I.Ë QÛNGRÔS DE ÏÎEICHEKBACH
les entraver par son opiniâtreté à demander que la Prusse obtînt Dantzig et Thorn, cession pour laquelle la Pologne eût obtenu de l'Autriche la rétrocession de la Galicie, tandis que l'Autriche elle-même eût conservé Belgrade, Orsowa et la partie de la Croatie enlevée aux Turcs. Quant aux Pays-Bas, M. de Herlzberg demandait que Léopold leur accordât, outre l'amnistie promise, leur ancienne Constitution, pourvu que le peuple rentrât de bon gré sous la domination de l'Autriche, selon le conseil que le roi de Prusse lui donnerait; l'ancienne Constitution serait alors garantie par les deux puissances maritimes et par l'Empire, auquel le cercle de Bourgogne appartenait. Ces propositions furent combattues avec chaleur par les négociateurs autrichiens ; non seulement ils ne voulaient pas favoriser un accroissement de la puissance prussienne, mais ils craignaient aussi d'irriter Catherine II; ils soutenaient enfin que l'article des préliminaires relatifs aux Pays-Bas devait être entièrement supprimé, parce que les affaires de ces provinces étaient en dehors du sujet des négociations.
Pendant que Léopold entamait une correspondance directe avec le roi de Prusse il avait ouvert aussi une négociation séparée avec l'Angleterre. Il obtint le concours du cabinet de Saint-James en insinuant qu'une guerre malheureuse le forcerait à abandonner à la France une partie des provinces belges pour qu'elle l'aidât à recouvrer le reste. Frédéric- Guillaume, se voyant alors menacé de perdre l'appui des puissances maritimes, donna l'ordre formel à M. de Herlzberg de terminer les négociations dans le sens indiqué par l'Angleterre. Cette injonction hâta le dénouement du Congrès.
Le 27 juillet les plénipotentiaires des différentes cours
convinrent d'un armistice entre l'Autriche et la Porte Ottomane, fondé sur le strict état de possession avant la guerre. Cette convention, rédigée sous forme de déclaration, séparait entièrementla question des Pays-Bas de celle de l'armistice; mais Frédéric-Guillaume promettait qu'il continuerait d'agir toujours de concert avec ses alliés dans tout ce qu'ils décideraient à l'égard des provinces belges.
Or les plénipotentiaires d'Angleterre et de Hollande avaient garanti un engagement conçu en ces termes : « S. M. » Apostolique est disposée à accorder à ses sujets belgiques » une amnistie générale, ainsi qu'à leur faire quelques con- » cessions qui n'altéreraient pas essentiellement la Gonsti- » tution telle qu'elle a été lors du commencement du règne » passé, mais le tout dans le cas seulement qu'ils rentrent » de bon gré sous la domination de leur légitime souverain ; » qu'au contraire, ces dispositions favorables de S. M. » Apostolique à leur égard demeureront sans aucun effet, et » qu elle se bornera uniquement à conserver la Constitution » des provinces respectives, si, contre toute attente, ils la » mettaient dans la nécessité indispensable de les forcer à » l'obéissance moyennant les troupes que Sa Majesté fera » mettre en marche, afin de donner plus d'efficacité aux » mesures conciliatoires que les trois hautes cours alliées » voudront bien se prêter à exécuter sans perte de temps, » et de prévenir, par là même, l'emploi de la force que la » bonté de Sa Majesté n'envisage qu'avec regret. » De son côté, Léopold dut promettre à Reichenbach de conclure une trêve avec les Turcs, d'entamer, par la médiation des puissances maritimes, des négociations de paix, dont la base serait l'état de possession avant la guerre, et de donner un
équivalent à la Prusse si la Porte Ottomane lui faisait à luimême quelque cession. 11 s'engageait aussi à ne prêter aucun secours à Catherine II dans le cas où les efforts qui seraient tentés pour conclure la paix entre la Russie et la Porte resteraient sans succès (i). Lorsque cette convention eut été signée, Léopold se hâta d'en profiter pour récupérer la Belgique et pacifier la Hongrie : une armée de {rente mille hommes, sous le commandement du feld-maréchal Bender, reçut ordre de se diriger vers le Luxembourg, et soixante mille soldats furent cantonnés dans les environs de Bude.
La convention de Reichenbach, conclue à l'insu des Belges, fut l'arrêt de mort de leur révolution, car le parti dominant n'avait plus dès lors aucun appui. La défection de la Prusse et de la Hollande était due non seulement à l'ascendant de la Grande-Bretagne, qui voulait sauver l'équilibre, mais aussi à des négociations mystérieuses, à un système de compensations réciproques. — Faites nos affaires aux Pays-Bas, avait dit le baron de Spielmann à l'ambassadeur de la république des Provinces- Unies, et nous ferons les vôtres. — D'après cette invitation, l'ambassadeur hollandais demanda, entre autres, la restitution des forts de Lillo et de Liefkenshoek, et le renouvellement du traité de Vienne de 1731, relatif à la Compagnie des Indes. Sur le premier point le prince de Kaunitz répondit gracieusement (4 août) que si la négociation confiée à l'intervention amicale de la république avait une issue favorable pour les
(1) Apres la suspension des hostilités il s'écoula encore un an avant la réconciliation définitive de l'Autriche et de la Porte; la paix ne fat ooncHie à Szistova que le 4 août 1791. Par ce traité Léopold rnïonçait à toïit'S ses conquêtes, ne gardant que Choczim et son territoire, à tiirc de dépôt, jusqu'à la conclusion de la paix entre la Russie et la Porte. Dès le 11 août 1791 des préliminaires furent arrêtés entre ces deux puissances; ils furent suivis d'un traité définitif, signé à Jassy, le 9 janvier 1792.
intérêts de l'Empereur, celui-ci serait disposé à entrer dans un arrangement propre à réunir la convenance et la sûreté parfaites des deux parties. Sur le second point M. de Kaunitz fut plus explicite : « Pour ce qui regarde le com- » merce des Indes orientales, disait-il, les exceptions qui » avaient eu lieu à cet égard depuis quelque temps prove- » naient de la persuasion que les intérêts actuels des » compagnies anglaise et hollandaise non-seulement ne » pouvaient être compromis par l'existence d'un commerce » direct des Pays-Bas aux Indes, borné tant dans le nombre » des vaisseaux que par l'abandon de toute vue d'établis- » sèment territorial, mais qu'ils pourraient même retirer » quelque avantage d'un pavillon neutre et ami dans des » circonstances de guerre maritime; mais que, si toutefois » on s'était absolument trompé dans cette idée, S. M. Apos- » tolique se porterait volontiers à satisfaire les désirs des » deux puissances maritimes sur cet article. » Les puissances étaient aussi pleinement rassurées quant aux mesures de répression annoncées par Léopold. C'est ainsi que M. Van Reede écrivait au grand pensionnaire de Hollande qu'un des envoyés autrichiens lui avait certifié que son maître n'avait aucun ressentiment contre les Belges; que s'il ne voulait pas accorder d'armistice, et que s'il faisait avancer des troupes, c'était purement une affaire de dignité; d'un autre côté, ajoutait M. Van Reede, le diplomate autrichien avait si bien compris qu'on ne pouvait pas négocier avec succès en se battant, qu'il avait promis, dans le cas où les négociations s'entameraient de la part de la Hollande, que le Roi, par un billet au maréchal Bender, lui ordonnerait de suspendre les hostilités.