‹ La république de NapoléonChapitre 9 sur 21 · SAINTE-HELENE ET NAPOLEON II · texte numérisé non relu

SAINTE-HELENE ET NAPOLEON II

Le lendemain même de Fexécution du Maréchal Ney^ fusillé pour avoir suivi l'armée et cédé à la poussée nationale, Louis XYIII avait banni de France « à perpétuité » toute la famille Bonaparte. « Cette disposition était le résultat d'une demande formelle adressée au Cabinet de Louis XVIII par les ministres étrang-ers », ajoute M. de Vaulabelle.

Quant à Bonaparte lui-même, plus que bamii, prisonnier à Sainte-Hélène, prisonnier de l'Angleterre sur le sol de laquelle il avait cru pouvoir jouir de l'hospitalité qu'elle réserve cependant à tous les proscrits, il avait rédigé, en mer, à bord du Belléroplion, sous pavilloji anglais, le 4 août 18J5, cette protestation éloquente que la postérité a entendue :

(( Je proteste solennellement, à la face du ciel et des hommes, contre la violation de mes droits les plus sacrés, puisque Ton dispose par la force de ma personne et de ma liberté. Je me 5uis rendu librement à bord du Bellérophon: je ne suis point son prisonnier, je suis l'hôte de l'Angleterre. Une fois placé à bord du Bellérophon, je fus sur le foyer du peuple anglais. Si le gouvernement, en donnant l'ordre au

capitaine du Bellérophon de me recevoir avec toute ma suite, ira voulu que me tendre un pièg-e, il a forfait à l'honneur et souillé son pavillon. Si cet acte doit être consommé, ce sera en vain que les Anglais parleront encore à l'Europe de leur justice, de leurs lois et de leur liberté. L'hospitalité violée sur le Bellérophon compromettra à jamais la foi anglaise. J'en appelle donc à l'histoire : elle dira qu'un ennemi., qui fît vingt ans la guerre au peuple anglais, est venu librement dans son malheur chercher un asile sous les lois de ce peuple. Quelle preuve plus éclatante aurait-il pu donner de son estime et de sa confiance? Mais comment les Anglais y ont-ils répondu? Ils ont tendu une main hospitalière à cet ennemi, et, lorsque dans sa bonne foi il s'est livré lui-même, ils l'ont sacrifié. »

Alors, commença la captivité. Victor Hugo, qui a chanté le « Consul jeune et fier » et (( FEmpereur puissant, » nous le montre dans sa prison lointaine :

. . . Puis, pauvre prisonnier qu'on raille et qu'on tourmente^ Croisant ses bras oisifs sur son sein qui fermente, En proie aux geôliers vils comme un vil criminel, Vaincu, chauve, courbant son front, noir de nuages, Promenant sur un roc, où passent les orages. Sa pensée, orage éternel.

Qu'il est grand, là surtout! quand, puissance brisée, Des porte-clefs anglais misérable risée, Au sacre du malheur il retrempe ses droits; Tient, au bruit de ses pas, deux mondes en haleine Et, mourant de l'exil, gêné dans Sainte-Hélène, Manque d'air dans la cage où l'exposent les rois !

Le grand poète revenait encore, plus tard, sur cette captivité du grand Empereur et parlait encore, dans des vers superbes, de ce roc devenu fameux :

... Evanouissement d'une splendeur immense! Du soleil qui se lève à la nuit qui commence Toujours l'isolement, l'abandon, la prison... Un soldat rouge au seuil... La mer à l'horizon. Des rochers nus, des bois affreux, l'ennui, l'espace. Des voiles s'enfuyant comme l'espoir qui passe. Toujours le bruit des flots, toujours le bruit des vents ! Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants ! Adieu, le cheval blanc que César éperonne! Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne, Plus de rois prosternés dans l'ombre avec terreur. Plus de manteau traînant sur eux, plus d'Empereur ! Napoléon était retombé Bonaparte.

Gomme un romain blessé par la flèche du Partlie, Saignant, morne, il songeait à Moscou qui brûla; Un caporal anglais lui disait : halte-là ! Son fils aux mains des rois, sa femme au bras d'un autre î Plus vil que le pourceau qui dans l'égout se vautre, Son Sénat, qui l'avait adoré, l'insultait. Au bord des mers, à l'heure où la bise se tait. Sur les escarpements croulant en noirs décombres. Il marchait, seul, rêveur, captif des vagues sombres. Sur les monts, sur les flots, sur les cieux, triste et fier. L'œil encore ébloui des batailles d'hier. Il laissait sa pensée errer à Taventure. Grandeur, gloire, ô néant! calme de la nature! Les aigles qui passaient ne le connaissaient pas. Les rois, ses guichetiers, avaient pris un compas , Et l'avaient enfermé dans un cercle inflexible. Il expirait. La mort de plus en plus visible

Se levait dans sa nuit et croissait à ses yeux

Comme le froid matin d'un jour mystérieux.

Son âme palpitait, déjà presque échappée.

Un jour enfin il mit, sur son lit, son épée,

Et se coucha près d'elle, et dit : c'est aujourd'hui!

On jeta le manteau de Marengo sur lui.

Ses batailles du Nil, du Danube, du Tibre,

Se penchaient sur son front... Il dit : Me voici libre*

Je suis vainqueur! je vois mes aigles accourir! —

Et, comme il retournait sa tête pour mourir.

Il aperçut, un pied dans la maison déserte,

Hiidson Lowe guettant par la porte entr'ouverte

En revanche, an député radical, M. Jules Barni* a pris la défense d'Hudson Lowe et prononcé, dans un Cours professé à Genève en 1865, ceci : « L'exil de Napoléon à Sainte-Hélène a été la trop juste expiation, — aussi mal supportée, d'ailleurs, que bien méritée, — de ce long- attentat qui avait commencé au 18 Brumaire )). M. Barni ajoute que le pamphlet de Walter Scott contre Napoléon est encore « beaucoup trop favorable » à Félu de la France (1).

Sans venger sur Napoléon ce 18 Brumaire dont nous avons retracé les causes, montré la légitimité démocratique, et rappelé la ratification populaire. Chateaubriand a dépeint cette vallée étroite appelée la vallée de Slane, où '•ouïe une source. « Fidèles comme le Javanais de Camoëns, les domestiques chinois de Napo-

(1) Inutile de conclure — n'est-ce pas ? — que M. Jules Barni, — qui jugeait illégitime l'origine du pouvoir de Napo- Iron Bonaparte, porto au pouvoir directement par le peuple entier, lors de son retour d'Egypte et lors de son retour de rile d'Elbe, — jugea très légitime et très démocratique l'origine de la Charte de 1875, votée par quelques députés qui n'avaient ni pouvoir constituant, ni mandat!!.

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léoii avaient accoutumé d'y remplir leurs amphores. Deux saules pleureurs pendent sur la fontaine; une herbe fraîche, parsemée de tchampas, croît autour. Le tchampas, malgré son éclat et son parfum, n'est pas une plante qu'on recherche, (c parce qu'elle lleurit sur les tombeaux », disent les poésies sanscrites. Dans les déclivités des roches déboisées, végètent mal des citronniers amers, des cocotiers portenoix, des mélèzes et des conises dont on recueille la gomme attachée à la barbe des chèvres. Bonaparte se plaisait aux saules de la fontaine; il demandait la paix à la vallée de Slane, comme Dante banni demandait la paix au cloître de Corvo. Il disait, en parlant de la source : a Si Dieu voulait que je me rétablisse, j'élèverais un monument dans le lieu où elle jaillit. » Ce monument fut son tombeau. Du temps de Plutarque, dans un endroit consacré aux nymphes 5 aux bords du Strymon, on voit encore un siège de pierre sur lequel s'était assis Alexandre. »

Un soir, dans cette étroite vallée, après ses dictées immortelles, Napoléon tout à coup s'écria : a Je sens que ma fin approche; bientôt j'irai retrouver mes braves aux Champs- Elysées Kléber, Desaix, Bessières, Duroc,

Ney, Murât, Masséna, Berthier, tous viendront à ma rencontre. Ils me parleront de ce que nous avons fait ensemble; je leur raconterai les derniers événements de ma vie... Tous, en m'entendant, redeviendront fous d'enthousiasme et de gloire... » Et, le 5 mai 1821, il mourut.

Cette mort n'est pas une fin; c'est une

Bientôt le bruit se répand en Europe (1). Et notre Béranger consacre cette date dans son ode sur le Cinq mai, comme en Italie le grand poète Manzoni. Faisant parler un vieux soldat que « des Espagnols ont pris sur leur navire )), en compagnie de ces ardents adversaires de Napoléon il s'approche du rocher oii le héros vient d'expirer :

Dieux! Le pilote a crié : Sainte-Hélène... Et voilà donc où languit le héros !

Bons Espagnols, là s'éteint votre haine ; Nous maudissons ses fers et ses bourreaux.

