RENSEIGNEMENTS COMMERCIAUX DIVERS
Nous joindrons à cet examen de l'importation et de l'exportation au Salvador quelques notes prises au centre même du mouvement commercial dont nous poursuivons l'extension.
Ces notes pourront dans leur forme, sembler puériles à quelques-uns ; pour nous qui cherchons à atteindre notre but vpar des moyens pratiques , elles forment la partie la plus sérieuse du travail que nous publions.
Importations françaises bonnes pour le Salvador, suivant leur degré d'importance.
Étoffes de coton (calicot, indienne, madapolam). Draps, laines douces, casimirs.
Vins en caisses de 12 à 24 demi-bouteilles. Droguerie.
Cognac.
Article Paris.
Souliers, bottes.
Chapellerie, feutres mous, larges bords, couleur gris, zinc, ardoise.
Liqueurs en caisses de 24 demi-bouteilles ou 48 quarts.
Absinthe, vermouth, bitter.
Fruits au vinaigre, conserves alimentaires.
Papier écolier ou florette.
Sellerie (article de luxe).
Huiles en caisses de 24 demi-bouteilles ou 48 quarts.
Chemises, cravates.
Miroiterie (petit modèle).
Sardines.
Sangsues.
Armes de luxe et galvanisées.
Articles français peu courants au Salvador.
Vermicelle (lutte difficile avec la Californie).
Habits confectionnés.
Porcelaines,
Chapeaux hauts de forme.
Papier à lettre.
Armes de chasse.
Importations de divers pays qui se trouvent déjà sur le marché.
Importations anglaises.
Cotons, mousselines, madapolam, calicots, bière, faïence, verroterie, instruments de travail, pelles, pioches, quincaillerie.
Fruits au vinaigre, moutarde, mercerie.
Les 19/20 des importations et des exportations appartiennent encore à l'Angleterre.
Importations des États-Unis.
Étoffes de coton, parfumerie commune, drogues médicinales, bougies, clouterie, instruments de travail.
New -York reçoit, relativement à notre commerce, beaucoup d'exportations, grâce au monopole des vapeurs.
Importations d'Espagne.
L'Espagne expédie, par la voie de Bordeaux, des vins de Malaga,. Xérès, Pajarete, des olives en saumure, des huiles et des fruits secs.
Quoiqu'il y ait à San Salvador des maisons espagnoles importantes, elles expédient et s'approvisionnent dans les marchés anglais.
Importations cV Allemagne.
Jouets de Nuremberg.
Mercerie.
Bimbeloterie.
Linons.
Les navires de Hambourg chargent aussi à Bordeaux et Londres.
Mesures anglaises usitées et seules de nature à faciliter la vente de nos étoffes. Les maisons françaises doivent les adopter sous peine d'échouer complètement.
Toiles de coton, largeur 24-26-32 pouces, longueur 24 yards. Indienne, 24 pouces de large, 28 yards de longueur. Mousselines, 32 pouces de large, 24 yards de longueur. Madapolam, largeur 29-32-33, longueur 24 yards. Mousselines blanches unies , largeur 38 pouces , longueur
20 yards.
Le fabricant doit orner le papier d'arabesques dorées et placer
au commencement de chaque pièce un dessin à sujet; la dorure
ne nuit jamais.
Les colis doivent être peu volumineux, susceptibles de se charger
sur des mules, et emballés de façon à éviter le contact de
l'eau.
Exportations du Salvador par ordre d'importance.
Coton (cette année environ 22 millions) . Indigo 15,000 surrons de 150 livres.
Café, environ 40,000 quintaux.
Sucre.
Cacao.
Baume du Pérou.
Cuir de cerfs.
Cuir de bœufs.
Argent et or bruts.
Riz. — Caoutchouc.
Tabac.
Cochenille.
Amidon.
Et d'autres articles tels que chapeaux, natte, etc., etc., que l'on
expédie à Nicaragua, Les 90 centièmes vont à Liverpool et Londres. Un peu d'indigo et un peu de café vont au Havre et Bordeaux.
Le but que nous poursuivons avec Fénergie que donne la conviction du succès, c'est l'introduction au Salvador des marchandises françaises, rétablissement d'une lutte toute pacifique avec nos bons amis d'outre-Manche qui, avec le tact commercial qui les caractérise, n'oublient jamais les bonnes occasions.
