‹ La république neutre d'AlsaceChapitre 3 sur 9 · L'INTERET DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

L'INTERET DE LA FRANCE

Le premier de nos mtéréts» c'est œlai de noire honneur. Je touche id au point délicat ; à la difficulté véritable, à rexplication de cette contradiction apparente : le désir de la paix el le rejet des conditioiiB de la paix.

Oui, nous désirons la paix, mais les conditions qui y ont été mises jusqu'ici nons blessent Gonaneat sortir de là ? £n essayant de réaliser la paix avec des conditions diffé^ rentes.

U ne me sera pas difficile de démontrer que celle dont je idens de donner un aperçu

ménage les justes susceptibilités de l'honneur ficançais, toat en assurant à rAllemagne les gvantieB qn'dle poursuit, qui «mt le seul

bat avoué et» je le croîs aussi, le seol bot léd de sa pendstance à combattre.

Il y a un verre grossissant au travers duquel nous voyons toutes choses. Ce verre, c'est llndigoation un peu factice que Fidée de conquête soulève parmi nous, depuis qu'au lieu de conquérir, nous courons le risque d'être conquis.

Je n'aime pas la conquête et je dirai pourquoi. Non- seulement elle me blesse comme principe, mais dans son application à TAlsace et à la Lorraine elle me blesse doublement Ce n*est pas que l'honneur de la France soit d'une qualité particulière, c'est qu'il y a réellement un lien particulier entre ces provinces et nous. ËUes Tiennent de combattre et de soufirir, leur attachement s'est fortifié par la souffrance même ; il est en quelque sorte impossible d'acheter la paix, si nécessaire qu'elle soit, en livrant ces fidèles compatriotes à une domination qu'ils repoussent.

Voil& ce que je pense de l'abandon proprement dit; maïs la création d'une Alsace indépendante est loin d'avoir le me me caractère. U suffit pour s'en assurer de réduire à leurs justes proportions les idées que nous nous

faisons sur le droit de conqaôte. Envisageons le si^et de sang-froid.

L'abolition du droit de conquête sera Tun des plus beau fruits de Tesprit de paix et de Hberté. Aussi les amis de la paix et de la liberté (ces deux causes étroitemeut unies) sont-ils au fond les seuls adversaires sérieux du droit de conquête.

Comme amis de la paix, nous maudissons im usage qui n'a cessé, depuis que le monde existe, d'exciter les passions guerrières. SU est vrai que la conquête peut être quelquefois le châtiment d'une agression injuste, il est bien plus vrai encore qu'elle constitue la tentation perpétuelle sans laquelle les agressions injustes seraient bien plus rares.

Comme amis de la liberté, nous réprouvons énergiquement un usage en vertu duquel les populations sont Tendues comme on vendrait des troupeaux. Nous respectons trop l'âme humaine pour admettre qu'il soit loisible d'en disposer ainsi. Cela était bon pour l'époque paXenne, cda était bon pour le moyen ftge; donner des peuples par échange, par testament, par contrat de mariage, enfin par con-

quête, lyoater ou letrancher cent mille ftnies, an million d^ftmes à tel Etat, cela était bon

pour ces temps d'obscurité et de tyrannie que l'esprit moderne, je Tespère, a déiinitivement remplacés.

Mais sile droit de conquête doit disparal* tre, je ne vois pas en vertu de quel motifnous imposerions à TAUemagne le devoir dlnaor gurer ce progrès, qui n% encore été réalisé par personne. Je vois encore moins sous quel prétexte nous nous indignerions de ce qu'elle ne d;Onne pas la première cet exemple, nonsqm sommes partis pour Berlin, et qui, arrivés là, après une série de victoires, ne serions certes pas revenus sans annexer les provincies rhénanes.

On le voit, je ne conteste pas que la conquête ne soit contraire an droit; mais qu'estce que la guerre, sinon la négation du droit et son remplacement par la force? Tâchons d'abolit la guerre, ne nous flattons pas trop dePadoucir.

A ce premier aveu ne craignons pas d'en joindre un autre : certaines conquêtes semblent tellement nécessaires, qu*oii parvient

Oigitized

malaiflément à se persuader qu'elles ne se felont pas t6t ou tard, en yertu de la force même des chosea Gomprenez-^oos la France

respectant à tout jamais les enclaves qui brisaient son unité il y a quelques siècles, la France sans la Normandie et sans le Poitou?

