‹ La république démocratiqueChapitre 5 sur 32 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

lifs, financiers, économiques, politiques et sociaux indispensable à une nation désireuse de se gouverner elle-même, le peuple a profité des expériences répétées qui se sont faites sous ses yeux et où il joue son rôle; il commence à comprendre Tesprit et les institutions du régime républicain; il est mieux en mesure d'apprécier les phases qu'il a traversées et de concevoir les nécessités de l'avenir.

De 1870 à 1875, la République ne vit que grâce à la rivalité des partis monarchiques, à l'impossibilité où ils sont de s'entendre, et à la très habile ambition d'un ministre de Louis-Philippe placé à la tête du pouvoir par les partisans de la monarchie constitutionnelle.

Pendant cette première phase de son existence, la troisième République n'est qu'une monarchie sans monarque ; ses institutions sont celles de l'Empire et de la monarchie de Juillet. L'esprit de ses gouvernants est un mélange des sentiments qui régnèrent autour des trônes de Charles X et de Louis-Philippe. Tous les ministres sont monarchistes, l'Assemblée nationale est en majorité monarchiste, la constitution qu'elle vote, en 1875, est conçue de telle sorte qu'il suffirait d'y substituer un roi héréditaire au Président élu de la République, pour revenir presque à la charte de 1830.

Cependant, le vote de la Constitution de 1875 a fait entrer la République dans une seconde phase de son existence plus féconde que la première; on ne peut donc que féliciter les républicains de l'avoir votée. Grâce à elle, Gambetta, Jules Ferry, Challemel-Lacour, Floquet, Spuller, Grévy, Jules Simon, pour ne parler que de nos morts regrettés, purent introduire d'impor-

PRÉFACE m

tantes libertés dans les lois et introniser le régime républicain dans le pays.

Pendant cette deuxième période, les légitimistes perdent leur roi de droit divin, les bonapartistes vojent mourir Théritier direct de leur empereur, les orléanistes assistent à la reconnaissance du régime républicain par la cour de Rome et au ralliement à la République de la portion la plus intelligente des chefs et des troupes de leur parti; le suffrage universel n'envoie plus à la Chambre que des majorités républicaines et le suffrage restreint lui-même remplace au Sénat les monarchistes par des républicains. Les ministères sont plus ou moins modérés, avec ou sans programme nettement défini, mais ils sont toujours exclusivement républicains. Les réformes ne s'accomplissent que trop tardivement, mais un progrès sensible est, néanmoins, réalisé dans toutes les directions.

Une seule chose n'a pas changé. La Souveraineté nationale est toujours en tutelle; le peuple n'en jouit qu'à de longs intervalles, pendant quelques heures seulement chaque fois, et il n'en fait usage que pour remettre la totalité de ses pouvoirs à des représentants qu'il connaît à peine, qui peuvent le tromper à leur aise, les uns pendant quatre ans, les autres pendant neuf, sans qu'il puisse ni contrôler efficacement leurs actes, ni mettre le plus minime obstacle à l'exécution de leurs volontés. Il n'est souverain qu'à l'heure où il fait abandon complet de sa souveraineté. La République n'est encore qu'une monarchie constitutionnelle plus ou moins fardée des couleurs de la liberté; elle marche vers la démocratie, mais elle n'y peut aller qu'à travers les obstacles sans nombre,

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