L'AVOCAT
C'est rhonneur de l'avocat que sa science, son expérience et son talent puissent être susceptibles de faire pencher de l'un ou l'autre côté la conscience du juge.
Pourquoi l'avocat n'aurait-il pas le droit de mettre au service de la cause qu'il défend d'autres arguments que ceux de l'éloquence ?
Celui-ci connaît les mobiles des juges, cet autre est leur ami et ce troisième, qui fut ministre ou qui va le devenir, disposera de leur carrière.
Alphonse Karr disait d'un ancien ministre, qui s'était fait inscrire au barreau :
« Je ne confierais pas une affaire importante à M. Vivien, qui serait obligé de la plaider devant des juges auxquels, pour la plupart, il est impossible qu'il n'ait pas eu quelque chose à refuser, pendant qu'il était au pouvoir. »
Grâce aux dieux, nous n'en sommes plus là. Les magistrats d'aujourd'hui n'auraient garde de se venger de leur ancien ministre sur le plaideur. Ils savent trop qu'un ancien ministre est, le plus souvent, un futur ministre : ils préfèrent se le concilier une fois pour toutes.
D'ailleurs les ministres passés ou futurs ne sont plus les seuls à disposer de quelque influence dans la distribution des
fonctions publiques. Les députés, les attachés de cabinet, les gens en place, leurs parents et leurs proches, tout le monde, en somme, intervient aujourd'hui dans les mouvements judiciaires. On admet assez généralement qu'ils acquièrent ainsi le droit d'intervenir également dans le procès.
Un plaideur, dit-on, se désista de sa demande, parce que son adversaire avait choisi pour défenseur le fils de l'un des premiers magistrats de la République.
En définitive, ce plaideur avait peut-être tort. L'avocat politique n'est point si influent et la magistrature n'est point si servile.
Sans doule, un magistrat écoute un parlementaire avec plus de bienveillance ou, tout au moins, avec plus de courtoisie. Il lui accorde plus facilement des remises ou des tours de faveur, mais là s'arrêtent — ou presque — ses complaisances.
Un avocat résumait ainsi cette situation :
— Le député plaide devant un juge, qu'il veut gagner et qui veut lui plaire, pour un client, qui veut triompher. Le plus souvent, l'avocat touche ses honoraires, le magistrat a de l'avancement et le procès est perdu. Il n'y a que le client de roulé. Le mal n'est pas grand.