(1) A la cour de Louis XVIII il n'a été question ni de remords ni de deuil; seul le général Rappa osé pleurer son maître! Le 7 juUlet, invité à la table royale, il rencontre dans le vestibule, un très haut personnage : « Eh bien, général ! voilà donc votre homme mort? — Quel homme? — Quoi? vous ne savez pas la mort de Bonaparte ? » Rapp éclate •en sanglots et se retire. — André Martinet, Patrie du 5 mai

« Napoléon mort, les Anglais eurent enfin la conscience du crime dont leur gouvernement venait de leur infliger le déshonneur. Un an plus tard, ils saluaient de leurs applaudissements le démembrement du ministère qui leur avait imposé cette lourde responsabilité. Lord Castelreagh, l'esprit troublé par les difficultés de la politique sans issue où il avait engagé son pays, l'imagination effrayée par les haines amassées sur son administration et sur sa personne, venait de faire justice de lui-itiéme en se coupant la gorge. A quelque temps de là, lord Liverpool, le chef nominal du «abinet, perdait la raison, et Hudson Lowe, attaqué dans une foule de publications, faiblement soutenu par le gouv^ernement, se vit relégué dans l'administration des possessions coloniales lointaines. II essaya vainement d'y échapper au sentiment de réprobation qui poursuivait en lui l'instrument actif du meurtre de Longwood. Ses compatriotes dans un intérêt d'honneur national, lui en firent porter le poids tout entier. Il est mort complètement délaissé et dans un état voisin de la gène. On raconte que, entré un jour dans un théâtre, et reconnu des spectateurs, ceux-ci quittèrent immédiatement leurs places, et le laissèrent seul dans la salle. » Vaul.vbelle.

LA RÉPUBLIQUE OK NAI'OLÉOX 1 (S^i

Je ne puis ricii, rien pour sa délivrance : Le temps n'est plus des trépas glorieux...

Et ainsi revient, dans ce chant funèbre, le mélancolique refrain, bientôt populaire :

Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les yeux.

Puis, s'élevant au-dessus de ses chansons accoutumées, le poète portait déjà le jugement de la postérité, dans cette dernière strophe du soldat :

Grand de génie et grand de caractère,

Pourquoi du sceptre arma-t-il son orgueil?

Bien au-dessus des trônes de la terre

Il apparaît, brillant, sur cet écueil.

Sa gloire est là, comme le phare immense

D'un nouveau monde et d'un monde trop vieux...

Et le populaire refrain revenait toujours, avec sa touchante mélancolie :

Pauvre soldat, je reverrai la France :

La main d'un fils me fermera les jeux.

Quand les poètes français chantaient ainsi, lord Byron en Angleterre, Henri Heine parmi les Allemands, faisaient écho : « L'Empereur

est mort, disait Henri Heine. Sur une petite

île de la mer des Indes est sa tombe solitaire. Et LUI, pour qui la terre était trjop étroite, il repose tranquillement sur un chétif monticule... Grande-Bretagne! à toi appartient la mer; mais la mer n'a pas assez d'eau pour laver la honte

que cet illustre défunt t'a léguée en mourant. Jusque dans les siècles les plus reculés, les enfants en France chanteront et rediront la terrible hospitalité du Bellérophoti; et, lorsque ces chants d'ironie et de larmes retentiront au-delà du canal, les joues de tous les honnêtes Anglais se couvriront de rougeur. Mais un jour viendra où ce chant se fera entendre, et il n'y aura plus d'Angleterre. Il sera couché dans la poussière, le peuple de l'orgueil; les tombes de Westminster seront en ruines et dispersées. Et Sainte-Hélène sera le Saint-Sépulcre oii les peuples de l'Orient et de l'Occident viendront en pèlerinage sur des vaisseaux pavoises. Et leur cœur se fortifiera par le grand souvenir du Christ temporel qui a souffert sous Hudson Lowe ».

Partout l'émotion fut immense, (c Dans plusieurs villages des provinces, rhénanes — raconte M. André Martinet, dans la Mort de Napoléon P^ {Patrie du 5 mai 1891), — la population fît célébrer des services funèbres. A Kostheim, près, de Mayence, ce service dut avoir lieu à cinq heures du matin, les travailleurs des champs voulant tous y pouvoir assister. Longtemps après, le souvenir, le regret du grand Empereur n'étaient pas encore effacés sur les bords du Rhin. » Les peuples apprirent cette mort avec stupeur. Beaucoup ont longtemps douté que ce fût vrai.

Alors commença le pèlerinage de l'humanité, vers cette tombe solitaire, baignée de l'Océan. <( Le grand nombre ne s'y rendit qu'en esprit, mais petits et grands y volèrent et se reposèrent à l'ombre du saule. D'autres y allèrent corpo-

lellemerit. On s'y rendit de tous les points du globe. Tout navire qui traversait ces mers marquées par la destinée venait mouiller au pied du rocher. Tout homme, quelles que fussent sa nation et sa langue, gravit le rocher et vint, la tète inclinée, contempler la tombe de celui dont la mémoire remplissait encore la terre. Hommage admirable rendu au^grand cœur de la France et à l'homme qui la personnifia ! Comme les chevaliers et les pèlerins de la Palestine au pied de la vraie croix, ces voyageurs détachaient du saule une feuille, une simple feuille, qu'ils emportaient dans la patrie. A leur retour, ces pèlerins de la Révolution montraient la feuille sacrée. Fixée aux pages d'un album ou sous le verre d'un cadre, elle devenait une relique de famille. Et ceux qui avaient répandu leur sangsur les champs de bataille, ceux qui avaient aimé leur patrie et gémi sur ses malheurs, ceux qui avaient eu foi dans la démocratie et la Révolution, se reconnaissaient frères devant ce signe. Ils se prenaient la main, et, l'œit tourné vers le ciel, ils disaient : « Qui donc vengera la France et la Révolution (1)? »

Pendant ce temps, Napoléon II, oii est-il?

Le 16 mars 1814, Napoléon avait écrit de Troyes à son frère Joseph : « Vous ne devez pas permettre que dans aucun cas l'impératrice et le roi de Rome tombent entre les mains de l'ennemi Ne quittez pas mon fils, et rappelezvous que je préférerais le savoir dans la Seine, plutôt que dans les mains des ennemis de la France. Le sort d'Astyanax prisonnier des Grecs

(1) Hippolyte Gastille. Napoléon i«r.

m'a toujours paru le sort le plus malheureux de l'histoire ». Tel fut cependant le sort que la coalition européenne réservait au « fils de 4'homme ».

Vainement, en 1815, Napoléon avait-il redemandé son fils. Ensuite, sans doute, « on aurait pu établir la régence », disait à Lord Clancarty l'Empereur de Russie, mais l'Empereur de Russie avait dû ajouter : « L'archiduchesse Marie-Louise, à qui j'en ai parlé, ne veut pas retourner en France. »

Napoléon n'avait cependant abdiqué qu'en faveur de son fils. Et Lucien Bonaparte avait bien essayé d'entraîner la Chambre haute à proclamer Napoléon II, après Waterloo.

Dans son Histowe des Assemblées politiques, M. Eugène Pierre a rappelé ces tentatives : « Pour faire sa motion, Lucien choisit une séance de nuit, car c'est le moment où il est le plus facile d'ébranler les Assemblées. Le 22 juin, à dix heures du soir, il proposa à la Chambre des pairs de déclarer « en présence du peuple et de l'étranger, par un mouvement unanime et spontané » qu'elle reconnaissait Napoléon II comme Empereur des Français. Ces paroles excitèrent un violent tumulte, mais le mouvement unanime ne se produisit pas. Les pairs refusèrent de se prononcer sur la question posée : « Ce n'est pas le moment de s'occuper des personnes, dit le duc Decrès; avant tout la patrie! » On procéda sans retard à la nomination des deux membres de la commission de gouvernement; le duc de Yicence et le baron Quinette furent choisis. »

Lucien ne s'était pas tenu pour battu et avait

LA RÉPUDLIOtn: I>K NAPOLÉON ISî»

fait ri'coiiimeiicf'i', le Iciideiiiaiii, la même ejilreprise à la Chambre des représentants. « Sur son ordre, M. Defermon. ministre d'Etat, demanda à la Chambre de recomiaître Napoléon II « afin de ne pas laisser croire à la garde nationale qu'elle attendait Louis XVIII ». L'argument toucha une majorité qui détestait les Bourbons; les haines politiques aiment à se montrer, et Ton adopta un ordre du jour portant que « Napoléon II était devenu Empereur des Français par le fait de l'abdication de Napoléon P^" et par la force des Constitutions de l'Empire ».

D'ailleurs, la Chambre des représentants avait salué cette proposition avec enthousiasme.

M. de Cormenin ajoute : « Manuel fut nommé rapporteur du projet de Constitution: mandat périlleux, charge de confiance, testament politique qu'au nom de la Chambre mourante il rédigeait pour la postérité. Lorsque tout fut perdu et que le canon prussien grondait déjà sur le pont d'Iéna, Manuel, intrépide et calme, répétait du haut de la tribune ces paroles de Mirabeau : « Nous ne sortirons d'ici que par la puissance des baïonnettes. »

Les baïonnettes n'avaient pas tardé à disperser (avec plus d'énergie que le « tyran » n'en avait voulu mettre) tous les sénateurs et députés;... en attendant la liberté future, n'estce pas?

De ce dernier incident M. de Cormenin peut conclure : « Manuel a été le plus considérable et presque le seul orateur de la Chambre des Représentants. La confiance de cette Chambre l'eût placé à la tête du gouvernement, sous la minorité de Napoléon II » .

La minorité de Napoléon II dura toujours!

Pour ces grands drames de l'histoire, la prose semble froide et pâle. Le grand poète du siècle n'a jamais, en revanche, été plus sublime qu'en retraçant cette épopée :

... Oui, l'aigle un soir planait aux voûtes éternelles, Lorsqu'un grand coup de vent lui cassa les deux ailes. Sa chute fit dans l'air un foudroyant sillon; Tous alors sur son nid fondirent, pleins de joie; Chacun selon ses dents se partagea la proie ; L'Angleterre prit l'aigle, et l'Autriche l'aiglon !

