au développement des luzernières, il faut signaler la culture de la luzerne pour la semence, qui s'est cantonnée dans les zones sèches, où la luzerne est moins envahie par d'autres espèces; par exemple, la région de Medanos, à l'Ouest de Bahia Blanca.
LA P1AIM-: PAMPKKNM:. 189
Aires, mais se mainlicnnenl sur l'Uruguay. Pourlanl, les avantages du croisement avec les races européennes sont tels que les éleveurs du Nord, en dépit de tous les risques et de tous les frais, n'ont pas renoncé à le réaliser. Mais la transformation du troupeau ne peut être que très lente. Les reproducteurs de race sonl amenés du Sud et tenus à létable; leurs produits, nés sur place, résistent mieux à la fièvre du Texas et peuvent être mis au pâturage. Les progrès ont été plus marqués dans la zone contaminée sur la rive droite du Parana que dans Entre Rios et Corrientes : des animaux de race ont été introduits à Santa Fe, non seulement dans la région des colonies, mais plus au Nord, dans l'angle Nord extrême delà Pampa (département de San Cristobal) colonisé par desestancieros venus du Nord de Buenos Aires et du Sud de Santa Fe, et chassés par les progrès de la culture du maïs. Ils ont importé là, sur des terres neuves, la culture de la luzerne et les méthodes appliquées sur leurs anciens domaines. A Corrientes, au contraire, l'élevage est une industrie historique ; le personnel des estancias est autochtone; les traditions pastorales n'ont pas été renouvelées.
Si l'on recherche les variations qu'a subies, dans les différentes fractions de la Pampa, l'effectif du troupeau de bœufs, en comparant les résultats des derniers recensements, on constatera que le nombre des bœufs s'est élevé rapidement, à partir de 1895, dans toute la zone orientale, au Nord de la Sierra de Tandil. L'augmentation est surtout notable au Nord du Rio Salado, dans le domaine de l'industrie laitière. (Densité moyenne en 1915, 40 à 00 bêtes à cornes par kilomètre carré.) Dans la région du Sud-Ouest (zone du blé), la densité est toujours restée faible (12 par kilomètre carré) et elle ne tend pas à s'accroître. Dans la région Nord- Ouest de Buenos Aires (zone des luzernières), l'accroissement est rapide et se manifeste surtout entre 1895 et 1908 (création des luzernières), mais il ne s'est pas inler-
rompu depuis (densité 50 au kilomètre carré). Le même accroissement s'observe dans tout le reste de la région des luzernières sur le territoire de Cordoba, de San Luis et de San la Fe,oîi le troupeau double entre 1895 et 1908. Deux régions seulement ont subi une réduction : la région agricole du centre (Ghacabuco, Cliivilcoy), où la diminution se marque à partir de 1895, et la région du maïs (Nord de Buenos Aires) où l'élevage du bœuf n'a reculé qu'après 1908.
L'agriculture avait commencé à se développer dès la fin du xviii" siècle, aux environs de Buenos Aires. Azara, tout en constatant la prédominance écrasante de l'élevage, signale que la rive droite du Parana exportait des farines sur la rive orientale, exclusivement pastorale. Borrero observe de même qu'entre la zone des vergers et des luzernes, large d'une lieue, qui entourait Buenos Aires, et la zone des estancias qui ne commençait qu'à 6 ou 8 lieues, s'étendait une zone agricole, la région des (' chacras de pan llevar ». La culture principale était le blé, et les labours étaient pratiqués surtout dans les terres riches en humus du fond des vallées, qui portent dans le langage local le nom de canadas (canada de Moron, canada du rio Lujan).
Ce n'est pourtant pas à Buenos Aires, mais dans la province de Santa Fe, que débuta au xix" siècle la colonisation aorricole moderne. Elle remonte à la fondation — en 1854 — de la colonie d'Esperanza à l'Ouest de Santa Fe, dont elle était séparée par la bande de forêt qui suit le Salado. Des immigrants Européens, Suisses, Français, Piémontais y furent fixés. Les premières années de la colonisation à Santa Fe furent difficiles, et les colonies ne commencèrent à se développer rapidement qu'après 1870. Vers cette date, on peut distinguer à Santa Fe trois noyaux de colonisation agricole : le premier groupe de colonies est établi au Nord sur la
l.A PLAINE PAMPÉENNE. 191
rive du Parana. Au centre, le groupe d'Esperanza s'étend progressivement vers l'Ouest; enfin, un troisième groupe de colonies jalonne la ligne du chemin de fer central argentin de Rosario à Cordoba.
