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CHAPITRE IX

La distriliulion de la population. — Les courants d émigraliun à l'intérieur. — Les migrations saisonnières. — Les villes historiques. — Les villes de la région pampéenne. — Buenos Aires.

Une carie à grande échelle de la densité moyenne de la population, établie par provinces, — comme celles qui ont été publiées dans les derniers recensements argentins, — est sans valeur géographique pour les régions de l'Ouest et du Nord-Ouest, où des oasis d'étendue limitée sont séparées par de vastes étendues restées désertes faute de ressources en eau. Dans la région pampéenne au contraire, la population est dispersée et distribuée d'une façon très uniforme, et les densités moyennes calculées répondent suffisamment aux fai^s.

Aux différents types d'exploitation dont on a étudié la répartition dans la Pampa, corresponde^^t des densités inégales : l'élevage des bœufs n'entretient qu'une population clairsemée. La première colonisation pastorale de la plaine à l'Ouest du Salado s'est laite entre 1880 et 1890 avec un personnel très restreint. Une grande estancia de 400 kilomètres carrés sur la lisière Nord de la pampa (estancia del Tostado) n'emploie qu'une centaine de personnes, soit une pour 4 kilomètres carrés. La densité s'élève sensiblement, pour l'élevage du mouton, sur les pastos tieinos de la province de Buenos Aires où une estancia de iOO kilomètres carrés, consacrée à la production de la laine, avec 50 à 60 bergers, nourrit au moins 200 personnes.

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2 au kilomètre carré'. La densité n'est pas sensiblement plus forte dans les zones de grande culture de blé, où la superficie exploitée par une famille atteint normalement, jachères comprises, 200 hectares ; mais elle peut, même en faisant abstraction de la population urbaine, dépasser 10 habitants au kilomètre carré dans la zone du maïs.

Les progrès de la population argentine peuvent être suivis de près depuis le milieu du xviii" siècle. Un recensement exécuté en 1 744 attribue à la campagne de Buenos Aires, à l'intérieur de la première ligne des forts, 6000 habitants. A la lin du xvni" siècle (recensement de 1797, cité par Azara), la population de la province de Buenos Aires, sans la ville, dépasse de peu 50 000 âmes, la zone occupée s'étant étendue dans l'intervalle, au moins partiellement, jusqu'au Salado. Woodbine Parish l'évalue en 1824 à 80 000, au moment où commence l'expansion vers le Sud, au delà du Salado, jusqu'à la Sierra de Tandil. Elle double entre 1824 et 1855. Les départements du Nord comptaient alors 45 000 habitants; ceux de l'Ouest, 58 000; ceux du Sud, 63000; la densité était encore un peu plus forte au Nord, le long de la route du Pérou, mais le progrès de rélevage du mouton dans le Sud commençait à déplacer le centre de gravité de la colonisation. Le premier recensement régulier de la République argentine, en 1869, révèle un progrès plus rapide encore. La population de la -province de Buenos Aires est passée à 315 000 habitants. L'augmentation porte surtout sur la région de l'Ouest, où les cultures commencent à s'étendre autour de Chivilcoy, au delà de la zone pastorale, et sur la i-égion du Sud, où se sont multipliées les bergeries. La population des départements du Sud a plus que doublé en 14 ans (137 000 habitants pour 70 000 kilomètres carrés occupés environ, soit 2 habitants au kilomètre carré).

1. Elle est 20 fois plus faible dans les eslancias qui exploitent les lȈturages maigres du Rio Negro.

Cependant la région pampéenne, — Buenos Aires, y compris la capilalo, Santa Fe, et la partie méridionale de Cordoba, — nourrit encore à cette date une population moins nomlireusc que celle des provinces du Nord et du Nord-Ouest : 020 000 contre 813 000 ; les provinces de la Mésopotamie avaient alors 263000 habitants.

La proportion s'est renversée 25 ans plus tard, au lecensement de 1895; la population pampéenne a triplé, et représente à elle seule plus de la moitié de la population totale du pays ; celle des provinces de l'Ouest et du Nord-Ouest en forme un tiers environ, et ne s'est accrue que de 50 pour lOO.

