UN PROJET DE TRANSACTION
Il faut que cela finisse ; le poids de cette affreuse guerre ne se peut plus supporter ; de toute part en Europe on réclame à mains jointes la paix, et le cri de douleur poussé l'autre jour par vingt mille femmes n'a fait qu'exprimer le sentiment qui oppresse la conscience universelle. On a cessé, j'ose presque le dire, de sintéresser à la guerre. Elle n^est plus que triste; la tristesse domine seule désormais, elle écarte les autres impressions.
Mais, si la paix est nécessaire, comment deviendiart-elie possible ?
Telle est la qaestioii qui se pose, et j'avoae qu'elle fait naître en moi des angoisses patriotiques que je n'avais pas éprouvées après Badowa.
'La douleur de la déclaration de guerre a été bien poignante ; la douleur de la prolongation de la guerre ne le cède en rien.
Que &ut-il Cure ? n &ut en finir. Maïs comment en finir ? Un seul moyen se présente, la transaction.
Lorsque Ton est très-éloignés l'un de Fautre, il n'est possible de se rencontrer qu'à la condition de faire chacun une partie du chemin.
J'écarte la supposition qui fait fsire tout le ehemln àon seul Ceci, c'est récrasement
Je me refuse à penser que personne le veuille. Au reste, vouloir Técrasement ce senit vouloir la lutte indéfinie, la guerre à outrance.
Ni armistice ni paix ne pourront se négocier, tant que deux volontés inflexibles seront aux prises. La difficulté est là ; diplomates et
médiateurs n'obtiendront quoi que ce soiti anssilongtonpB qu'on ne poom iM» se rencontrer sur un terrain commun. L'habileté est ici en pure perte ; ce qu'il faut, c'est de la modération et du bon sens.
Je défie les plus habiles d'amener un accord quelconque, entre la France et TAllemagne, siles deux programmes absolus res< tent en présence: d'un côté, pas un ponce de notre territoire; de l'antre côté, annexion de l'Alsace et de la Lorraine, y compris Metz.
Ou une transaction interviendra, ou le dnel des deux nationalités aux prises réalisera tontes les horreurs que nous avions pressenties au mois de juillet. De part et d'autre on s'obstinera avec la ténacité qui caractérise les luttes suprêmes, et la guerre à oatrance amènera un progrès dans la f^odté, devant lequel devront reculer tous les antres progrès du XIX** siècle.
Heorensement qu'on point de vœ intermédiaire apparaît entre là points de vues opposés des deux pays. L'Allemagne veut s'annexer l'Alsace ; la France veut la garder. Pourquoi ne prendrait-on pas le parti de ne donner ce pays ni à l'une ni à Tautre, de le donner à lui-même?
Un pays indépendant et neutre comme la Belgique et comme la Suisse, semble trouver sa place natuielle et remplirait certes un rftle important entre les Germains et les
Gaulois.
Avouez que cette fois (je ne dis pas tou- jours), le juste milieu est la justice, la justice est la liberté.
Voilà, si je ne me trompe, de quel côté se rencontrera la solution que cherchent avec anxiété tous les hommes de cœur, tous ceux du moins qui ont conservé assez de sangfroid pour voir la situation telle qu'elle est. Comment échapper à llnesprimable douleur de livrer à nos adversaires des compatriotes dévoués, courageux, et qui viennent de souffrir pour notre cause?
Comment offrir aux Allemands, en dehors de ce déplorable abandon, les garanties de sécurité qu'ils réclament et que notre attaque récente, s'^joutant à des attaques anciennes, a rendues nécessaires à leurs yeux?
L'Alsace neutre et le rasement des forteresses répondent à cette double question et concilient ce qui paraissait inconciliable.
Je l'affirme, il me reste à le démontrer.
Puisque les médiations des gouvemementâ
mit demeurées impuiasaEtes, il est temp d^essayer une antre médiation, celle de Popi- '
Dion publique.
Si j'ose mettre en avant un tel projet, c'est que je n'engage que moi.
Je n-ai aucun droit assurément à parler au nom de la France et aucun parti ne m'a donné mission de parler en son nom. Je n'ai même consulté ni parents ni amis, tenant à ne partager avec personne la responsabilité d'une démarche dont je comprends la gravité.
Il est bon d'ailleurs que les idées &8sent leur chemin toutes seules : cette épreuve de l'isolement leur est salutaire; on est sûr que si elles réussissent elles ne le doivent qu'à leur valeur propre.