Les colons de l'Esperanza avaient récolté du maïs au début; mais la prospérité des colonies fut liée à la culture du blé. Zeballos, qui visite les colonies en 1882, les dépeint comme un immense lac de blé. Le blé ne domine pas seulement dans le département de Las Co-lonias, à l'Ouest de Santa Fe, où il sest toujours maintenu, mais, au Nord, à Garay, où il a été éliminé depuis par le lin et l'arachide, et au Sud, autour de Rosario, dans la zone aujourd'hui exclusivement consacrée au maïs. C'est pour le blé que sont construits les moulins du Carcarana et les greniers de Rosario. La superficie ensemencée en blé à Santa Fe s'élève en 1882 à 102000 hectares sur un total de 127000 hectares de cultures'. En 1889, l'étendue des cultures de blé est quadruplée. La zone des cultures l'ait tache d'huile, elle atteint à l'Ouest Rafaëla et Castellanos. En 1895, les progrès ont été plus rapides encore. La culture du blé a franchi la frontière de Cordoba et s'est répandue autour de San Francisco et à l'Est de Mar Chiquita (Départements de San Justo et Marcos Juarez). Les régions agricoles du centre de Santa Fe et du Central Argentino se sont rejointes, et le blé a envahi tout le département de San Martin. Il s'étend même au Sud des anciennes colonies du Central Argentino vers le Sud-Ouest de Santa Fe, dans le département de General Lopez. Le recensement de 1908 révèle des conditions très différentes. La densité des cultures de blé a continué de s'accroître sensiblement dans toute la région Nord, et aussi dans le Sud-Ouest de la province, à distance du Parana (département de General Lopez). Elle a diminué au contraire dans la région voi-
1. Population des colonies de Santa Fe en J88^: 52 000 habitants dont 12 000 dans les colonies du San Javier au Nord de la ville de Santa Fe.
Vn LA RÉPUBLigrE ARGENTINE.
sine de Rosario (départements d'Iriondo, de Belgrano, de Gaseros et de Constitucion), où s'est développée la culture du maïs. Le maïs a conquis une partie delà zone du blé.
Culture
du blé (en k'°-).
Culture
du niaïf
(en k-')
-r, ail -
Déparlemenls'.
\> Las Colonias.
jl{ Castellanos .
f: S. Jeronimo.
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■>" Iriondo . . .
% Belgrano. . .
h S. Lorenzo. .
'" Caseros . . .
Gai. Lopez .
,:ConsliluciQii .
X, s. Justo . . .
r M. Juarez . .
Limitée au Sud par l'exlension de la zone du maïs, la région des colonies garde aujourd'hui parmi les zones agricoles de la Pampa un caractère très distinct. Son originalité tient moins à ses cultures (blé dur et lin) qu'à l'ancienneté de la colonisation et à la division de la propriété. Les colons y sont en majorité propriétaires, et les domaines de 50 à 200 hectares y sont la règle. Les habitations y sont confortables ; elles s'entourent de vergers et de potagers. En outre, l'économie rurale s'est compliquée et elle a pris una.spect familier pour l'observateur européen par l'introduction de l'élevage pratiqué en petit par les agriculteurs. Le nombre des bêtes à cornes a doublé entre 1908 et 1914 dans le département de Castellanos, et augmenté d'un tiers dans celui de Las Colonias. La superficie des luzernières s'est étendue proportionnellement; elles se sont multipliées dans les
1. Les noms des départements qui appartiennent en entier à la région du maïs sont en italique; le département de San Jeronimo est à cheval sur la région du maïs et la région des colonies. Le territoire de General Lopez s'étend de même vers le Sud-Ouest bien au delà de la limite de la région du maïs.
LA PLAINt: PAMPÉENNE. 105
terres basses, « cafladas », impropres- au blé, que les premiers colons avaient dédaignées, et qui sont considérées aujourd'hui comme les parcelles les plus précieuses. La hausse récente de la valeur des terres dans la région des colonies répond non à une augmentation de la production agricole, mais au développement de Télevage. Quelques coopératives de laiterie ont été créées. En général pourtant, l'élevage vise seulement à la production de la viande. Le commerce du bétail s'exerce selon des méthodes très différentes de celles qui conviennent aux régions de grandes propriétés et d'estancias; il est resté aux mains de petits marchands (juifs de Moïsesville).
La colonisation agricole dans la province de Buenos Aires est au début entièrement indépendante de la colonisation de Santa Fe. Les cultures de la région voisine de Buenos Aires ne disparurent jamais entièrement : dans la période à laquelle se rapporte le tableau que Daireaux a tracé de la vie économique de la Pampa (1880-80), les labours disputaient à l'élevage une zone de 10 lieues de rayon autour de la capitale; mais l'élevage du mouton ne laissait aucune place à l'agriculture dans la zone suivante qui entourait de toutes parts la première, et s'étendait jusqu'à proximité du Salado. La colonisation agricole n'avait trouvé de terres libres qu'au delà du domaine des bergeries, à 200 kilomètres à l'Ouest de Buenos Aires, autour de Chivilcoy, de Chacabuco et de Brag.tdo. Dès 1872, la région de Chivilcoy produisait 150 OOO hectolitres de blé, près de la moitié de la production totale de la province de Buenos Aires. En 1889, elle forme une tache agricole déjà relativement dense, la superficie cultivée étant consacrée par moitié au blé et au maïs.
Blé. Maïs.
