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DES GROUPES

A la Chambre, il n'y a pas de partis, il y a des groupes.

Ces groupes sont nombreux, ils diffèrent essentiellement par les noms. On commettrait une immense erreur en confondant le groupe radical et le groupe radical-socialiste, la Gauche démocratique et l'Union républicaine, l'Action libérale et les progressistes, les républicains socialistes et les socialistes unifiés.

Tous ces groupes ont, en effet, des intérêts différents et des ambitions contradictoires. Les dissidences qui existent

entre eux sont d'autant plus irréductibles qu'elles sont quelquefois moins perceptibles. Lorsque les leaders de ces groupes deviennent ministres, ils s'accommodent très bien de gouverner daccord, mais tant qu'ils sont simples députés, ils affectent de croire que des dissemblances profondes les séparent.

Les membres d'un même groupe sontils tenus de voter ensemble? Loin de là. On ne cite pour ainsi dire pas un scrutin où le désaccord des individus ne se manifeste avec éclat. Cela donne même lieu à d'étranges pointages sur les suffrages dont un gouvernement doit tenir compte et ceux qu'il doit négliger délibérément. Mais au point de vue de l'unité du groupe, ces dissidences sont dénuées de toute espèce d'importance; elles peuvent êtreaussi fréquentes, aussi systématiques que possible, la cohésion du groupe ne s'en trouvera jamais compromise.

Tel député peut bien voter avec les so-

cialistes unifiés le plus régulièrement du monde, il n'en reste pas moins l'un des piliers du radicalisme. Quelque entrain que mette cet autre à voter pour les ministres en place, il demeure cependant un des chefs incontestés de lopposition.

Et ceci prouve, une fois de plus, que les groupes ne vivent pas sur une entente politique, mais sur des conventions personnelles.

On s'inscrit d'habitude à un groupe, non pour fournir des gages à quelques doctrinaires attardés, mais pour donner confiance à des électeurs exigeants. Il n'est même pas mauvais pour un député qui vote assidûment avec la droite, de s'inscrire dans un groupe plus avancé. Il peut espérer satisfaire ainsi tout le monde.

Mais surtout on s'inscrit dans les groupes pour être assuré de faire partie

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des commissions et pour avoir un bout de rôle à jouer. Si cette vérité avait besoin d'être démontrée, il suffirait de citer l'existence paradoxale du a groupe des députés non inscrits aux groupes ». qui réunit des hommes de toutes nuances et qui n'en nomme pas moins un bureau. La mission de ce bureau ne saurait être évidemment de faire triompher une politique; elle est expressément de défendre les intérêts parlementaires de ses adhérents.

Il est bon. en (^(l'et, de donner des garanties à ses électeurs: mais il est meilleur de sauvegarder ses propi-es privilèges. Ur les groupes n'ont pas droit seulement à des sièges dans les commissions, ils ont quelquefois droit à des fauteuils ministériels.

Il est en effet d'usage constant qu'un homme politique, chargé de former un ministère, choisisse dans chaque groupe de la majorité un ou plusieurs de ses collaborateurs. (Juelle que soit l'opinion du

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président du Conseil, le procédé reste le même et le partage se fait sur des bases presque identiques. Que le premier ministre soit venu de i'extrème-gauche pour constituer un ministère de droite, ou qu'il soit sorti des rangs des modérés pour former un ministère d'extréme-gauche, la part faite dans le conseil aux éléments radicaux, socialistes et modérés reste sensiblement la même.

Les groupes les plus nombreux iie sont pas forcément ceux qui possèdent le plus grand nombre de représentants éminents.

Tel groupe par exemple, qui réunit plus de cent adhérents, a souvent beaucoup de peine, depuis quelques années, à découvrir dans son sein un contingent suffisant de ministrables. 11 est vrai qu'il n'est pas toujours nécessaire d'être ministrable pour devenir ministre et que, d'ailleurs on

se rattrape sur les sous-secrétariats dEtat. Cependant les hommes, qui avaient eu la sagesse ou la chance de s'inscrire à ce groupe pauvre, ont bénéficié de véritables primes et connu de ce fait des fortunes inouïes, pour lesquelles ne les avaient peut-être pas faits les dieux.