Gomprenez-yous la Prusse se résignant à être coupée en deux par le Hanovre, Tltalie renonçant à relier le nord au sud par Fanneiion des Etats Eomains, FËspagne se di- ' sant qn^elle ne possédera jamais Gibraltar ? Faisons un pas de plus, et nous nous trouverons sur ce terrain de la vérité qull ne fiint jamais quitter si Ton veut juger avec bon sens. Le droit de conquête a été exercé par toutes les puissances sans exception jusqu'à ces derniers temps. Le scandale qu'il excite est de fratclie date. Nous avons conquis l'Algérie et la Cochinchine, et nous ne nous sommes guère inquiétés, que je sache, de la violence que nous faisions aux sentiments des populations. H est vrai que c'étaient des Arabes et des Cochinchinois ; mais j'ai la faiblesse de considérer les Arabes comme des hommes, et je pense môme (passez-moi ce paradoxe) que les Cochinchinois ont une &me, qu'ils ont une patrie, et qu'en disposant

d'eux en Tertu de la force, on froisse des sentiments dignes de respect

Au reste, il y a mieux que cela. Une grande république que nous aimons tous et qui marche en bien des choses à Tavant-garde de la ciyilisation, la république des Etats-Unis, s'est fait céder de vastes provinces, après Fexpédition du Mexique; elle s'est annexé les populations sans les consulter, et nous nVmns pas songé à nous scandaliser alors.

Nous ne nous sommes pas émus davantage lorsque les Etats-Unis ont négocié Tachât de rAmérique russe, celui de la baie de Sanuma à St-Domingue, celui des îles danoises.

Ce n'est pas tout : l'Europe entière, dans un traité solennel signé à Paris il n'y a pas quinze ans, a stipulé la cession d'une portion de la Bessarabie. L'idée de s'informer des sentiments d'une population tt ansierée purement et simj^ement de la patrie russe à la patrie turque, cette idée n'est venue à personne.

Ne forçons aucun principe et méfions-nous des exagérations violentes dont le seul résultat aigourdliui est de roidre la paix impossible, en rendant suspectes à nos yeux les propositions mêmes les plus modérées. Si la volonté des populations devrait être respectée

aussi strictement qu'on le réclame, le droit de conquête devrait être remplacé par le droit de séparation. L'Angleterre retient Tirlande contre la minorité des Irlandais. Qaand les Etats du Sud ont voulu se séparer du Nord en Amérique, nous avons applaudi Lincoln réduisant par la force cette révolte et obligeant une contrée immense à rester malgré elle dans T Union. J'ajoute que le droit de séparation, cette ti'aduction exacte du principe absolu enmatière de consentement Ubre, aorait pour résaltat ranarcMe en permar nence dans toutes les contrées du globe.

Une dernière remarque, pour écarter une dernière réclamation. Dans notre indignation récente ccmtre le drMt de conquête, sans le* quel notre pays serait encore l'Ile de France ou peu s'en faut, nous avons instinctivement cherché un moyen honnête de concilier les annexions avec les principes. Le vote des populations nous a paru être ce moyen.

Je ne voudrais pas plus m'élever contre le vote des populations, quand il est vrai, que justifier en lui-même le droit de conquête ; mais soyons sincères et voyons les choses telles qu'elles sont. Dans la pratique ordinaire, le vote des populations n^est qu'un

mensonge, une comédie, Pacte le plus révoltant du pharisaïsme politique.

Il ressemble singulièrement au plébiscite :

comme loi, il accorde à un peuple la liberté de choisir entre deux portes, dont l'une est ouverte et l'autre fermée. Un plébiscite bien posé, c'est la nécessité presque absolue de répondre oui; un vote des populations bien organisé, c'est la nécessité non moins évidente de consentir.

Une guerre terrible vient de se terminer ; la cession d'une province est la condition principale du traité de paix ; ce traité est signé ; la province est abandonnée par son ancienne patrie, sous la seule réserve d'un vote de consentement Que se passe-t-fl aknrs? Comment la question du vote se formule-t^ elle pour ceux qui doivent y prendre part ?

