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CHAPITRE XIII

De l'état des études et des travaux entrepris par la Commission Américaine du Canal Isthmique en 1905. — Service sanitaire Service des travaux du Canal.

Comparaison avec les autres grands canaux maritimes et fluviaux actuellement en exploitation.

Le canal de Panama sera t il un canal à niveau ou un canal à écluse ?

Pour apprécier l'état des éludes et travaux entrepris par la Commission américaine du Canal Isthmique, à Panama, on va, d'une part, analyser les documents officiels, particulièrement en ce qui concerne la remarquable organisation du service sanitaire et celle des travaux en cours d'exécution 1 . Il semblera, d'autre part, avant de conclure, utile d'établir des points de comparaison avec les plus grands travaux de canalisation effectués dans le monde entier.

Rappelons d'abord la remarquable organisation du service sanitaire ; voyons ensuite celle des travaux.

Service sanitaire. — Voici quelle était la population de la région du canal en mai 1904. La ville de Panama, qui s'étend sur 674 acres 1/2, comptait 19.000 habitants; Colon qui occupe 590 acres a 7.000 habitants, et la zone du canal

i Voir Lelter of the Secretary of YVar transmitting the first annual report of the lalhmian Canal Commission, December t«t 1904, Washington Government Printing Office, 1905.

Report of the Chief Engineer Isthmian Canal Commission, June t»' 1904, February i«" 1905, Washington, D. C, 1905.

Report of the Engineering Commitlee, February 14, 1905, Washington, D. C, 1905.

Report of the Chief sanitary Officer of the Canal Zone, February ao, 1905. Washington, D. C, 1905.

m LA KÉWMLIUl K ET LE CANAL l)K PANAMA

qui a 10 milles de largeur et 47 milles de longueur, avait une population, répartie en plusieurs villages, atteignant ensemble 8.000 habitants.

Aucun service d'adduction d'eau potable ni d'égouts n'existait à Panama ; l'eau était amenée en quantité très insuffisante à Colon. Les marais qui avoisinaient ces villes offraient un milieu des plus favorables pour le développement des steyomnyia fosciala et des anophèles.

Il y avait un grand hôpital à Panama, construit par la Nouvelle Compagnie et comportant 35 constructions pouvant contenir 700 lits; à Saint-Thomas, un autre hôpital de 35o lits; à Colon, deux hôpitaux de 35 et 5o lits.

En 1901, 1902 et 1903 la mortalité par la fièvre jaune avait été de 11, 1 82 et 48 cas. La fièvre des marais prédomine à Colon, ainsi que le béribéri.

Le 21 juin 1904, le colonel W IU C. Gorgas fut nommé chef du service sanitaire ; par décret du 7 juillet 1904, le Président de la République de Panama lui remit la charge de ce service dans les deux villes de Panama et de Colon. Le 2 septembre 1904, une loi ratifiait toute une organisation du service sanitaire proposée le 23 août par laCommission du Canal Isthmique.

L'organisation d'hôpitaux à Culebra, Gorgona et Bohio fut également adoptée et la lutte contre le slegomnyia et Y anophèle entreprise méthodiquement. Les égouts, drains, fosses d'aisances furent régulièrement nettoyés au pétrole; les rues même de Panama arrosées au pétrole. Un seul cas de fièvre jaune fut relevé à l'hôpital Saint-Thomas; aussitôt la maison et 25 maisons environnantes, d'un volume de 55o.ooo mètres cubes, furent désinfectées ; le nombre de moustiques retrouvés était peu important.

La mortalité à Panama était de 69,8 pour 1000 en 1904.

Une conséquence imprévue de ces méthodes anliépidémiques a été l'accroissement du danger des incendies ; l'emploi du pétrole au nettoyage des rues serait la cause d'un incendie qui, en décembre 1905, a détruit une partie impor-

tante de la ville de Panama : si on n y prend garde, le remède, par ses effets indirects, sera pire que le mal.

