‹ La république du SalvadorChapitre 7 sur 10 · IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS

Voilà ce que nous pouvons trouver dans ces belles contrées. Maintenant, quels sont leurs besoins et que pouvons-nous leur offrir pour les satisfaire ?

La marchandise européenne qui est l'objet de la plus forte consommation est certainement l'article de Manchester, indienne, calicot, madapolam.

Ici nous trouvons les maisons anglaises venues avant nous sur le marché.

L'examen de leurs étoffes nous porta à conseiller à une honorable maison française de San Salvador, celle de MM. d'Aubuisson et Bouineau, l'importation d'articles français analogues. Le succès fut complet. Les marchandises expédiées de Paris et envoyées aux foires de San Miguel furent enlevées immédiatement , au détriment des marchandises d'origine anglaise.

Le jour où les fabricants de Rouen, de Mulhouse, de Roubaix le voudront, ils trouveront au Salvador un débouché certain et pourront échanger leurs produits manufacturiers contre de l'indigo , qui ne leur arrive aujourd'hui que par des mains anglaises. Le succès est sûr, car les Salvadoriens prisent au plus haut point la bonté de nos tissus et surtout l'élégance et la variété de nos dessins, que Manchester n'atteindra jamais.

Après les étoffes viennent les objets suivants : champagnes, vins rouges et blancs, muscatelles, liqueurs, eaux-de-vie, huiles, papiers, meubles, chaussures, vêtements, objets Paris, casimirs et draps, mérinos, mousselines, laines, étoffes de soie, châles de soie, chemises de coton , bijoux , sellerie et accessoires.

La moyenne de ces importations atteint 13 millions, qui rentrent en Europe transformés en indigo, café, coton, etc.

La France ne reçoit pas la vingtième partie de ces précieuses denrées, caries retours s'opèrent par Hambourg, l'Angleterre et le Nord Amérique.

Nous plaçons ici le tableau des marchandises importées et exportées.

Tableau des importations et des exportations an Salvador.

Exportations.

Indigo 15,000,000 fr.

Café , 1,000,000

Baume du Pérou » 200,000

Sucre 1,200,000

Cuir de cerf. 140,000

id. de bœuf. 200,000

Chapeaux et nattes 100,000

Cochenille 80,000

Vanille 30,000

Perles de la Union... 50,000

Coton (importation probable du présent exercice). 22,000,000

Or , argent. 2,000,000

42,000,000 fr.

Importations.

Angleterre.

Madapolam, calicots, indiennes 12,000,000 fr.

Souliers, chaussures diverses, clouterie, sellerie, bières 200,000

États-Unis.

Parfumeries, drogues médicinales, divers . . 400,000

France.

Articles de Paris, soieries, rubans, chapellerie, vins, eau-de-vie, conserves alimentaires, fruits au vinaigre 250,000

A reporter 12,850,000 fr.

Report. . .

. 12,850,000 fr,

Allemagne.

Divers

Espagne.

Muscats; fruits secs; olives, huiles, etc

13,000,000 fr.

Total général :

Exportation 42,000,000 fr.

Importation 13,000,000

Soit un mouvement général de 55,000,000 fr.

Mais entre ces deux termes différents, l'importation et l'exportation entre les maisons de commerce qui expédient les produits français et celles qui renvoient en échange les produits du Salvador, il existe un intermédiaire obligé, la maison de banque, moteur aussi indispensable en pareille matière que ces longues courroies des usines qui communiquent les mouvements d'un rouage à l'autre.

Ici, tout est à faire.

Nulle institution de crédit.

Les affaires, dans ce pays où les produits sont multiples, se traitent presque toujours par échange.

Les marchandises françaises, vins, huiles, cognacs, liqueurs, sellerie, soies, objets Paris, etc . , etc., se vendent à trois, six, ou neuf mois d'échéance. A la récolte des indigos, c'est-à-dire aux foires de dé-

eembre, les comptes s'établissent par virement et se soldent en nature . Si on a stipulé le payement en café, les livraisons ont lieu fin mars ou corn* mencement d'avril.

Ces habitudes commerciales, outre qu'elles sont facilitées par la multiplicité des produits, sont nécessitées parles lois, qui défendent l'exportation des espèces métalliques.

D'ailleurs, le numéraire est rare. Dépourvus de moyens mécaniques, n'ayant à leur disposition aucune des machines nécessaires au laminage et au découpage des pièces de monnaie, les Hispano-Américainsont dû recourir aux principes rudimentaires. Le métal argentifère ramassé à la surface du sol a été fondu dans des moules informes, poinçonné à l'aide d'un grossier instrument et ramené à l'unité de poids avec un couteau. Puis les Européens, reconnaissant le titre élevé de ces monnaies, en ont longtemps exporté le plus qu'ils ont pu.

Les maisons anglaises, encore puissantes dans le pays, ouvrent des comptes courants aux négociants salvadoriens, qui, au fur et à mesure, leur envoient, en couverture, des produits du pays, souvent à un prix convenu à l'avance, sans préjudice

des intérêts, dont le chiffre laisse bien loin le taux légal fixé par les lois françaises .

Il résulte de cet état de choses une situation analogue à celle de notre colonie algérienne. La rareté du capital élève à une échelle extraordinaire le taux de l'intérêt. L'argent étant une marchandise, il n'y a pas d'intérêt légal ; seulement l'habitude a établi le taux de 2 0/0 par mois, ou 24 0/0 par an.

Les négociants les plus honorables et les mieux posés empruntent à ces conditions. Nous-même, au mois de juin dernier, avons dû payer 8 0/0 pour encaisser une traite à trois jours de vue acceptée par une des maisons les plus honorables de Bordeaux. On voit que le crédit n'existe qu'à l'état rudimentaire dans cette contrée.

Une maison de commission ou de banque pourrait y réaliser de grands bénéfices en correspondant avec Londres et Paris.

Il y aurait peut-être mieux à faire : Costa-Rica, république voisine du Salvador, dont l'importance commerciale a progressé si rapidement, doit sa prospérité à F établissement de la banque Anglo- Costa-Ricienne, dont les actionnaires touchent des

dividendes fabuleux.

Guatemala vient aussi d'avoir sa banque nationale fondée par une société allemande.

Pourquoi ne pas espérer la fondation plus ou moins prochaine d'une banque nationale Salvadorienne. Elle trouverait un terrain tout préparé; le crédit manque à la production, et non la production au capital. Le gouvernement a habitué les négociants et les propriétaires de la République à recevoir en payement des valeurs appelés bonos, payables à la caisse de la douane, à des époques fixes. Ces bons, transmissibles par endossement, sont la base d'une foule de transactions; ils sont acceptés comme payement par le commerce, et les maisons anglaises et françaises n'hésitent pas à livrer leur marchandise en échange de ce papier. La route est donc toute tracée pour le billet de banque, et le taux rémunérateur de l'intérêt promet de larges bénéfices aux capitalistes qui, en ouvrant à leur pays un marché nouveau, feraient une œuvre patriotique en même temps qu'une bonne affaire.

Page 1