CONSPIRATION DÉMOCRATIQUE DANS LE HAINAUT
C'est aussi dans les Mémoires de Vonck que l'on trouve des détails curieux sur la dernière tentative des vonckistes : « L'entreprise sur la Flandre ayant échoué, dit-il, et comme il ne fallait plus espérer non plus une réconciliation, plusieurs d'entre nous furent d'avis qu'il fallait le plus tôt possible organiser une nouvelle entreprise, avant que le peuple ne fût complètement abusé. La situation de la province
(4) M. Borgnet pense que c'était M. le comte de Thiennes, envoyé à Paris par le Congrès, qui avait rapporté les propositions faites au nom de l'Assemblée nationale de France. Histoire des Belges, etc., t. 1, p. 443.
de Hainaut parut alors assez favorable pour tenter quelque chose de ce côté. Les démocrates de Mons ne cessaient de nous envoyer des émissaires pour nous inviter à prendre cette détermination. Ils nous assuraient qu'ils pouvaient compter sur la majeure partie des volontaires et des soldats de la garnison, ils nous promettaient conséquemment l'appui de toute la ville, pourvu que nous pussions rassembler quelques forces au dehors pour ne pas les exposer seuls à toute la puissance du Congrès et des Etats. Nous résolûmes enfin de les écouter et de nous préparer. Nous fûmes assez heureux pour trouver quelqu'un qui voulût bien avancer de l'argent, et nous commençâmes par répandre une proclamation sur les frontières du Hainaut et de la Flandre. Cette proclamation était destinée à faire connaître nos véritables sentiments, qui n'étaient ni pour ni contre le roi Léopold, mais uniquement pour le peuple, et surtout à gagner les districts dévoués au Roi. Nous travaillâmes aussi tant que nous pûmes l'intérieur du pays et l'armée patriotique. Mais comme plusieurs de notre parti, qui se trouvaient à Paris et ailleurs, combattaient nos desseins auprès des membres de l'Assemblée nationale et des municipalités des villes, nous éprouvâmes donc beaucoup de résistance en France même. D'un autre côté, nous avions aussi pour adversaires la plus grande partie des réfugiés royalistes, qui se trouvaient partout sur les frontières, ainsi que les émissaires de la république belge, dont le principal était le comte de Robertsart, de Mons. Il en résulta que trois des nôtres ayant été envoyés du côté de l'armée et de Givet, deux furent pris et emprisonnés pour quelque temps. Le sieur De Miert, Montois, en qui nous avions beaucoup de confiance, fut trahi et emprisonné ; on nous soutira ensuite de l'argent au moment où nous en avions le plus besoin. Cependant nous obtînmes encore quelque argent par l'entremise du sieur Guzman : mais les continuelles alarmes dans lesquelles nous étions en France, l'arrestation d'un des nôtres à Valenciennes et d'un autre à Quesnoy, le déplacement de plusieurs de nos officiers, et enfin l'emprisonnement du sieur Guzman à Douai, dont les vues d'ailleurs n'étaient pas conformes aux nôtres, toutes ces causes ont rendu, inutiles nos travaux si pénibles et si désagréables. »
(Naerdere onzeydige aenmerkingen, p. 146.)