‹ La république de 1848 [microforme]Chapitre 3 sur 4 · RE · texte numérisé non relu

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une! nouvelle tournée à travers la France, avec accompagnement de bals et de fanfares partout où il s’arrêtait, et les réjouissances firent oublier le coup d'Etat.

Rentré à Paris, il fit publier la note suivante dans le Moniteur: ‘“ La “anifestation éclatante qui se produit dans toute .\ France en faveur du rétablissement de l’Empire, impose le devoir au Président de consulter le sénat.”

Le sénat,—le porc sénat,—pour écrire comme l’exilé de Jersey, avait naturellement été sondé d’abord, puis travaillé et chauffé, tellement, qu’il vota immédiatement, par 86 voix sur 87, un sénatus-consulte décrétant que Louis-Napoléon est Empereur sous le no le Napoléon III, et soumettant | au peuple français la proposition suivante :

Le peuble veut le rétablissement de la dignité impériale dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte, avec hérédité dans sa descendance directe, légitime ou adoptive, et lui donne le droit de régler l’ordre de succession au trône dans la famille Bona- À parte, ainsi qu’il est prévu par le sénatus-consulte du 7 novembre 1852.”

Convoqué aux urnes électorales le 20 et le 21 novembre, le peuple donna la réponse suivante :

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Le pape envoya sa bénédiction à l'Empereur, qu’il appela son très cher fils, et les évêques saluèrent en lui l'élu de Dieu, l'instrument visible de la Providence.

Quand, le 1er décembre, à Saint-Cloud, les sénateurs donnèrent officiellement à Napoléon le résultat du plébiciste, il-leur fit un long discours dont je détache les passages suivants :

« Messieurs, le nouveau règne que vous iiaugti: rez aujourd'hui n’a pas pour origine, Comme :tant d’autres dans l’histoire, la violence, la er ou la ruse.

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Je prends, dès aujourd’hui, avec la couronne, le nom de Napoléon III, parce que la logique du peu. ple me l’a déjà donné dans ses acclamations, parce que le sénat l’a proposé légalement et parce que la nation entière l’a ratifié.

Recevez ici le serment que rien ne me coûtera pour assurer la prospérité de la patrie, et que, tout en maintenant la paix, je ne cèderai rien de tout ce qui touché à l'honneur et à la dignité dé la France.”

Comme si son serment pouvait valoir quelque chose après son parjure du 20 décembre 1848,quand il avait dit en pleine assemblée : ‘“ En présence de

Dieu, et devant le peuple français, je jure de rester fidèle à la République RAR à et de défendre Bla constitution.”

Le 10 décembre, l’Empire était proclamé dans tous les départements de la France, et la République était enterrée.

La République que Lamartine avait tant aimée et chantée !

La République que le peuple-avait saluée comme l'incarnation vivante et vraie de la paix et de la liberté !

La République qui représentait les aspirations populaires et les vœux d’une nation que l'Empire avait saignée, que la royauté avait pressurée !

La République était morte.

Et morte dans le sang, morte dans l'éthôtile, morte sous les coups de fusil, morte dans l’infamie des conspirations odieuses, dans les trahisons des promesses publiques, dans LEE d'un nouvel empire.

Et tuée par qui, par un parjure quirêva la gloire et l’apothéose, qui ne put atteindre que les capitulation et la déchéance, qui ne gouverna de 1852 à 1870, que pour arriver à plonger la France dans une guerre épouvantable, dans l’abîme des désasdres sans nom, dans la perte de l’Alsace et de la Lorraine :

Laissez passer Cain, il appartient à Dieu.

Ah ! sile peuple français avait prévu, en 1852, que Napoléon III, connu maintenant dans l’histoire À sous le nom de Bäadinguet, eut pu commettre 1870

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après avoir Crocheté les droits ropulaires et mis des brassières à la liberté, il eut écouté la grande et imposante voix de Lamartine signalant l’abime, et entendu les appels enflammés de Victor Hugo; il eut saisi le sens politique de Grévy en 1848, et secondé les courageuses et persévérantes résistances

| du parti républicain.