Le commerce anglais a donc pris pied au Salvador, et il y domine presque exclusivement ; le peu de Français qui y négocient sont même tributaires forcés des commissionnaires de Liverpool et de Manchester.
Les marchandises les plus faciles à vendre
aujourd'hui au Salvador sont les produits de Manchester : les indiennes, calicots, madapolam, etc., etc. Nous nous sommes convaincu, en parcourant les divers marchés des républiques de l'Amérique centrale, que les étoffes anglaises se vendaient dans les proportions quintuples des objets de luxe ou de consommation comme aliments.
Un des premiers nous avons fait au Salvador une opération importante, et nous sommes assuré, par les demandes qui nous étaient apportées chaque année, que la consommation va progressant. Le mouvement maritime du port de Bordeaux signale, du reste, cet accroissement. 11 y a deux ou trois ans, il partait à peine un navire par an qui fût destiné aux ports de l'Amérique Centrale ; actuellement, chaque deux ou trois mois, on signale une sortie pour les ports de la Union, Libertad, etc., etc.
Le commerce anglais domine donc au Centre Amérique ; ses étoffes seules connues sur le marché se consomment par millions, tandis que nos produits, vins, eaux-de-vie, articles Paris, etc., etc. qui ne sont pas desobjets de première nécessité, viennent en seconde ligne.
L'examen des étoffes anglaises nous a donné, ainsi que nous l'avons dit, l'idée de demander en France des produits analogues. Une maison de Paris a expédié à MM. d'Àubuisson et Bouineau, négociants français à San Salvador, des indiennes, des calicots, des madapolams et des toiles de coton, sortis de nos manufactures. Ces marchandises, arrivées de Paris et envoyées aux foires de San Miguel ont été vendues instantutément, au détriment des étoffes anglaises.
Dès que les grands fabricants français voudront se donner la peine de comprendre l'immense avantage qu'ils peuvent réaliser en expédiant leurs produits de coton et de fil à San Salvador, un débouché immense leur sera ouvert, et leurs produits, changés en indigo et coton, leur rentreront avec un large bénéfice.
Les cafés, les indigos, le coton, etc., etc., du Salvador, nous arriveront en droiture ; expédiés directement sur le Havre, ce grand port de Rouen, les indigos et les cotons s'échangeront contre les produits manufacturiers de cette grande ville» Mulhouse, Roubaix, Elbeuf, toutes nos villes manu-r facturières auront aussi leur part.
Nos flanelles et dos draps obtiendront aussi des succès; les vêtements français expédiés par M. Farine de Paris se sont écoulés de préférence aux expéditions de New-York, qui, quoique meilleur marché, ont été délaissées pour nos draps de Sedan et d'Elbœuf.
Malgré là température du Salvador, les tissus de drap sont recherchés; les vêtements de fil s'écoulent avec lenteur ; il est d'ailleurs préférable de n'expédier qu'en pièces. Les tailleurs du pays sont habiles, et, pour favoriser l'industrie nationale, on a frappé les habits confectionnés de droits trèsélevés.
Les draps, flanelles, les laines douces, les casimirs, le cachemire pour gilet, les alpagas noirs ou bleus, les beaux draps bleus, noirs ou amaranthe sont de bonnes importations, que nous recommandons aux négociants français qui voudront entamer des relations avec le Salvador.
L'article Paris doit être aussi l'objet de transactions importantes. Nous recommanderons une grande variété dans les choix, le meilleur marché possible , en un mot, pour cette partie, apparence plus que réalité.
Le meuble français est apprécié et se vend à des prix rémunérateurs ; les lits en fer avec sommier sont susceptibles d'un bon écoulement. Les fauteuils et les chaises doivent, à cause de la chaleur, être garnis en latanier ou en rotin.
Les rubans, la soirie et les objets de luxe s'écoulent avec avantage ; on recherche surtout, dans le pays, les couleurs vives : le bleu et le rouge ont un grand succès.
La chapellerie française est plus estimée que les produits anglais : le chapeau feutre, à bords larges et bas de forme avec des bordures et une ganse large piquée, en soie et de couleur, s'écoule trèsrapidement.
Notre chaussure clouée, vernie ou en veau, est aussi l'objet de ventes lucratives et importantes. Les naturels du pays ayant le pied petit et cambré, il faut pour homme et pour femme des chaussures petites.