Vous savez ce qu'on fit du géant historique? Pendant six ans on vit, loin, derrière l'Afrique,

Sous le verrou des rois prudents, — Oh ! n'exilons personne ! oh ! l'exil est impie ! — Cette grande figure en sa cage accroupie,

Ployée, et les genoux aux dents !

Encor si ce banni n'eût rien aimé sur terre!... Mais les cœurs de lion sont les vrais cœurs de père :

Il aimait son fils, ce vainqueur !

Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde, Le portrait d'un enfant et la carte du monde :

Le soir, quand son regard se perdait dans l'alcôve, Ce qui se remuait dans cette tête chauve. Ce que son œil cherchait dans le passé profond, Tandis que ses geôliers, sentinelles placées Pour guetter nuit et jour le vol de ses pensées, En regardaient passer les ombres sur son front;

Ce n'était pas toujours. Sire, cette épopée i)ue vous aviez naguère écrite avec l'épée :

LA RÉPUBLIQUE DE NAPOLÉON di)l

Arcole, Austerlitz, Montmirail; Ni l'apparition des vieilles pyramides ; Ni le pacha du Caire et ses chevaux numides

Qui mordaient le vôtre au poitrail ;

Ce n'était pas le bruit de bombe et de mitraille Que vingt ans, sous ses pieds, avait fait la bataille

Déchaînée en noirs tourbillons, Quand son souffle poussait sur cette mer troublée Les drapeaux frissonnants, penchés dans la mêlée

Gomme les mâts des bataillons;

Non, ce qui l'occupait, c'est l'ombre blonde et rose D'un bel enfant qui dort, la bouche demi-close.

Gracieux comme l'Orient, Tandis qu'avec amour sa nourrice enchantée. D'une goutte de lait au bout du sein restée

Le père, alors, posait ses coudes sur sa chaise... Son cœur plein de sanglots se dégonflait à l'aise...

Il pleurait, d'amour éperdu!

Sois béni, pauvre enfant, tête aujourd'hui glacée, Seul être qui pouvait distraire sa pensée

Du trône du monde perdu !

Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible ! Vous avez commencé par le maître invincible,

Par l'homme triomphant; Puis vous avez enfin complété l'ossuaire!... Dix ans vous ont suffi pour filer le suaire

Du père et de l'enfant!

Le tombeau de l'enfant proscrit, comme

-du père captif! Et c'est Henri Heine qui nous donne l'impression que cette autre mort pfo

duisit aussi : « J'ai parcouru la plus grande partie des côtes septentrionales de la France, au moment où s'y répandit la nouvelle de la mort du jeune Napoléon (1). En quelque endroit que j'arrivasse, je trouvais le deuil le plus profond de ce triste événement. La douleur de ces gens

(1) Nous ne pouvons résister au désir de reproduire ici quelques extraits de l'émouvant tableau que M. Georges d'Esparbès a publié, dans Le Journal, sous ce titre le Pâle Roi, des dernières années du roi de Rome :

. . . C'est en prison, loin de son père, dans une ville de fer, dans un château d'ennui qu'on l'enferma. A l'âge où d'autres s'amusaient aux balles dans le parc, ne fut-elle pas un cachot, cette promptitude à le pourvoir de maîtres et d'espions qui se dressaient à toute heure, comme des barreaux lugubres, entre ses désirs de jeu et les pelouses de Schœnbrûn ? N'a-t-elle pas été une bastille pour l'exilé, cette capitale dont il ne devait jamais sortir, sans des peines? Et l'orphelin ne le devint -il pas tout à fait quand dut s'éloigner cette gouvernante qui l'avait vu naître, la seule qui reconnût sa royauté, M°i6 ^^ Montesquiou, qu'il aimait de tout son caprice et de tout son enthousiasme d'enfant ?

C'est bien au « secret » qu'il a vécu. Et, au moment de la convention du 2 août 1815 stipulant que l'Empereur, prisonnier de l'Europe, serait mis sous la surveillance des commissaires de Russie, de Prusse et d'Autriche, lorsque le baron de Sturmer, choisi par la cour, partit pour Sainte-Hélène, il fallut un mystère, des complicités, tout l'émoi d'une sorte de conspiration pour faire porter au père qui se mourait dans son île une boucle, une ombre à peine, quelques cheveux du petit front de son fils !

Il grandit isolé, chagrin, dans cette cour de vaincus, mais M™« de Montesquiou avait eu le temps de l'éclairer. Son intelligence peu à peu ordonnait les visions de sa mémoire, des rappels d'un temps lointain, de caresses paternelles, de canons, de joies populaires, et à chacun de ces souvenirs, sa mélancolie prenait le large, devenait sublime.

Un jour que devant lui la princesse Caroline de Furstemberg s'entretenait avec quelques personnes des réputations du siècle, le général Sommariva prononça trois noms qu'il cita comme ceux des trois plus grands capitaines.

— J'en connais un que vous n'avez pas nommé, dit le pâle duc.

— Lequel, monseigneur?

— Mon père.

Il se fit un grand silence.

était pure et sincère, et n'avait pas sa source dans l'ég-oïsme du moment, mais dans les souvenirs chéris d'un passé glorieux. C'étaient surtout les belles Normandes qu'on entendait déplorer la mort prématurée du jeune fils du héros. Dans toutes les chaumières est sus- Un jour — il avait sept ans — il dit à l'Empereur d'Autriche :

— Mon grand-papa, n'est-il pas vrai, quand j'étais à Paris, j'avais des pages ? •

— Oui^ vous aviez, je crois, des pages.

— N'est-il pas vrai aussi qu'on m'appelait le Roi de Rome?

— Oui.

L'enfant ne dit plus rien ; il avait gardé la tête haute, et une larme coulait sur la joue...

L'Empereur donna des ordres pour qu'on ne lui parlât jamais du passé.

Il avait le goût des promenades, par les journées indécises, à des heures capricieuses^ le plus souvent lorsqu'un peu de pluie fuyait par la ville. Il s'enfonçait alors dans une allée sombre, à droite de la Gloriette, vers une enceinte de grands arbres qui cachait l'horizon de Vienne et le Danube. Là, dans la forme des chalets, on lui avait bâti une chaumière appelée Tyroles-Haus où, maintes fois, songeant au banni de Saint-Hélène, il occupait son cœur et ses bras, piochait le roc, taillait une caverne, un fossé, construisait une île..., une île, comme celle de l'autre.

La nouvelle de la mort de Napoléon fut portée à Vienne par un courrier de Rothschild. Le duc avait dix ans. Quand on lui parla de cet Empereur qu'il avait connu tout petit, qui îe caressait, l'embrassait, qui le faisait danser sur ses genoux, il eut une convulsion aux flancs, le spasme des grands désespoirs, des détresses ; cet enfant eut un sanglot d'homme...

Alors, comme il ne mourait pas assez vite, que ses questions se pressaient, et qu'une ride, celle des Césars, barrait son jeune front, une foule de personnages tenant en leurs mains de gros livres s'abattit sur lui, renversa ses jeux, captiva sa pensée, son cœur ; la science tomba sur cette âme et l'étouffa.

Pendant huit ans, de 1821 à 1829, ^pour tuer en lui les germes nobles, sa tristesse française, son deuil, son ambition prévue, se succédèrent ces bourreaux de cour, exécuteurs des Hautes-OEuvres autrichiennes : le conseiller aulique Sommaruga, le colonel du génie Schindler, le baron d'Obenaus avec son cours de philologie latine, le major Weiss avec ses traités de fortifications, Baumgartner avec

pendu le portrait de l'Empereur. Je l'ai trouvé partout couronné d'immortelles, comme nos images du Sauveur pendant la semaine sainte. Beaucoup d'anciens soldats portaient un crêpe. Un vieillard à la jambe de bois me tendit dou-

ses instruments de physique, Litrow avec ses chiffres, ses astres, et à la fin, lorsqu'à bout de souffle, amaigri, désespéré comme un enfant qui se noie, il ne fut plus qu'un être chancelant, pitié des filles et des valets, l'Empereur d'Autriche appela le prince de Metternich pour instruire le jeune homme de ce qu'avait fait son père dans l'histoire. C'était choisir le poison.

Voilà quelle fut sa jeunesse, dans l'humidité d'une cour du Nord, sans rire, sans soleil. Il fut un oiseau qui jamais ne s'apprivoisa^ qui tremblait dans un coin de cage, les yeux perdus, et ne put voler qu'en se blessant aux barreaux. Il mourut peut-être de s'appeler Napoléon, de porter un pareil poids. Le cœur de la race était trop large pour sa poitrine, — et entre ces deux meulières énormes, l'Empereur et l'Autriche, il fut un brin de mousse écrasé.

La maladie le brisa au moment où il acceptait les fonctions d'un grade, vers 1831. Il attribuait sa faiblesse au peu d'habitude qu'il avait des exercices du corps. Cet homme vivant n'avait jamais respiré ; ordre de la cour d'Autriche. A dix-sept ans, il avait cinq pieds huit pouces. Sa vie était de la combustion ; il dormait quatre heures et ne mangeait pas. Sous le rapport moral, on remarque en lui un dualisme très marqué : la vivacité de ses joies, de ses désirs avait le caractère de l'enfance, tandis que sa réflexion profonde dénotait une amertume presque misanthrope, quelque chose môme de sénile. Cette année, il perdit la voix en comman» dant son bataillon.