Celle-ci a de médiocres chances, je ne le sais que trop. Lorsqu'une proposition un peu nouvelle se présente, le premier mouvement est de lui courir sus ; les objections naissent en foule, les côtés fiiibles sont vite signalés. Or il n'y a pas de projet qui n'ait ses côtés faibles, celui-ci a les siens ; je les connais, ils m'ont tous frappé, et je les indiquerai. Mais peut-être en sera-t-ildes autres comme de moi ; si les objections se sont présentées les premières à mon esprit» une im-
pression bien difiérente est venue ensuite ; plus j'y réfléchis, plus je me suis affermi dans cette pensée que ht seule solution pratique et réellement paciûque se trouve là. Je ne désespère pas d'en convaincre les hommes raisommbles et sincàresi les mis amis de la paix eu France, en Alsace, en Allemagne et en Europe.
Cela ne se fera pas tout seul sans doute, et les indignations ne feront défont nulle part En France, bien des gens sUmaginent qn^Q ne faut rien céder, que la levée en masse et la guerre à outrance sont à la veille d'anéantir les Allemands ; n'entendons nons pas dire qn*il ne fout pas même consentir à une contribution de guerre? L'Allemagne, de son côté, traitera de suspecte toute proposition quineserapasTannexiondes provinces; n lui faut cela; ses stratégistes et ses hommes d'£tat l'ont déclaré, sa population unanime le veut, sa sécurité est à ce prix, elle n'a pas versé son sang à flots pour obtenirmoins que cela.
La modération foit triste ûgure au milieu des passions surexcitées; les partisans d'une paix raisonnaUe risquent fort de passer pour
des traîtres aiix y eox des Françata et des Allemands.
Je ne me fais donc aucune illusion sur l'accueil ^oi attend mon projeté sa première entrée dan» le monda C'est le sort des transactions d'avoir d'abord tout le public contre elles et d'être mal menées par les esprits superiicielfl et absolus. Les seules transactions qui trouvent des champions, ce sont celles qui manquent de sincérité, qui n'ont de la transaction que l'apparence, et qui donnent enréalité gain de cause à un seul parti.
Noas sommesàan deces moments de IVstoire où les violents ont la parole et où les résolutions extrêmes font fortune. £st-ce une raisonpour se décourager et pour se taire?
Nos silences nons créent tant de repentirs depuis quelques mois, que décidément nous devons parler. Il s'agit d'un devoir, non d'un succès; il s'agit d'obéir, non de réussir; il s'agit de servir la vérité quelles que soient ses chances.
Et qui sait! Peut-être réussirons-nous.
Peut-être s'aviserart-on,quoique un peu tard, d'arrêter le mal qui s'accomplit en pure perte, faute de savoir prendre un parti et de vouloir fermement la paix.
n ne suffit pas de vouloir, il faut vouloir & temps. Au point de vue de rAllemagne, que de misères évitées^ si elle avait sa retourner cbez elle après Sedan, se contentant de prendre des gages et d'achever les sièges en Alsace et en Lorraine ! Au point de vue de la France, quelles chances de poix raisonnables et honorables on a laissé échapper, pour n'ar voir pas proposé résolûment, après Sedan d'abord, après Metz ensuite, des bases que rAllemagne pût accepterl La base même que jlndique en ce moment aurait en de bien autres chances si notre gouvernement l'avait admise et présentée un peu plus tôt.
Entrons maintenant dans l'exposition du projet, n seraitpuéril de se borner à Ténon* cer; ce serait vouloir ameuter tout le monde contre lui. Quelques mots lancés à l'aventure ne serviraient de rien, il est nécessaire de dièmontrer, et de démontrer avec détail.
La négociation, je l'ai dit, se transporte
sur un nouveau terrain. C'est l'opinion publique que nous avons, à convaincre, c'est devant les deux pays que le projet de transaction doit se présenter. Les propositions d'armistice et les conversations à hais dos entre hommes d'Etat <mt fût kar temps. Beste la
propagande des idées. Elles ont leur manière à eUes de n^^oder ; elles emploient des médiateurs qoi s'appellent la consdeneê, le bon sens, rhumanité. Sans déclamation d'aucun genre, sans mauvaise habileté non plus, elles peayent fidre lemrchemm.
Le lecteur sait déjà que je ne me flatte pas de rencontrer au début beaucoup d'encouragements ; mais la vérité est one grande poissauce, et les grandes pnissances de rEorope feront bien de tenir compte de celle-ci. Les illusions de la France, les exigences de l'Allemagne compteront avec elle en définitive.
L'opinion réelle de la France se fiera jonr, je Tespère, et alors nous en viendrons à comparer les sacrifices de la paix et les sacrifices de la goene. Nous nous denumderons oùnous mène la lutte à outrance; nous nous demanderons en même temps si Tindépendance et la neutralité de l'Alsace ne seraient pas une solution condliable avec notre honneur.