Service des travaux du Canal. — Au i cr juillet 1904, le service du Canal en voie d'organisation comportait les ingénieurs suivants :

M. Charles List, à Colon ;

M. C.-B. Nichols, à Gatun;

M. H. -F. Dose, à Bohio;

M. Boyd Ehle, à Bas Obispo*

M. A.-C. Harper, à Culebra; chargés, depuis le i cr juin, de se rendre compte de l'état des travaux et de commencer les études préliminaires.

Les services furent réorganisés ainsi :

M. Cari. A. Strom, Ingénieur mécanicien, fut chargé du matériel et de l'équipement.

M. M. 0. Johnson, Architecte, fut chargé de la conservation # et de la réparation des constructions existantes et de l'établissement des plans et devis des constructions futures.

M. Carleton E. Davis, Ingénieur, futchargé des canalisations d'eau potable et des égouts à Panama, à Colon et sur tous les autres points du Canal où de semblables travaux pourraient être utiles.

Le Capitaine Edward L. King, U. S. Army, sous la direction de l'Ingénieur en chef, fut chargé d'organiser le quartier général, reviser les états de paiement, de réquisition, le contrôle des employés.

M. C. Bertoncini, qui avait été chargé par l'Administration française du service des cartes, impressions, lithographies, a été maintenu aux mêmes fonctions.

M. M. Régis fut chargé de l'atelier de réparation des instruments mécaniques et électriques.

L'ingénieur en chef M. John F. Wallace centralise tous les services et est assisté d'un ingénieur, M. W. J. Karner, d'un secrétaire, M. John F. Seager, et d'employés et sténographes.

Les progrès accomplis du i er juillet 1904 au i er février 1905 sont les suivants :

M. Charles List, Ingénieur a Cristobal.

L'emplacement du canal dans les approches de Colon, avec les ports et docks nécessaires, est dès maintenant arrêté. Plans et devis ont été fournis au Comité des Ingénieurs tendant à :

i° La construction d'une digue pour la protection du port de Colon ;

2 0 Une entrée directe dans la ligne du Canal ;

3° La construction d'un port intérieur à Cristobal-Colomb ;

4° L'achèvement de la construction d'un déversoir à Gatun.

M. A. B. Nichols, Ingénieur adjoint a Gatun.

Le barrage de Gatun. — L'étude a porté sur la possibilité d'établir un barrage en travers de la vallée du Chagres, à proximité de Gatun, de manière à former un lac dont le niveau serait approximativement à 60 pieds au-dessus du niveau de la mer. .

La vallée a un mille de largeur; mais des sondages ont démontré que cette gorge est formée d'alluvions sans consistance ; aucun massif rocheux n'a été rencontré jusqu'à 1 63 pieds au-dessous du niveau de la mer à un point situé au nord de Bohio. Le résultat des études géologiques faites démontre que le vallée du Chagres de Gamboa à Colon forme une gorge d'une profondeur atteignant 175 pieds au-dessous du niveau de la mer sans roches solides; il n'y aurait donc aucune possibilité de barrage dans le voisinage de Gatun.

La tranchée de ta « Tiger Mil ». — M. Nichols a été également chargé de recueillir des données sur la possibilité de construire ce qui est présenté comme « la tranchée de la Tiger Hill », tracé proposé sur le parcours Bohio-Gatun par la précédente Commission du canal.

Le résultat de son étude n'amène pas M. Nichols à changer de tracé pour adopter cette tranchée. Le raccourcissement du canal serait en effet compensé par l'accroissement des

frais d'excavation et il faudrait traverser un marais. Ces travaux seraient considérablement accrus si, au lieu d'un canal à 3o pieds de niveau, un canal à niveau de mer était un jour adopté.

M. H. F. Dose. Ingénieur a Bohio.

M. Dose a recherché les éléments d'un barrage à établir dans les environs de Bohio : ses recherches ont été poursuivies dans deux directions, l'une sur un point de la vallée où elle est étroite, l'autre en aval à un endroit où il semblait que le seuil rocheux ne dût pas être aussi profondément enfoncé. Il y a peu de probabilité de trouver un emplacement favorable pour un grand barrage dans cette région, la gorge rocheuse étant à une profondeur de 1 63 à 1 68 pieds et les matériaux existant à 1 5o pieds étant des cailloux roulés et autres bancs facilement traversés par l'eau.