Chivilcoy 307 k"'* 399 k"'*
Cliacabuco 155 — 1G4 —
Bragado 147 — 201 -
Denis. — L'Argentine. lô
104 LA RÉPUBLIt>UE ARGENTINE.
A la même date, tout l'Ouest et le Sud de la province de Buenos Aires est exclusivement pastoral. Deux noyaux isolés de colonisation agricole y apparaissent seulement, le premier autour d'OIavarria^ sur rancienne fronlière indienne, où des colonies de Russo-Allemands avaient été établies en 1878; le deuxième, dans le département de Suerez, à rextrémilé Nord de la Sierra de hi Ventana, où un groupe de colons français s'établil cinq ans plus tard, à Piguë'. L'ouverture de la ligne de Buenos Aires à Baliia Blanca paraissait devoir préparer dans ce secteur la route à la colonisation agricole. Le recfr'nsement de 1895 démontre l'échec de ces premières tentatives de culture dans le Sud. Les labours ont diminué de moitié à Suarez ; des trois quarts à Olavarria. Si les colons de Piguë ont réussi à se maintenir sur leurs terres, ceux d'Oiavarria les ont abandonnées et ont émigré pour la plupart h destination de la province d'Entre Bios.
La colonisation avait, au contraire, conservé le terrain conquis, dans la région du moyen Salado, et elle s'étend d'une façon sporadique vers le Sud-Ouest et l'Ouest (Nueve de Julio, 252 kilomètres carrés de blé et 400 de maïs; Veinte Ginco de Mayo, 84 kilomètres carrés de blé et 218 de maïs; Junin, 197 kilomètres carrés de blé et 204 de maïs en 1895). Elle s'y est maintenue depuis, sans progrès rapide, et sans que l'élevage ait été éliminé. C'est une des régions de la Pampa où se trouvent mêlés le plus étroitement les types les plus différents d'exploitalion rurale. La colonisation agricole y a été réalisée tantôt par des petits propriétaires,, tantôt par des fermiers ou des métayers. L'association du maïs et du blé parait stable, et le climat est également favorable aux deux cultures, la récolte du maïs étant meilleure lorsque l'été est humide, celle du blé lorsque l'été est sec. Les
1. Cultures de blé en 1889, dans le département d'Oiavarria, 510 kilomètres carrés; dans le département de Suarez, 118 kilomètre?; carrés.
LA PLAINE PAMPÉExNNE. 1H5
lieux céréales se surcèdent lune à Tauti'e sur les mêmes terres, par une véritable rotation, le blé profitant des sarclages et netloyages répétés qu'exige le maïs. Les colons emploient au labour des bœufs qu'ils engraissent ensuite*.
La colonisation agricole dans la région desluzernières date de 1895 à 1905 :
Cultures de bk' Cullure'^ de lin
(en k-*). {en k-*).
1895. 1908. 189:i. '"^TÎiÔsr
R. A. Lincoln 152 819 » 100
Pehuajo 406 727 » .
Guaraini 20 528 » »
Tronque Lauquen. 100 1.459 » .^9
Villegas A 812 1 84
Pinto . 469 » 60
Conloba. Gii\. noc» » 1.009 » K9
Rio Quarto .... 5 1.156 . 17-2
Juarez Celman . . 144 1.679 . 185
Union 375 2.548 12 516
J'ai indiqué comment elle était liée au développemeni même des luzeniières. L'extrême Ouest de la zone des luzernières (département de Pedernera, San Luis) est le .seul point où la superficie des cultures reste réduite. Les contrats, par lesquels les estancieros confient b-urs t«^rres aux colons, à charge de les restituer ensemen( ées en luzerne, se sont progressivement modifiés à mesure que le courant de colonisation se développait. La terre a d'abord été abandonnée au colon sans loy(T, le seul profit de Testanciero étant la création des luzernières. A mesure que le courant d'immigration a pris i»lusde volume et la concurrence entre colons plus d"âpiet€,
1. Aniraaui de travail en 1^8, k Chivilcoy : bœufs, 17 00', chevaux. lOOnO; à Junin : bœufs, 15000, chevaux, GOOu"; à Nueve de .Julio : liœuft;. 15000, chevaux. WJOo. Dana la région des colonies de Santa Fe, à r.astellanos : bœufs, ITOOi», chevaux. ôlOOO; à Las Colonias : bœufs. 0000. chevaux, 55 000. Dans la région du blé (Sud de Buenos Aires); à Puan : chevaux, 'i'J UOO, bœufs, néant. A las Sierras : chevaux, UnOO, •ceufs, n^ant.
li'G LA RÉPUBLIQUE ARGENTL\E.
l'estanciero a réclamé d'eux un fermage plus élevé. Des contrats analogues servent en outre à la reconstitution des luzernières fatiguées par le pâturage, de sorte que la terre est périodiquement rendue à la charrue. Les dé.fricheurs de la zone des luzernières ont été recrutés en majorité dans la région des anci< unes colonies de Santa Fe, où une génération nouvelle commençait à être à l'étroit. Les cultures qu'ils pratiquent pendant les quatre ou cinq années de leur bail, sont choisies sans souci de ménager des terres qu'ils ne conserveront pas, et le blé y succède au blé, la première et la dernière récolte étant souvent réservées au lin. La proportion du lin diminue seulement dans la zone sud des luzernières. Il arrive, dans la province de Buenos Aires, que le colon lui-même cultive de la luzerne à son compte, soit pour vendre le fourrage sec, soit pour faire de l'élevage ou de l'engraissage.
