‹ La République Argentine:Chapitre 2 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ami 1914 : La Rioja — Sierra de los LIanos — San Juan — Mendoza.

Juillet lOli : Entre Rios.

Ces voyages, par voie ferrée ou suivant des roules Lien connues, ne prétendaient pas être des voyages d'exploration ou de reconnaissance. Ils devaient seulement me permettre de classer provisoirement les types principaux de paysage et les formes de colonisation, et d'établir un programme méthodique pour des enquêtes plus approfondies. Le travail que j'espérais poursuivre à loisir dut être interrompu en 1914, et, malgré mon vif désir, il m'a été impossible de le reprendre sur le terrain en 1919. Je me suis donc résigné à publier mes observations écourtées, en les complétant de mon mieux par une élude bibliographique. J'ai utilisé des fragments d'un volume de vulgarisation commencé à la demande de la Commission argentine pour l'Exposition internationale de San Francisco, dont quelques chapitres ont été publiés en mon absence par l'Université de Tucuman (L'Argentine moderne, chapitres de géographie économique. Publications de l'Université à l'occasion du centenaire du Congrès de Tucuman de 1(S10. Buenos Aires, 1916)*.

Mon dépouillement des publications sur l'Argentine comporte deux lacunes principales. L'une est volontaire : j'ai renoncé à connaître autrement que de seconde main les documents et les chroniques qui constituent jusqu'à la fin du xviii® siècle les sources de l'histoire des provinces qui devaient former l'Argentine. Les données historiques sur la colonisation qu'on trouvera dans les chapitres suivants se rapportent donc à peu près exclusivement à la période du xix" siècle.

1. Je saisis l'occasion de remercier M. J.-B. Teran, qui s'esl charge de l'édition de ces chapitres, et de me féliciter avec lui que les circonstances aient démenti ses prévisions quelque peu pessimistes en ce qui concerne leur auteur.

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La deuxième lacune n"a pu être comblée, à mon vif désappointement. Une grande partie des publications locales — officielles ou autres — caries, statistiques, etc.. n'est jamais parvenue en Europe, et Buenos Aires est le seul point où Ion puisse en avoir une connaissance complète. Ces publications ont été à ma portée jusqu'en 1014. Depuis cette date, j'ai été réduit aux ressources des bibliothèques de Paris et de Londres, qui sont minimes : les envois d'Argentine se sont encore réduits depuis la guerre. Les statistiques à jour m'ont en partie manqué.

J'espère pourtant que ce tableau de l'Argentine n'a pas un caractère seulement rétrospectif et n'est pas vieilli d'avance. Aucime statistique, d'ailleui-s. ne saurait suffire à résoudre le problème que pose à l'observateur l'Argentine de 1920. La guerre européenne a-t-elle seulement nilenti l'évolution économique du pays, ou lui a-t-elle imprimé ime direction nouvelle ? Les relations qui sont en voie de se renouer entre l'Argentine et le reste du monde seront-elles ou non calquées sur les relations d'avant-guerre ?

Les conséquences de la guerre sur la vie du pays ne doivent pas toutes être mises sur le même plan. Que, parmi les fournisseurs de l'Argentine, la guerre ai; avantagé les ims aux dépens des autres, que la part de^ Etats-L'nis ou même celle du Japon se soit largement accrue, c'est là un fait que l'on peut considérer, du point de \'ue argentin, comme d'importance secondaire. La guerre a eu, par ailleurs, pour effet une désorganisation des transports maritimes, une sorte d'isolement relatif qui n'a pas encore complètement cessé. La réduction des arrivages de charbon anglais a accru la valeur pour le pays des puits de pétrole de Rivadavia ; elle a poussé à entreprendre un inventaire hâtif des ressources naturelles en combustible. Les industries locales se sonl efforcées de satisfaire les exigences du marché argentin. où elles ne rencontraient plus la concurrence des mar-

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chandises européennes. Le brusque déséquilibre des prix a permis d'exporter certains produits jusque-là réservés au marché intérieur. Du moins, la guerre n'at-elle pas arrêté les courants établis des grandes exportations argentines. L'Argentine a continué à fournir à l'Europe ses céréales, ses viandes, ses cuirs et ses laines. Rien n indique que la concurrence des acheteurs soit destinée à se réduire, ni que la culture du blé ou de la luzerne doive devenir moins profitable.'

Les deux effets essentiels de la guerre paraissent avoir été, dune part, l'arrêt du courant d'immigration, d'autre part, la réduction progressive de l'appui que l'Europe donnait à la colonisation sous la forme d'avances de capitaux.

De 19ii à 1918, •27'2Û00 immigrants seulement ont débarqué à Buenos Aires, tandis que 48'2 000 émigrants quittaient le pays. En t918, le mouvement global des entrées et des sorties n'a été que de 47 000, moins d'un dixième du chiffre d'une année normale d'avant-guerre. Le retrait des capitaux européens s'est fait sentir dès la déclaration de guerre, et sest poursuivi depuis sans arrêt, les capitaux nord-américains ne suffisant pas à les remplacer entièrement. En même temps, la balance commerciale extraordinairement favorable a déterminé la formation dans le pays d'une ample réserve de capitaux, et l'Argentine a conquis en peu de temps une indépendance financière qui aurait exigé, dans des conditions normales, de longues années de travail et de prospérité.

En dépit des apparences, ces deux faits, interruption de l'immigration, accumulation de capitaux, ne peuventêtre considérés indépendamment l'un de l'autre. L'enquête ouverte par le Musée Social argentin La imigracion despues de la guerra, Museo Social argentine, Bol. mensual, Vlll, 1919, n'^' 85-90) démontre qu'on s'attend en Argentine à une reprise rapide de l'immigration. On ne peut nier en effet que l'insécurité politique et sociale en

Europe, la misère du vieux monde, ne soient faites pour accroître l'attraction exercée par l'Argentine. Il faut rappeler pourtant que le courant d'émigration d'Europe vers l'Argentine a été provoqué au xix* siècle et au début du xx" par un ensemble complexe de conditions économiques, en relations étroites entre elles. Les hauts salaires étaient liés en Argentine au loyer élevé de l'argent, c'est-à-dire, en définitive, à la rareté des capitaux. L'avenir dira si l'immigTation, le progrès rapide de la colonisation et de la production, qui caractérisent l'Argentine d'avant-guerre, peuvent s'accommoder du régime de thésaurisation à laquelle la guerre a condamné le pays.

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