‹ La République et le canal de PanamaChapitre 5 sur 26 · PANAMA NICARAGUA · texte numérisé non relu

PANAMA NICARAGUA

niaxim pluie Colon. . . 3n>3o novembre Gamboa . . 20145 octobre Panama . . i m 7o novembre

raaxim. pluie

Greytown. . 6 m so novembre Ochoa . . . 4 œ 34 — Granada . . im6o — Brito . . . a°»4o —

Selon le géographe américain Davis, le canal de Nicaragua aurait passé dans une région plus saine que celle de Panama qui a beaucoup d'analogie avec celle de Cayenne.

Un des plus graves problèmes résultant de cette pluviosité est celui des crues extraordinaires du Chagres et du San Juan. Mais la conséquence de cette pluviosité qui intéresse directement la population est celle qui touche son état sanitaire.

Dans ces régions l'air est saturé d'humidité ; d'autre part, la température y est constamment élevée. Qu'en résulte-t-il 1 ?

« Quand la chaleur se joint à l'humidité, l'évaporation pulmonaire et celle de la surface cutanée diminuent ; le refroidissement produit par ces transpirations n'a pas lieu; l'organisme garde sa chaleur et la congestion de certains organes en est la conséquence. »

A cette cause normale des maladies qui frappent davantage les immigrants et auxquelles échappent naturellement les indigènes nègres et métis habitués aux températures tropicales, s'en ajoute une autre qui est accrue par l'humidité ambiante : les travaux de terrassement. En remuant les matières organiques en décomposition l'ouvrier est facilement l'objet d'une contamination par les ferments qu'il déplace. Comment cette contamination se produit-elle?

Il est maintenant acquis que le moustique est l'agent de transmission de toute une série de maladies 2 ; les deux espèces les plus redoutables dans l'isthme américain sont le Stegomnyia f as data, qui propage la fièvre jaune et les anophèles qui transmettent le paludisme.

Comment triompher d'aussi insaisissables ennemis? Tout d'abord, à Panama, on ne lutta pas parce que les savants n'avaient pas encore révélé le véritable ennemi.

La mortalité frappe 5ooo individus en huit ans sur une population variant de 13.700 à 17.600 ouvriers 3 .

* Voir Climatologie, par MM. A. Le Roy de Méricourt et Eugène Rochard, p. 3i3.

* C'est le D r Laveran, alors médecin militaire à Constanline et actuellement membre de l'Académie de médecine qui, en 1887, a découvert le bacille du paludisme. Depuis cetle remarquable observation que les globules rouges du sang étaient dévorés par ce bacille, les rechercbes^dcs D r » Patrick Manson et Ross (Anglais), Grassi (Italien), Sternberg (Américain), Koch (Allemand), ont abouti à la découverte de la transmission des maladies tropicales par les différentes espèces de moustiques.

3 Voir un article très intéressant de M. II. de Varigny, dans le Temps du 23 septembre i«>o5, auquel sont empruntes les renseignements relatifs h la fièvre jaune à la Havane.

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La prise de possession de Cuba par les Américains (1898) les mit en présence de la fièvre jaune, plus difficile à éloigner définitivement de la Havane que les troupes espagnoles. Un général américain, Ludlow, entreprit la tâche d'assainir la Havane. On pensait que la fièvre jaune était une maladie entretenue par la malproprété ; des règlements sanitaires, des nettoyages extérieurs, l'ouverture d'égouts, assainirent la ville. La fièvre jaune recula. Pendant les sept premiers mois de l'occupation américaine il n'y eut que sept décès ; mais en août 1899 des immigrants espagnols arrivèrent à la Havane au nombre de 12.000 d'août à décembre ; la fièvre jaune éclata. Une sérieuse épidémie se développa jusqu'en 1900 et, malgré la propreté de la ville, 1400 cas se produisirent.

Le général Ludlow étail vaincu ; le D r Sternberg devait triompher. Ayant rapproché l'affirmation d'un médecin cubain, Carlos Finlay, qui vingt ans auparavant avait fait remarquer que la fièvre jaune était propagée par les moustiques, du fait qu'un des membres de la Commission sanitaire, le docteur J. W. Lazear, était mort après avoir été piqué, le docteur Sternberg installa une station expérimentale avec deux maisons pourvues de grillages métalliques fins pour exclure les moustiques. Dans l'une où treize volontaires furent installés on laissa pénétrer ces insectes : dix personnes furent atteintes de fièvre jaune et heureusement purent être sauvées. Dans l'autre, les volontaires vécurent vingt jours avec une quantité de linge souillé par des malades atteints de la fièvre jaune ; aucun ne fut atteint.