Quant à FAllemagne, il y asans doute chez elle une unanimité qui n'est pas sans raideur et qui approche parfois de la dureté. Mais FAllemagne est un pays intelligent; c'est la terre pfomîBe de Tezamen et de la discussion : il ne sera pas dit qu'une idée sérieuse
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et loyale n'y soit pas sérieusement et loyalement débattue. Ne désespérons jamais dtt tet des idéea justes dans les pays qui Ur yent lire et penser. Ân fond, runammitépas^ sionnée et intolérante qui règne là-bas tient à la conûance que TAllemagne met dans ses chefs* L'opinion de chaque AUemand peut se traduire ainsi : < Bismarck et Moltke réclament Fannexion des provinces ; or, ils savent mieux que moi ce qu'il nous faut. > Que MM.
de Bismarck et de Moltke en viennent à admettre TAlsace nentre comine nne garantie suffisante de sécurité et de paix, Topinion de l'Allemagne ne refusera pas de se modifier avec celle de ses hommes d'Etat
Entrons en matière, et pour commencer, écartons les prqjets qui n'ont aucune chance d*étre proposés utilement
On a parlé d'une occupation de fait remplaçant la cession de droit. Les troupes allemandes resteraient pendant un certain nombre d'années en Alsace et en Lorraine; ces
deux provinces seraient administrées par rAllemagne, puis au bout du temps GonTeaa, (m les consulterait par onirote.
Les mGOnTéoientB sautent aux yeux. Le vote final, lentement préparé, serait une vraie comédie. La situation des provinces, pendant cette période transitobe et sous le gouyemement d'une nation étrangère qui s^effixrcerait de se les assimiler, ressemblerait beaucoup à la servitude. On sait, d'autre part, quels sent les périls du provisoire; autant le définitif pacifie, parce que chacun s'aoooamiode à ce qu'il ne peut changer, autant le provisoire est fécond en irritations et en griefs. Aucune prétention, ne désarme ; c'est l'état de guerre continué. Heureux si la gaerre proprement dite ne sort pas de tant de frottements jou^*naliers avant que le terme du provisoire ne sdt arrivé!
Je cite pour mémoire la proposition de n'accorder à rAllemagne d'autres avantages que le paiement d'une contribution de guerre.
L'argent ne fournit en ancmie mesoie ces garanties de sécurité que les Allemands poursuivent avec autant de persistance que de oonviction.
Lorsqu'ils nous déclarent qu'Os n'<mt pas
versé le meilleur de leur sang pour un sac d'écus, nous ne ponvons pas ne pas les comprendre.
Je crains que le démantèlement des places de r£st ne soit pas de nature a les satisfaire beaucoup plus. Cet arrangement aurait eu peut-être des chances si Ton avait su le proposer à temps. A Sedan, au lieu de proclamer la formule : c Pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses, > il eût fallu prendre résolûment son parti, envisager la situation telle qu'elle était, et offrir courageusement le traité (le mot courage est bien placé ici), sur la base de la contribution de guerre et du démantèlement, en échange de la restitution des prisonniers. Strasbourg et Metz n'étaient pas encore pris ; la concession avait une réelle valeur et pouvait servir de base à une paix honorable qui aurait laissé TAlsace entre nos mains et nous aurait épargné les désastres survenus depuis lors.
Aujourd'hui TAllemagne peut nous dire qu'elle n'a pas besoin de notre permission pour raser les places qu'elle possède.
Un autre plan, qui a obtenu quelque faveur en Angleterre et que le Tknes a recommandé, filouterait au démantèlement des
forteresses la garantie des puissances; cellesci s^engageraient à prendre fait et cause pour l'un ou Taatre des belligérants actuels, en cas d'attaques injustifiables. Mais qu'est-ce qu'une attaque injustifiable? Indépendamment de ce moyen commode d'éluder rengagement, personne ne se méprend surlemé^ rite de \sl garantie qu'un tel projet a la prétention d'assurer. On s'en est contenté pour la question du Luxembourg parce qu'on voulait à tout prix sortir d'afhire; id la chose est tout autrement sérieuse, et je ne pense pas que le Times ait jamais espéré le succès de sa proposition.
Âu bout de quelques années un grand pays ne tient un.engagemeut de ce genre et ne déclare la guerre qu'autant que cela lui convient Chez les Anglais en particulier, il suffirait d'un changement de ministère pour rendre une déclaration de guerre impossible. Tout autre est la portée de la garantie qui s'applique aux Etats neutres ; il s'àgit d'un principe qui intéresse l'Europe entière, qui l'intéressera toujours, dont la violation aura toujours le caractère d'un attentat et d'un péril européen.