Si l'on examine en détail la disU'ibution de la population dans la plaine pampéenne en 1895, on constatera qu'en dehors de la banlieue de Buenos Aires, la zone de plus forte densité, — de 5 à 8 par kilomètre carré, — s'étend au Nord Ouest entre San Andres de Giles et Pergamino, région d'élevage perfectionné, oii les cultures de maïs commencent à occuper une part importante du terrain. La population reste serrée à l'Ouest de la zone précédente, dans la région agricole de Junin, Chacabuco et Chivilcoy. Cette zone, où le maïs voisine avec le blé, englobe déjà vers l'Ouest Veinte Ginco de Mayo (5 habitants au kilomètre carré) et Nueve de Julio (2,5 habitants au kilomètre carré). Au Sud de Buenos Aires, les départements de la rive gauche du Salado, uniquement consacrés à l'élevage, mais anciennement peuplés, ont une densité de 5 à 5 au kilomètre carré. La région comprise entre le Salado inférieur et la sierra de Tandil, zone d'élevage du mouton, alors en plein rendement, mais de colonisation plus récente, ne dépasse pas 3. Dès qu'on s'éloigne vers l'Ouest, la densité diminue brusquement. Elle s'abaisse à moins de 1 dans le Nord-Ouest et l'Ouest de la province de Buenos Aire*>, dans la zone où se sont répandus les éleveurs de bœufs venus de la région orientale. A Santa Fe, la région colonisée, tant à la hauteur de Rosario

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qu'à la hauteur de Santa Fe, compte environ 5 hal)ilanls par kilomètre carré; mais au delà de la frontière de Cordoba, la densité tombe à '2 dans le département de San Juslo, à moins encore plus au Sud, à Marcos Juarez, Union et General Lopez.

En 1914, la densité dépasse 15 dans toute la région du maïs sur le territoire de Buenos Aires et de Sanla Fo : elle approche de ce cliiff'e dans les départements de colonisation agricole ancienne du moyen Salado. Dans la région des luzernières, elle est de 5 à 5, sauf au Sud- Est {départements de Veinte Cinco de Mayo, Nueve de Julio, Bolivar), oîi elle s'élève grâce à la coexistence des estancias et de la culture du maïs et du blé. Elle s'abaisse entre 2 et 3 dans la zone du blé du Sud et du Sud-Est de Buenos Aires. A Santa Fe, la région des co'onies nourrit 7 habitants au kilomètre carré.

L'accroissement de la population s'explique en partie par l'immigration européenne. Les étrangers forment . en 1914, 30 pour 100 de la population totale'. La proportion des étrangers par rapport à la population totale est un des indices qui permettent de suivre le plus exactement le mouvement de la colonisation. Aussitôt que la colonisation se ralentit dans une zone du pays, le nombre des immigrants y diminue; les enlants des colons étrangers nés en Argentine sont considérés comme indigènes par les statistiques argentines. En 1869, la proportion des étrangers s'élève à 417 pour 1000 dans la province de Buenos Aires (moins la capitale). C'est la grande période de la colonisation pastorale et du développement des bergeries. Elle n'atteint encore que 156 pour 1000 à Santa Fe. En 1895, la proportion des étrangers s'est abaissée à 309 pour 1000 à Buenos Aires. mais elle s'est élevée à 419 à Santa Fe, oîi cette date

1. Européens presque tous, sauf quelques dizaines de mille Boliviens dans les provinces de Salta et de Jujuy, quelques milliers df Brésiliens dans le territoire de Misiones, et quelques milliers do Chiliens au Neuquen.

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marque à peu près le terme de la grande période de colonisation agricole. En 1014, la proportion des étrangers s'est relevée i\ Buenos Aires à 540 pour 1000 (mise en valeur de la région du mais et de la région méridionale du blé). Elle s'est abaissée à Santa Fe (350 pour 1000) malgré une forte immigration dans les départements du Sud à cultures de maïs. En même temps, un fort afflux de j)opulation étrangère s'est produit dans la province de Cordoba (200 pour 1000) et dans le lerrifoire de la Pampa central (500 pour 1000)'.