Revenu à Schœnbrûnn et y suivant les chasses, le froid renouvela ses souffrances ; il se mit au lit, exténué. En un jour, ses mains devinrent jaunâtres comme si déjà elles avaient touché la terre de la tombe ; et, le 21 juillet, il éprouva de telles angoisses que pour la première fois il avoua qu'il souffrait ; alors il eut aux lèvres cette saveur d€ sel qu'ont tous les martyrs, le dégoût et l'espoir de vivre.

— Italie... Italie... Je voudrais voir l'Italie...

C'était un appel au rêve, à la lijberté, au soleil. C'était l'âme, c'était l'oiseau qui se lamentait.

Cette nuit-là, vers trois heures, il se leva tout à coup, pâle sous ses beaux cheveux blonds d'enfant, et cria :

— Ich gehe un ter! Je succombe !

Tous accoururent, le docteur, le baron de Mohl, les valets, son petit chien, sa mère.

loureusement la main en nie disant : « A présent lout est fini! »

Napoléon II cependant avait assez vécu pour apprendre que la France avait relevé le drapeau 'tricolore, en 1830, si elle n'avait pu relever ■encore le régime plébiscitaire dont le nom de Napoléon incarnait la souveraineté. Sous Louis XVIII et sous Charles X, le peuple était demeuré fidèle à son élu, à ses principes. Mais quel moyen de se manifester? Les conspirations avaient avorté, mêlant le cri de « Vive

— L'Italie. . . L'Italie de Bonaparte...

On lui montra le ciel.

— L'Italie... répcta-t-il, l'Italie de la gloire de mon père... Et à cinq heures il s'éteignit sans tressaillement dans la

môme chambre où Napoléon avait dicté la paix à l'Europe et rêvé l'éternité de sa race.

Il est mort tué par l'Autriche comme son père par l'Angleterre, brûlé parla science, le corps usé de langueur, d'espoirs orgueilleux et vains. Le soir de sa venue à Vienne, épeuré, avec sa tète blonde aux mille bouclettes, il était condamné d'avance, par calcul d'Etat. C'était pour l'Autriche le germe pourri arraché d'un ventre qu'on voulait infécond, l'enfant d'une femme royale qui ne devait faire que des rois^ non des aventuriers. Ce pâle duc a vécu dans l'histoire le matin d'une fleur, il a donné son parfum, triste, subtil; puis un peu de vent errait qui refîaça... C'est un songe, une attendrissante vision qui fait depuis pleurer les mères, — et sa vie fut une fatigue, sa mort un enfantin •désir.

Un désir qui n'eut pas le sort des nôtres, un désir réalisé. Et s'il est vrai qu'au delà du seuil de la mort se déploient, pour la récompense des enfants et des hommes qui souffrirent, les terres vermeilles du Destin, alors c'est là qu'il est entré, non pas dans cette patrie qu'il réclamait, à l'azur changeant, mais dans l'autre, dans l'autre, dans la divine, •dans l'éternelle Italie toujours bleue où, impatient, veillé par ses puissantes Aigles et toute la Garde ressuscitée à ses pieds, le grand Empereur son père l'attendait appuyé debout sur les cinq vierges de sa jeunesse: Millesimo,Lodi, Gastiglione, Arcole, Rivoli...

— M. Georges d'Esparbès, qui a écrit cette belle page sur Je Pale Roi, est l'auteur de la Légende de Vaigle, où les soldats du Premier Empire revivent.

Napoléon II », à celui de « Vive la République », sans permettre au peuple de s'affranchir.

En 1830 seulement, quand Charles X luimême eut provoqué la nation, on entendit acclamer de nouveau Napoléon dans la capitale. Le drapeau tricolore avait reparu! (( Alors la révolution commença, — dit Louis Blanc. — Dans ces trois lambeaux d'étoffe de couleurs diverses, il y avait pour le peuple toute une histoire héroïque et touchante. C'était la France qui allait redevenir la première nation du monde. C'était Fépopée impériale qui allait recommencer. Qui sait enfin? C'était l'Empereur qui n'était pas mort. Au poste delà Banque parurent deux hommes de TEmpire : l'un, M. Dumoulin, portait un chapeau à plumes et l'uniforme d'officier d'ordonnance; l'autre, le commandant Dufays, s'était déguisé en ouvrier; il avait enveloppé sa tête d'un foulard rouge et noué autour de ses reins un drapeau tricolore. Ils marchaient suivis de deux ou trois cents hommes qui mêlaient le nom de l'Empereur à des vœux de liberté. Mais Vive la Charte était le cri des bourgeois. ))

Le 27 juillet, — rapporte à son tour M. Camille Pelletan, — « les derniers rayons de soleil éclairèrent un spectacle oublié : un inconnu parcourait les quais, agitant un lambeau d'étoffe bleu, blanc et rouge. C'était le drapeau tricolore, qui jadis avait jailli des ruines de la Bastille pour planer sur la France délivrée. C'était le drapeau de la Convention et de l'Empire, qui, porté par nos régiments de Madrid à Moscou, du Caire à Amsterdam, avait secoué de ses plis les libertés sur le monde.

C'était le drapeau proscrit qui dans toute l'Europe restait au fond des souvenirs comme le symbole des nations écrasées et des libertés détruites. Quel que fût l'homme ignoré qui le premier le fit briller au soleil, celui-là eut le génie de la situation ».

Et M. de Cormenin : « Quand le peuple a fait la Révolution de juillet, le drapeau souillé de poussière que redressaient les soldats-ouvriers, chefs improvisés de l'insurrection, c'était le drapeau surmonté de l'aigle française, c'était le drapeau d'Austerlitz, d'Iéna et de Wagram (1), plutôt que celui de Jemmapes et de Fleurus; c'était le drapeau qui fut aboré sur les tours de Lisbonne, de Vienne, de Berlin, de Rome, de Moscou, plutôt que celui qui flotta à la fédération du Champ de Mars; c'était le drapeau criblé de balles à Waterloo; c'était le drapeau que l'Empereur tenait embrassé à Fontainebleau, lorsqu'il dit adieu à sa vieille Garde; c'était le drapeau qui ombragea à Sainte-Hélène le front du héros expirant; c'était, en un mot, pour tout dire, le drapeau de Napoléon! »

Malgré ce mouvement instinctif du peuple j l'idée réveillée ne savait où trouver une tète, un organe, un chef. M. Louis Blanc constate que le cri de Vive la Charte des bourgeois domina vite le cri de Vive Napoléon du peuple. (( Singularité historique dont le secret se trouve dans la trivialité de la plupart des ambitions humaines! — ajoute Louis Blanc. — Le fils de

(1) « Quand les ordonnances de Juillet précipitèrent toute la population de Paris à l'attaque de la monarchie, on peut dire que, à la tête des assaillants, se trouvait le captif de Ste-Hélène. Napoléon est un des combattants de Juillet. » (Legouvé, Revue bleue.)

198 LA llH:k»UBLIQUE DE NAPOLÉOiV

Napoléon vivait au loin. Pour ceux qu'animait une vulgaire espérance, attendre, c'était risquer le bénéfice des premières faveurs, toujours plus faciles à obtenir, d'un pouvoir qui a besoin de se faire pardonner son avènement. Pourtant, le souvenir de l'Empereur palpitait dans le sein du peuple. Pour couronner dans le premier de sa race l'immortelle victime de Waterloo, que fallait-il? Qu'un vieux général se montrât à cheval dans les rues, et criât, en tirant son sabre : Vive Napoléon II! Mais non. Le général Gourgaud fît seul quelques tentatives. Le 29 juillet, on l'entendit protester, à l'hôtel Laffitte, contre la candidature du duc d'Orléans ; et, dans la nuit du 29 au 30, il réunit chez lui quelques officiers pour aviser aux choses du lendemain. Conspirer en pleine révolution était au moins superflu. Mais il semble que les luttes civiles déconcertent les hommes de guerre. »

C'est donc autrement que se fera « le retour de l'Empereur. » Et Victor Hugo déjà prophétise :

Dors ! Nous t'irons chercher. . . Ce j oiir viendra peut-être ! . . . Car nous t'avons pour dieu sans t'avoir eu pour maître. Car notre œil s'est mouillé de ton destin fatal. Et, sous les trois couleurs comme sous l'oriflamme, Nous ne nous pendons pas à cette corde infâme Qui t'arrache à ton piédestal !

XITI

LES ORIGINES DE LA MONARCHIE DE ÎS'^O : l/ÉLECÏIOiN PARLEMENTAIRE.

Charles X avait voulu faire un Coup crEtat, par ses ordonnances du 23 juillet 1830 qui, non seulement violaient la Charte anglaise, octroyée par Louis XVIII en 1814 et 1813 à la France, mais encore violaient tous les principes de la Révolution française.

On fût revenu au hon plaisir des ordonnances ! Non seulement le peuple était ainsi définitivement dépossédé de tout partage dans la souveraineté, mais les députés eux-mêmes n'avaient plus le droit d'exercer utilement le mandat qu'ils tenaient du suffrage restreint.

Les députés hésitaient à se défendre. Mais le peuple, on le sait, se fâcha. Et le drapeau tricolore arhoré marqua son premier pas vers la délivrance.

