Sauf peut-être à la Barbade
currence de l'usine moderne. A Tucuman, au contraire, l'industrie sucrière n'a pas connu le stade de la fabrication domestique. Elle s'est improvisée de toutes pièces, les uns consacrant leurs capitaux à la construction des usines, tandis que les autres étendaient les cultures. L'irrigation parut pousser d'abord à la concentration de la propriété; les usines de Cruz Alla tracèrent d'importants canaux particuliers pour capter les eaux du Sali. Seuls, les grands propriétaires ont les ressources nécessaires pour mener à bien des travaux de ce genre, et assez d'influence pour obtenir l'autorisation de les poursuivre à travers les terres qui dominent leur fonds. Mais la loi de 1897 a réorganisé l'irrigation et soustrait les ressources en eau au contrôle de quelques grands propriétaires privilégiés. Des travaux publics entrepris par le Gouvernement provincial ont mis l'eau à la portée de tous les cultivateurs. Depuis 1897, le nombre des concessions d'eau s'est élevé de 250 à près de 2000.
Les intérêts de l'usine, — ingenio, — etdes cultivateurs, — caneros, — ne sont pas inaltérablement liés. Leur part respective dans la répartition du produit de l'industrie sucrière n'est pas invariable. La multiplication des usines, en augmentant le nombre des acheteurs de canne, tend à en élever les cours. Pendant les années qui précèdent 1895, les usines améliorent leur outillage, et leur capacité de production s'accroît plus vite que la superficie des cultures. Le prix des cannes atteint alors 20 piastres la tonne. Ce chiffre dépassant de beaucoup le prix de revient, les usines cherchent à profiter, elles aussi, des avantages que le moment réserve aux caneros, et achètent des terres pour planter. De cette période date la formation des grandes propriétés des usines de Cruz Alta. Plus tard, la production de canne s'accroît et égale à peu près les besoins des usines (pi se font entre elles une concurrence moins Apre ; elles cessent d'acheter des terres, et le cours de la canne fléchit.