CHAPITRE II
De la Condition géographique de l'Isthme américain, Nicaragua. — Comparaison des avantages et des inconvénients des deux tracés de Panama et du Nicaragua.
Opinions de MM. Childs, Menocal, de la Commission Walker, de l'ingénieur français Bunau-Varilla, du Sénateur américain Hanna.
Vote par le Sénat américain du Spooner Act (18 juin 1902) qui décide de l'adoption de la voie de Panama.
Obstacles que le climat oppose à l'homme : la lièvre jaune.
Résistances que l'ethnographie opposera à la pénétration américaine.
Le projet de canal par la voie de Nicaragua est un projet exclusivement américain ; les renseignements qui le concernent nous sont très complètement fournis par deux notes de M. Zimmermann dans les Annales de ge'ographie, auxquelles nous les empruntons 1 .
Le Congrès américain, ainsi qu'on le verra au cours de cet ouvrage, s'est occupé passionnément de la question du canal isthmique, surtout depuis 1898. La voie du Nicaragua n'a pas été envisagée seulement pour diminuer les prétentions qu'avait la Compagnie Nouvelle de Panama de trouver un prix élevé pour son actif ; elle a été réellement adoptée par le Congrès comme étant réalisable : rappelons donc en quoi elle consistait, ses avantages et ses inconvénients.
D'après M. C. \V. Hayes 2 , le bassin du lac de Nicaragua était
1 Voir Annales de géographie de Vidal de la Blache, Colin et C' e , Paris, 1 5 mars 1900, p. 189, et i5 mars 1901, p. 190.
Physiography of tho Nicaragua Canal Houle (National Geog. Mag.,X, p. a33, *46, X, 1899).
autrefois un golfe ouvert au nord-ouest vers le Pacifique. Il fut fermé par une éruption de laves et déversa son trop-plein vers Test en formant la rivière San-Juan qui se jette dans la mer des Antilles à Greytown. Le passage le plus bas entre le lac et le Pacifique est une brèche anciennement creusée par une rivière, le Guiscoyol, qui se jetait dans le lac, mais dont les eaux de tête ont été détournées dans le Pacifique.
Le relevé original du tracé du canal du Nicaragua est dû au colonel O. W. Childs, qui fit la reconnaissance approfondie de la contrée en i85o. Ce tracé primitif a été rectifié sur divers points par E. P. Lull et A. G. Menocal en 1873, mais il resta acquis que le canal devait partir du port de Brito sur le Pacifique et atteindre le lac de Nicaragua en profitant des rios Grande et Las Lajas. C'est l'ingénieur Menocal qui a fourni à la « Maritime Canal Company » le devis adopté sans contestation jusqu'aux travaux des deux récentes Commissions officielles envoyées par le Congrès d'abord, en 1 8q5 (Commission Ludow- Endicott-Noble), ensuite par le président Mac Kinley en 1898 (Commission Walker). La première de ces Commissions avait déjà doublé l'estimation du coût des travaux, fixée par la Compagnie à 65 millions de dollars. La Commission Walker a déposé son rapport à la fin de l'année 1899. Elle a montré l'insuffisance des études de la Compagnie et les difficultés gigantesques de l'entreprise. Une digue colossale doit être jetée à Ochoa, en travers du fleuve San Juan, aux abords de la ligne de faîte oriental, de façon à maintenir le niveau du lac de Nicaragua et le cours supérieur du San Juan à une altitude constante de 33 m. 5o. Cette digue doit être assez forte pour résister à la pression des eaux du lac et du fleuve sur une grande étendue. Or, on ignorait où prendre des matériaux pour la construire ; la consistance du sol qui devait lui servir de base n'était pas déterminée. Mais ce qui faisait surtout défaut, c'était la connaissance de l'hydrographie locale. Aucune étude des pluies, du taux de l'évaporation du lac, du module des crues fluviales n'avait été tentée. C'est la lacune que la Commission Walker
s'est efforcée de combler. La géographie de l'isthme a beaucoup profité de ses travaux. L'hydrographie de vingt rivières a été déterminée, la quantité des pluies et la valeur de l'évaporation fixée, et les moyennes calculées par la Compagnie ont été considérablement dépassées. Pour parer aux extrêmes sécheresses, la Commission estime que les dragages du lac doivent être poussés à 34 pieds de profondeur au lieu de 3o, elle demande des réservoirs d'alimentation. L'extrême volume des crues du San Juan avait été évalué à 1900 mètres cubes par la Compagnie; on a déjà observé 3ooo, et il n'est guère douteux, à en juger par l'aire d'inondation avoisinante, qu'elles atteignent 6000 mètres cubes.