Depuis notre grande Révolution, la nation seule représente le droit en politique; le Roi n'est que délégué, FAssemblée n'est que mandataire. C'est cependant la souveraineté de l'Assemblée qui va se substituer maintenant à la souveraineté de la nation, bien que, dans leur Déclaration, MM. Thiers, Carrel eussent avoué aiotamment ceci : « Attendu que, en octroyant la

Charte, les Bourbons outrag-eaient la nation, dont les droits étaient préexistants... » Ce droit préexistant de la nation, les d'Orléans et M. Thiers et M. Casimir Perier, ne vont-ils pas l'outrager à leur tour?

Les journées de combat qui ensanglantèrent Paris en juillet 1830 sont connues : nous n'avons pas à raconter ici cette lutte dont le résultat rendait à la nation toute liberté d'établir un g-ouvernement nouveau. Lequel?

Cette liberté, reprenant son écharpe aux trois couleurs, le poète Barbier l'avait chantée en des vers fameux :

C'est la vierge fougueuse, enfant de la Bastille,

Qui jadis, lorsqu'elle apparut Avec son air hardi, ses allures de fille,

Cinq a:is mit tout le peuple en rut; Qui, plus tard, entonnant une marche guerrière.

Lasse de ses premiers amants, Jeta là son honnet et devint vivandière

D'un capitaine de vingt ans :

C'est cette femme, enfin, qui, toujours belle et nue,

Avec l'écharpe aujc trois couleurs, Dans nos murs mitraillés tout à coup reparue,

Vient de sécher nos yeux en pleurs, De remettre en trois jours une haute couroUi^ie

Aux mains des Français soulevés.

D'écraser une armée et de broyer un trône

Avec quelques tas de pavés.

Ce trône broyé avec quelques tas de pavés, les députés vont en recoller entre eux les morceaux. Le trône sera remis à neuf, par les députés, pour les députés.

En 1830, le peuple de Paris croyait en finir avec la monarchie. Les députés voulaient conserver la monarchie (1). La haute Banque notamment avait soutenu le roi Charles X. Aussi les journées de juillet furent-elles une surprise. Plus tard, dans la Revue contemporaine, M. Alfred Nettement en convenait : (( Les hommes les plus éminents de la classe moyenne, — parmi lesquels il est permis de nommer Casimir Perier, puisqu'il est mort, — luttèrent, tant qu'ils crurent la chose possible, pour empêcher les événements de prendre les proportions d'une révolution. On peut dire qu'ils la subirent plus qu'ils ne la firent. Ce fut en reculant devant la République, dont elle ne voulait à aucun prix et qui courait les rues, que la classe moyenne, cherchant un abri, crut le trouver dans un établissement nouveau, qu'elle regarda moins comme une révolution que comme un dénoùment qui fermait l'éventualité révolutionnaire (2j. w

(J ) Parlant de la Chambre des députés qui fut dissoute en mars 1830 et réélue, M. Eugène Pierre, dans son Histoire des Assemblées publiques, regrette qu'elle ait acculé aux journées de juillet, le roi légitime': « Cette Assemblée — dit-il — , avait été la première, depuis l'an VIII, dans laquelle les gauches se fussent retrouvées assez nombreuses pour exercer, sur la direction des affaires, une influence décisive. Malheureusement les gauches ne possédaient pas encore l'esprit politique qui les a distinguées plus tard. Elles ne savaient rien ajourner, rien sacritier, et elles laissèrent échapper l'unique occasion de concilier la monarchie légitime avec la liberté, » Comment concilier, avec la monarchie légitime, c'est-à-dire héréditaire et supérieure au droit du peuple, — la liberté dont la première garantie réside dans la souveraineté du peuple ? C'est ce que les partisans de cette doctrine parlementaire ne disent pas !

(2) Dans ses Portraits politiques, M. Hippolyte Castille raconte que, ^ sous le ministère Martignac, Casimir-Perier se rapprocha si bien du pouvoir, qu'on le vit au cercle

L'hésitation existait de part et d'autre. C'est ce que l'historien Louis Blanc constate aussi : « On était au 25 juillet, et rien de tout à fait certain n'avait encore transpiré. Tel était même le vague des prévisions, que le prince de Condé, ce jour-là, donna au duc d'Orléans une grande fête. Les heures s'écoulèrent dans la joie au château de Saint-Leu. Le soir, il y eut spectacle, et la baronne de Feuchères parut en scène. Pendant ce temps, un personnage qui entretenait avec la Cour, depuis quelques mois, des relations assidues et secrètes, M. Casimir Perier, reçut dans sa maison du bois de Boulogne une petite lettre de forme triangulaire. Il rouvrit avec anxiété en présence de sa famille, et laissa retomber ses bras avec désespoir. Son visage avait pris une teinte livide... Il était exactement renseigné : ce jour-là même, les ministres se réunissaient à Saint-Cloud pour y signer des ordonnances qui suspendaient la Constitution du pays. »

Quant à la Sainte Alliance qui avait soutenu les Bourbons, elle avait prévenu qu'on ne devait pas toujours compter sur elle. L'Empereur de Russie, par exemple, s'en était formellement expliqué avec le duc de Mortemart, lequel en avait rendu compte à Charles X. « Notre exphcation, — écrit M. de Nesselrode en mai, — a eu pour but d'empêcher les Coups d'Etat et de leu?^ faire comprendre que, dans le cas où i/s feraient la folie de renverser la Constitution.

des Tuileries faisant la partie de whist du roi Charles X. On assure même que Sa Majesté, séduite du bon ton de M. Gasimir-Perier, dit, un jour, en parlant de lui : « Mais il est né, cet homme-là ! » — Hip. Gastille.

LA RÉPUBLIQUE DE NAPOLÉON 20î5

l'Empereur ne se croira nullement obligé de soutenir les Bourbons dans une si périlleuse et injuste entreprise. »

Charles X était ainsi laissé seul en face du peuple. Casimir Perier fît un dernier effort pour sauver le roi de droit divin. Dans une réunion tenue chez M. de Laborde, chez qui les députés s'essayaient à Faudace, et tandis que Daunou allait jusqu'à parler d'appel au peuple, Casimir Perier était accouru. « Il ne cherchait qu'à contenir les esprits; » rapporte M. Louis Blanc. Il offrit sa maison pour une réunion du lendemain ; c'était encore ajourner le mouvement.

(( Quel était donc, — demande l'historien sociahste, — cet homme qui se présentait ainsi comme médiateur entre les libéraux et le trône, à cette heure solennelle? Casimir Perier avait la taille haute et la démarche assurée. Sa figure, naturellement douce et noble, était sujette à des altérations subites qui la rendaient effrayante. L'ardeur mobile de son regard, Fimpétuosité de son geste, son éloquence fiévreuse, les fréquents éclats de sa colère, fougueuse jusqu'à la frénésie, tout semblait révéler en lui un homme né pour exciter des orages. Mais Félévation manquait à son esprit, et la générosité à son cœur. Il n'avait pas ce dévouement sans lequel Fart de dominer n'est plus qu'un cliarlatanisme illustre. Il ne haïssait l'aristocratie que par Fimpuissance de s'égaler à elle, et le peuple soulevé n'apparaissait à son imagination malade que comme une horde de barbares courant au pillage à travers le sang. L'amour de For possédait son âme et ajoutait à la frayeur que lui inspirait ce peuple, qui se

compose de pauvres. Timide avec véhémence, et prompt à écraser sous son humeur tyrannique quiconque la provoquait en paraissant la redouter, il aimait le commandement, parce qu'il promet l'impunité à la violence. Du reste, son énergie ne prenait sa source que dans la ruse ; mais la ruse chez lui était merveilleusement servie par un tempérament aigre et hilieux. Aussi apportait-il un immense orgueil à faire de petites choses. D'autant plus hautain en apparence qu'il était plus humhle en réalité, son empire au sein de l'abaissement avait quelque chose d'irrésistible; et jamais homme ne fut plus propre que lui à faire prévaloir de pusillanimes desseins, car il ne les conseillait pas, il les imposait. Casimir Perier aurait donc certainement étouffé la révolution à son berceau, s'il n'avait eu besoin pour cela que de l'appui de ses collègues. Mais ce n'était pas à eux qu'obéissaient ce jour-là les événements. »

En effet, ces premiers événements n'attendaient pas le bon plaisir des députés. Ne pouvant empêcher la révolution, ceux-ci cherchaient d'abord à s'y rallier, pour en tirer ensuite profit.

Une Commission municipale se constitua, composée de MM. Laffitte, Casimir Perier, Lobau, de Schonen, Audry de Puyraveau et Mauguin. « Elle alla prendre immédiatement possession de l'Hôtel-de-Ville, avec le général Lafayette qui avait déclaré aux membres de la Chambre que le vœu de ses concitoyens l'obligeait à se mettre à la tête de la garde nationale. Le 30 juillet, la révolution était déjà maîtresse de Paris sur tous les points. Le bruit se répandit

que la Cliambre des pairs avait entamé des négociations avec le roi retiré à Saint-Gloud, qu'elle avait obtenu' le renvoi des ministres et le retrait des ordonnances. Les rédacteurs du National, redoutant que cette nouvelle ne vînt calmer les esprits et substituer un simple chang-ement de politique à un changement de dynastie, firent placarder une affiche qui annonçait que le peuple français voulait donner la couronne au duc d'Orléans. Les députés suivirent le mouvement. Divisés d'opinion avant l'initiative de la presse, voulant les uns la régence, les autres la République, ils acceptèrent tous la monarchie proposée par le National; ils craignaient que, si cette monarchie se faisait sans eux, elle ne se fît pas pour eux. )> Ainsi s'exprime, dans son Histoire des Assemblées l^olitiques, M. Eugène Pierre.