Les derniers recensements permettent de suivre d'autre part sur le territoire argentin les déplacements de la population indigène et la part qu'elle a eue dans la colonisation. En dehors de la région pampéenne, les fractions du pays qui ont constitué des centres d'attraction pour la population argentine sont les provinces sucrières de Tucuman et de Jujuy et la province de Mendoza. En 1895, Tucuman compte 40 000 habitants originaires d'autres provinces; Jujuy, 150( 0 ; Mendoza, 19 000. L'attraction de Tucuman s'est exercée principalement sur les provinces voisines de Santiago (li2000 immigrés) et de Catamarca (12 000 immigrés). A Mendoza, les immigrants proviennent surtout de San Juan (7000) et de San Luis (5000). L'attraction de la zone d'exploitation du bois est plus difficile à mesurer, parce que la majorité des obrajes est comprise sur le terriloire de la province de Santiago qui a fourni ellemême la main-d'œuvre, et que les recensements n'ont pas tenu compte des déplacements à l'intérieur des provin<es. Cependant l'immigration vers la région du quebracho chaquefio, en bordure du Parana, est reconnaissable dès 1895. Elle est alimentée par la province

1. J'ai signalé ailleurs l'iniportance du courant d'immigration européenne à Mendoza. En Patagonie (terriloire du Hio Negro, du Xeuquen, du Chubut, du Santa-Cruz et de la Terre de Feu. dont la population totale n'est que do lOidOO habitants), l'élevage du mouton a déterminé aussi une forte immigration (4'28 étrangers pour mille habitants en l'Jl i).

de Gorrientcs : Sanla Fe compte 10000 immigrants de Corrientes, dont 6500 dans les départements forestiors de Reconquista et de Vera. Le territoire du Gharo nourrit 2000 bûcherons correntinos et quelques centaines de Santiaguenos et de Saltenos. Enfin Corrientes a également fourni 5000 immigrants au territoire des Missions.

Dans la région pampéenne, la population de la province de Buenos Aires ne comprend en 1895 qu'une très faible proportion d'éléments venus d'autres provinces. La population de Santa Fe est plus mêlée. L'essor de la colonisation agricole y a fixé 63000 immigrants argentins. Ils sont venus surtout de la rive gauche du Parana et de Cordoba. L'immigration cordobense est localisée le long de la voie ferrée de Rosario à Cordoba, dans les départements de Belgrano et d'Iriondo, et dans la ville de Rosario. L'essaimage des colons de Santa Fe vers les terres neuves de l'Ouest commence à peine. Ils sont 5000 seulement dans la province de Buenos Aires, 5000 à Cordoba, en majorité dans les départements limitrophes de l'ancienne zone des colonies. La colonisation de Cordoba débute à la fois à l'Est, au voisinage de Santa Fe, et au Sud-Ouest dans le département de Rio Cuarto, où pénètrent les éleveurs de la province de San Luis. De même, la population argentine de la Pampa central comprend des éléments venus de l'Est en même temps que les colons européens, et des éléments venus du Nord-Ouest (10 000 immigrés de la province de Buenos Aires, 5000 de la province de San Luis).

Le recensement de 1914 contient, au sujet des migrations intérieures, des renseignements moins complets que le précédent. Ces migrations ne se sont pas arrêtées. L'attraction de Tucuman et de Mendoza n'a fait que s'accroître. La province de Tucuman compte 55 000 immigrés argentins; celle de Jujujs 15 000; celle de Mendoza, 54 000. Les provinces de Santiago et de Corrientes

coiilinuent à (Hre les foyers d'émigration les plus importants (58 000 et 65000 éniigrants). A Santa Fe, le nombre des émigrants qui ont quitté la province pour aller s'établir à Cordoba et dans le reste de la région pampéenne est passé de 14 000 à 87 000. Enfin les territoires patagonicns comprennent également un fort excédent (le populalion immigrée d'autres provinces.