On aura une idée de ce volume du débit du San Juan en observant que le débit moyen du Khône à Lyon est de 600 à 65o nfètres cubes ; le San Juan atteint donc, à de certains moments, dix fois ce volume et on conçoit quels sont les travaux d'art qu'il convient de prévoir pour y résister.
La Commission a d'ailleurs déclaré l'œuvre exécutable, mais tous ces faits prouvent combien il est dangereux, pour une œuvre de ce genre, de s'en fier à des moyennes théoriques, indépendantes de toute observation. L'œuvre totale a été estimée à 125 millions de dollars 1 .
Au point de vue géographique et économique général, le projet de Nicaragua offre au regard du Panama les inconvénients suivants : l'extrême longueur du canal, oscillant de 290 à 3oo kilomètres au lieu de 60 ; l'excès d'humidité du climat qui, sur les faîtes où les travaux seront les plus ardus comporte 4 ou 5 mètres de pluies au lieu de 2 à 2,5o à l'isthme de Panama ; le danger des tremblements de terre, fréquents dans cette région où tout porte les traces d'un volcanisme récent et non entièrement calmé, enfin la force des vents alizés qui gêneront la navigation au passage du chenal du lac. Le
1 Détails puises dans A. -P. Davis, Nicaragua and the Islhmian Routes (National Geog. May.. X, 1899, p. 247-260). On pourra lire aussi C.-W. Hayes, Physiography of the Nicaragua Canal Houle (ibid., p. a33-246).
canal de Panama e9t en outre plus favorablement situé par rapport aux Etats de l'Amérique du Sud dont l'Union cherche à s'assurer les marchés *.
L'argument le plus redoutable contre la voie du Nicaragua est celui tiré des conditions tectoniques et climatériques de la région. Ces conditions ont -été bien observées par les géographes et géologues Marcel Bertrand, A. Heilprin et Cari Sapper.
Il ressort, en effet, de la carte des volcans de l'Amérique centrale, telle que l'a dressée Garl Sapper 8 , que le canal passerait en pleine région volcanique entre les deux rangées actives du Nicaragua et du Costa Hica ; le lac de Nicaragua lui-même, que le canal doit suivre sur plus de 220 kilomètres, est un foyer séismique actif, c'est peut-être, comme le dit Fuchs et comme le répète M. Marcel Bertrand 3 , « le foyer principal dans le Nicaragua ». En effet, la rangée des volcans qui, dans l'Amérique Centrale, dessine un alignement de 1.200 kilomètres, se subdivise en quatre tronçons homologues disposés en échelon, chacun d'eux étant en retrait par rapport à celui qui le précède à l'ouest. Chacun des points où se produit la rupture de la chaîne des volcans ainsi que le décrochement en question est marqué par des dépressions au bord desquelles ont lieu les paroxysmes éruptifs. Le lac de Nicaragua est une de ces dépressions. « En outre, il semble que les statistiques indiquent une décroissance de l'activité dans les tronçons septentrionaux de la rangée de volcans et une recrudescence clans le San Salvador et le Nicaragua. .. Deux nouveaux volcans se sont ouverts dans le premier de ces Etats et un nouveau au Nicaragua. Parmi les fractures transversales
1 Cet ensemble d'arguments est emprunté à des communications diverses dues à MM. H. -T. Hitl, R. de Courcy Ward et Marcel Bertrand. - Peterm. Mitt., XLIII, 1897, pl. I.
3 Compagnie Nouvelle du Canal de Panama ; rapport de la Commission. Annexe II : les Phénomènes volcaniques et les tremblements de terre de i Amérique centrale, par M. Marcel Bertrand (Paris, Mouillot, imprimeur, Société anonyme de publications périodiques, p. 1 14, 1899).
de premier ordre, celle du Guatemala paraît un foyer en voie d'extinction, celle de Fonseca, avec la catastrophe du Coseguina en 1 835, est un foyer en pleine activité, et pour celle du Nicaragua, qui n'a pas encore montré la même violence, il y a lieu de la redouter pour l'avenir; c'est un foyer en travail, et l'éruption de l'Omotepec en 1 883 ne serait qu'un avertissement. » M. Marcel Bertrand redoute surtout le désastre effroyable qui pourrait résulter de la rupture des digues ou des barrages du canal de Nicaragua une fois construit, par les fissures qu'entraînerait un tremblement de terre, et surtout par la naissance d'une vague séismique irrésistible comme celle du Krakatoa en 1881.