La colonisation n'a pas correspondu ici à la division de la propriété. Non seulement le cultivateur ne devient pas propriétaire du sol, mais il ne s'y fixe pas à demeure et reste un véritable nomade. L'habitation a un caractère provisoire qui frappe au premier regard. La superficie cultivée est actuellement à peu près stable, si l'on considère l'ensemble de la région. Mais la colonisation agricole se transporte périodiquement d'un secteur à l'autre et détermine, par ses déplacements, de brusques à-coups dans le trafic des stations de chemins fer ou dans le développement des centres urbains.
Comme elle a été peuplée de Santafecinos, la région des luzernières a fourni h son tour des colons pour la zonf^ agricole occidentale du pied des sierras de San Luis et de Cordoba, où ils trouvent des conditions climatologiques moins favorables, mais, la terre ne leur étant pas disputée par les éleveurs, l'avantage d'une plus grande stabilité.
Tandis que la colonisation agricole a été une auxiliaire de la colonisation pastorale dans le Nord-Ouest de
DeM:-
LAiy:riitiiii
l'i. IV
65' long W P.
60° Long. W Gr.
Densité des cultures de maïs.
Exifreant |)Ius de chaleur et plus d iiumidilé (pie le l>ié. le maïs s'avance iimiiis loin vers i rOiiesl et vers le Sud. Il se cnncentre pour l'e.vporlal ion aux |)orls du Hio de la IMala et du Parana, et surtout à Kosario. La zone de grande culture du maïs, le « cornbell aryenlin », s'étend en arrière de Rosario et de San Nicolas jusqu'au delà de Casilda et de Pergamino.
LA PLAINE PAMPÉENNH. 197
Buenos Aires, au Nord-Esl, au contraire, el au Sud, dans les deux grandes zones du maïs et du blé, Tagricullure lend à éliminer l'élevage ou à limiter son champ d'action. La cullure du maïs est partie de la rive du Parana. où elle est déjà prédominante en 1889, entre Campana au Nord de Buenos Aires et San Nicolas. En \S\K^ elle a remonté le Parana jusqu'à la province de Sanla Fe (Constitucion) et s'est répandue dans lintérieur jusqu'à 80 kilomètres dans le département de Salto. Dans les années suivantes, elle progresse rapidement vers rOuest et le Nord-Ouest, couvrant les départements de Pcrgamino, Hojas, Colon, et à Santa Fe une partie de General Lopez, de San-Lorenzo et de Constitucion.
^Cu
Itures (le maïs.
iltures de "^895^^
lin.
Campana . .
Bai-atlero . .
S. Pedro . .
Arrecifos . .
Salto . . . .
Gai Lopez. .
Constitucion.
Pergam no .
Roja.s . . . .
Colon . . , .
S. Lorenzo .
Ca^eros . . .
C'est en 1805 que débutent les grandes exportations de maïs argentin. La culture du lin ne s'est ajoutée à celle du maïs que depuis 19(>0.
Les terres lourdes exigent des hersages répétés; le sarclage du maïs, sa récolte, occupent une main-d'œuvre relativement dense. Les exploitations sont restreintes, souvent de 50 hectares, La propriété ne s'est pas divisée au moment de la colonisation, la terre ayant acquis déjà, grâce à l'élevage, une valeur trop considérable [)Ouipouvoir être achetée par les colons. Sur les terres qui lui ont éléatîermées, s'est multiplié un prolétariat rural,
19g LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE,
souvent indocile. La région du maïs est celle où se sont produites les grèves agricoles les plus sérieuses. Les conflits entre propriétaires et colons se prolongent d'autant plus longtemps que les semailles du maïs peuvent être, sans grand inconvénient, retardées jusque vers la fin du printemps. La zone voisine du Parana a fourni une partie des maiseros qui se sont répandus vers le Nord-Ouest. Mais les colonies récentes comprennent, en outre, une forte proportion d'immigrants récemment débarqués d'Italie et d'Espagne. La population des cultivateurs de maïs ne s'est pas mélangée avec celle des cultivateurs de blé, chacune d'elles étendant parallèlement son domaine.
L'expansion de la culture du blé dans le Sud date de 1898 seulement :
Cultures de Jblé
(en k"-).