Confortablement assis sur la nation française, Napoléon s’occupa de sa bourse et de son entourage. Le sénat avait fixé sa liste civile à 25 millions de francs par année, mais cela ne suffisait pas à sa grandeur et à son luxe, ce chiffre fut porté à 36 millions, ce qui équivaut à vingt mille dollars par

| jour.

Enoutre,il fit voter une somme de1.500.000francs pour sa famille ; il se composa une cour fastueuse de 143 personnes, parmi lesquelles 9 aumôniers et chapelains et 24 médecins ; son grand écuyer le maréchal Saint-Arnaud, qui commandait les troupes lors du coup d’État, touchait 300.000 francs par année; son grand aumonier touchait 150.000 francs. Enfin la cour de l'Empereur coûtait 150,-

000 francs par jour à la France.

On menait une vie scandaleuse ; Saint-Arnaud plus que les autres faisait danser les écus du peuple et on le vit un jour perdre 800.000 francs au jeu. Mais l'Empereur puisait toujours dans le coffre public pour payer les fredaines et les dettes du maré-

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chal qui se faisait craindre de son maître parceque, paraît-il, il avait conservé certain document portant la date du 1er décembre 1851, dans lequel le princeprésident lui avait carrément ordonné d’incendier Paris si le coup d’État manquait.

Napoléon a fait ce qu’il a voulu du trésor public et à sa chute on a pu constaté que, malgré sa vie de Sardanapale, il avait su se faire des épargnes.

Eneftet, dans La Catastrophe de la France, le comte de la Guéronnière dit tenir d’un financier éminent qu’en 1871 Napoléon III valait 800 millions de francs. il possédait plus de cent millions de propriétés. en Italie, il était propriétaire de cantons entiers en Espagne et il avait des fonds placés. en Amérique, en Angleterre, en Russie même,

Le nom, la vie.et le règne de Napoléon IIT furent un malheur irréparäble pour la France.

Faisons maintenant un retour sur les quatre années qui viennent de s’écouler et dégageons des misères et des luttes de cette période l’œuvre du mouvement républicain en France.

La vieille mère-patrie doit reconnaître à la Révolution de 1848 le mérite d’avoir fait faire un grand pas à la question de là responsabilité des fonction naires en investissant l’Assemblée nationale du droit de déférer ces fonctionnaires devant le conseil

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de l'Etat et devant:un conseil d'Etat qui, pour la première fois, était indépendant de l'autorité su: prême: :

Malheureusement, en 1852, dit Maurice Block, dans son Dictionnaire Politique ct Social, tout le progrès accompli fut brusquement interrompu et, comme en l’an VIII, l'autorité reprend possession de son inviolabilité ou, du moins, redevient maïitresse de décider, à tous les rangs de la hiérarchie, dans quelles circonstar.ces, elle consent que ces agents soient justiciables des tribunaux, de

‘La France doit à la Révolution de février d’avoir étendu le cadre de la responsabilité ministérielle, et avant le coup d'Etat les ministres étaient rigoureusement responsables aux chambres et même, contradiction évidente, le président était responsable au peuple vour lui-même et ses ministres. Les épreuves parlementaires de la deuxième République et les débats qui eurent lieu par la suite sur cette importante question, permirent aux Français, en troisième République, de réaliser le-fait que la responsabilité des ministres est une condition nécessaire de l’irresponsabilité du chet de l'Etat.

La France doit à la Révolution de 1848 l'établissement et l'inauguration du suffrage universel, dont elle s'est maladroitement servie, : pour une première fois,'il est vrai, mais enfin, qui est le glorieux coùronnement des luttes que firent les anciens

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républicains de 1814 à 1830 pour une simple extension de suffrages et que continuèrent leurs suc- cesseurs de 1830 à 1848 pour l’augmentation du nombre des électeurs.