Voilà l'escamotage constituant qui commence. Nous avons montré l'instinct des foules allant vers Napoléon II : c'était une armée sans chefs. D'autre part, les partisans de la République n'étaient guère que des chefs sans armée. Ce fut la curée des intérêts matériels qui, Charles X étant parti, domina tout. D'abord lieutenant général du royaume, le duc d'Orléans ira vite.

La lieutenance générale avait rencontré peu d'objections. « Pour arrêter le texte de cette grave résolution, les députés s'étaient réunis dans la salle des séances du Palais-Bourbon; ils étaient environ soixante; trois des membres présents, MM. Villemain, le Pelletier d'Aunay et Hély d'Oissel, refusèrent de signer la résolution qui fut votée dans les termes suivants :

20 i LA RÉPUBLIQUE DE NAPOLÉON

(( La réunion des députés actuellement à Paris a pensé qu'il était urgent de prier S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans de se rendre dans la capitale, pour y exercer les fonctions de lieutenant-général du royaume^ et de lui exprimer le vœu de conserver les couleurs nationales. Elle a, de plus, senti la nécessité de s'occuper sans relâche d'assurer à la France, dans la prochaine session des Chambres, toutes les garanties indispensables pour la pleine et entière exécution de la Charte. » Cette rédaction émanait du général Sébastiani et de Benjamin Constant.

Pendant que Ton porte au lieutenant général cette résolution, les républicains se sont réunis; et, fidèles encore aux principes de la Révolution, ils envoient à Lafayette une protestation, signée de MM. Guinard, Trélat. Bastide, Hingray. Poubelle, etc., ainsi conçue :

« Le peuple, hier, a reconquis ses droits, sacrés, au prix de son sang. Le plus précieux de ces droits est de choisir librement son gouvernement. La reconnaissance due aux braves citoyens qui ont repoussé des soldats égarés par des ordres sacrilèges, impose le devoir de les. soustraire eux-mêmes à toute influence qui pourrait égarer leur opinion et refroidir demain leur zèle poin^ la véritable cause : la liberté. Il faut donc empêcher qu'aucune proclamation ne soit faite qui déjà désigne un chef, lorsque la forme même du gouvernement ne peut être déterminée. Il existe une représentation provisoire de la nation. Qu'elle reste en permanence jusqu'à ce que le vœu de la majorité de la France ait pu être connu. Dans toutes les circonstances,

LA «lÎPLBLlQUE DE NAPOLÉON 207

•ce vœu a pu être consulté. Ne faisons point aujourd'hui un pas rétrograde dans la carrière que quarante ans de sacrifices et de gloire nous ont ouverte et que les immortelles journées des 21, 28 et 29 juillet ont immensément agrandie. Que la représentation provisoire s'occupe de suite des moyens de consulter ces vœux! Toute autre mesure serait intempestive et coupable. Le 5 juillet 1815, la Chambre des représentants, sous le feu des étrangers, en présence des baïonnettes ennemies, a proclamé des principes conservateurs des droits des citoyens, et a protesté contre tout acte qui imposerait à la France un gouvernement et des institutions qui ne sympathiseraient pas avec ses vœux et ses intérêts. Ce sont ces principes qu'il faut adopter aujourd'hui. Qu'ils nous servent de ralliement. La Chambre de 1813 les a légués à un avenir qui nous appartient. Recueillons cet héritage, et sachons le faire tourner au profit de la liberté. »

C'était là, on le voit, un rappel des principes que nous exposons dans cette histoire des origines de nos gouvernements. On évoquait les précédents que nous avons rappelés et qui constituaient encore, en 1830, la tradition républicaine.

Cédant à cette évocation, la Commission municipale de l'Hôtel de Ville s'adressait bientôt à la population parisienne, en ces termes :

« Habitants de Paris! Charles X a cessé de régner sur la France. Ne pouvant oublier l'origine de son autorité, il s'est toujours considéré comme l'ennemi de notre patrie et de ses libertés, qu'il ne pouvait comprendre, etc..

208 i.\ lîKPUBUQUE I)K NAPOLÉON

Quelques instants ont suffi pour anéantir ce gouvernement corrompu, qui n'avait été qu'une conspiration permanente contre la liberté et la prospérité de la France. La nation seule est debout, parée de ces couleurs nationales qu'elle a conquises au prix de son sang. Elle veut un g-ouvernement et des lois dignes d'elle. Quel peuple au monde mérita mieux la liberté?... Habitants de Paris! nous sommes fiers d'être vos frères! En acceptant des circonstances un mandat grave et difficile, votre Commission municipale a voulu s'associer à votre dévouement et à vos efforts; ses membres éprouvent le besoin de vous exprimer l'admiration et la reconnaissance de la patrie. Leurs sentiments, leurs principes, sont les vôtres. Au lieu d'un pouvoir imposé par les armes étrangères, vous aurez un gouvernement qui vous devra son origine. Les vertus sont dans toutes les classes: toutes les classes ont les mêmes droits. Ces droits sont assurés. Signé : Lobau, Audry de

PUYRAVEAU, MaUGUIN, DE SCHONEN, OdILON BaRROT. »

Les députés voulurent à leur tour prendre les devants; et ils rédigèrent une Adresse de la Chambre au peuple : <( Le duc d'Orléans respectera nos droits, — disaient-ils, — car il tiendra de nous les siens. Nous nous assurerons par des lois toutes les garanties nécessaires pour rendre la liberté forte et durable ». Cela fut signé par 91 députés, le 31 juillet.

Une autre satisfaction fut donnée à la Commission municipale; les ministres qu'elle s'était arrogé le droit de désigner furent tous acceptés à titre provisoire par le lieutenant-général, — constate M. Eugène Pierre, .qui ajoute :

« Malgré ces concessions, le parti de THôtel 4e Ville, composé des républicains avoués (1) et des bonapartistes timides, protestait contre l'autorité du duc d'Orléans. De nombreuses affiches placardées dans Paris réclamaient un appel direct au pays ». — « Le peuple, disait-on, n'a point été consulté pour le mode de g-ouvernement sous lequel il est appelé à vivre; la Chambre des députés et la Chambre des pairs qui tenaient leurs pouvoirs du gouvernement de Charles X sont tombées avec lui, et n'ont pu, en conséquence, représenter la nation. »

M. Eugène Pierre ajoute : a Le lieutenantg-énéral comprit qu'il était urgent d'opposer à ces revendications inquiétantes la force du fait accompli; il convoqua les Chambres pour le 3 août. Et, préludant déjà à son rôle de souverain, il fl! lui-même l'ouverture de la session. »

L'intervention de la nation elle-même étant enrayée, c'est aux députés que la souveraineté revient ainsi sans partage! Ce sont eux, élus députés sous Charles X, qui vont se déclarer constituants et donner à la France le gouvernement qui, — comme on le fit aussi en 1875, — va se bâcler entre eux, par eux, pour eux.

Quelques difficultés surgissent encore. Et Louis Blanc, dans son Histoire de Dix ans^ relate ces dernières résistances des démocrates, à l'occasion d'une entrevue qui eut lieu, au Palais-Royal, entre MM. Godefroy Cavaignac, Bastide, Boinvilliers, etc.

(1) Le programme de l'Hôtel-de-Ville, rédigé par Lafayette, portait que « les bases constitutionnelles, adoptées provisoirement, seraient soumises à la sanction de la nation, seule capable de s'imposer le système de gouvernement qui lui conviendrait. »

— (( Demain, dit M. Boinvilliers au prince, demain vous serez roi »... A ces mots, le duc d'Orléans fit presque un geste d'incrédulité. Il dit qu'il n'avait pas aspiré à la couronne, et qu'il ne la désirait pas, quoique beaucoup de gens le pressassent avec ardeur de l'accepter.

— (( Mais enfin, continua M. Boinvilliers, en supposant que vous deveniez roi, quelle est votre opinion sur les traités de 1815? Ce n'est pas une révolution libérale, prenez-}^ garde, que celle qui s'est faite dans la rue, c'est une révolution nationale. La vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple, et il serait certainement plus facile de pousser Paris vers le Rhin que sur Saint-Cloud. »

Le duc d'Orléans répondit qu'il n'était point partisan des traités de 1815: mais « qu'il importait de garder beaucoup de mesure vis-à-vis des puissances étrangères, et qu'il y avait des sentiments qu'on ne devait pas exprimer tout haut. »

— « Monseigneur, lui dit alors M. Bastide, vous devriez, dans l'intérêt même de la couronne, convoquer les Assemblées j^ri^^icii^es. » •Le Prince retira sa main, qu'il appuyait négligemment sur le bras de M. Bastide, fit deux pas en arrière, changea de visage.

Puis, s'emparant de la parole avec vivacité, il s'étendit sur la Révolution, sur ses excès, etc. Il continuait et attaquait en termes fort clairs le système suivi par la Convention, lorsque, attachant sur lui un regard dur et fixe qui déjouait le sien, Godefroy Cavaignac s'écria rudement : « Monsieur, vous oubliez que mon père était de la Convention?.» — « Le mien

aussi, répliqua le duc (rOrléans; et je n'ai jamais connu d'homme plus respectable, w

Les assistants, — ajoute Louis Blanc, — étaient attentifs à ce débat entre deux fils de régicides.