Alsina 45 1.296
Puan 52 1.521
Suarez 104 978
La Madrid 75 249
Pringles 15 724
Dorrego » 885
Tcrr. de la Pampa » 1.731
Le blé s'est répandu d'abord sur le parcours de la ligne de Buenos Aires à Bahia Blanca, à l'Ouest de la Sierra de la V^entana, puis dans la zone côtière, à l'Est de Bahia Blanca ; ces deux zones de production de blé se sont soudées l'une à l'autre, après 1904, lorsque la construction de la ligne directe d'Olavarria à Buenos
Pl. V. — Deasitl de.s coltcres de iîlé.
La zone du blé setend en un large arc de cercle de Bahia Blanca à Santa Vv, où remonte aujourd'hui la navigation maritime. La culture du blé franchit l.'i couri>e de 600 millimètres de pluie, et même celle de 4(K) millimètres, à mesure qu'on passe du domaine des pluies d été au domaine des pluies de printemps c\ (l'automne.
I>^:^l^. — L Argeiiliiif
65° Long W P
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Échelle
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lA PLAINE PAMPEENNE. lOU
Aires permit la mise en valeur de la région intermédiaire Pringles-Laprida). De Bahia Blanca, la culture du blé s'est étendue également vers l'Ouest et le Nord-Ouest sur la lijrnede Toay, et vers le Sud jusqu'au Colorado sur le lilloral. Dans tout le territoire de la Pampa central, il est encore aujourd'hui possible de distinguer deux couches de population immigrées à des dates différentes, — • et qui se sont superposées l'une à l'autre, — celle des éleveurs de moutoms, et celle den agriculteurs. Autour de Toay, le contraste entre ces deux éléments de la population est d'autant plus frappant que la première colonisation pastorale, qui date de 1890, avait été pour une large part l'œuvre de créoles « puntanos » (de la province de San Luis). Les colonies agricoles actuelles comprennent des Européens immigrés récemment et des colons venus d'autres parties de la province de Buenos Aires et d'Entre Rios.
Le rendement du blé est de plus en plus faible à mesure qu'on avance vers l'Ouest. La récolte peut être compromise soit par des gelées tardives, soit par la sécheresse, et notamment par des coups de vent chaud qui, dans les semaines qui précèdent la moisson, grillent les plantes et anéantissent des espérances déjà presque réalisées. Mais la médiocrité du rendement est com[)ensée par l'étendue des exploitations et la faiblesse des dépenses en main-d'œuvre. La récolte est faite souvent au moyen de machines égreneuses qui ensachent le grain, et le colon n'est pas contraint, comme à Santa Fe, d'attendre le passage de la batteuse. La sécheresse exclut la culture du lin, mais l'avoine réussit, surtout entre la Sierra de la Ventana et la Sierra de Tandil, et convient aux terres fatiguées par des récoltes de blé consécutives. Les exportations d'avoine par Bahia Blanca ont débuté en 1!)0().
L'éliminai ion de l'élevage par la culture est beaucoup moins complète que dans la région du maïs. L'avoine, semée dès le début de l'automne, sert de plante fourra-
gère; les animaux y sont tenus l'hiver, et l'avoine fauchée est mise en meule, sans être battue, comme réserve de fourrage. En outre, les cultivateurs de blé eux-mêmes ont adopté l'élevage du mouton, et les moulons paissent les chaumes et les jachères.
Ce résumé de l'histoire de la colonisation met en lumière quelques conclusions essentielles. Au moment où commença la colonisation agricole, on admettait que l'agriculture représentait une forme supérieure d'exploitation du sol, et que la Pampa passerait, dans un délai plus ou moins long, du cycle pastoral au cycle agricole, ou, pour employer le langage local, que la « colonie » succéderait partout à l'estancia. Cette idée était peu fondée : la seule région où les faits paraissent actuellement la confirmer est la région du maïs. La règle générale est au contraire que le progrès de la colonisation développe un type d'exploitation mixte où l'agricullure et l'élevage sont représentés, soit que l'une alterne avec l'autre en une sorte de rotation périodique, comme dans la région des luzernières, soit que l'association soit plus étroite encore et que les agricu teurs fassent à l'élevage une place dans leurs occupations, comme dans la région des colonies de Santa Fe ou dans la région du blé, au Sud de la province de Buenos Aires.
Il apparaît en outre que le développement de la colonisalion dépend non seulement des conditions physiques, mais de facteurs d'ordre purement économique ou social que le géographe ne peut négliger. 11 suffira de signaleiici les principaux.
On a vu le rôle joué dans la mise en valeur du sol par les groupes de colons qui essaiment d'une zone à l'autre : qu'il s'agisse des estancieros de la région orientale de Buenos Airos qui s'implantent à Cordoba, ou dans le Nord de Santa Fe, des éleveurs de moutons qui se
déplacent vers l'Onesl, ou des colons de Santa Fe qui s'établissent dans la région des luzernières, ces groupes transporlenf avec eux leurs habitudes et leurs méthodes d'exploitation et ne les adaptent que progressivement k un milieu nouveau.
