‹ La République coopérativeChapitre 98 sur 249 · LAS · texte numérisé non relu

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On pourrait multiplier à l'infini les exemples qui dé-

montrent la bête de somme qu'est le consommateur,

il suffit de marquer maintenant que c'est la règle générale.

e) L'INTÉRÊT DES PRODUCTEURS ET L'INTÉRÈT DES TRAVAILLEURS. — Mais cependant, quand on parle des producteurs et de l'intérêt des producteurs, il faut distinœuer; les facteurs de la production sont dans tous les traités classiques. d'économie politique au nombre de 3: Je travail, la terre et le capital ou si l'on veut, l'argeñt, la matière et l'instrument de production. Mais en vérité, quand le monde capitaliste pénètre de ses idées la société actuelle, il est tellement convaincu que fui seul représente la production qu'il finit par confondre son intérêt avec celui de tous les facteurs qui concourent à la production.

Quand on parle des producteurs, il s’agit cependant d'abord des intérêts du capitaliste et par surcroît de l'intérêt des détenteurs de la terre, mais cest par une généralisation un peu hâtive que dans cet intérêt, on comprend celui des centaines de milliers d'hommes, de ces salariés qui apportent au procès de production uniquement leur force de travail.

Or, il y a là deux intérêts pourtant bien distincts. Certes le travailleur, le salarié ne peut prétendre qu'en tant qu'agent de la production, agent actif (car la térre et l'instrument de travail qui s'appelle le capital ne sont que des agents passifs) son sort ne $e trouve pas lié à celui de l’entreprise qui l’emploie. Si comme prolétaire il est opposé à l'employeur et s’il tend à réduire le profit de l'employeur pour améliorer son propre SOrt il faut bien reconnaître que l’entreprise qui l'emploie, doit vivre et que c'est dans la mesure où elle prospère qu'il a quelque chance d’arracher au capitalisme luimême une amélioration de son sort et de ne-pas toujours être réduit au minimum d'existence. |

Mais, cela n'autorise pas à dire qu'il est autant consommateur que producteur. Il ne produit vraiment que pour avoir les possibilités de consommer, il ne recueille pas les excédents du procès de production. Ainsi donc,

la défense de son intérêt de producteur peut être généralement celle de son employeur, mais les avantages qui lui seront faits en tant que tel séront bien peu de chose. I n’en recueillera en vérité les bienfaits ni de

près ni de loin, seul souvent le profit capitaliste sera augmenté.

ependant, dans la lutte pour la défense de ses intérêts, le capitalisme, maître de la production, a bien soin de parler de l'intérêt du travail confondant ainsi le sien propre et celui de ceux qu'il emploie; disons que parfois les travailleurs salariés bénéficient ainsi de l’équivoque et dans la société économique actuelle où l'intérêt du producteur est constamment à l'ordre du jour à un certain moment l'on daigne, par commisération ou pour tout autre motif, s'occuper des intérêts du travail productif et par là même des salariés. À ce point de vue, l'opinion publique, la presse qui soi-disant l’exprime, s'occupe beaucoup plus des travailleurs pris comme agents de la production que de leurs intérêts primordiaux qui sont avant tout ceux du consommateur.

Cependant, l'intérêt capitaliste des chercheurs de profit n'est pas souvent même l'intérêt supérieur de la production et les travailleurs doivent avoir le souci constant de leur véritable intérêt. Or-ce n'est pas celui de producteur, mais celui de consommateur qui doit d'abord les guider.

[is ne doivent donc pas se laisser influencer par les idées en cours et malheureusement, ce sont quelqueiois les théories économiques destinées à la justificalion du régime capitaliste qui s'imposent à eux. Ils lui empruntent leur propre manière de penser et d'agir.

Le monde nouveau, Société des consommateurs, a son idéologie et c'est sa théorie économique que les travailleurs plus que tous autres doivent faire leur!

CG) La souveraineté du consommateur.

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‘a) LE BESOIN SOCIAL ET L'INTÉRÊT PERSONNEL. — La coopéralion a pour baseles besoins humainsàsatisfaire.

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La République coopérative est donc orientée vers leur satisfaction. D’après ls théorie économique de la 5ociété d'aujourd'hui, lés possibilités de production sont

fonction non pas de la demande de la consommation

limitées dans leur réalisation par les disponibilités du

travail et l’état de perfectibilité des moyens de produc-

tion, mais elles sont uniquement conduites par la vo-

lonté du capitaliste. L'intérêt privé du vendeur est le

facteur qui règle la production.

Au contraire, ne voit-on pas les Coopératives s’occuper successivement de nouvelles branches en suivant un système d'évolution qui correspond beaucoup plus à l'importance du besoin qu’au bénéfice même à réaliser ou même quelquefois de la facilité à les entreprendre.