Le projet que je me permets de suggérer contient une concesBion beaucoup plus large ftdte à FAUemagne, en même temps qu'A s'arrête fermement à la limite où commenceraient pour la France les sacriûces que de justes répugnances rendent presque impossibles.
L'Alsace serait séparée de la France sans être livrée à TAllemagne. Elle formerait un pays indépendant et neutre.
On n'y joindrait que cette petite portion de la Lorraine qui parle allemand et qui n'est réuni à la France que depuis lôûl. De la sorte la Lorraine resterait française; on se contenterait de raser les fortifications de Metz et de supprimer ainsi ce terrible camp retranché où lea Allemands voient le point de départ des attaques dirigées contre eux.
Les forteresses de T Alsace seraient rasées aussi, non-seulement Strasbourg et Belfort»
mais aussi les places des Vosges et du Rhin.
Ce démantèlement est indispensable pour deux motifa:
D'une part, on ne saorait imposer à un petit pays la charge écrasante d*entretenir ses forteresses et d'avoir une armée permanente pour les occuper.
D'autre part, les forteresses, si elles subsistaient, feraient naître des tentations perpétuelles ; il vaudrait la peine de risquer un coup de main pour s'emparer d'un tel quadrilatère; l'AUemagne pourrait craindre qu^à Paide des sympathies qu'elle eieite, la France ne se remît un beau jour en possession d'une position importante qui faciliterait une nouyelle attaque. Ayec le rasement de toutes les forteresses d'Alsace et du camp retranché de ' Metz, une semblable équipée ne mènerait à rien, et la France se mettrait sans profit dans son tort en violant une neutralité consacrée par l'Europe.
Ou voit quel est le caractère de ce projet:
ne pouvant laisser rAlsace à la France, éviter de la donner à rAllemagne; la donner à l'Europe, à la paix publique et avant tout à elle-même.
Ainsi, nous écarterions une consécration nouvelle du droit de conquête; une popidsr
tion ne serait pas livrée sans son consentement, comme on livre un troupeau de bétail.
La Frunce ne subirait pas PaffiMblisBement
qui lui serait infligé, si perdant FAlsace, elle la voyait transférée à rAllemagne, et si de plus die perdait Metz et une partie de laLorraîne française.
Enfin, les vœux de rAllemagne seraient réalisés en ce qu^ils ont de manifestement légitime, puisque les forteresses seraient rasées et puisque un Etat neutre créé aux dépens de la France et participant aux garanties sérienseo des pays neutres, opposerait désonnais un obstacle à nos agressions.
Je ne fais qu'indiquer ; j'aurai à développer et à démontrer plus loin.
Et d'abord, écartons une objection qui se
présente d'elle-même. Si elle était fondée, le projet entier croulerait par la base. Nous ne pouyonsdoncfûre un pas de plus, sansFavoir examinée.
L'Alsace, dit-on, ne remplit pas les conditions, en dehors desquelles un pays indépendant ne saurait subsister. Il lui numque une Tnûe nationalité, il lui manque une mie force. Les neutralités ne sont sérieuses qu'autant qu'elles trouvent sur quoi s'appuyer. La Suisse possède une neutralité réelle, parce qu'elle possède aussi les moyens de la fiiire respecter : elle est une nation, et elle occupe une forteresse naturelle : les Alpes. La Belgique possède de son côté une neutralité réelle, quoique moins solide peut-être. L'Angleterre veille sur elle et ne permettra à personne de prendre possessions d'Anvers.
S'il s'agissait d'une création artificielle et par conséquent proYÎsdre, je serais le premier à m'élever contre cette neutralité de transition destinée à résoudre ou plutôt à éluder la difficulté actuelle, en préparant des difficultés futures. Les situations provisoires encouragent toutes les prétentions et font naître tous les conflits.
Personne n'en est plus convaincu que moi,
mais je prétends que c'est l'Alsace neutre qui
est déiinitive et que c'est l'Alsace conquise
qui est provisoire.
Avec l'Alsace libre et neutre, la France
désanne, PËiirope se calme, chaonn accepte on moyen terme qui ne blesse l%omiemr d^u-
cune puissance et qui a le mérite d'être libéral.
Avec l'Alsace conquise, tons les ressentiments subsistent, nul ne désarme, la France conserve la pensée fixe de reprendre ce qu'on Inia pris, la oonquéte ne se maintient qu'en attendant mieux, en attendant une guerre plus heureuse, en attendant une ambition de la Russie, eu attendant les occasions et les alliances.