La France ouvrière doit à la Révolution de 1848 d'avoir assez aimé le peuple pour réduire les heures de travail. |

La France doit à la Révolution de 1848 l’abolition de la peine de mort en matière politique, l’abolition des timbres sur les journaux, l'institution d’une commission pour élaborer l’acte d'émancipation des noirs, l’abolition du carcan, la réforme de l’instruction publique, et que d’autres choses encvure.

Son œuvre, l'œuvre du gouvernement provisoir, à été courte, mais laborieuse, progressive patriotiqne et humanitaire.

Une chose qui frappe lPesprit de celui qui étudie l’histoire de la aeuxième République, c’est de constater que parmi les chefs du mouvement républicain il y a un grand nombre de royalistes avérés qui suivent ouvertement et volontiers le courant démocratique, mais qui ne cachent aucunement leurs sentiments monarchiques. A l’occasion, ces gens-là firent plus de mal que de bien au nouveau régime.

Le même phénomène s’est répété, même avec plus d’accentuation, sous la troisième République, où l’on a vu un cabinet composé en grande partie de royalistes militants.

L'abrogation de la loi de proscription de 1832 et les dissensions entre les républicains de toutes nuances ont été les malheurs de 1848.

“Il me semble que je dois un bout de chapitre à Lamartine qui a été l’âme du mouvement démocratique en 1848, qui a été l’âme du gouvernement provisoire, dont le talent, le prestige et la haute éloquence Commandaient à toute la France: il fut tellement populaire pendant quelques mois qu’il eût pu être dictateur, sans émeutes et sans coup d’État.

Lamartine est un des plus beaux génies qu'ait produits l’humanité.

Comme poète il a laissé tout un évangile de douceurs et de tendresses, toute une série de chastes id ylles, il à écrit des pages qui immortalisent son nom, il a donné aux âmes de femmes des ailes pour voler vers les régions roses, vers les beaux paradis rêvés, il a bercé nos cœurs de vingt ans.

Comme homme politique, il fut grand, il fut noble, il fut droit, il fut assez puissant pour briser un trône. On trouvera difficilement dans l’histoire contemporaine un homme qui ait exercé autant d’empire, autant d'autorité sur un pe“ple, et cela sans intrigue, sans Cabale, sans réclame de presse, mais par la seule force de son nom, de son éloquence, de ses convictions et de ses vertus publiques.

* Il ne fut pas longtemps, il est vrai, à l'apogée, car on lui fit un crime d’avoir préché l'union de les bonnes volontés et de toutes les opinions, la réconciliation des espérances et des énergies nationales, la communion des dévouements à la Patrie,

Voici ce qu’il a ditet qu’on ne luia pas pardonné : à

«“ Le peuple, avec un instinct admirable, n’a pas choisi un seul parti pour lui confier ses destinés. Il a dit à toutes les nuances: Ralliez-vous, unissezvous, oubliez vos dissidences, s’il y en. a; c’est là ce qu'a fait le peuple: faites comme lui.”

Ce fut un crime aux yeux d’une foule.de gens, paraît-il, de n'avoir pas pris une position plus tranchée, plus indépendante des réactionaires.

Cormenin a dit du poète des Méditations : ‘“ Je ne crois pas qu’on m’accuse d’en dire trop ni d’en dire trop peu, si aujourd’hui, 30 janvier 1847, j'affirme que Lamartine est le plus fleuri, le plus lyrique, le plus humanitaire de nos orateurs, le plus mélodieux de nos poëtes, sans en excepter Racine lui-même, le premier de nos improvisateurs, un prosateur éminent, un vaste esprit, un noble cœur.”

