‹ La République des camaradesChapitre 25 sur 45 · LE DÉBAT · texte numérisé non relu

LE DÉBAT

Même lorsque le magistrat n'a point à faire l'application d'une de ces lois incertaines, que vicie la politique, le texte précis manque souvent, qui déterminerait sa justice.

Il y a des arguments — même juridiques — en favetir de l'une et l'autre thèse qti* s'expi*ii1ieht de chaque côté de la bâfre. Personne n'a jamais tout à fait tort e personne n'a tout à fait raison. Les opi nions des hommes, qui se contrarient à propos d'une loi morale, s'opposent à l'occasion d'un article du code. La juris-

prudence elle-même est pleine d'incertitudes.

Un procès, quel qu'il soit, c'est un conflit entre deux parties, également convaincues de leur bon droit. Il n'est pas un plaideur, qui ne soit sûr d'avoir raison ; il n'est même pas un criminel qui ne croit avoir au moins une excuse et qui peut-être n'en ait une.

Dans un procès civil, les intérêts en présence sont représentés par deux avocats.

Dans un procès criminel, il y a, d'un côté de la barre, un avocat et, de l'autre, un représentant du ministère public (i).

Il n'y a pas de procès, si mauvais qu'il

(i) Dans les affaires civiles, le ministère public est aussi représenté, mais il n'est chargé que de conclure; c'est, pour ainsi dire, un juge supplémentaire. De môme, il peut y avoir, dans les affaires criminelles; un avocat, qui représente la partie civile, mai» «on rôla c^i égalemenl de second plafii

puisse être, pas de crime, si effroyable qu'il soit, qui ne trouve un avocat. De même, si injustifiée que lui paraisse l'accusation, Tavocat général ou son substitut sont tenus de la soutenir.

Ce n'est point en effet le ministère public qui prépare l'accusation, c'est le juge d'instruction. C'est celui-ci seul qui se fait une conviction et qui inculpe. Celuilà n'a pas de conviction à se faire : il requiert.

L'avocat général, vis-à-vis du juge d'instruction, se trouve précisément dans la même situation que l'avocat vis-à-vis du justiciable. L'un parle au nom de la société et l'autre au nom du criminel, mais ni l'un ni l'autre n'ont le droit de « lâcher le client ».

On a vu sans doute des représentants du ministère public abandonner des accusations, mais ils ne confessaient point de la sorte un revirement de conscience.

ils avouaient seulement leur impuissance à faire triompher un premier point de vue. Le ministère public n'est pas chargé de faire la conviction du juge; il est chargé de mettre un certain nombre d'arguments en lumière. Il plaide la culpabilité, comme l'avocat, tout à l'heure, plaidera Tinnocence. Sa conviction n'importe pas.

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