La Commission sanitaire, présidée par MM. W. Reed et J. Carroll, conclut que la fièvre jaune était propagée par le moustique dit Stegomnyia fasciata qui s'infectait en piquant un malade ; douze jours après, il devenait lui-même un agent de transmission, de telle sorte que, en piquant un sujet sain, il lui inoculait le microbe.

Depuis cette remarquable enquête, les Américains ont entrepris, par une législation sanitaire toute nouvelle et rigoureuse-

ment appliquée, une lutte contre les moustiques, lutte qui a été couronnée de succès. Depuis 1901 il n'y a pas eu un cas de fièvre jaune à la Havane.

Si jusqu'ici ce mal sévit en permanence aux Grandes Antilles, Cuba et Haïti, du moins sur les côtes américaines, à la Nouvelle- Orléans et sur le territoire de Panama, il n'y a jamais établi qu'un centre secondaire. Cependant il a sévi très gravement dans l'isthme.

Comme les travaux engagés à Panama étaient, au cours de 1905, désertés par les ouvriers, avant d'ouvrir à nouveau les chantiers, les Américains ont appliqué dans les villes de Panama et de Colon et dans les centres en création des mesures d'hygiène très rigoureuses.

Tout malade doit être aussitôt déclaré au service sanitaire, même de nuit ; il est alors isolé dans une maison protégée par un treillage métallique contre les moustiques, de manière à ne pas devenir un foyer de contamination. Toute maison contaminée est entièrement désinfectée de manière à détruire les moustiques pouvant y exister. Un treillage est placé à l'orifice de toutes les citernes, des puits et réservoirs ; du pétrole est étendu à la surface des nappes d'eau qui ne peuvent pas être drainées ; un réseau d'égouts est créé.

Ces restrictions aux principes de liberté individuelle chers aux économistes sont un sacrifice extrêmement profitable à la collectivité et partant à l'individu. Il y a donc tout lieu de penser que les résultats remarquables obtenus à la Havane, foyer permanent jusqu'en 1901 de la fièvre jaune, seront réalisés sur le territoire de Panama contre la fièvre jaune et le paludisme ; le célèbre bactériologiste allemand Koch aurait récemment complété les découvertes relatives à la transmission de la fièvre jaune par celle du moustique dit Ornithorus langui • qui communiquait le microbe de laiièvre intermittente.

Une fois de plus, la science aura triomphé des obstacles que la nature accumule devant l'homme ; l'espèce humaine, la plus résistante en même temps que la plus délicate des espèces

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vivantes, pourra mener à bien le travail gigantesque qui a été entrepris à Panama.

Il paraissait indispensable, avant d'entrer dans l'étude économique et politique du Canal de la République de Panama, de se rendre compte des conditions géographiques du problème.

A notre sens, elles ont une influence permanente, bien supérieure à celle de toutes les législations, sur les conditions de la vie qui, après tout, sont l'objet que celles-ci s'efforcent d'améliorer. Et c'est pourquoi les notions d'ordre géographique et climatérique nous ont déjà renseignés sur la manière dont les Etats-Unis vont achever le Canal, pour leur plus grand avantage sans doute, mais également pour l'avantage incontestable de l'humanité entière. Celle-ci s'agite à la surface du globe et surtout sur les rivages maritimes, toujours à la recherche des meilleures conditions de son bonheur et des plus grandes facilités de communication et d'échange, semblable en cela à ces masses liquides dont nous parlions tout à l'heure, qui poursuivent de leur côté la perpétuelle recherche d'un équilibre toujours désiré et jamais atteint.

Le canal de Panama devant incontestablement faciliter les rapports des populations des côtes Pacifique et Atlantique, la consistance de ces populations n'est pas indifférente : suivant ses caractères essentiels elle se prêtera à une pénétration plus rapide ou bien y opposera une durable résistance.

Rappelons donc, d'après des auteurs indiscutés, quels sont les éléments de cette population.