Au moment où les républicains allaient sortir, le duc d'Orléans leur dit, d'une voix caressante : (( Yous reviendrez à moi : vous verrez ! » Et le mot jamais ayant retenti à son oreille : a II ne faut jamais prononcer ce mot, » ajouta-t-il, en rappelant un aphorisme vulgaire et comme un homme qui croit peu aux convictions intraitables. Ces jeunes gens qui, pendant trois jours, avaient combattu mêlés au peuple, se retirèrent l'âme oppressée. « Ce n'est (\nu7i Deux cent vingt et un, » dit en sortant M. Bastide.

Pendant ce temps, les prétendus droits de la Chambre des députés étaient chaudement discutés dans les journaux, dans les s^^lons, et jusque dans la rue. Un jeune avocat « qui, à un cœur généreux joignait un esprit droit et mûri par l'étude », M. Camille Roussel, écrivait dans une brochure qui fit sensation : « La Charte de Louis XVIII n'existe plus; Charles X Fa déchirée. Les cartouches de ses soldats et les nôtres en ont dispersé les lambeaux. La nation française est rentrée dans le plein exer- €ice de sa souveraineté. Elle seule peut et doit délibérer sur la forme et la nature de son gouvernement... Les Chambres actuelles ne sauraient exercer le pouvoir législatif en vertu de la Charte, parce que cette Charte n'existe plus. D'ailleurs, elle exige le concours du roi, et nous n'avons plus de roi. »

C'était vrai. Et le peuple en avait conscience»

Le 6 août, Louis-Philippe n'étant toujours que lieutenant g-énéral du royaume, Guizot reçut d'un républicain une sorte de manifeste, oii on lisait ceci : « Que le Lieutenant général propose à la seule Chambre des députés, ce soir ou demain, une Constitution républicaine, sous forme royale, et une Déclaration des droits, pour être soumise à Inacceptation des communes, par oui ou par non, d'ici à six mois. Que, dans rintervalle, le Lieutenant général soit gouvernement provisoire, autorisé. Que la Chambre soit, immédiatement après, dissoute.

A ce prix, nous républicains, nous

engageons au service du gouvernement, nos capacités et nos forces; et nous répondons de la tranquillité intérieure, w

Plus tard, dans ses Mémoires, M. Guizot s'est expliqué sur cette offre : « Il y avait, ditil, autant de légèreté que de confusion dans les idées à parler sans cesse d'un trône, entouré d'institutions républicaines, comme de la meilleure des républiques... La monarchie que nous avions à fonder n'était pas plus une monarchie élective qu'une République. Amenés par la violence à rompre violemment avec la branche aînée de notre maison royale, nous en appelions à la branche cadette pour maintenir la monarchie en défendant nos libertés. Nous ne choisissions point un roi; nous traitions avec un prince que nous trouvions à côté du trône et qui pouvait seul, en y montant, garantir notre droit public et nous garantir des révolutions. L'appel au suffrage populaire eût donné à la monarchie réformée précisément le caractère que nous avions à cœur d'en écarter; il eût mis l'élec-

LA RÉPUBLIQUE DE NAPOLÉON 1^1 li

tien à la place de la nécessité et du contrat. C'eût été le ^principe républicain, profitant 11e Fécliec que le principe monarchique venait de subir, pour l'expulser complètement et prendre encore sous un nom royal possession du pays. » La séance du 6 août 1830 s'ouvrit sous la présidence de Laffitte, qui remplaçait au fauteuil Casimir Perier. Suivons le récit de Louis Blanc : M. Bérard n'eut pas plutôt lu sa proposition (proposant de déférer la couronne au duc d'Orléans et de reviser la Charte), que des applaudissements retentirent. Ceux mêmes qui n'approuvaient pas son projet y voyaient le bénéfice d'un dang-er couru par un autre. Mais M. Demarçay s'était levé pour protester contre des modifications dont il niait la portée. Sur l'observation de M. Yillemain, la Chambre nomma une Commission chargée d'examiner le projet. Tout à coup on annonce que des groupes menaçants encombrent les avenues du Palais- Bourbon. M. Kératry demande une séance de nuit, à cause de la g-ravité des circonstances. Et, en effet, on entendait les cris tumultueux du dehors : « A bas l'hérédité ! la Chambre nous trahit! » Les députés sont en proie à une vive anxiété.... Ils promettent que le peuple sera consulté. On fait circuler dans les tribunes une protestation contre ce qu'on appelle des fauteurs de désordre; et Ton obtient, contre les républicains qui s'agitent au dehors, la signature de quelques jeunes gens abusés. Benjamin Constant, Labbey de Pompières, se présentent successivement sous le péristyle du palais. Lafayette paraît à son tour. A sa vue le tumulte s'apaise, mais les plus ardents continuaient à

21 i LA RÉPUBLIOCE DE NAI»OLÉOx\

crier : « A bas l'héréclité! » Et M. de Lafayeltc de dire d'une voix suppliante : « Mes amis, mes bons amis, nous veillons sur vos intérêts. Nous reconnaissons que nous sommes ici sans mandat. Mais, retirez- vous, je vous en conjure. » C'était la seconde fois que Lafayette livrait la révolution à la royauté.

Enfin commence la fameuse journée du 7 août. La Chambre des députés proclame la vacance du trône et la nécessité d'y pourvoir. Il faut élire un Roi. Louis Blanc raconte comme on s'y prit.

Au moment où la Chambre va conférer la couronne, M. Fleury (de l'Orne) demande que les collèg-es électoraux soient convoqués, et donnent un mandat spécial pour l'élection d'un roi. Allons doncl s'écrie avec humeur Casimir Perier. Et M, Laffitte s'empresse de lire le dernier paragraphe, qui invite Louis-Phihppe d'Orléans, duc d'Orléans, à prendre le titre de roi des Français, moyennant l'acceptation de la Charte modifiée.

f( Ce paragraphe est adopté à une grande majorité. — ajoute Louis Blanc. — Trente membres de la droite s'abstiennent. M. de Corcelles veut qu'on soumette, du moins, l'élection du duc d'Orléans à l'acceptation du peuple : tous gardent le silence. La Chambre est sur le point de procéder au scrutin secret sur l'ensemble de la proposition, lorsque le vénérable Labbey de Pompières demande que les votants écrivent leurs noms sur un registre. M. Bérard appuie la motion, mais beaucoup n'ont pas le courage d'un public aveu. Le don de la couronne de France est voté comme un simple article du règlement. »

LA «kpubliouh: i)K napolkox 215

Seul de tous les députés de l'opposition, et se jugeant lié par les principes de la Révolution, M. de Cormenin s'abstint de voter. Suivant lui, consulter le peuple était indispensable, puis- ([u'on adoptait le principe de la souveraineté du peuple. Il se démit de son mandat de député par cette lettre honnête et loyale qui est à remarquer et à bien retenir : « Monsieur le président, je n'ai point reçu du peuple un mandat constituant, et je n'ai point encore sa ratification. Placé entre ces deux extrémités, je suis absolument sans pouvoir pour taire un roi, une Cbarte, un serment. Je prie la Chambre d'agréer ma démission. Puisse ma patrie être toujours glorieuse et libre ! »

On passa outre, et voici quel fut le résultat du scrutin d'où sortit une royauté, sur 2o2 députés, élus sous Charles X, et qui prirent part à cet étrange vote :

Pour l'adoption : 219 Contre : 33

Dans son Histoire de Dix ans, Louis Blanc conclut en ces termes : « Ainsi, en moins de sept heures, 219 députés (1) qui, dans les temps

(1) Deux cent dix-neuf députes ont ainsi donné la couronne a Louis-Philippe, sans consulter la nation. Le roi Joseph adresse aussitôt de New- York à la Chambre des députés la protestation suivante : « Il n'y a de légitimes sur la terre que les gouvernements avoués par les nations : les nations seules ont des droits; les individus, les familles particulières, ont seules des devoirs à remplir. La famille Bonaparte a été appelée par 3 millions 500 mille votes ; si la nation croit dans son intérêt devoir faire un autre choix, elle en "a le pouvoir et le droit, mais elle seule. Napoléon II a été proclamé par la Chambre des députés de 1815, qui a reconnu en lui un droit conféré par la nation. J'accepte pour lui toutes les modifications conférées par la Chambre do;

216 LA RÉPUr>LlQUK DE NAPOLKnX

ordinaires, n'auraient formé qu'une majorité de deux voix, avaient modifié la Constitution, prononcé la déchéance d'une dynastie, érig-é une dynastie nouvelle! Et ces députés avaient été élus sous l'empire d'une Charte qu'ils refaisaient à leur gré, sous le règne d'un homme dont ils proscrivaient la famille! Et tout cela venait de s'accomplir en vertu du principe de la souveraineté du peuple! » Indigne comédie, à coup sûr, et qui sera renouvelée, en 187o, pour le vote d'une Charte républicaine!