£n quoi consiste la liberté qu'on se donne les airs de leur accorder d'une Cnçon si large et si généreuse ? Ils savent que le fait est accompli, que le traité ne peut être modiûé dans son article fondamental. La guerre serait à recommencer, et il est inadmissible qu'elle recommence par leur fait. Ils voient très-clairement qu'on a compté sur leur adhésion, que le changement territorial est ré-

BOlu. CGmineDt ^refiiaer ce qui est devenu indispeiiBabte? Les plus courageux s'abstieu-

nent de voter; tous se disent qu'émettre un vote contraire, c'est se signaler soi-même à la maWeiUance de radministratiOD, sans aucune chance d'empêcher une annexion qui est deux fois décidée, par la guerre d'abord, ensuite par le traité de paix.

Nous Youdiions bien nous persuader à nous-mêmes que nos conquêtes à nous ne sont pas des conquêtes, que nos conquêtes sont des annexions. Jusqu'à quand nous paierons-nous de mensonges ? La conquête sous sa finrme nouvelle serait plus odieuse parfois qu'elle ne l'était sous sa forme ancienne ; il ne lui manquait que de se faire hypocrite!

Nous avons vu le vote des populations fonctionner solennellement au Mexique : l'unanimité, ou peu s'en faut, a élu l'infortuné Uaximilien; quelques mois plus tard, la même unanimité sanctionnait l'autorité de Juarès. Si les populations des provinces rhénanes étaient consultées aujourd'hui, elles repousseraient en masse Pannexion à la France ; mais, supposé que la guerre eût eu le succès auquel on s'était attendu, que notre

armée Yictorieiue fût entrée à Berlin et qaV près aTOir répanda des torrents de sang^ noos enssicnis rapporté pour prix de nos triomphes un traité stipulant la cession de ces proviaces, qui s'imaginera jamais qu'en les consultant pour la forme, nous n'enssioiis pas eu la pleine certitude qu'eUes voteraient convenablement, et que le fruit de tant de iMitailles ne nous serait pas retiré par un scrutin?

Après toute guerre, il est évident que les choses se passent ainsi. Je crois qu'elles ne se passeraient pas différemment, dans le cas même où le traité n'aunût pas été précédé par la guerre. Lorsque nous réclamions avec tant d'instance une compensation, une rectification de frontières, un petit territoire, le district de Saarbruck par exemple, nous comptions fermement sur le vote favorable des populations, tout en sachant à merveille qu'elles ne souhaitaient pas d*étre françaises.

Il n'était pas inutile de considérer d'un pea près ce droit de conquête, que nous condamnons tous et dont je m'efforce aujourd'hui môme d'écarter l'application. Bien qu'en le combattant, nous ne saurions être trop en garde contre des exagérations qui enveniment tout Tant que nous tmons dans la prétention de conquérir l'Alsace et la Lorraine une manifestation de méchanceté insultante et féroce digne des barbares du Nord, un procédé sans précédents, une injure réservée à la France seule, nous serons hors d'état d'apprécier à sa juste valeur cette forme de cession qui s'appelle la neutralité.

Il faut du calme pour juger de notre situation, pour en accepter les conséquences, pour fûre courageusement et en temps utile

le très-grand sacriâce qui seul peut nous

préBemr d'an Bacrifice bien plus dontou-

reux.

Le sacrifice est immense, je le répète ; mais dn moins l'honneiir est sauf; nous ne

sacrifions que nous. Il ne s^agit plus de livrer à une domination étrangère des compatriotes dévoués qui viennent de soufiErir pour nous. En même temps, nous évitons cet énorme déplacement de forces qui se produirait, si la perte de la Lorraine s'ajoutait à celle de TAlsaoe, surtout si les provinces arrachées à la France étaient ajoutées à l'Allemagne ; si celle- ci s'installait défioltivement à Strasbourg, à Belfort, à Metz et dans tous les passages des Vosges.

n est vrai qu^avec le système de l'Alsace neutre, les places fortes sont démolies, c'est une perte pour nous, ce - n'est pas un gain pour les Allemands. J'ose affirmer en outre que la perte n'est pas très- grande : le temps des forteresses semble passé ; c'est comme un reste de féodalité qui s'écroule. Les populations aujourd'hui ne restent plus groupées dans l'enceinte crénelée d'une ville ou sous la protection d'un château seigneurial ; d'ail* leurs» les terribles engins dont on dispose rendent impuissante» après quelques semai-

nés, la résistance des murailles. On a bien vu pendant cette campagne à quel point sont bibles les semées rendus par les meilleurs retranchements. Metzlni-méme n'a retenu devant ses remparts qu'une année égale à celle qui s'y trouvait renfermée.