Et puis les ministères, les sous-secrétariats d'Etat et les grandes commissions ne sont pas les seuls postes où puisse conduire une heureuse utilisation du système des groupements parlementaires. Ils conduisent parfois, sinon toujours, à la présidence de la Chambre (loo.ooo francs par anj, au moins à la vice-présidence qui est très avantageuse dans le monde du Palais et dans le monde des affaires, et aussi à la questure (3o.ooo francs, logé, blanchi).

On est généralement d'accord (}u'il n'y a pas, en France, beaucoup d'indépendances qui vaillent ces prix-là. D'ailleurs,

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avoir trente mille francs de rente, ou soixante mille, ou cent mille, n'est-ce pas, dans le sens le plus fort du mot, être vraiment indépendant '!

Du moment que les groupes jouent un si grand nMe dans la vie parlementaire, on conçoit facilement que leur nombre se multiplie de jour en jour.

Aussi existe-t-il à la Chambre dix groupes politiques distincts :

Les droites.

L'Action libérale.

Les républicains progressistes.

L'Union républicaine,

La gauche démocratique.

La gauche radicale.

Les républicains radicaux-socialistes.

Les républicains socialistes (i).

(i) Encore les républicains socialistes se sont-ils scindés récemment en deux groupes distincts, qui portent d'ailleurs un seul nom.

Le parti socialiste.

Et le groupe des députés non inscrits aux groupes.

Encore convient-il d'ajouter à ceux-là le groupe de « la Démocratie sociale (i) ». qui a pour but de cataloguer autrement ceux qui sont déjà catalogués comme nous venons de dire et celui de ((^ l'Entente démocratique ». qui poursuit le même but pour une fin diamétralement contraire.

Nous avons vu apparaître récemment (( le groupe des radicaux affiliés au parti », qui a son siège rue de Valois. — H y a en effet des radicaux qui sont affiliés au radicalisme et d'autres qui ne le sont pas... Aussitôt la (( Fédération des gauches » s'est constituée par mesure de protestation. Elle a tenu, rue d'Enghien. sa première réunion. Ainsi on a vu entrer dans une phase nouvelle cette querelle des Enghien contre les Valois, qui remontait déjà, disent des historiens, au roi Henri II.

(1) Il ne s'est jamais réuni.

Il n'en a pas fallu davantage pour qu'un troisième groupement de même nature se constituât, sans plus tarder, avec cet unique programme : « ni unifiés, ni fédérés ».

Il y a des parlementaires qui appartiennent à la fois au groupe radical, à la démocratie sociale, aux républicains démocrates et à la fédération républicaine. Nous pourrions même en citer qui appartiennent, par surcroît, aux radicaux unifiés — tant ils redoutent peu de compliquer leur vie.

Ajoutez à cela qu'il existe le plus souvent, dans chaque groupe, deux tendances nettement contradictoires, fondées sur des dissentiments de personnes ou sur des divergences de doctrine. Parle-t-on de questions viticoles. voilà tous les Méridionaux groupés, sans distinction de partis, autour des bouilleurs de crus, tandis que les re-

présentants du Nord sont tous prêts à sacrifier aux intérêts de la betterave leurs plus proches voisins de bancs. S'agit-il de la réforme électorale, la droite fraternise avec Textrême-gauche. pour embrasser bientôt le centre, si c'est une question de défense nationale qui se pose. Il y a des radicaux hostiles à l'impôt sur le revenu : il y a des monarchistes qui le défendent. Il y a des protectionnistes de gauche et des libre-échangistes de droite (i).

(1) Là ne s'arrête point l'organisation et le conflit des groupes. D'autres groupes existent pour des desseins déterminés ; il y a celui des affaires coloniales et celui de la métallurgie. Il \ a des mutualistes de tous les partis et des sardiniers qui ne sont d'aucun.

Il s'est fondé un groupe de députés — sans distinction de parti — qui ne sont pas contents de leurs préfets. Un autre s'occupe d'escrime.

Non contents de s'être ainsi groupés selon leur région, leurs intérêts politiques, économiques, électoraux, leurs appétits ou leurs colères, nos parlementaires ont eu l'heureuse idée de se grouper encore selon leur âge et selon leur promotion. Il

Un groupe, ce n'est pas une organisation politique, c'est une union corporative. Il n'a pas été créé pour faire triompher une doctrine mais pour permettre à un certain nombre d'individus d'arriver sans se bousculer.

existe un groupe des « jeunes » qui n'ont entre eux rien de commun que la date de leur entrée au Parlement.

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