Citons aussi quelques lignes de M. de Cormenin sur cette journée du 7 août 1830 : «M. de Corcelles ne parvint pas à faire adopter son amendement final : sauf V acceptation du peuple (1). Cet amendement choquait trop l'om-

1815, qui fut dissoute par les baïonnettes étrangères ; j'ai des données positives pour savoir que Napoléon II serait digne de la France; c'est comme Français surtout que je désire que l'on reconnaisse les titres incontestables qu'il a au trône, tant que la ncdion n'aura pas adopté une autre forme de gouvernement. Seule, pour être légitime dans la véritable acception du mot, c'est-à-dire légalement et volontairement élu par le peuple, il n'a pas besoin d'une nouvelle élection. Toutefois, la nation est maîtresse de confirmer ou de rejeter des titres qu'elle a donnés, si telle est sa volonté. »

(1) Voici ce que M. de Cormenin pensait et disait des lois constitutionnelles que l'on octroie à un peuple sans le consulter : « Les Chartes ne sont et ne peuvent jamais être, comme on l'a faussement prétendu, des contrats. Il n'y a de contrats qu'entre des parties égales, et il n'y a rien d'égal entre une nation et un homme quelconque. Les nations délèguent non pas leur souveraineté, qui est indôléguable comme elle est imprescriptible, mais elles délèguent le pouvoir de les gouverner à qui il leur plaît et dans la ijiesure qu'il leur plaît, ou bien il ne faut pas dire qu'elles sont souveraines, comme la Charte de 1830 l'a dit, comme la Chambre l'a reconnu bien des fois, et enfin comme cela est. Il suit de là que la seule cause raisonnable de la Pévolution de juillet, la cause non apparente, non hurlée dans les carrefours, non déclamée à la tribune, mais la cause

' •iiipoleiice d'une Chambre effrayée, la plus absolue et la plus iutoléranie, et j'ajoute la plus pressée d'en finir, de toutes les omnipotences. La Charte fut votée au scrutin comme une loi ordinaire. MM. Bérard et Pétou voulaient qu'on mît les noms à côté des votants, et même que chacun signât. Soit peur, soit impatience, on s'y refusa. Tout à coup, M. Dupin paraît avec un ruban tricolore à sa boutonnière, et puis, trois par trois, les députés à la file s'en allèrent porter la couronne au duc d'Orléans. On aurait pu attendre qu'il vînt la chercher. C'eût été plus dig-ne; mais souvenez-vous de ce que dit Paul- Louis! Tel est l'abrégé de cette fameuse journée du 7 août, où Ton se dépêcha d'une telle vitesse,

Nque je donnai le nom de ChcuHe bâclée à la Constitution qui en sortit; et ce nom lui est resté. Les députés bâcleurs furent très fiers, fort enflés,, et tout victorieux de leur besogne; il leur semblait qu'ils eussent entrepris la plus belle chose du monde. Des bourgeois de province engendrer un roi de France! Cela, en effet, valait la peine d'être crié sur les toits, et ne se voit pas tous les jours : aussi n'entendis-je

cachre, la cause du fond, la vraie cause, a été la violation originaire et perpétuelle de la souveraineté du peuple par l'octroi royal de la Charte de 1814. Cei'tes, ce qu'il y a de plus inique, de plus insolent, de plus usurpateur, de plus condamnable, de plus punissable, c'est qu'un roi foule aux pieds, en paraissant le lai octroyer, pour nous servir des expressions de M. Dupin, le droit incommunicable, inaliénable et inoctroyable de la nation. Dès lors donc que le peuple français n'a plus été comprimé par la force des baïonnettes et qu'il a pu relever son front, il a dû regarder' la Charte de 1814, comme si elle n'existait pas, et par conséquent il a pu en agir avec Charles X comme il l'a voulu, puisque le prince ne tirait son inviolabilité que d'une Charte octroyée. »

longtemps retentir à mes oreilles à la Chambre et dans les couloirs que ces mots ronflants et superbes : Le roi que 7ious avons fait! Oui, le roi que nous avons fait! Comme ils en remplissaient leur bouche! »

Quelle origine! M. Eugène Pierre lui-même, dans son Histoire des Assemblées politiques, n'ose approuver cette intronisation parlementaire d'un Roi. « A l'heure o\i elle se produisait, — dit-il — la résolution de la Chambre des députés était imposée par les circonstances, et elle épargnait à la France les calamités de l'anarchie. Mais elle donnait au prince un titre incomplet dans lequel les partis relèveront sans effort de nombreux vices de droit. Les adversaires des d'Orléans ne cesseront de répéter que (( l'intérêt universel et pressant » invoqué par la Chambre a été une présomption, et qu'aucun acte n'a transformé cette présomption en certitude; ils feront fermenter dans les masses la doctrine de l'appel au peuple et rappelleront que le choix du souverain n'a été ratifié ni directement par le vote des électeurs, ni indirectement par la convocation d'une assemblée constituante. »

Surtout, les formalistes constitutionnels n'ont pas même respecté les formes constitutionnelles ! Pas même cela! M. Eugène Pierre regrette qu'ils n'aient pas eu au moins cette excuse : (( D'ailleurs, en admettant que les Chambres de 1830 eussent une capacité légale suffisante pour contracter aux lieu et place du pays, on est obligé de reconnaître que les formes constitutionnelles ne furent pas observées. La loi adoptée par la Chambre basse ne fut pas régu-

lièrement soumise à la sanction de la Chambre haute; elle fut portée au Palais-Royal avant d'avoir été votée au Luxembourg". Les pairs furent saisis d'une simple exjjéditloa^ etc.. » Nous avouons que cette question de forme nous indigne moins que l'usurpation llag^rante de la souveraineté de ce peuple dont on ne daigna demander ni consentement, ni ratification, comme si les députés avaient eu qualité ou mandat d'exercer le pouvoir constituant!

Le comble de l'ironie est atteint en cette circonstance par l'historien ang-lais qui a écrit une Histoire de la Déinoeratie en Europe, sir Tliomas Erskine May, et qui déclare que le gouvernement constitutionnel de Louis-Philippe « tenait ses pouvoirs du peuple, » reposait « sur le libre choix du peuple! » — N'est-ce point le cas de se demander ce que l'historien anglais peut bien entendre par les mots de « démocratie » et de « peuple? »

Républicains et bonapartistes n'étaient pas seuls à protester contre l'escamotage parlementaire du 7 août. Un jeune homme d'une intelligence politique supérieure, devenu depuis un des ministres du nouvel établissement, le comte Duchâtel, avait appelé l'attention sur rirrégularité du procédé et conseillé de le légitimer par un plébiscite national. Mais on ne prit pas même garde alors au scrupule. Et c'est M. Yitet qui, plus tard, — tout en déclarant fièrement que les gens sensés, comme lui, méprisent cette souveraineté directe de la nation, — regrettait que la monarchie n'eût pas suivi ce conseil, et disait : « Cette formalité, bien qu'illusoire et peu démonstrative aux yeux

des gens sensés, n'en a pas moins manqué à ce gouvernement. Elle lui aurait rendu de notables services. En rappelant par des chiffres incontest tables, ce qui devait s'oublier si vite, Fassenti^ ment universel des premiers jours, elle lu| aurait prêté, surtout vis-à-vis des masses, ui grand moyen de force, un argument qui auraii fermé la bouche à bien des agresseurs. »

M. Lanfrey serait presque tenté de manifester le même regret : « ... Ces résolutions si graves, — dit-il, — furent votées précipitamment par une Chambre incomplète, pleine de trouble, peu confiante en son propre droit, étourdie par le bruit qui se faisait autour d'elle, élue avant les trois journées et en partie sous l'influence de l'administration Polignac, absente de Paris au moment de la lutte, et dépourvue de l'autorité que lui eût donnée un mandat nouveau. Ces conditions, si défavorables pour sa force morale et son prestige, lui imposaient tout au moins le devoir de s'élever à la hauteur du rôle dont elle était investie, de montrer une grande intelligence des circonstances. Quand on s'empare de la dictature, ne fût-ce que pour une heure, on est tenu de l'exercer avec génie .: c'est la seule façon dont elle puisse se faire absoudre. La Chambre ne sut pas le com-j prendre; et sa médiocrité eut, pour rétablisse^] ment de Juillet, des suites incalculables. »

Plus récemment encore, le dernier historien de la Monarchie de Juillet, M. Thureau-Dangin, confirme ces critiques si justes : « A quel titre une Chambre, élue sous Charles X pour exercer, dans le gouvernement d'alors, une partie du pouvoir législatif et qui n'était pas seulement

au complet, pouvait-elle, en dehors des mesures de nécessité prises au cours de la Révolution, s'attribuer un mandat constituant? »

Oui, à quel titre?

Cette Monarchie de Juilhit, ainsi condamnée dans son origine, malgré le talent et l'honnêteté des Casimir Perier, des Thiers, des duc de Broglie,, tombera sous la révolution du mépris. Mais, encore sous Finfluence de la même doctrine oligarchique, et encore sous l'inspiration de ce précédent orléaniste, on élèvera une République, de la même façon, en 1873, sur une usurpation parlementaire aussi flagrante, grâce à des députés s'attribuant un mandat constituant !

A quel titre?

Heureusement, dès le lendemain de 1848, Ledru-Rollin l'écrivait : « La France est persévérante; car, deux fois en trente ans, les aristocraties liguées lui ont imposé la forme anglaise; mais, le génie des deux peuples ayant des fins différentes, la société française est toujours restée, dans ses institutions civiles, la contradiction flagrante de l'Angleterre. Et, deux fois, les pouvoirs politiques créés à l'image de celle-ci ont disparu de notre sol, sous la colère du peuple et le souffle des idées. »

Ces pouvoirs politiques, — vainement importés déjà en 1814 et en 1830, puis importés de nouveau en 1875, — disparaîtront une troisième fois..., si la démocratie française doit s'organiser enfin.

Espérons que ce ne sera plus sous la colère du peuple, mais seulement sous le souffle des idées.

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