Le colon, éleveur ou agriculteur, n'est pas livré à lui-même. La colonisation est soutenue et dirigée par la spéculation sur les terres et elle subit son influence. La spéculation escompte le travail du colon et attribue aux ferres une valeur qui n'est pas fondée sur le revenu qu'elles ont produit, mais sur celui que le spéculateur estime qu'elles pourront produire dans l'avenir. Si le spéculateur est hardi, il ne se laisse pas décourager par les premières expériences malheureuses, et il faut des échecs répétés pour venir à bout de son optimisme. Le colon peut, même si ses comptes de culture ne se règlent pas à son [u-ofit, réaliser un bénéfice, si la valeur de sa terre s'accroît. L'augmentation de son capital lui dissimule la médiocrité de son revenu, d'autant plus qu'il obtient aisément des banques hypothécaires des avances sur la valeur de sa propriété qui lui permettent de monnayer annuellement cette richesse.
La spéculation porte surtout sur les terres neuves, à la périphérie de la zone déjà colonisée, où le sol est déjè, en règle générale, entre les mains des exploitants eux-ménjes. Les spéculateurs, qui ont payé ces terres un prix élevé, cherchent à en organiser l'exploitation. C'est en partie gv^cc à leur influence que la colonisation étend sans cesse son domaine, au lieu de concentrer son labeur sur les régions anciennement occupées, où il j)Oiirr;iit parfois être plus productif. La spéculation sur les ter' es agit enfin profondément sur les conditions de la colonisation, en rendant plus difficile au colon l'achat des terres qu'il exploite. Le propriétaire qui les lui concède entend garder pour lui le profit de la hausse du sol ; il le loue et ne le met pas en vente.
L'histoire de la colonisation ne peut donc pas être
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séparée de celle du commerce des terres. Les caracîères particuliers de ce commerce dans la région pampéenne, sa concentration à Buenos Aires, l'établissement d'un marché des tenues, analogue à un véritable marché de titres, les procédés de vente par annuités, qui permettent aux plus petits capitalistes de s'intéresser à la spéculation, les mutations répétées de parcelles que leurs acheteurs n'ont pas visitées et ne connaissent que par leur plan, sont l'un des aspects les plus originaux de l'Argentine moderne; ils s'expliquent d'ailleurs en pnrtie par un fait d'ordre géographique : l'uniformité de la plaine pampéenne, où toute terre vaut à peu près la terre voisine.
La colonisation est d'autant plus aisée et plus rapide qu'elle exige moins de capitaux et moins de main-d'œuvre. L'expansion de l'élevage vers l'Ouest entre 1(S80 et 1890 fut facilitée par la faible valeur marchande des bœufs pendant cette période. L'élevage a sur l'agriculture l'avantage de se contenter d'un personnel moins nombreux, mais il nécessite un capital plus considérable. Parmi les cultures, les conditions de sol et de climat étant supposées également favorables, le blé convient mieux à la colonisation que le maïs, parce que la préparation du terrain et la récolte se font selon des procédés plus rapides et que le même nombre de bras peut cultiver en blé une superficie plus étendue qu'en maïs.
Le rôle du gouvernement argentin et des administrations provinciales a été restreint, sauf dans la première période de l'établissement des colonies à Santa Fe, tant dans le recrutement et l'introduction des immigrants que dans la distribution des terres et l'administration des colonies'. La colonisation est restée, en général,
1. La loi des <■ Centres Agricoles », passée en 1887 par la Province •le Buenos Aires pour faToriser la colonisation, n'a pas eu de résultats heureux. Aux termes de cette loi, les propriélaires qui déclaraient consacrer leurs terres à la colonisation recevaient une avance ?^ur la \-aleur de ces terres sous la forme de cédules hypothécaires.
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une alTaire privée. Le rôle d'enlrepreneur de colonisalion a été joué parfois par les propriétaires eux-mêmes, qui vendaient, à terme des lots, et retiraient ainsi de leurs terres un prix avantageux, en même temps rpi'ils favorisaient, en accroissant la densité de la population, la plus-value des parcelles qu'ils conservaient; parfois, par des Compagnies de colonisation qui achetaient des domaines pour les diviser et les vendre ; plus souvent par des commerçants qui font crédit aux colons qu'ils ont établis, à condition que ces colons se fournissent chez eux et leur confient la vente de leurs récoltes. L'essaimage des colons de Santa Fe a été en partie déterminé et soutenu par une migration parallèle des commerçants enrichis dans les colonies les plus anciennes, et qui ont ainsi étendu leur clientèle. Le commerçant entrepreneur de colonisation devient fréquemment l'intermédiaire entre le propriétaire et le colon, garantissant au premier une rente fixe de ses terres, et recueillant du second un tant pour cent de sa récolle. Cette organisation est particulièrement répandue dans la région du maïs, mais elle est courante dans toute la plaine pampéenne. Elle tend ù disparaître lorsque la colonisation est plus ancienne et mieux enracinée, le colon réussissant peu à peu à conquérir son indépendance, tant pour l'achat de son cheptel, de son matériel et de ses fournitures, que pour la vente de ses récoltes. Dans les zones où il n'est pas devenu propriétaire, les contrats de location du sol varient entre les deux types suivants : le fermage, lorsque le colon dispose du capital nécessaire à l'exploitation, et le métayage, ou contrat à part, lorsque ce capital est fourni par le propriétaire ou l'entrepreneur.