La grande botte à l'écuyère en cuir jaune et la selle française s'écoulent aussi facilement.
Le papier français obtient de bons prix; la marque Borie de Bordeaux atteint les prix les plus élevés. Pourtant le papier à lettre est d'un difficile
débarras. Il est prudent de n'en expédier que sur commande.
Les sièges capitonnés se détériorent, et, malgré leur élégance, sont d'un difficile débit.
Les armes de luxe, apportées en petite quantité et de qualité supérieure, sont un bon produit.
Pour les porcelaines, nous ne pouvons encore lutter avec les faïences anglaises. M. Vieillard, à Bordeaux, fabrique des produits qui tôt ou tard tiendront une grande place dans la consommation de l'Amérique Centrale.
Après les marchandises que nous venons d'indiquer comme les meilleures à la vente, arrivent les articles de consommation.
Nos vins, nos eaux-de-vie, etc., ce que l'on appelle dans le pays abarrotes ou marchandises françaises, sont l'objet d'un trafic peu important encore, mais qui cependant s'accroît d'une manière notable.
Les vins rouges et blancs, en demi ou quart de barrique, trouvent facilement preneurs. Le vin doit être corsé et haut en couleur. Les demi-barriques et toute espèce de fûts doivent être
enduites de goudron ; il faut les mouiller avec soin et les mettre en bouteilles le plus vite possible.
Les caisses de 24 demi-bouteilles sont plus faciles à la vente.
Nous préférons l'envoi des liquides en caisses ; c'est plus sûr.
Les vins, eaux-de-vie, malaga, muscat, muscatelle, Xérès, etc., etc., donnent de très-beaux bénéfices.
L'importante maison d'armement Raba et de Gères, de Bordeaux, a importé au Salvador des vins rouges, en caisses de 12 bouteilles. Cette marque y obtient aujourd'hui un grand succès.
Les vins et les liqueurs fines doivent être expédiés en petite quantité ; les bons cognacs seuls peuvent être l'objet d'un trafic important.
Les bons cognacs sont très-appréciés ; la marque Rouyer de cognac a obtenu au Salvador une véritable célébrité.
Les liqueurs en caisses de 48 quarts de bouteilles,
les absinthes, vermouth, bitter, etc., etc., sont de bonnes importations ; les produits de la maison
Secrestat, de Bordeaux, et de ML Lafaurie, de la
même ville, sont très-appréciés au Salvador.
Les huiles, importées en petite quantité et encaisses de 24 demi-bouteilles ou de 48 quarts, se vendent assez bien. Il en est de même des fruits au vinaigre, en caisses de 12 ou 24 demi-flacons; des câpres, olives en saumure, petits oignons, variantes, cornichons, piments, etc., etc.; des moutardes. Celles de la fabrique Deségaulx et Cie, de Bordeaux, sont répandues dans tout le Centre Amérique.
Quelques renseignements sommaires sur les soins à prendre pour conserver les colis ne nous sembleront pas déplacés ici.
Les caisses renfermant les marchandises françaises doivent être petites, faciles à manier, et susceptibles de se charger sur des mules : les routes carrossables sont encore rares au Salvador.
Les étoffes, et tout ce qui, par sa nature, peut s'altérer au contact de la mer, doit être sous fer blanc. Ces détails, minutieux en apparence, sont en réalité très-importants dans la pratique.
Nous ne saurions trop recommander aux importateurs français d'apporter un grand soin dans le choix de leurs marchandises. Pour les étoffes qui se vendent à la pièce, il est indispensable d'adopter les mesures salvadoriennes.
Il leur importera surtout d'étudier le mode de pliage et d'emballage usité dans l'Amérique Centrale. Nous avons donné plus haut la longueur et la largeur des diverses pièces d'étoffes anglaises importées dans le pays. Si notre aunage, notre pliage et l'emballage sont conformes, la lutte sera toute en notre faveur.
Nous ne saurions trop recommander aux exportateurs de ne rien envoyer en acier, l'humidité provoquée par la saison des pluies l'oxyde très-facilement. Ainsi, il est indispensable que les armes, mors, éperons, tout ce qui est susceptible de craindre la rouille, soit en cuivre, melchior, ou galvanisé.