Dans une des superbes pages de ses Contemporains, : Jules Lemaître a apprécié de la façon suivante le rôle politique de Lamartine en 1848:

“# Moi, je ne sais rien de plus megnifique, de plus héroïque, de plus digne d'être vécu que ces quatre

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mois de Lamartine au pouvoir, Chose invraïsemblable et que nous ne concevions plus que dans les républiques antiques, il rèégna réellement par la parole. Le jour où, acculé contre une petite porte de l’Hotel-de-Ville, monté sur une chaise de paille, visé par des canons de fusil, la pointe des sabres lui piquant les mains et le forçant à relever le menton, gesticulant d’un bras tandis que de l’autre il serrait sur sa poitrine un hominé du peuple, un loqueteux, qui fondait en larmes, le jour où, tenant seul tte à la populace aveugle et irrésistible comme un

‘élément, il l’arrêta avec des mots=et fit tomber

le drapeau rouge dés mains de l'émeute,—la fable d'Orphée devint une réalité, et Lamartine fut aussi grand qu'il ait jamais été donné à un homme de l’être en ces jours périssables.

Mais, comme si le destin avait voulu lui faire expier cette heure extraordinaire, —tout de suite

- après, l'abandon, l'oubli, la ruine amenée par l’an-

cien faste et par Les charités royales, le travail forcé, une vieillesse attelée, pour vivre, à destâches de librairie, et finissant par tendre la main au peuple ....

- Cette vie si grande, le parait encore plus, s'étant achevée dans la douleur.” Pour bien comprendre l’état de gêne et la pénible condition des dernières années de Lamartine, il faut lire les Souvenirs que publiait en: octobre dernier,

dans la Nouvelle Revue Internationale, l'éditeur Albert Lacroix. Il y a là des pages de navrance sur la fin du fier héros de 1848.

Thiers fut aussi un acteur fort important dans la République de 1848. Il n’était pas alors, d’ailleurs, à ses premières armes en politique, car sous Louis- Philippe, il y eut deux ministères Thiers : l’un en

.1886, l’autre en 1840.

Cet homme d’Etat qui parcourut une si longue et si glorieuse carrière s'était rompu à la stratégie parlementaire, aux luttes de la parole et de la pensée dans ses dix années de brillante rivalité avec Guizot.

Cette décade fut une période de fluctuations politiques et les ministères tombèrent dru comme mouches. Avait.il le dessus, avait-il le dessous Thiers ferraillait tout le temps et forgeait son avenir par l’activité et l'énergie qu'il déployait sur la scène d'alors.

De 1848 à 1852, il ne fut étranger à aucun événement, à aucun mouvement, à aucun débat et on sentait chez lui une personnalité peu ordinaire. »

Très souple, très retors, esprit élevé et très meublé, Thiers était homme à lutter sous tous les régimes, contre tous les pouvoirs et dans toutes les circonstances.

Cormenin, appréciant son talent, dit qu’il était propre à tout, aux finances, à l’histoire, à la stratégie, aux lettres, aux beaux-aits, aux sciences d’ap.

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plication, à l’économie sociale, aux travaux publics; qu'il était ni trop constitutionel pour effra yer la cour ni trop monarchique pour déplaire aux constitutionnels ; qu’il fut un parleur prestigieux, universel et sans fin. |

Le talent de politicien chez Thiers s’est surtout affirmé pendant et après l'Année Terrible alors qu’il s'est agi d’édifier la troisième République sur les ruines fumantes du second Empire. Durant deux années, il sut si bien manœuvrer que lui, républi- Cain, put presque tout le temps entraîner les influences monarchiques à sa suite et qu’il gouverna tantôt à l’aide de la Gauche, de la Droite et du Centre et qu’il passa à travers tous les obstacles avec une habileté consommée. :

Quand Napoléon IIT fit savoir au parlement que la France allait déclarer la guerre à la Prusse, Thiers se leva pour demander les raisons de cette grave détermination et il prononça alors un discours formidable, bourré de persuasion, rempli de superbe éloquence et les historiens de cette lamentable époque admettent que ce fut l’un des meilleurs requisitoires qui fut jamais prononcé en France. Thiers voyait que l'Empire cherchait la guerre sur de futiles prétextes et il s'écriait: ‘ Soucieux de ma mémoire, je ne voudrais pas qu’on puisse dire que j'ai pris la responsabilité d’une guerre sur de tel motifs.” 1l fut appuyé de Gam-

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