Mais on ne crée pas une nationalité; ce qn*iin traité a fait, un autre traité ponm le défidret
J'en conviens encore, et quoique la Belgique ait été créée par un traité en 1830, je reconnais qu'on peuple le peut ivm qi^tttant quil a eet memble de traditions, ees
souvenirs historiques, ces liens de la langue, * des idées, du travail intellectuel, cette vie
oommime en on mot quiconititiie l'individutr lité.
Sans individualité, il n'y a pas d'hommes, sans individualité, il n'y a pas de natlODS. L'individualité seule résiste et subsiste.
Non, les nationalités ne se créent pas.
Toutefois, si les traités ne peuvent les Caire naître, les traités peuvent les ressusciter.
Or, il y a eu une nationalité alsacienne.
L'histoire en témoigne et il est difficile d'en douter, pour peu que l'on considère de près cette province qui a conservé, presque seule entre toutes, un caractère qui lui est propre. Ce n'est pas seulem^t à la langue que je pense, quand j'affirme que l'Alsace est autre chose que deux départements: le Bas-BMn et le Haut-Rhin. Elle est très- attachée à la Francei et en même temps elle est elle-même.
Nous connaissons tons une littérature ataadenne, tenant à la fois de la France et de rAllemague, introduisant dans chacun des deux pays les idées de l'autre. C'est précisément le rôle réservé à l'Alsace neutre, la place qui lui est providentiellement marquée.
Je disais tout à Theure que si Ton ne crée pas les nationalités, on les ressuscite quelque-
fris. Les Pays-Bas, limgtemps possédés par r Autriche, d'se ont pas moins retmvé ime
Bationalité réelle. La Grèce a retrouvé sa nationalité après la longue domination des Tores. Oenèveet le Valais ont retroaYé leurs nationalités après la diute du premier empire.
Pour ressusciter, il faut avoir vécu sans doute ; mais TAlsace a eu pendant des sièdes une Tie très-distincte et très-libre. Sans remonter au temps de ses comtes et de ses ducs, parmi lesquels figurent des Hohenstaufen et des Habsbourg, nous voyons là de nombreuses républiques, entre autres Stras • bourg.
Strasbourg se gouverne comme un Etat indépendant, lié à Tempire d'Allemagne an même titre que Genève, résistant mieux que Genève aux usurpations épiscopales, combattant à côté des Suisses aux batailles de Grandson, de Morat et de Nan<7. H ne Mut rien moins que le guet-apens de Louis XIV pour mettre fin à cette existence républicaine. Louis XIV fit précisément à Strasbourg la besogne que les ducs de SaTOie tentèrent de &ire à Genève. On sait pourquoi tant de gens parlent encore allemand à Philadelphie. Gela tient à l'émigration des
Strasbou^ecris et des autres AhariffliB fujaiit
la tyrannie de Louvois et les violences des Chambres de réunion. Voilà pourquoi» disonsp le en passant^ la liberté soossafiinne républicaine n'aurait rien de nouveau dans le pays neutre qu'il s'agirait de créer.
Cet Etat libre serait sans doute un petit Ëtat Est-ce une raison pour quil soit incapable de remplir sa mission et de prêter à la garantie européenne le point d'appui dont eUea besoin?
L'Alsace, entre le Bbin et les Vosges, est bien mieux délimitée, bien plus facile à défendre que la Belgique. L'Alsace possède d'ailleurs une population militaire, qui a bit ses preuves en tout temps et qui vient de les faire de nouveau ; les mœurs vigoureuses de ce petit pays, son goût pour la liberté modérée, sonéloignement pour les extrêmes le rendent particulièrement capable de se gouverner et de se faire respecter.
En fût-il autrement, la neutralité de l'Alsace est à un tel point réclamée, je le montrerai, par les intérêts les plus essentiels de l'Europe, que la garantie des puissances lui fournirait la force qu'elle ne trouveiait pas en éUe-mêne.
Si la natimialité àtadenne manquait de
cette consistance qu'elle possédera selon moi, siTAlsace n'était pas un pays, eh bien, à défiant d'os pays, ce serait qndque diose d'airoir un espace. Oui, un espace neutralisé, un espace sacré, où ni la France ni TAlieniagne ne poniraient mettre le pied sans soulever contre eUes toute TEorope.
Lorsque la zone neutralisée aura été complétée par TAlsace, elle deviendra évidemment nne grande institution européenne* Pour la poHce de la paix, ce sera d\me importance suprême qu'il y ait là un espace neutre, à défaut même d'un vrai pays neutre; il isnt quNm fût matériel mette en jeu, sans discussion possible, les fbrces de rarUtrage européen.