Les marchandises encombrantes et de peu de valeur : les liquides , fruits au vinaigre, meubles, etc., etc., doivent être embarqués sur les navires à voiles qui doublent le cap Horn (trajet de quatre à cinq mois). Leur expédition par la voie de Panama entraîne un fret si considérable, qu'il est impossible de supporter les frais occasionnés par ce mode d'envoi.
Le fret moyen par tonneau, du Havre et Bordeaux pour les ports de l'Amérique Centrale, est d'environ 100 francs la tonne.
Pour les marchandises emportées par les vapeurs et payant au cubage, ce chiffre serait triplé.
Le Royal Mail, packet Company de Southampton, voie la plus accélérée, mais aussi la plus chère, n'est susceptible d'être employé que pour les marchandises dont le prix très-élevé permet de supporter le fret.
La soierie, la bijouterie, les dentelles et autres objets précieux, peuvent seuls prendre cette voie. En 45 jours, les marchandises qui la suivent arrivent à destination. Le retour s'effectue en 30 jours.
Pour les étoffes communes et les marchandises françaises qui ne sont pas encombrantes, il est bon d'employer la Compagnie anglaise du Pacifique comme voie de transport.
Cette Compagnie, dont le siège est à Liverpool, a des agences au Havre, Bordeaux et Paris. Le fret est relativement élevé; c'est environ 250 francs par tonne. Mais la rapidité et la nécessité de subir le monopole sont les seuls motifs qui nous obligent à la recommander.
Si, comme nous l'espérons, la Compagnie transatlantique, dont nous attendons tant de résultats, établit un service sur les rives du Pacifique, notre
commerce, tout en lui donnant de grands bénéfices, en recevra un puissant auxiliaire.
Les frais d'assurance varient entre deux et un et demi 0/0, soit par la voie du cap Horn, soit par voie de Panama.
Nous ajoutons à ces détails quelques renseignements sur le mode d'achat sur lés marchés du Salvador.
L'indigo s'achète en gros aux foires de Sensuntepeque, Chalatenango et San Miguel. On le vend en surrons, c'est-à-dire en sacs, recouverts d'un cuir de bœuf.
Le poids du surron est de 150 livres espagnoles.
L'indigo très-violet, et en morceaux assez gros, est le plus estimé; on le classe par numéros.
Les 8 et 9 sont les plus estimés.
6 et 7 forment la qualité secondaire.
Les 4, S et 6 sont inférieurs.
Le marché de Bordeaux est le plus avantageux du monde pour l'indigo supérieur, appelé en espagnol sobre s attente.
Les qualités inférieures s'écoulaient jadis trèsbien à New-York.
Le prix du bon indigo était de 150 piastres le
surron. Cette année, il a été bien plus cher ; on a demandé près d'un tiers en sus. L'indigo a été rare à cause de la sécheresse.
L'indigo paye un droit de sortie de 3 piastres par surron.
Le fret, emballage, assurance, etc., sont d'environ 50 centimes par livre.
Cette marchandise est un excellent retour en temps ordinaire.
Depuis la crise cotonnière, l'indigo n'est plus aussi recherché.
Café, — Le café de San Salvador est aussi bon, sinon meilleur, que celui de Costa Rica. Au mois de juin, nous en avons expédié à la maison Kerford de Liverpool ; il a été vendu mieux que les meilleurs Costa Rica.
Dès que les pieds de café seront en état de production, le Salvador exportera au moins 150,000 quintaux.
Le prix moyen est de 1 2 piastres le quintal espagnol .
En faisant des avances aux propriétaires, on peut
avoir meilleur marché.
Le café s'expédie par voie de Panama, en m
avril. C'est pour le faire arriver vite et lui conserver la couleur verte, qui est très-appréciée du commerce, que l'on emploie ce mode coûteux de transport.
La couleur du café se perd quand il vieillit. Le fret est d'environ 3 piastres et demi par quintal. Le bas prix actuel des cafés en Europe et l'encombrement du marché californien donnent peu de latitude aux exportateurs, mais cette situation ne saurait persister.
Sucre et Moscovado. — La culture du sucre a pris, dans le département de Santa Anna, un immense développement; dans la plaine de Sonsonate, on rencontre des sucreries admirablement outillées.
Le sucre, presque blanc, d'un grain brillant et serré, se vend de 4 piastres à 4 piastres et demie le quintal.
On l'exporte, ainsi que le moscovado, en Californie; le moscovado, ou sucre jaune, cassonnade, vaut 3 piastres.