INSTITUTIONS POLITIQUES
Si bien doté de la nature, le Salvador n'a pas attendu les progrès du commerce moderne, et sa prédilection à Fencontre des passages indispensables du Centre Amérique, pour avoir son existence propre, son histoire ; pour naître à la vie politique, et se donner des institutions et des lois que lui envieraient bien des pays d'Europe.
Jadis colonie espagnole, le Salvador faisait partie de la vice-royauté de Guatemala. Après les guerres sanglantes de l'Indépendance, les cinq États de rAmérique Centrale se confédérèrent ; la ville de San Salvador fut choisie comme capitale de l'Union et devint le centre d'un district fédéral, à l'imitation de celui de Washington. Les autorités fédérales y résidèrent jusqu'en 1839, époque où l'Union fut dissoute. La résistance commune opposée, en 1857, au flibustier Walker, par ces divers États, prouve qu'ils comprennent toujours leur étroite solidarité ; et, si l'Union renaît dans un avenir prochain, San Salvador, déjà choisie à cause de sa population nombreuse et de son beau climat, redeviendra capitale fédérale.
Ce qui frappe d'abord dans la situation politique du pays, c'est une institution fondamentale toute française : le suffrage universel direct.
La république du Salvador est souveraine, libre et indépendante.
Tous les pouvoirs y émanent du peuple.
Les fonctionnaires publics sont ses délégués, et ne tiennent leur autorité que des lois.
Le gouvernement est constitutionnel et repré-
sentatif ; la Constitution est basée sur la distinction indispensable des trois pouvoirs : pouvoir législatif, pouvoir exécutif, pouvoir judiciaire.
La religion catholique est la religion de l'Etat.
La république est divisée en cercles électoraux de 30,000 habitants. Chaque cercle élit un sénateur et deux députés au Corps législatif. Les sénateurs doivent être âgés de 30 ans au moins, et les députés d'au moins 25. Un certain chiffre de fortune est nécessaire pour arriver à ces hautes fonctions.
Enfin le président de la République doit être né Salvadorien, être âgé de 32 ans au moins, et posséder une fortune indépendante.
Le pouvoir législatif est exercé par les deux Chambres, qui se réunissent de droit du 1er au 15 janvier de chaque année. La présence des deux tiers au moins des membres de chaque assemblée est nécessaire pour la validité des délibérations. Les sénateurs et les députés sont inviolables.
Le pouvoir exécutif est exercé par le président de la République qui est nommé pour quatre ans, et peut être réélu.
Ses ministres sont responsables.
Le président peut opposer son veto à la promulgation des lois, à condition de le motiver sur un registre qui reste aux mains du pouvoir exécutif.
Enfin, le pouvoir judiciaire est exercé par la Cour suprême ou de cassation, qui siège dans la capitale ; par des tribunaux de première instance, qui résident dans les chefs-lieux de département, et par des tribunaux de justice de paix.
Le territoire est divisé en départements administrés par des gouverneurs ou préfets, qui doivent être Salvadoriens, et âgés d'au moins 25 ans. Ces fonctionnaires, nommés pour quatre ans et chargés de veiller à l'exécution des lois, sont les intermédiaires entre le pouvoir exécutif et les municipalités.
Les conseils municipaux, installés dans chaque centre de population, jouissent d'une grande liberté d'action. Ils sont issus du suffrage universel, et administrent, sans contrôle dû pouvoir central, les intérêts qui leur sont confiés.
Les législateurs salvadoriens sont venus chercher en France notre admirable Code Napoléon, accepté par tant d'États européens, et que nous retrouvons avec quelque orgueil dans ces contrées
lointaines. Il n'a subi que de légères et sages modifications nécessitées par des coutumes locales que le temps n'a pu déraciner.
Des lois pénales promptes et énergiques, suffiraient à maintenir la sécurité publique, si les mœurs douces des habitants ne les rendaient presque inutiles.
Quant aux lois commerciales, elles facilitent la rapidité des mesures préventives qui sont l'essence de la juridiction consulaire.
Avec cette sage administration, sans désir d'agrandissement territorial, sans autre ambition que celle des améliorations progressives, le Salvador n'a qu'une armée permanente fort restreinte.
Elle suffit au maintien de la sûreté publique, à la garde des prisons, à la police des ports. En cas de guerre, tout Salvadorien est soldat, et l'histoire de ce pays contient des pages héroïques qui racontent comment on y sait expulser l'ennemi du sol de la patrie.
Dans chaque département, le commandant général réunit et instruit les milices à des époques déterminées. Un corps d'artillerie réside dans la capitale.
Telle est, dans son ensemble, l'administration de ce beau pays, qui, à l'heure où nous écrivons, a remis ses destinées entre les mains d'un homme d'élite bien digne de le conduire dans la voie de la prospérité et du bien.
Nous voulons parler de don Franscisco Duenas, capitaine général et président de la république du Salvador,
M. Duenas est un de ces hommes destinés à de grandes choses, qui ont la bonne fortune de trouver dans l'adversité les leçons qui forment à la vie publique. L'étude, les revers, l'exil, le souvenir des souffrances passés, ont donnera son caractère une bienveillance qui s'étend jusqu'à ses ennemis.
Destiné dès l'enfance à l'état ecclésiastique, il fut bien près de prononcer des vœux qui l'engageaient pour toujours ; mais d'une nature ardente, il pensa sans doute que son cœur serait à l'étroit sous la robe monastique. Il se. sentait fait pour un avenir moins paisible, et rêvait les luttes de la tribune et les agitations d'une existence politique. Il rentra dans la vie civile, et conquit bien vite au barreau le premier rang à Page où l'on débute à peine dans la carrière.
D'abord ministre, puis deux fois président, M. Duenas vient d'être, pour la troisième fois, investi du pouvoir présidentiel par une immense majorité. Le congrès avait joint déjà l'année dernière à ses fonctions le titre de capitaine général des forces de la République.
Sa connaissance des hommes ne Ta point trompé dans le choix des membres de son cabinet.
M. Àrbizu, ministre d'État, est un avocat distingué, parlant plusieurs langues européennes, et surtout la nôtre, avec une grande pureté. Cet homme d'État est spirituel, bienveillant et d'un commerce facile et agréable.
MM. Bonilla et Delgado, ses collègues, l'un à l'intérieur, l'autre aux finances et à la guerre, jouissent d'une réputation méritée d'intelligence et de loyauté.
La République a conclu des traités de paix et d'amitié avec la France, l'Angleterre, l'Italie, la Belgique et les États-Unis, Le savant docteur Herran, ministre plénipotentiaire du Salvador à Paris, est chargé de conclure aussi un traité avec Sa Majesté Catholique. Cette mission ne peut manquer d'être menée à bonne fin par M. Herran, qui a déjà
été l'intermédiaire des Républiques espagnoles auprès de la France et de l'Angleterre .
La France est dignement représentée dans ces contrées.
Nous avons dit la haute influence de M. de Cabarrus, consul général à Guatemala. Un homme aussi éminent ne pouvait manquer de sympathiser avec le président Duenas, près duquel ses réclamations jouissent d'une légitime autorité.
M. Maire, à Sansonate, et M. Courtade, à la Union, sontles dignes auxiliairesdeM.de Cabarrus.
Un vice-consul de France réside depuis peu dans la capitale.