Au contraire, de l'avis du même géographe, M. Zimmermann, tout semble prouver que l'activité volcanique est calmée à Panama depuis la fin de l'âge Miocène. Les volcans récents s'arrêtent au Nord et au Sud à plus de 3oo kilomètres. Les dernières éruptions miocènes consistent en pitons et en tufs trachytiques et en vastes coulées andésitiques, dont les débris respectés par l'érosion forment la ligne de faîte actuelle. L'abaissement des seuils à Panama est dû non pas à une fracture transversale, mais à une moindre action des forces qui ont fait surgir l'isthme. Les tremblements de terre qui s'y sont fait sentir ont coïncidé avec des secousses dont le centre connu était dans le Guatemala, à Costa-Hica, ou dans l'Amérique du Sud. Elles ne sont arrivées qu'amorties par la distance. D'autre part, l'affaissement de la côte du Pacifique, et en particulier l'effondrement de la baie de Panama, seraient, pour M. Marcel Bertrand, non pas des phénomènes en voie d'accomplissement, mais des phénomènes déjà achevés. Pour ces raisons, avec lesquelles s'accordent les témoignages historiques, il conclut en disant que Panama « est la région la plus stable et la moins menacée de l'Amérique Centrale ».•
M. Heilprin a récemment associé sur ce point ses craintes à celles de M. Marcel Bertrand 1 .
1 Les vues de M. Heilprin ont été réfulées par C. Willard Hayes et Arlhur 1\ Davis, dans le Xational Geoyraphic Magazine de Washington, vol. XII,
LA RÉI»l BLIQIK ET LE CANAL DE PANAMA 37
Il a attiré, en outre, l'attention sur une autre cause de redoutables surprises dans l'avenir du canal. Il s'agit des changements notables de niveau auxquels le lac paraît sujet. L'un des points essentiels du projet américain est le maintien permanent de ce niveau à une altitude constante. Or, les spécialistes qui depuis quinze ans s'occupent de la région sont d'accord pour tixer le plan d'eau actuel du lac de Nicaragua à 32 mètres audessus du niveau du reflux dans le Grand Océan. Mais les explorateurs antérieurs, dont les renseignements offrent toutes les garanties scientifiques désirables, énoncent des chiffres très différents. Le colonel Childs, en i85i, évaluait ce niveau à 34 mètres ; le lieutenant Baily, en 1 838, à un peu plus de 39 mètres ; enfin, l'ingénieur espagnol Galisler, en 1 87 1 , à presque 4 1 mètres. D'autres indices encore viennent confirmer ceux-là et semblent témoigner que le lac se vide peu à peu. Ainsi, en i838, le canal qui joint les lacs de Nicaragua et de Managua avait 6 kilomètres 1/2 de long et une profondeur de 1 m. 5o à 4 m. 5o. En 1896, il était réduit au quart de sa longueur et on pouvait le passer presque à pied sec. Une chute de niveau de 5 à 7 mètres se serait donc produite en une soixantaine d'années. Enfin, le littoral du Nicaragua est sujet à un ensablement rapide 1 .
Mais ce sont là des renseignements géographiques tout récents. Les hommes d'affaires américains s'étaient, comme les hommes d'affaires français, montrés indifférents à cette enquête scientifique, pourtant indispensable : ils avaient constitué le 20 février 1889, la Maritime Canal Cy of Nicaragua au moment même de la chute financière de la Compagnie rivale de Panama.
Cette Compagnie commença ses travaux le 9 octobre 1889
p. i56-i6i et 363-305, 1900. Sur la physiographie et la géologie des environs du lac de Nicaragua, voir l'important mémoire de C. Willard Hayes publié dans le Bulletin of the Geological Society of America (Roehester, X, i8y«). p. 285-348, pl. XXX-XXXII) 1 Geog. Zeilschr., no 1, p. 55, VII, 1901.
par la construction d'un brise-lames à Greytown, la levée de plans, l'ouverture de routes, la construction d'un wharf et d'un chemin de fer. Mais les obstacles naturels devaient avoir raison de cette entreprise engagée sans étude et sans capitaux suffisants, avec le projet évident de céder le tout au gouvernement américain. •
En août 1893, cette Compagnie suspendait ses paiements et se reformait sous le nom de Nicaragua Cy. D'après deux rapports établis, l'un par M. Sherman, l'autre par M. Morgan, les dépenses totales déjà faites montaient à 22.200.000 francs.