Le seuil rocheux a été reconnu à i63 pieds, 6 suivant la direction C, à 168 pieds, 3 suivant la ligne F, enfin à pieds, !\ suivant une troisième direction AZ.

M. Boyd Ehle, Ingénieur, Bas Ohispo.

M. Boyd Ehle était chargé de rechercher la possibilité et l'opportunité d'un barrage dans les environs de Gomboa et de la construction d'un canal déversoir en tunnel au-dessous de la ligne de faîte des eaux pour déverser ces eaux soit dans l'océan Pacifique, soit dans le bassin supérieur d'une rivière se déversant dans la mer des Caraïbes.

Cet ingénieur conclut: i° la construction d'un barrage de 200 pieds à Gamboa est possible et économique, la roche étant trouvée à la hauteur du niveau de la mer et la configuration du soldonnantune vallée d'une section de dimensions raisonnables.

•2° Il est possible de construire un canal déversoir, soit du côté du Pacifique avec un tunnel de 8 milles au maximum, soit du côté de la merde Caraïbes avec un tunnel de 3 milles et demi.

3° La superficie approximative d'un bassin résultant d'un

barrage àGamboa comporterait i5 milles carrés avec un niveau de i32 pieds au-dessus de la mer, et 43 milles carrés, 3 avec un niveau de 200 pieds.

Les évaluations de dépenses avec ce dernier niveau seraient :

i° Barrage de Gamboa avec une dérivation dite Gatuncillo et l'augmentation du déversoir de Gatun, 10 millions de dollars

2 0 Barrage de Gamboa avec une dérivation du côté du Pacifique 17 millions de dollars.

Que l'un ou l'autre de ces deux projets soit adopté, l'établissement d'une station électrique devra être prévu avec une dépense de 3 millions.

M. Cahl A. Strom, Ingénieur-mécanicien.

Si une grande partie du matériel inutilisé depuis seize ans est hors d'usage et devra être remplacée par des machines plus modernes, une autre partie est encore susceptible d'usage, ainsi que les ateliers établis.

Au 3i décembre 1904, M. Strom avait 465 employés dont 5i contremaîtres mécaniciens ; la reconstruction des ateliers et magasins, la réparation des machines à excaver, vagons et objets mécaniques étaient en bonne voie.

M. M. O. Johnson, Architecte en chef.

M. Johnson a été chargé, le 19 juillet 1904, de vérifier les constructions existantes et d'établir les plans et devis des constructions à édifier le long des travaux.

Approximativement 2400 constructions en plus ou moins bon état de conservation ont été trouvées le long du tracé. Des efforts ont été accomplis pour fournir des centres d'habitations convenables aux ouvriers employés à l'Isthme.

L'impossibilité de fournir des logements aux employés à Panama a résulté des délais qu'a nécessités la reconnaissance de l'état de choses. Le travail a été singulièrement ralenti par l'obligation^de réquisitionner le matériel nécessaire et Tinsuffi-

sance du chemin de fer de Panama pour fournir des transports rapides et satisfaisants.

M. Carleton E. Davis, ingénieur chargé des Eaux et des Egouts.

M. Carleton E. Davis a été chargé du service des Eaux et des Egouts à Panama. Un réservoir a été construit sur le Rio Grande supérieur et un réservoir de distribution est en construction à Ancon. La création d'un réseau d'égouts à Panama a également commencé.

Des recommandations relatives à l'adduction d'eau potable a Colon et au pavage des rues à Panama ont également été faites et des projets établis.

Capt. Edward L. King, Chef du quartier général.

Le cap. E.-L. King a organisé un service de vérification et de paiement dans le minimum de temps après l'échéance; il lient la comptabilité d'environ 3. 600 personnes, ce qui correspond au paiement approximatif de 40.000 dollars or et i3o.ooo dollars argent.

Il a adopté un système très complet de renseignements sur chaque employé, la nature de son travail, la manière dont il l'accomplit, de sorte que la puissance de travail de chacun peut être facilement appréciée.

Le nombre des ouvriers et employés a passé de 2.392 en juillet 1904, à 3.620 en décembre ; la puissance de travail des ouvriers et employés a doublé pendant ces six mois.