Les migrations péiiodiques, qui nenlraîncnt pas un changement définitif de résidence, échappent au contraire complètement aux statistiques officielles. L'importance de ces migrations dans le Nord de l'Argentine a été signalée dans les chapitres consacrés à Tucuman et à l'exploitation des bois. Elles se produisent également dans la région pampéenne, où elles sont déterminées principalement par les besoins de main-d'œuvre pour la moisson et le battage du blé et du lin, et pour la cueillette du maïs. Miatello a analysé en détail le phénomène pour la province de Santa Fe en 1904. La période pendant laquelle les cultivateurs de blé et de lin ont besoin d'aide s'étend de novembre à février; elle commence en mars pour les cultivateurs de maïs, et se prolonge d'autant plus que la récolte est plus abondante. Les immigrants temporaires proviennent en partie d'Europe. Non seulement le courant d'immigration à destination de l'Argentine est plus intense pendant les mois qui précèdent les récoltes, tandis que lo courant de réémigration vers l'Europe s'accentue au contraire pendant l'automne, mais encore il n'est pas rare de voir des Italiens faire annuellement le voyage d'Argentine pour y séjourner seulement pendant le temps des moissons, où les salaires s'élèvent. Cette immigration saisonnière en provenance d Italie est déjà ancienne et Daireaux la signale dès 1889. Ces étrangers ne forment toutefois qu'une partie du personnel de fortune embauché pour les moissons de la plaine pampéenne. Les migrations saisonnières restent surtout un phénomène intérieur. La main-d'œuvre employée à la cueillette du

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maïs comprend des éléments empruntés à la population des villes voisines de la région maïsera. Mais toutes les provinces du pourtour de la région pampéenne fournissent aussi leur contingent d'immigrants temporaires. Il en vient de la vallée du Rio Negro à Baliia Blanca, comme de San Luis, et même de Mendoza dans la Pampa central et dans la province de Cordoba.

Le courant le plus ancien, et, encore aujourd'hui le plus volumineux, est celui qui provient de la province de Santiago. D'Orbigny signale en 1827 l'afflux saisonnier des Santiaguenos vers le littoral. La récolte des blés à Buenos Aires progressait cette année, lentement, faute de bras ; « les levées forcées pour l'armée empéciiaient les Santiagueflos de venir se louer, selon leur usage, par la crainte d'être obligés de servir »*.

L'émigration temporaire a sans doute pour origine les voyages qui amenaient à Buenos Aires les gens du Nord comme conducteurs des troupes de chars. Les Santiaguenos étaient nombreux parmi les troperos. Lorenzo Fazio* a recueilli dans le pays des baflados les souvenirs laissés par ces voyages : ils remontent au premier quart du xix^ siècle, à la période antérieure au détournement du Rio Dulce et à la ruine de Salavina et d'Atamisqui. « Mon père, dit un de ses informateurs, menait des chars de blé à Cordoba, et parfois jusqu'à Buenos Aires, où il le vendait pour rapporter en échange des marchandises, des étoffes. Il achetait le blé tantôt à Loreto, tantôt à Afamisqui ou à Salavina. Il revenait au bout d'un an seulement, car il lui fallait attendre là-bas les pluies et que le pâturage eût reverdi : sans quoi ses bêtes seraient mortes de soif et de faim sur la route ». Les voyages des troperos comportaient un long séjour oisif dans la région pampéenne, préci-

1. D'Orbigny, Voyage dans V Amérique méridionale, t. I, p. 528.

2. Lorenzo Fazio, Memoria descriptiva de la provincia de Santiago del Eslero. Buenos Aires, 1889.

sèment à l'époque des récoltes. Il est naturel qu'ils aient songé à tirer parti de leurs bras.

L'émigration temporaire des Santiagiiefios ne s'interrompit jamais au xix" siècle. Elle persista même à l'époque troublée du gouvernement de Rosas, qui vit s'arrêter presque complètement les relations commerciales entre Buenos Aires et les provinces de arriba. Galvez', traversant les villages du Rio Dulce, observe que la population masculine y était peu nombreuse : les hommes s'étaient dispersés par les chemins; ils étaient, dit-il, « andariegos »; les femmes seules étaient sédentaires. La province de Buenos Aires voyait les Santiaguenos arriver par nuées pour s'embaucher. Chivilcoy et toute la zon(3 des « chacras » de maïs et de blé recevaient leurs caravanes pour la moisson, et les retenaient parfois pour les semailles. Les estancieros eux-mêmes profitaient de ce renfort et louaient leurs services pour la marque. A l'automne ils s'en retournaient avec leurs tropillas, redoutés des éleveurs dont ils traversaient les domaines, et volant sans scrupule les chevaux mal gardés.