Le Canal comportait une longueur de 169 milles 45, dont 26,78, étaient excavés et 4^,67 de navigation libre.
L'évaluation de la dépense totale, par l'ingénieur Ménoral, était estimée à 32o millions ; une Commission d'ingénieurs la portait à 5oo millions de francs. Un rapport très étendu fut soumis à la Chambre des représentants ; il proposait des travaux pour maintenir le niveau du lac, variable entre 3o ou 34 mètres d'altitude, à une altitude uniforme de 33 m. 5oou 34 mètres pour réduire l'importance des dragages. Ce lac, qui a 80 kilomètres de longueur, serait le bief supérieur du canal.
On barrerait, par une digue de 3o mètres, le San Juan, à Ochoa, à 102 kilomètres de la sortie du lac. Le canal, par une courte tranchée, passerait dans la vallée du San Francisco et, soutenu par des digues latérales, garderait encore le même niveau sur 1 1 kilomètres ; ce serait ainsi 1 13 kilomètres de canal ajoutés aux 80 de traversée du lac.
Du côté du Pacifique, une tranchée de 16 kilomètres serait nécessaire dans le faîte de partage, puis une troisième digue barrant une vallée et donnant un bief de 9 kilomètres de chaque côté de ce colossal bief central, trois écluses distantes Tune de l'autre d'i kilomètre 1/2 à 5 kilomètres ; enfin, de courts parcours de canal au niveau de la mer, soit jusqu'à Brito, soit jusqu'à Greytown *.
* Voir, sur ce projet, Colquhoun, the Key of the Pacifie; Greely, article
Mais ce projet comporte, en, outre des inconvénients généraux déjà indiqués et tenant aux conditions volcaniques de cette région, un inconvénient propre. La nécessité de créer deux ports, aux deux extrémités, à Greytown et à Brito, se heurte, en effet, à un obstacle très grave du côté de l'Atlantique.
En effet, le sable volcanique, entraîné à la mer par le San Juan, est emporté vers le nord le long de la côte et forme, de Port Limon à Point of Rocks à 65 kilomètres au nord de Greytown, un rivage de sable noir. Ce sable s'étend vers l'intérieur jusqu'à 3 et 5 kilomètres par endroits et, du côté de la mer, jusqu'à la ligne de 7 à 8 brasses. Tous les ans, se déposent près de Greytown environ 587.000 mètres cubes de sable ; depuis 1809, la ligne de 6 brasses a été repoussée vers la mer de 22 m. 9 par an. La lagune de Greytown était jadis une excellente rade naturelle qui a été fermée par l'accroissement de la langue de sable qui la formait. Pour maintenir ouverte la rade de Greytown, il aurait fallu conslruire une digue qu'on aurait dû augmenter par an de 22 m. 9 pendant quatre-vingt-dix ans, soit de 2061 mètres.
Aussi, la Commission Walker conseilie-t-elle un port à Greytown avec digue de i524 mètres et largeur de 3o5 mètres.
A Bristo, le port serait plus facile à établir, car il y a un faible mouvement de sédiments, mais il faudrait ici creuser un port intérieur parce que, vers le large, la profondeur de l'océan croit rapidement 1 .
On connaît maintenant l'opinion des géologues et des géographes sur les conditions respectives des voies du Nicaragua et de Panama.
Le sénateur Hanna. président du Comité Républicain et à ce litre véritable chef du parti républicain aux Etats-Unis, se décida dès 1901 pour la voie de Panama.
dans le Nat. Geog. Magaz. Washington, février 189G ; P. Leroy-Beaulieu, Economiste Français, p. (>, juillet 1899.
1 Renseignements fournis par M. Zimmerniann, chargé de cours à la Faculté des Lettres de Lyon.
40 LA KÉHHLIOl E ET LE CANAL DE PANAMA
A ce moment, le Iracé de Panama était débarrassé de la végétation minutieusement enlevée, partiellement excavé, éprouvé par des sondages. Tous les problèmes de la construction étaient nettement connus.
Le canal devait avoir 69 kilomètres de long, 74 km. 4°° si l'on ajoute au tracé proprement dit le chenal maritime qui doit le compléter.
La « Compagnie Nouvelle de Panama » avait adopté un projet envisageant un canal non plus à niveau de marée, mais à 20 m. 75 d'altitude et pourvu de huit écluses longues de 225 mètres. Ce projet qui évaluait les dépenses à 5 12 millions comportait un réservoir d'alimentation sur le haut Chagres à Alhajuela et un puissant barrage qui soutiendrait le niveau du lac de Bohio sur le versant Atlantique.