Enfin la colonisation ne peut progresser que si elle
l'intérêt et ramortissemenl des cédules étant à la charge des colons. Beaucoup de propriéUires proûtèt^nt des avantages que leur offrait l;i loi, mais, après un simulacre de colonisation, conservèrent la propriété de leurs IciTes.
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trouve un marché où placer ses produits. Le marché principal des laines, des cuirs, des viandes et des céréales de la région pampéenne a été jusqu'ici l'Europe occidentale; l'Amérique Iropicale absorbe une partie de la production des saladeros, des farines el des fourrages secs, et l'Amérique du Nord a commeMcé depuis peu à disputer à l'Europe les laines, les cuirs et les viandes frigorifiées. La facilité avec laquelle les produits de la Pampa se sont écoulés sur le marché mondial, qui se traduit par la stabilité relative de leurs cours, explique la continuité de la colonisation et la brièveté des crises qui en ont entravé l'essor.
Tableau des exportations des principaux produits de la région pampéenne [en milliers de tonnes): ■
Blé 904 '2.868 1.883 2.812 980
Maïs. ...... 1.H2 2.222 2.ti60 4.80ti 3.542
Lin 338 654 604 1.016 841
Farine 71 144 115 124 67
Laine 228 191 150 UO 117
Cuirs salés. ... 28 40 61 65 65
Cuirs séchés . . . 26 24 29 21 14
Bœuf congelé . . 44 152 253 3' 6 368
Moulon congelé . 63 78 75 45 58
Le chapitre des céréales apparaît en 1882 dans les ptalistiques de l'exporlation argentine; en 1900, la valeur des produits agricoles exportés égale celle des produits de l'élevage; en 1904 elle la surpasse.
Le marché intérieur a eu pourtant pour la colonisation une importance qui n'est pas négligeable. Lorsque la culture du blé se répandit à Santa Fe, la moisson fut consacrée d'abord à l'approvisionnement de Buenos Aires, et Zeballos considérait encore en 1885 comme le résultat essentiel de la colonisation agricole le fait que les farines chiliennes élaient éliminées du marché argentin. Même aujourd'hui, les régions j)ériphériqiies de la zone des céréales dépendent encore du marché intérieur. Le
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moulin de Villa Mercedes ravitnille Mendoza; Cordoba et Santa Fe envoient des farines à Tucuman. Le cours des céréales révèle encore dans ces régions, par rajiporl au cours pratiqué à Buenos Aires, de légères fluctuations locales.
La colonisation pastorale n'a pas été davantage entièrement indépendante du marché intérieur. Martin de Moussy aillrme, il est vrai, que la zone qui, vejs I8G5, exportait en Europe les produits de l'élevage, s'étendait jusqu'à la sierra de Cordoba ; mais cette observation doit être corrigée. Si les cuirs étaient, en eiïct, dans toute cette zone expédiés vers les ports du rio delaPlata, les animaux sur pied étaient acheminés, de tout le Nord- Ouest de la région pampéenne, vers le Chili. C'est pour vendre des bœufs ;iu Chili que les estancias se multiplièrent vers iiSOO autour de Villa Mercedes et vers l'aval, sur le Rio Quinto. La description de Jegou' montre encore en 1883 les éleveurs de la province de San Luis se consacrant exclusivement à l'approvisionnement du marché chilien. Les acheteurs chiliens et ceux des provinces andines visitent toujours Villa Mercedes et ils sont veaus jusqu'à une date récente à Villa Maria, dans la province de Cordoba. A Santa Fe, les estancias eurent pour clients, jusqu'à l'ouverture de la voie ferrée de Cordoba (1870), les troperos qui achetaient des bœufs de trait pour leurs charrettes. L'extinction de cette chentèle et la crise économique quelle détermina sont une des raisons pour lesquelles la colonisation agricole rencontra de la part des éleveurs si peu de résistance et put s'implanter à Santa Fe aussi aisément. Dans le département de San Crislobal, les éleveurs qui s'établirent après 1890 eurent pour premier marché les obrajes de la forêt voisine. L'ouverture de la voie ferrée vers Tucuman leur permit ensuite d'expédier
I. A. Jegou, Informe solre lu provincia de San Luis. Ann. Soc. Ciontifica Argentina, XVI, 1883, p. liO-152, 192-200 et 223-250.
leurs bœufs vers les provinces du Nord-Ouest. Les acheteurs de Buenos Aires péiiétrcrent tardivement dans ce canton éloigné de la [)laine pampéenne : on les y vit pour la première fois en 1911.