La transactioa que nous recommandons ici n'est pas seulement honorable, elle n'est pas seulement propre à empêcher Taffaiblissement excessif de la France ; elle lui offre une oonsolation réelle, une joie qui se mêlera à ses douleurs. C'est quelque chose d'enfanter ainsi un pays libre. Quand TAugleterre dut renoncer à ses colonies américaines, les Anglais amis de la liberté surent se réjouir de cette pensée : il y a un pays indépendant de plus ici' bas, les Etats-Unis sont nés.

C'est précisément parce que l'Alsace n'est pas la première province venue, parce qu'elle se rattache à nous par un lien qui n'est pas un lien ordinaire, parce que nous sacrifions plus en la perdant qu'on ne sacrifie dans la plupart des cessions territoriales, c'est pour cela que nous devons n'épargner aucun effort afin de stipuler pour elle la liberté. Savoir fiûre la part du feu, je ne connais pas d'autre moyen d'arrêter certains incendies.

M. Jules Fa^re semUait avoir oon^iiris

cette vérité: tout le monde a remarqué son discours adressé aux maires de Paris, le pro-

^ gramme du gouYeinaneot ne repaialt quV vecune modification rignificative: < Noos ne céderons pas un pouce de notre territoire, > mais nous ne parlons plus des pierres de nos fcHTteresses.

Et comment en parler? EUes wnt aux mains de Tennemi. La possession est un fait, on ne peut éviter d'en tenir compte.

Si rennemi a dans ses mains nos forteresses, il a aussi dans ses mains une grande partie de nos armées. Obtenir la restitution

• de 300 mille prisonniers» c'est un avantage qui se paie et en échange duquel nous watmes tenus de fournir un équivalent

En somme, traiter sur le pied de l'Alsace neutre et du démantèlement, ce serait obtenir une paix telle qu^ueun pays dans notre situation n'en a signé d'aussi favorable.

Je sais bien ce qui empêche d'accueillir l'idée d'une paix semblable: onnecessede nous répéter depuis quelque temps que nous ne pouvons tomber plus bas. Au pis-aller, s'écrie-t-on, nous nous trouverons plus tard

dans k sitoation ùà me BoauneB aqiolir*

d'hui.

£rreur. Notre sitoation peut devenir bien plus déplorable. Sans parler des ma dlioiii- DM (il parait que cela ne oompte pas) ; sans parler des désastres qui peuvent s^ajouter à nos désastres, des misères qui peuvent s'ajouter à nos misères, les conditioiis de la paix risqneaMe devenir beaucoup plus écrasaa* tes. Je ne parle pas seulement de la contribution de guerre dont le total monte chaque jour; je parle des antres bases delà paix.

Elles se sont déjà aggravées, elles continueront à s'aggraver. Après Sedan, nous pouvions traiter peut-être sur la base du démantèlement, aiqourdliui nous pouvons traiter peut-être sur la base du démantèlement et de TAisace neutre; plus tard on réclamera décidément rammion des provinces; plus tard encore cette auMikm cessera d'être suffisante.

Mais, dit-on, la guerre à outrance nous réserve des cbaaees nouvdles; nous lasserons et bous épuismns l^emiemi ; nous Peu-

traînerons si loin, que ses communications deviendront impossibles à garder; nous le finrceions à combattre si UmgtempSi que le

déflespoir aaisîra ces pères de âuniUe et que

ces armées fondront pea à peu sous Faction des intempéries et sous le feu des francstireurs ; enfin nous perpétuerons tellement la lutte qu^un succès de nos armes on une complication diplomatique viendront changer subitement les rôles.