La Commission Walker, en déposant son rapport le 3o novembre 1900, établissait le parallèle suivant :
Projet de Panama 75 kilomètres et 5 écluses.
Projet de Nicaragua 292 kilomètres et 4 écluses.
Projet de Panama, devis de construction 189.864.062 dollars
Projet de Nicaragua — 1 44-2 1 3.358 »
Le rachat du patrimoine de la Compagnie Nouvelle de Panama paraissait alors impossible, cette Compagnie évaluant celui-ci à 109.141.500 dollars, alors que la Commission américaine l'estimait 40.000.000 dollars.
Cette Commission termina son rapport en concluant en faveur de l'adoption de la voie du Nicaragua. La conclusion de la Commission, telle qu'elle est formulée dans le dernier paragraphe de ce rapport, est la suivante :
« Après avoir considéré tous les faits observés à la suite des études faites par la Commission et aussi la situation actuelle telle qu'elle se présente à ce jour et en ayant en vue les conditions proposées par la Nouvelle Compagnie du Canal de Panama, cette Commission est de l'avis que la voie la plus pratique et la plus réalisable pour un canal isthmien placé
LA RÊPl BLIQI K ET LE CANAL UK PANAMA 41
sous le contrôle, la souveraineté et la propriété des Etats- Unis, est celle connue sous le nom de voie du Nicaragua. »
Cette dernière affirmation de l'adoption par les Etals-Unis de la voie du Nicaragua géographiquement et techniquement irréalisable devait être suivie peu après de négociations pressantes avec la Colombie, concernant la reprise de la voie de Panama.
C'est sur cette conclusion que la Chambre des Représentants, le 9 janvier 1902, vota l'adoption du canal de Nicaragua à l'unanimité moins 2 voix, malgré l'offre télégraphique de cession des travaux de Panama par la Compagnie Nouvelle pour 200 millions 1 .
Comment fut-il possible au Sénat américain de revenir sur une opinion adoptée par la Commission technique de l'Isthme et par la Chambre des Représentants? C'est que l'éruption du mont Pelé ensevelissant la ville de Saint-Pierre à la Martinique se produisit précisément à cette époque, le 8 mai 1902; ce cataclysme fournit au sénateur Hanna l'argument décisif qui confirmait les démonstrations répandues de tous côtés avec une persévérance infatigable par M. Bunau-Varilla. Le Sénat, apprenant de plus qu'en avril 1902 la voie ferrée qui longe le lac du Nicaragua avait été précipitée dans le lac par un tremblement de terre, se décida le 18 juin 1902 à adopter par 8 voix de majorité le tracé de Panama en votant un amendement désigné désormais le Spooner Act.
La résistance seule du Sénat Colombien a empêché la transmission normale par la Compagnie Nouvelle du Canal de Panama, aux Etats-Unis, de son patrimoine, transmission qui aurait eu lieu sans la création d'un nouvel être de raison, l'Etat de Panama.
On comprendra donc que nous ne nous arrêtions pas plus longtemps à l'examen de la route du Nicaragua pour n'étudier plus d une façon précise que celle de Panama.
1 Voir dans la Xoueelle lievue, avril i«)«»4, « la Question de Panama », par M. Hunau-Varilla, p. 445 et suiv.
LA RflPIBLIQlE ET LE <".ANAL DE PANAMA
L'obstacle le plus redoutable que l'homme ait à vaincre pour arriver à percer l'isthme américain, c'est le climat et les maladies qui trouvent en lui un milieu favorable à leur développement.
On ne saurait considérer ici tous les éléments d'un climat; ceux-ci peuvent se ranger en deux séries : ceux qui proviennent de l'atmosphère, la température, les vents, l'électricité ozone, la pression, la lumière; ceux qui proviennent du sol, l'humidité et la pureté de l'air.
En examinant les conditions générales de l'isthme américain on a rappelé les éléments de la climatologie qui proviennent de l'atmosphère; disons donc un mot de ceux qui proviennent du sol.
L'humidité de l'air, après la température, exerce une action considérable sur le climat d'une région. C'est en pleine mer qu'elle atteint son maximum; elle décroit rapidement au fur et à mesure qu'on pénètre dans les terres. Klle suit le sens des alizés venant de Test; die est beaucoup plus forte par conséquent, sur les côtes de l'Atlantique que sur celles du Pacifique.
C'est ainsi que la pluviosité de ces régions est la suivante :