M. Bertoncini, Chef du service des cartes et imprimés. Ce service complète une carte générale de la zone du canal, une carte de Panama et de nombreux croquis et dessins.

M. W. E. Dauchy, Ingénieur, Culehra.

Le temps et le coût des excavations à pratiquer clans la sec-

tion de Culebra au travers de la ligne de partage des eaux renseigneront sur la durée et les prix de revient du canal.

Le service de la division de Culebra passa successivement aux mains de différents ingénieurs et finalement, le 20 novembre 1904, fut remis à M. Dauchy. Pendant les six derniers mois, des études ont été poursuivies pour apprécier l'efficacité des hommes et des machines employées dès maintenant à Culebra. Jusqu'au 3i décembre 1904, ce sont les machines de l'ancienne société française dont on a apprécié l'efficacité. A partir du r r janvier 1905, on peut considérer que le travail est effectué avec l'organisation et le matériel américains.

Le montant des déblais s'est élevé de 27.556 mètres cubes en mai, à 4? -935 en décembre, atteignant 243.472 mètres cubes de mai à décembre inclusivement et coûtant en moyenne 54,7 cents par mètre cube. Le résultat du matériel américain, pendant le mois de janvier 1905, permettrait d'abaisser ce prix de revient à 4°\8 cents.

Vue d'ensemble. — La question essentielle de tout le travail est celle de la tranchée et des déblais à effectuer à Culebra : cette tranchée aura 7 milles 1/2 de longueur si le plafond du canal, dans la section la plus élevée, à 90 pieds au-dessus de la mer, 10 ou 14 milles de longueur suivant que ce plafond sera abaissé à 60 ou 3o pieds au-dessus du niveau de la mer.

i° L'achèvement de cette section est la question essentielle du travail.

2 0 Le facteur permettant de calculer le temps nécessaire est le nombre d'excavateurs mis en action.

3° Un contrôle intelligent et actif sur le travail en tout temps et en second lieu l'unité de rapports entre tous les éléments contribuant à la même œuvre sont également indispensables.

Le coût des déblais est évalué à 5o cents le mètre cube en moyenne, ce coût pouvant être abaissé à 40 avec une excellente organisation.

La puissance d'extraction de chaque excavatrice est évaluée à 1000 mètres cubes par machine et par jour, celte moyenne

pouvant être maintenue d'une façon régulière soit 3oo.ooo mètres cubes extraits par an.

Il est possible de mettre en action trois excavatrices par mille, sur trois niveaux de chaque côté de la ligne centrale d'excavation : cela fera un nombre maximum de 1 44 machines excavant sur un parcours de 8 milles. Comme il faudra au moins deux ans pour l'installation d'un chantierde cette importance, il convient de ramener le calcul à celui de ioo machines continuellement en action et extrayant 3o millions de mètres cubes par an.

Durée du travail. — Pour atteindre le niveau de la mer il y a, en chiffres ronds, 186 millions de mètres cubes à extraire à Culebra, soit un travail exigeant 6 années ; en ajoutant deux ans de préparatifs et deux ans pour l'imprévu, il semble évident qu'il est possible de terminer le canal ou au moins de l'ouvrir au trafic en dix ans, certainement en douze ans.

Si le niveau du bief supérieur du canal est fixé à 6o pieds, ce ne sera qu'une masse de 1 1 1 millions de mètres cubes à extraire, ce qui exigera 7 ou 8 ans tout au plus;

Si ce niveau est fixé à 3o pieds elle s'élèvera à 142 millions de mètres cubes à extraire, ce qui exigera environ 5 ans seulement.

Plan du canal et évaluation de la dépense^. — Il paraît actuellement sage et prudent de dire que le niveau du bief supérieur sera de 60 pieds au-dessus de la mer mais un abaissement à 3o pieds ou au niveau de la mer, peut présenter de sérieux avantages.

Quant à la dépense, en voici les devis : pour un canal d'une largeur de i5o pieds à la base et une profondeur minimum d'eau de 35 pieds suivant les trois hypothèses :

1 Cette évaluation est prise dans le rapport de l'Ingénieur en Chef John F. Wallace qui tend à l'adoption du canal à niveau.

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