Tandis que les deux parties de ce continent étaient peuplées, en i5oo, d'indigènes à peau jaune, souvent artificiellement colorée en rouge, dans une proportion qu'il est impossible • d'indiquer, mais alors que, suivant le professeur Gerland 1 , de grands espaces au Nord et au Sud étaient complètement inha-

1 V. caries XIII el XIV de Atlas der Volkerkunde von D T Georg. Gerland, Prof, an der UniversittU in Strassbury, Gothn, J. Pcrlhes, 189t.

bités et seulement les vallées des grands fleuves peuplées, en 1900 la plus grande partie des terres exploitables est appropriée dans l'Amérique du Nord : les terres vierges et les régions montagneuses qui échappent à l'Européen, dans l'Amérique Centrale et du Sud, sont de plus en plus occupées par l'indigène et le métis.

L'indigène, dans l'Amérique du Nord, a offert moins de résistance à l'Européen ; celui-ci parait y avoir rencontré des conditions de vie plus favorables que dans le Centre et le Sud et les indigènes qu'il n'a pas massacrés, il les a refoulés à l'Ouest, tandis que l'alcool', la pelite vérole et d'autres importations européennes hâtaient leur extinction.

• Voici les deux évaluations les plus éloignées l'une de l'autre et les plus autorisées que nous ayons pu trouver ; celle de la population américaine, en 1825, par Alexandre de Humboldt 8 et celle de la même population par J. Denicker 3 , trois quarts de siècle plus tard, en 1 897, l'une et l'autre en millions d'habitants :

1825. . Blancs 1 3 Métis 6 Nègres 6 Indiens 9 Total 34 1897. . — 80 — 37 — 10 — 10 — î 37

Soit les six septièmes de blancs et métis à tous les degrés en 1897, le reste se partageant presque également entre les nègres et les indigènes improprement appelés Indiens.

Les blancs se répartissent comme origine ainsi :

Etat-Unis : les 9 10 sont des Anglo-Ecossais, Irlandais, Allemands et Scandinaves ;

Canada : les 2, 3 sont des Anglophones, 1 3 des Francophones.

Mexique, Antilles : les blancs sont d'origine espagnole.

1 V. le comte de Fontenac, Elude sur le Canada à la fin du xvn e siècle, par Henri Lorin ; la Guerre iroquoise, p. 3*2 et suiv., fait connaître les griefs existant entre les blancs et les indigènes.

2 V. de Humboldt, Evaluation numérique de la populationdu Nouveau Continent, in-8, Paris, 1825.

J V. J. Denicker, liaces et Peuples de la terre, in-8, Paris, tyoo.

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Brésil : les blancs sont d'origine portugaise.

Hépublique Argentine : les blancs sont d'origine italo-espagnole et basque.

Dans les autres pays de l'Amérique Centrale et du Sud : la population blanche est néo-latine et principalement espagnole et basque.

Les métis sont surtout nombreux au Mexique où ils forment officiellement un peu moins de la moitié de la population et dans les pays où se rencontrent les trois éléments : blanc, indien et nègre, comme aux Antilles, dans la Colombie, le Venezuela, au Brésil. Ce sont eux qui se multiplient le plus dans l'Amérique Centrale et du Sud, sans, du reste, qu'ils réunissent les qualités morales des races dont ils sont issus.

Les nègres sont les descendants des esclaves importés pendant trois siècles, principalement de la côte occidentale d'Afrique, de source Yorouba, des Nagos, de la région comprise entre la côte des Esclaves et le 9 e degré de latitude Nord principalement. Ils sont surtout nombreux dans le sud des Etat-Unis; aux Antilles leur prédominance est marquée par des agitations* politiques perpétuelles et une décadence inévitable, ainsi que dans le Nord et sur la côte Est de l'Amérique du Sud, jusqu'à Buenos-Ayres.