La province de Santa Fe, et particulièrement les départements agricoles du Nord-Ouest, sont aujourd'hui, dans la région pampéenne, le principal théâtre de l'immigration des Santiaguenos Elle ne se fait pas toujours par voie ferrée et a conservé en partie son aspect pittoresque et primitif. Les immigrants arrivent par troupes, montés sur des mules ou des chevaux, et se dispersent en novembre dans les colonies.

La population argentine a subi en outre l'attraction exercée par les centres urbains. La croissance des villes est due en effet h la fois à l'immigration étrangère et à l'immigration intérieure. Le développement de la vie

1. V. Galvez, Memorias de un viejo. I3uenos Aires, 3 vol. in-16 4' édicion, 1889. '

Dems. — L'Argentine. jg

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urbaine, devenu l'un des traits caractéristiques de l'Argentine moderne, est un phénomène récent. Rien ne le fait pressentir au xviii" siècle. Azara est frappé au contraire par le défaut de toute vie communale : point de « pueblos unidos ». La dispersion de la population est une conséquence de la prédominance de l'élevage. « Si ce pays trouvait profit à l'agriculture, on verrait ses habitants se réunir deux-mcmcs en villages, au lieu que toute la population des campagnes est au contraire disper.-iée dans ses cstancias^ ». C'est la dispersion de la population, plus encore que sa faiblesse numérique absolue, c'est la solitude, « le désert, horizon universel qui s'insinuait partout jusque dans les entrailles du pays' », qui a façonne l'àmc farouche du gaucho.

Les sites urbains primitifs sont tous placés soit sur le fleuve, soit sur les routes historiques du Pérou et du Chili. Les seules villes de la région du Parana étaient à la fin du xviii'- siècle Buenos Aires, Santa Fe et Corrientes. Quant aux villes de l'intérieur, le voyage de Helms (1788) donne une idée de leur importance. Cordoba, au carrefour de la route du Pérou et des pistes vers la province de la Hioja, avait alors 1500 habitants de race blanche et iOOO noirs. Elle devait au voisinage de la sierra, qui fournissait le granit et la chaux, une apparence architecturale, des rues pavées, qui frappaient même le voyageur arrivant de Buenos Aires. L'attraction de ses écoles s'étendait au loin : nous avons conservé une liste d'étudiants du Paraguay ayant fait leurs études à l'Université de Cordoba au xv!!!*" siècle'. Tucuman, et surtout Salta, étaient aussi des centres assez vivants. Salta avait 600 familles espagnoles et 9000 habitants en tout, et ses relations s'étendaient jusqu'au Pérou et au Chili. Jujuy, au

1. F. de Azara. Mcmorias sobre el estado rural ciel rlu de la Plata en 1801, p. 10.

'2. Sarmiento, El Facundo, p. 19.

3. Pubii'^c par la Rcvista del [nstihilo Paraguayo. t. W. p. ri.'i.

conlraire, nclail qu'une bourgade. Helms signale la décadence de Santiago del Estero : le commerce qui y rtorissait autrefois a pris, dit-il, une autre direction. La prospérité de Santiago était liée en effet à l'activité de la loute directe de Santa Fe h Tucuman, qui cesse d'être pratiquée à la fin du xviii'' siècle. Santa Fe est également, à la fin du XYiif siècle, et restera jusqu'au milieu du XIX" siècle, une ville déchue. Sa misère s'explique non seulement par l'interruption de ses relations directes avec le Pérou, mais par la décadence et l'isolement du Paraguay, qui fournissait les éléments principaux de son commerce, et dont elle assurait les relations avec les provinces andines.

