COMMERCE. AGRICULTURE. INDUSTRIE
Le commerce entre l'Europe et les pays inter-tro~ picaux se résume, généralement, en échanges des produits de l'industrie qui est le partage de notre climat tempéré, contre les produits de la culture des plantes exubérantes des pays chauds, culture dont le travail facile est le lot que la nature a fait aux habitants de ces heureuses contrées,
Le commerce international du Salvador suif ©ette loi générale; il y a donc lieu d'examiner d'abord l'état de l'agriculture de ce pays.
La nature du sol de la contrée et sa température spéciale qui, suivant la situation topographique des plaines ou des vallées, est tantôt chaude comme il sied à la zone inter- tropicale , tantôt tempérée comme le midi de l'Europe, le rendent propre à l'une et à l'autre culture.
Le blé, le maïs, toutes les plantes potagères d'Europe croissent au Salvador et sur les points un peu élevés de l'État, à côté des productions indigènes. Le prunier s'y trouve à l'état sauvage, ainsi que la vigne. Les figuiers, les pêchers, les cognassiers y sont cultivés dans les jardins comme aux environs de Paris»
Les animaux domestiques, ces auxiliaires indispensables de l'agriculture, sont pareils à ceux de l'Europe, d'où ils tirent leur origine. On y trouve le ©heval, le mulet, l'âne, le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc. Les pâturages étant beaux et nombreux dans les grandes vallées, comme celles du Lempa ou du San Miguel, ils s'y multiplient volontiers.
On aune paire de bœufs pour 100 ou 120 francs, un cheval pour le même prix. Disons en passant que les animaux sauvages du nouveau monde sont inférieurs de beaucoup en grandeur et en férocité à ceux de l'ancien continent, et qu'ils ne sont nullement à craindre au Salvador.
Les plantes médicinales et précieuses sont nombreuses, bien que les habitants n'en aient pas encore tiré un grand parti. La salsepareille est abondante, la vanille croît sans culture dans les forêts de l'État, et pourra un jour faire l'objet d'une spéculation importante.
La canne à sucre est indigène et croît indifféremment dans le fond des vallées et sur le sommet des montagnes. Elle est moins grosse et plus tendre que la canne des Antilles et de la Louisiane ; elle contient, par suite, plus de jus, et donne un sucre plus fin et plus délicat.
Elle n'a besoin d'être replantée qu'après dix ou douze années de culture.
Malheureusement, les moyens de fabrication sont élémentaires et peu répandus.
Le riz vient partout où on le sème.
Le cacao est indigène -, il croît naturellement dans
les forêts ; sa culture, autrefois très étendue, a été abandonnée et ne peut manquer d'être reprise.
A Santa Técla,à 18kilomètresduportdeLibertad, on a créé depuis trois ans des plantations de café qui s'élèvent à plusieurs millions de pieds. Il existe dans la contrée plusieurs plantations de cette importance, et ce café est aussi bon et même meilleur que celui de Costa-Rica.
La culture du tabac est libre ; le meilleur est celui des environs de Tapetitan et de Istepèque. Sa qualité est excellente et il serait facile d'en fournir au gouvernement français. Il se vend sur place 5 à 6 piastres les 50 kilogrammes à l'état de tabacs vieux. Quand il est de Tannée il se vend beaucoup moins cher; on en trouve à Tripa de trèsbon pour 2 piastres les 50 kilogrammes.
L'indigo est l'objet d'un immense commerce.
Il est indigène et sa culture est d'une extrême simplicité. On brûle préalablement la superficie du sol comme le font souvent les Arabes d'Algérie ; on laboure et on sème. La plante lève aux premières pluies ; quatre mois après elle atteint une hauteur de 1 à 2 mètres et elle est bonne à faucher. Le regain est plus riche encore que la première coupe.
Pour réduire la plante en indigo marchand, il faut préalablement la traiter dans les étangs comme le chanvre de nos contrées.
La presque totalité de l'indigo exporté du Centre Amérique est acheté aux foires de l'État du Salvador, qui ont lieu à Sensuntépeque , Chalatenango et San Miguel. Dans cette dernière ville, on peut acheter pour 15 millions d'indigo à la seule foire de décembre.
Mais le coton est de tous les produits du sol celui qui promet le plus grand avenir.
Nous préparons un travail spécial sur cette question. Nous dirons seulement aujourd'hui que, si l'eau et le soleil sont indispensables à cette culture, dans aucun pays du monde ces deux conditions vitales de production n'alternent comme au Centre Amérique. Ici, les gelées ne sont point à craindre comme en d'autres climats. La saison des pluies est marquée d'une façon invariable, et les émanations salines de l'Océan sont favorables à la variété du coton dit Sea Island , qui, cultivé au San Salvador sur une large échelle, permettrait, non moins que le coton courte soie, de tripler l'exportation du pays.
Après ces produits viennent les bois de teinture, ceux pour ébénisterie et pour construction. Cette partie du Centre Amérique n'a rien à envier sous le rapport de la richesse forestière aux Républiques voisines, mais le mouvement de cette marchandise encombrante se fait sur les côtes de l'Atlantique. Pourtant, une grande compagnie américaine a établi dans la baie de Fonseca une usine avec machines à vapeur pour débiter les bois provenant des pays environnants.
Ces bois sont d'une grande dureté et d'un usage précieux, ainsi qu'on en a fait l'expérience, il y a plusieurs années, à Cherbourg.
Restent enfin les produits minéraux.
Nous pouvons ranger dans cette catégorie un produit modeste mais qui n'en est pas moins remarquable à divers titres. Les boues multicolores rejetées par le volcan d'Aoachapan, dont nous avons parlé, sont recueillies par les peintres en bâtiment de Sonsonate et servent aux décorations. Ce singulier produit mériterait un examen spécial.
Il existe des carrières de marbre blanc, découvertes à San Vicente par Gaétan Molina.
Nous en avons examiné les échantillons ; on peut les comparer aux plus beaux marbres florentins.
Les mines de la République sont exploitées en partie, mais il y a de ce côté beaucoup à faire. Les mines de fer de Metapan n'attendent que des capitaux.
Les mines d'or du département de San Miguel, sur la limite de Honduras, donnent un bon rendement. Celles de Capetillos, à deux lieues de Tabanco, sont célèbres par leurs richesses. Le groupe des mines d'argent de cette même localité de Tabanco fournissent du minerai composé d'argent, de plomb et de sulfate de zinc combiné. L'exploitation en est aisée et elles donnent de 47 à 2,577 onces par tonne. Presque tout ce métal est exporté en Angleterre.
MM. Emile et Isaac Pereire et M. Paul Oreillano, tirent aussi une quantité importante de métaux des mines du Salvador.
Enfin, mentionnons, pour finir, un produit minéral qui, pour l'industrie, vaut mieux que l'or et l'argent, la houille, dont les récents travaux de M. Squiër ont constaté de nombreux gisements.
Dans la vallée de Tovola, département de San Vicente , nous en avons vu extraire en petite
quantité pour l'usage des forgerons de la contrée. L'industrie peut donc venir; elle est sûre de trouver là son plus précieux élément.