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LES RELATIONS

Tout le monde est convaincu qu'il peut suffire d'une belle plaidoirie pour déterminer la conscience d'un juge. Pourquoi, dès lors, ne pas admettre que la plaidoirie puisse se prononcer ailleurs qu'à la barre? Plus qu'un long plaidoyer un mot d'ami parfois nous touche au cœur.

La coutume est abolie d'envover aux

juges des épices ; l'habitude de leur déléguer des amis subsiste. Et puisque les magistrats doivent tout à la brigue pourquoi seraient-ils insensibles aux démarches de ceux qui briguent à leur tour?

Si honnête que l'on soit, si peu procès-

sif que Ton veuille être, qui donc n'a pas eu affaire, au moins une fois dans sa vie, à la justice de son pays ? Quand on connaît le magistrat qui va occuper dans l'affaire, ou l'un de ses proches, ou Tun de ses amis, on ne résiste pas à l'envie de les faire intervenir opportunément.

Le juge, de son côté doit-il refuser à l'amitié ce qu'il accorderait sans doute à la reconnaissance ou même à l'ambition?

Les conceptions des hommes sont inspirées par leurs préjugés, mais elles demeurent subordonnées à leurs relations.

Or, par leur situation même, les magistrats ont beaucoup d'amis. A défaut d'une noblesse de robe, un « monde » du Palais subsiste.

Un homme politique, qui convie des collègues, les emmène au restaurant. Un magistrat invite chez lui ; le respect de sa

façade l'exige. Depuis que les grands dignitaires de l'État ne reçoivent plus guère, la « robe » seule conserve des salons. Les magistrats ont des devoirs mondains.

On les rencontre dans les réceptions officielles, et aussi aux répétitions générales, voire au foyer de la danse et aux courses. Ils font partie intégrante de ce milieu composite et bizarre,, brillant et suspect, que l'on continue d'appeler, en vertu d'un très vieil usage, la société parisienne.

En province, ces obligations sont plus impérieuses encore. Les bals du président sont des solennités attendues par les jeunes filles de la ville et le personnage du substitut, en quête d'un établissement, a été vulgarisé par la comédie.

Les magistrats y exercent parmi des

gens qui les connaissent et qui souvent leur sont attachés par des liens étroits.

La moitié des magistrats rendent la justice dans leur ville natale, ou tout au moins dans une patrie d'adoption. Les uns ont souhaité se faire nommer plus près de leurs intérêts ; les autres ont épousé la fille d'un notaire ou d'un avoué de l'endroit; la plupart ont sollicité le poste qu'ils occupent. Presque tous rêvent d'y demeurer plus près de leurs habitudes.

Il est possible que, comme magistrats, il soient au-dessus des querelles des hommes ; comme bourgeois, ils sont sensibles aux potins de la ville.

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