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COMMENT ON DEVIENT DÉPUTÉ

On le devient comme on peut.

Le plus simple est évidemment d'avoir un père qui le soit. Beaucoup se sont contentés d'avoir un beau-père. Encore ce beau-père n'était-il pas toujours lui-même député.

On peut le devenir aussi par l'industrie, par les Conseils d'administration, par les champs d'épandage, comme feu M. Constant, ou par les chaussons de lisière, comme jadis Marie Raynaud.

Mais le plus simple est évidemment de suivre la filière.

Pour peu que vous possédiez dans une

petite commune assez d'attaches pour devenir conseiller municipal la voie vous est ouverte. Le conseil d'arrondissement puis le Conseil général en sont les étapes.

Les loges maçonniques, les comités électoraux et les sociétés de gymnastique peuvent aussi vous conduire, même beaucoup plus rapidement, au même but. Egalement la médecine, les offices ministériels, le barreau, les bonnes œuvres et la pharmacie. Mais ces professions doivent, de préférence, s'exercer en province.

Pour être député, il n'est pas indispensable d'être un honnête homme. Pour le devenir, il est bon — quoi qu'on dise — de l'avoir été.

Tout le monde connaît l'âme rigide des provinces. S'il arrive qu'une ambition électorale se manifeste, le candidat éventuel est aussitôt entouré de curiosités et

de suspicions. Pas une de ses démarches qui passe inaperçue, pas une de ses relations, pas une de ses habitudes que l'on n'épie; Thypocrisie n'est point possible : pour être candidat, il faut être à peu près un brave homme.

Et je sais bien qu'il y a des exceptions. Paris et les grandes villes ont des mœurs électorales particulières, le Midi a des enthousiasmes, les montagnes ont des besoins, les colonies ont des complaisances.

Au-dessous du quarante- septième degré de latitude, on a pour les aventuriers des indulgences spéciales. A partir de mille mètres d'altitude, on a le goût de la fortune. Pour les montagnards, généralement pauvres, une élection est une aubaine et le bulletin de vole vaut un effet de commerce. Les Alpes, les Pyrénées et le Massif Central sont la patrie bénie des candidats millionnaires.

Malgré tout, le candidat exotique de-

meure une rareté. Dans la plupart des circonscriptions, le candidat est connu depuis sa plus petite enfance. On l'excusera sans doute de n'avoir ni génie, ni éloquence, ni compétence quelconque, ni même de programme, mais on exigera de lui la régularité des habitudes, la prudence des mœurs et le respect des échéances.

Un mandat législatif est, à Torigine, presque un brevet de moralité.

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