Ce sont les Coopératives de pain qui sont les plus nombreuses, puis celles d’épicerie, puis celles de vin, de bière, enfin de boucherie et de charbon. Ge nest que lorsque ces besoins sont satisfaits, les besoins humains primordiaux et dans un ordre pour ainsi dire naturel d'utilité que l’on se préoccupe des autres. La nourriture avant tout, l'habillement ensuite, le chauffage, puis l'habitation et l'ameublement et après les autres consommations, mais après seulement, voilà les étapes successives de la République coopérative qui tend cependant à satisfaire tous les besoins.

Elles sont en tout cas l'indice de l’ordre nouveau différent dans la société nouvelle et marquée en ses phases de réalisation.

Si l'économie coopérative se caractérise par une hiérarchie qui s'établitnaturellement entre l'importance des besoins à satisfaire, il est une autre caractéristique de la théorie économique de la consommation dans le régime coopératif en formation et à l'envers de l'économie actuelle.

La Société capitaliste tendant au profitne peut l'augmenter qu'en fournissant des marchandises el produits de la plus mauvaise qualité possible si elle le peut et pour le même prix. Au contraire la Coopérative se réclame de la vente des bons produits, les coopérateurs, dit-on souvent, n’ont pas d'intérêt à se tromper eux-mêmes. Si donc la Société du profit aboutit au ré-

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gime de la moins bonne qualité ou de la camelote et par là même d’une certaine régression économique, la République coopérative qui n’a pas pour but d'abord le bas prix mais la bonne marchandise présente économiquement une supériorité incontestable.

Une Société coopérative qui repose sur les besoins à satisfaire tendra forcément également à la probité commerciale. À quoi lui servirait la fraude puisqu'elle ne profiterait à personne. À quoi lui serviraient tous les

subterfuges pour tromper le client puisqu'il n'y a plus

chent et vendeur mais associés, la réclame devient alors un moyen de propagande maïs non de tromperie organisée.

L'alimentation rationnelle, la consommation scientifique doit donc nécessairement s'opposer à l'ignorance, aux préjugés et aux erreurs où les consommateurs sont largement entrainés pour le plus grand bien de ceux qui en profitent.

En vérité, deux notions différentes apparaissent ainsi. - L'économie publique, la science des richesses a-t-elle pour mobile des services à rendre ou des intérêts personnels à satisfaire. Une société prospère est-elle celle où les consommateurs verront leurs besoins satisfaits suivant une ordonnance utile à la collectivité ou celle au contraire où des intérêts auront reçu plus que leur dû. Cela n’est pas la justice, ce ne peut être le bien commupn, ce n'est pas le bien de chaque pays.

En un sens, nous pouvons dire que l’économie de la répartition des richesses de la société coopérative se rapproche peut-être davantage d’une sociélé com-

muniste dont la formule est : « À chacun selon ses be-.

soins », que d'une Société collectiviste dont la formule est : « À chacun selon ses efforts » ou, plus exactement, la République coopérative place au premier plan le besoin, quitte à lui subordonner une production reposant sur l'effort de travail.

La science économique affirmait que le but de l’éco-

nomie politique était « Maximum de résultat avec minimum d'effort ». L'économie coopérative peut, elle aussi, reprendre cette formule, mais l'économie capita- Liste pense que pour la réaliser il fallait compter surtout

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pui. 99 LA RÉPUBLIQUE GOOPÉRATIVE 21 Ee uniquement sur l'intérêt personnel capitaliste. L'éco- “al En. nomie coopérative peut montrer qu'il n'en est pas 4 és souvent ainsi et qu'au surplus, si c'est bien le « maxi- : il R mum de résultat et de satisfaction qu'il faut obtenir », | Er les efforts doivent être subordonnés au résultat à cher- : He cher si l'on ne veul pas que beaucoup d'efforts soient 4 Bo engagés Sans que plus grande satisfaction soit donnée :| ie à l’ensemble. 4 hu Il est possible, du reste, que la Sociélé actuelle ne | : RSS puisse vivre que sur la base de lintérêt personnel î ie) à étant donnée sa structure interne, mais la vitalité de la : ES coopération, les progrès de la République coopérauve is F montrent la possibilité d'une Société dont le ressort =! s d'existence sera les besoins à satisfaire. En dernière Ë

analyse, ce sont les consommateurs qui commanderont, SE organiseront et régleront la production. | |

L'infinité des besoins, leur variabilité, leur capacité d’accroissement en nombre constituent le plus fécond, le plus actif, le plus vigoureux aiguillon de l’accroissement des richesses; le service à rendre remplacera l'intérêt personnel à servir et de plus en plus avantaseusement.

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