Le grand développement de la vie urbaine en Argentine date seulement de la période de la colonisation de la région pampéenne. La proportion de la population urbaine s'est élevée considérablement pendant les vingt-cinq dernières années : en 1895, 115 centres de plus de 2000 habitants comprennent 37 pour 100 de la population argentine totale; en 1914, le nombre des centres urbains atteint 322, et ils comprennent 53 pour 100 de la population. La population des villes de 5000 à 20 000 habitants a triplé en 20 ans, passant, de 1895 à 1914, de 312 000 à 977 000 âmes. De grandes villes nouvelles, comme Rosario ou Bahia Blanca, sont nées. L'importance relative des villes anciennes s'est rapidement modifiée; Tucuman et Mendoza (121000 et 92 000 habitants) ont distancé Santiago et Salta (22 000 et 28 000 habitants). Les villes du Nord-Ouest, Gatamarca et la Bioja, se sont au contraire à peine développées.

Si ion examine une carte de la population urbaine dans la région pampéenne, on constatera que la colonisation y a déterminé la formation d'une dizaine de centres principaux, de 15000 à 25 000 habitants, et d'une cinquantaine de centres secondaires, de 5000 512 000 habitants, tous offrant un caractère nettement urbain. La

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juxtaposition de ces centres urbains et d'une population agricole ou pastorale dispersée est un des traits originaux du mode de peuplement actuel de la Pampa; le village, ou groupement purement rural, n'existe pas. La distribution de ces centres à la surface de la plaine est assez uniforme; ils sont un peu plus serrés dans la région voisine du Parana, au Nord de Buenos Aires, où le peuplement est le plus ancien, et où la densité de la population rurale reste d'ailleurs le plus élevée*. Le territoire de la Pampa s'est réparti, comme en autant d'alvéoles, entre les zones d'influence de ces différents centres, dont le rayon se réduit à une quinzaine de kilomètres dans le Nord-Est, et s'élève à 30 dans le Sud de Buenos Aires et à 40 dans l'extrême Ouest.

Un nœud secondaire de voies ferrées en a déterminé généralement le site (SanFrancisco-Pergamino, Junin). Leur population comprend le personnel nécessaire au jeu de la vie économique de la Pampa, courtiers desexpor lateurs de céréales, commerçants qui approvisionnent les colons en marchandises importées, — notamment en machines agricoles —, banquiers et agents d'assurances, arpenteurs et hommes de loi. Les mieux desservis par les voies ferrées ont un rudiment d'industrie, moulins et brasseries, dont la production est absorbée par la clientèle locale. Ces villes tirent de la région pampéenne même tous les éléments de leur activité, et n'ont de relations directes ni avec les marchés extérieurs, ni avec les autres régions de l'Argentine*.

1. Plusieurs centres sont alignés sur la voie ferrée de Cordoba à Rosario, la seule dans la région pampéenne qui ait le caractère d'une ligne de communication interrégionale.

2. Deux d'entre elles seulement, Villa Mercedes et Villa Maria, sont placées à la lisière de la Pampa. On a vu ailleurs la part que l'élevage extensif des provinces du Nord-Ouest prend à l'aclialandage de la foire aux bœufs de Villa Mercedes. Villa Maria, elle aussi, tire quelque profit de sa situation au contact de la brousse. Ses fours à chaux reçoivent le calcaire de la sierra de Cordoba, mais ils s'alimentent en combustible sur place; le bois leur est fourni par les colons qui défrichent le monte.

Mais les villes de la Pampa qui ont grandi le plus rapidement sont les ports. Rosario est passé de 2Ô0U0 habitants en 18G9 à 91000 en 1895, et à 245 000 en 1914; Bahia Blanca, de 9000 en 1895 à 62 000 en 1914. La population actuelle des ports de la Pampa n'est nullement proportionnelle à la part qui revient à chacun d'eux dans l'exportation des produits pampéens.

Uosario. Buenos Aires. Bahia Blanca. San Nicolas. La Plala. Santa Fe.

Exportation de céréales en milliers de tonnes ; moyenne des années 1913-1915 :

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