L'importance de la région pampéenne elle-même, en tant que marché consommateur, s'est accrue à mesure que la population y devenait plus dense. La part qu'elle absorbe dans les produits de l'élevage et de l'agricullure est très variable. Elle est prépondérante pour une partie d'entre eux. L'élevage du cheval par exemple, qui reste une des grandes industries de la Pampa, n'a jamais alimenté l'exportation ; de même, la culture des pommes de terre, concentrée dans deux régions étroitement limitées, autour de Rosario et au Nord de la Sierra de Tandil. Une peîite partie seulement du fourrage sec est exportée. En ce qui concerne les céréales, la comparaison des statistiques de production et des stalistiques d'exportation montre que la consommation s'élève à un tiers environ de la production. Elle est presque nulle pour le lin, et atteint presque nO pour 100 pour le blé.
Moyenne de la production et de l'exportation pour les années 1912, 1913, 1914, en milliers de tonnes :
Total y compris Blé. Maïs. Liu. l'avoiae.
Production . . 4.241 6.398 931 12 662
Exportation. . 2.140 4.227 790 8.058
Les centres consommateurs prinrijiaux étant précisément les ports, il en résulte que les courants commerciaux destinés à leur ravitaillement se confondent avec ceux qui alimentent l'exporbition. Plus intéressants pour le géographe sont les échanges entre les régions diverses de la Pampa. En tendant à se spécialiser, ces régions ont cessé, en effet, de se suffire à elle-mêmes, et elles doivent faire appel aux régions voisines. L'approvisionnement des moulins provoque des Iransports de blés dans ditTérentes directions. Les moulins principaux sont
établis à Buenos Aires, où ils sont bien placés pour travailler à la t'ois pourlc marché intérieur et pour l'exportation,et les moulins de l'intérieur résistent difticiîemeni à leur concurrence. Beaucoup d'entre eux pourtant travaillent encore. Ils pratiquent des mélanges de blé dur, acheté dans la région des colonies de Santa Fe, et de blé tendre, qui est cultivé dans le Centre: et le Sud de Bnonos Aires.
Mais ces transports inter-régionaux de céréales sont p<»u de chose auprès des trans4»orts de bétail. L'extension des luzernières a développé dans certaines régions l'industrie de l'engraissage, tandis que d'autres continuent à taire de lélovage proprement dit et alimentent les centres d'embouche. La zone d'engi-aissage la mieux spécialisée est la région de Villa Mercedes et la partie occiilcnlale de la zone des luzerniéres, tondis que l'Est de la provinre de Buenos Aires et Entre Bios sont restés df^s régions de production. La dilTéreneiation des zones pastorales ressort de l'étude des statistiques. D'après le recensemoîit de 1908, les vaches représenteat 5?) pour 1(>0 de lefTec lit' total du troupeau dans l'ensemble des départements formant le cœur de la zone d'élevage de l'Est de Buenos Aires, 45 pour 100 seulement dans les départements du iNord-Ouest de Buenos Aires et dji Sud de Cordoba et dans le département de Pedemera à San Luis, où l'industrie de l'engraissage est couramment pratiquée.
D'après le recensement de 1914, les bœufs forment •24 pour 100 du troupeau dans les mêmes départements de l'Est de Buenos Aires; 24 pour 100, de même, à Entre Bios; la proportion s'élève à 31 pour 100 dans la zone des luzernières. Le département de Dolores (Est de Buf'uos Aires), a C4 pour 100 de vaches et 21 pour 100 de bœufs ; le département de Pedernera (San Luis), (zone des luzernières), a 49 pour 100 de vaches et 58 pour lOO de bœufs; celui de General Boca (Cordoba), 48 pour 100 de vaches et 34 pour 100 de bœufs; celui d'Arenales
(Buenos Aires), 59 pour 100 de vaches et 46 pour 100 de bœufs*.
Tandis que les achats de bœufs pour les frigorifiques se font, soit dans les estancias mênie^ soit à Buenos Aires, où les bœufs en bon point sont expédiés à des coiîsignataircs, les ventes de bœufs destinés à l'engraissage ont lieu à des foires qui se tiennent périodiquement dans les villes de l'intérieur. Un autre élément du trafic de ces foires est le commerce des reproducteurs de race. La plus courue est celle de Villa Mercedes (prov. de San Luis) où se vendent 8000 bœufs par mois. On voit aux foires de Mercedes les bouvillons Durham de l'Est de Buenos Aires, destinés, après engraissage, à être expédiés de nouveau vers les frigorifiques ou les abattoirs de Buenos Aires. On y voit aussi les bœufs créoles provenant du Nord de la province de San Luis et de la Rioja qui seront plus tard consommés à Mendoza ou au Chili. Il n'existe pas, en effet, à la frontière occidentale de la Pampa, une ligne de démarcation analogue à celle que constitue au Nord la limite de la zone contaminée par la garrapate, séparant les deux domaines de l'élevage créole. Les communications entre les deux zones se font ici librement, et les luzcrnières d'embouche de Villa Mercedes sont utilisées en commun parles éleveurs de la Pampa et de la brousse \
Étendues ciillivées dans la Bépublique Argeniine (en kilom. carrés, presque exclusivement dans la région pampéenne).
Blr.
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