‹ La république du SalvadorChapitre 5 sur 10 · POPULATION. MŒURS · texte numérisé non relu

POPULATION. MŒURS

Les mœurs des populations du Salvador méritent sur bien des points l'attention de l'observateur européen.

La République contient 700,000 habitants, un peu moins que l'État de Guatemala.'

Ils sont ainsi répartis :

Départements. Chefs-lieux. Population.

San Salvador. San Salvador 160,000

San Miguel San Miguel 150,000

Sonsonate Santa Anna 120,000

Cuzcatlan Suehitoto llo,000

San Yicente San Yicente 100,000

La Paz Zacatecoluca oo,000

Total de la population 700,000

Ce chiffre ne comprend pas les tribus indiennes, dont le recensement n'est pas encore fait et dont le nombre cependant est considérable.

La classe des Ladinos, issue du croisement de la race conquérante et de la race indigène, est de beaucoup la plus nombreuse. La race blanche pure ne forme qu'un cinquième environ de la population ; il y existe aussi des mulâtres mais en petit nombre.

L'Indien pur sang est nombreux et peuple les montagnes.

Le Salvadorien est énergique, facile, liant. Il pratique volontiers l'hospitalité avec une générosité toute écossaise ; d'une remarquable sobriété , sa nourriture se compose de tortillas ou gâteaux de maïs cuits sur une plaque de tôle.

Dans les villes, on retrouve l'art culinaire européen.

L'hôtel de France à San Salvador, fondé par M. Delahaye, renferme le confort et le luxe parisiens.

Les maisons sont bâties en terre et en bois et recouvertes de tuiles. Bien que basses, elles sont spacieuses et commodes; la cour intérieure, ou patio, environnée d'une galerie, est plantée d'orangers, et souvent un jet d'eau y entretient la fraîcheur.

Les Indiens sont divisés en tribus de mœurs et de langage différents. Ceux de la côte de Balsamo paraissent n'avoir jamais été soumis aux Européens. Nous en avons rencontré sur les marchés : ils sont grands, robustes. Leurs yeux sont d'un noir d'ébène? leur teint cuivré, leurs lèvres épaisses, leur nez épaté. Cet ensemble, néanmoins, n'est pas sans finesse. Leur unique vêtement consiste dans un caleçon très-court en toile de coton. Les femmes portent une jupe à raies rouges tissée dans le pays. Elles supportent les plus lourds fardeaux, les travaux les plus fatigants, et suivent constamment leurs maris.

Nous avons vu les Indiens de Oajaca, province du

Mexique, venir à la chapelle de San-Antonio, à Sonsonate. Les femmes, portant leurs enfants et leurs provisions dans une valise retenue par un lien appuyé sur le front, n'étaientnullementembarrassées d'un pareil poids, ni éprouvées par un voyage de quatre cents lieues.

Les tribus indiennes ont des caciques qui, sous le nom d'alcades, rendent une justice sommaire.

Exemptes d'impôts et de service militaire, elles doivent seulement un certain nombre de jours de travail.

Les principales tribus indiennes du Salvador sont :

Celle des Tepesontes, qui habitent les bords du lac Ilopango. A certaines époques de l'année ils vont faire des sacrifices dans l'île qui est au milieu de ce lac,

Celle des Indiens nombreux et aguerris d'Isalco, qui ont, en plusieurs circonstances et volontairement, fourni d'excellents soldats à la milice nationale.

La tribu de Cocutepeque, jadis puissante et armée. Elle a souvent inspiré des inquiétudes au gouvernement du Salvador. Le vénérable évêque de la capitale a adouci leurs mœurs par ses prédications,

et le président Duenas leur a enlevé les armes à feu.

Enfin la tribu des Balsamo, dont le territoire est à peu près inconnu.

La religion catholique est généralement pratiquée par les Indiens ; mais, dans certaines localités, elle est entachée de superstitions empruntées au culte du soleil. Dans beaucoup de tribus, on a l'habitude de couronner les morts de fleurs et de les accompagner à leur dernière demeure au son des instruments.

Du reste, l'influence des membres du clergé est toute puissante dans ce pays ; l'état civil est toujours dans leurs mains. On ne saurait méconnaître néanmoins avec quelle bonté et quelle charité véritablement évangéliques cette influence est exercée.

Msr Saldana, évêque de San Salvador, qui possède les vertus et le courage des premiers chrétiens, a porté la parole de Dieu parmi les tribus insoumises de Cocutepeque.

La République du Salvador forme un diocèse suffragantde l'archevêché de Guatemala.

Nous avons dit que l'État du Salvador, moins étendu que les États voisins, était celui qui contenait les centres les plus populeux.

Les villes les plus importantes sont : -

San Salvador, capitale de l'État, fut, dans les guerres de l'Indépendance, le véritable boulevard de la liberté de ces contrées. Fortifiée naturellement, habitée par une population intelligente et courageuse, cette ville a toujours résisté aux envahisseurs.

Dans une circonstance mémorable, toutes les forces de l'empereur mexicain Iturbide sont venues se briser contre la ténacité des Salvadoriens.

Depuis ce temps, l'armée de Guatemala a bien pu, après un bombardement de trente jours, pénétrer dans la ville; mais elle n'avait pour adversaire qu'une fraction minime de la population, et son occupation, rendue possible par les Salvadoriens euxmêmes, était le fait d'un allié et non d'un ennemi.

La ville de San Salvador compte 35,000 habitants.

Elle est le siège du pouvoir exécutif, de la cour suprême et de l'évêché , possède une Université^ un lycée et des écoles publiques.

Ses rues régulières, ses places entourées de portiques, ses établissements divers, en font un séjour agréable pour les Européens.

Les environs en sont pittoresques et abondent en sources thermales.

San Miguel, seconde ville de la Républi<

ferme une population de 15,000 âmes. C'estlecentre d'un immense commerce. La foire dite de Saint- Michel, qui s'y tient annuellement, est la plus célèbre de l'Amérique Centrale. On y vient de tous les points de l'Amérique espagnole.

Santa Anna, chef-lieu du département du même nom, dans un pays d'une fertilité exceptionnelle, compte 12,000 habitants; c'est un marché important pour le sucre et le café.

Sonsonate, San Vicente, Chalatenango, Isalco, Santa Tecla, sont aussi des villes commerçantes et peuplées.

Coatépeque, ville où se tient une foire importante, a donné son nom à la célèbre bataille où l'armée du Salvador détruisit complètement les forces du président Carrera.

Enfin nous citons pour mémoire Acajutla, la Libertad, la Concordia et la Union, dont les ports sont mentionnés dans un autre chapitre.

Les routes ne manquent point pour réunir ces diverses cités, bien que, sur ce point, il reste beaucoup à faire. Le gouvernement de M. Duenas consacre des sommes considérables à cet objet. Le dernier courrier d'Amérique nous annonçait la

construction d'un pont sur le Rio Grande, entre Isalcoet Sonsonate.

Le président Barrios, que M. Duenas a remplacé, avait engagé pour ce travail plusieurs ingénieurs européens. M. de Bresse, élève de l'École centrale de Paris, achève en ce moment le chemin important de la Union à San Miguel ; M. Othon Ficher, ingénieur allemand, a relié la capitale au port de la Libertad.

Sous le rapport de la viabilité, le Salvador est certainement le pays le plus favorisé du centre de l'Amérique.

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