Les Indiens dont la peau est couleur jaune et non rouge, à moins qu'elle ne soit peinte, ce qui arrive souvent, et les cheveux droits, comme la race mongole et ougrienne, mais le nez proéminent souvent convexe et les yeux droits, ce qui les éloigne de ces races, ne sont pas encore tous étudiés au point vue ethnographique et linguistique, particulièrement dans le centre de l'Amérique du Sud

Ce serait bien mal les connaître que de ne pas apprécier les

• Pour avoir une nolion claire de la classificatiop la plus récente proposée par M. Denickerdans son ouvrage déjà cité, on devra se reporter aux chapitres vin et xin \ cette classification est établie non pas seulement d'après les caractères physiques des individus, mais d'apiès les différences linguistiques, les caractères ethniques et surtout la répartition géographique.

remarquables qualités morales que la vie de clan a développées chez eux ; ni propriété individuelle, ni querelles, ni vols, ni médisances dans le clan, une impassibilité inouïe dans les circonstances les plus critiques de la vie ; les guerriers peauxrouges réalisent pratiquement, par une force de caractère et de volonté extraôrdinaire, l'héroïsme théorique des stoïciens et prouvent que la douleur la plus atroce n'est pas un mal.

Dans l'Amérique du Sud et du Centre, les Espagnols ne se montrèrent pas plus civilisés vis-à-vis des indigènes que ne l'étaient les Français et les Anglais dans le Nord, mais les indigènes trouvèrent des moyens de résistance plus nombreux : les montagnes et les forêts leur offraient de meilleurs abris ; le climat plus différent de celui de l'Europe éprouvait davantage les immigrants européens : ceux-ci, rendus plus indolents par l'atmosphère chaude et humide, n'apportèrent pas à la conquête de l'intérieur des terres la même àpreté que les immigrants du Nord et ils mélangèrent beaucoup plus leur sang à celui des indigènes.

Il est intéressant de noter du reste que, parmi les immigrants espagnols de l'Amérique du Sud, il y eut une très forte proportion dejMaures et de Juifs 1 chassés d'Espagne par les persécutions qui les pourchassèrent pendant les xvi e et xvn e siècles et ces éléments ethnographiques orientaux se retrouvent très nombreux tout particulièrement en Colombie 2 .

Ainsi la population de l'Amérique du Centre et du Sud, tout en étant teintée de sang européen, est principalement de couleur indigène improprement dite rouge et par certaines régions de couleur nègre (Antille, Vénézuela plus particulièrement).

i On peut observer du reste que la province d'Antioquia, dont le nom seul rappelle la Judée, compte une population de cinq cent mille habitants groupés autour de la ville de Medellin (53.ooo habitants en iyoi) et qui, tout en se disant catholiques et espagnols d'origine, sont certainement de race orientale, maure ou juive.

* Voir Charlevoix, Histoire de la Nouvelle France, journal d'un voyage, t. V, p. 358, et Lettres, t. XVI, p. 3f>.f et 365. Ch. Letourneau, la Psychologie ethnique, Paris, iyoi, chap. vu et vin.

Les défauts des nègres s'y remarquent, déformés et accentués; la mauvaise foi et l'infatuation du Président du Vénézuela Castro identifient du reste ces remarques.

Il faudra s'attendre de la part des métis de l'Amérique du Centre et du Sud à une résistance beaucoup plus énergique que celle des tribus Peaux-Rouges à la pénétration des Américains du Nord.

Les Etats-Unis confiants dans leur juvénilité, dans cette puissance productrice prodigieuse qui menace d'encombrer les marchés européens, trouvent maintenant trop petit cet océan Atlantique que salue dans son beau geste à l'entrée du port de New-York la Liberté de Bartholdi. Lorsqu'ils auront créé la marine marchande qui leur manque encore, puisqu'ils transportent à peine eux-mêmes le dixième des objets qu'ils produisent et recourent aux flottes anglaise et allemande pour la presque totalité restante, il sera pour eux d'une nécessité absolue de mettre la main sur le grand Océan, sur le Pacifique. C'est pourquoi le Canal interisthmique est pour eux d'un besoin impérieux ; c'est aussi la raison qui donnera aux Américains du Nord, dès son ouverture, une place tellement dominatrice entre les deux continents Européen et Asiatique qu'ils pourront légitimement se dire les maîtres de deux océans, en même temps que les pourvoyeurs du monde ; l'histoire seule leur rappellera qu'avant eux d'autres nations, l'Espagne, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne ont tenu dignement le même emploi, et l'ethnographie américaine dont nous venons de rappeler les notions essentielles leur opposera seule dans l'Amérique Centrale et Méridionale une résistance que les obstacles matériels de l'islhme ne présenteront pas.

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