Tel est le plan qu'on oppose aux partisans de la paix. Ne nous a-t-on pas représenté ce gouvernement nomade, insaisissable, que Tarmée allemande devra poursuivre de Tours àBordeaux, de Bordeaux à Alger?

Les Allemands, quoiqu'ils ne nous mettent guère dans la confidence de leurs projets, en ont assez dit pour nous faire comprendre qu'lils suivnmt leurs plans et non les nôtres et qu'ils ne voyageront à notre suite qvfmtant que cela sera conforme à leurs intérêts.

Us ont tenu à prendre Paris, persuadés que les luttes sérieuses avec la France ne se terminent que là. S'ils parviennent à prendre Paris, tout annonce qu'ils n'iront pas beaucoup plus loin. Après avoir fait sauter les fortifications de la capitale, ils retourneront tranquillement chez eux et licencieront leurs landwehrs. Ne pouvant traiter, ils se contenteront de posséder ; ils borneront leur oc-

eapation aux cinq OU six départements destinés par eux à leur servir de gages, afin de négocier la paix et d'obtenir la cession régulière de l'Alsace et de la Lorraine qu&ud le moment en sera venu.

Ceux qui chez nous repoussent toute transaction padâque et organisent la guerre à outrance devraient bien se demander si TAllemagneapris l'engagement de les suivre sur ce terrain. •

N'est-il pas cent fois plus probable qu'après avoir diminué son armée elle ira nous attendre dans le quadrilatère des Vosges, de Metz, de Strasbourg et de Beifort V Derrière ces places et tant d'autres que je ne nomme pas, elle pourrait patienter, sachant à merveille que les levées en masse ne fourniront pas une armée capable d'attaquer de semblables positions et .dç recommencer la guerre offensive dans des conditions beaucoup plus mauvaises que celles du mois de juillet. La guerre de guérillas tomberait d'elle-même lorsqu'il n'y aurait plus de détachements à attaquer et de communications à interrompre. Nous nous demanderions bientôt si le plus urgent n'est pas de^ délivrer par un traité de paix nos prisonniers retenus en Al-

gages. ■

Tel sera le sort probable du projet de guerre à ontraDoe. Et franchemeat, s'est* on rendu compte des censéquenoes qu'entrât* nerait cette guerre-là, si rAllemagne était assez complaisante pour nous fournir le mogm de la faire ?

Déjà quelques arrêtés de préfets permettent d'en juger. Les déTastations deviendront inutiles, car nous ravagerons la France de nos pN^res mains. Ou a pris la peine de nous traduire en langage vulgaire cette phrase officielle : < Faire le vide devant l'ennemi. » Gela veut dire brûler les blés, les fourrages, tout ce que nous ne pourrons pas en^orter.

Nous avions d^ la funine en perspective pour l'année prochaine; nous voilà sûrs de la famine pour plusieurs années.

Laissons, je le veox bien, les dévastations et les batailles, laissons les réquisitions, laissons les souffrances inénarables qui iront en s'accumnlant; ce n'est encore rien; et la guerre à outrance» dimt on pranonoe si légè^

Mnait le noait noitt résenre de bien antm

malheurs.

Cette gaerre-là, c'est la guerre féroce^ c'est oeUe qui eidte jusqu'à l'exaltation tons les sentiments haineux et diaboliques du cœur.

Nous sommes déjà entrain de nous endurcir, c'est-à-dire d'empirer, de reculer sur le chemin de la dyiUsation; que sorspce lonqne nous serons entrés en plein dans les mœurs de la guerre de partisans ? Les représailles appdlent les représailles; on se met de part et diantre à fosOler les prisonniers; l'habitude de verser le sang finit par produire la soif du sang. Malheur au pajs qui passe par là 1 £n dépit des dévonements patriotiques etdes yaillances individuelles, il doTient incapable de rentrer dans les voies régulières et de pratiquer la liberté.

Encore si le succès était probable! Mais il y a dePenCuitillage à essayer aiqoufdliui un renouvellement de 92 et par-dessus le marché une copie de l'Ëspagne de 1808. On ne refiut pas l'histoire: nous ne nous redonne- I0DS pas à volonté cette première tamoeence et cette première ferveur de la passion révolutionnaire qui animait nos pères de 1792, dans leurs Inttescontre l'étaranger; nous ne

retraaTOonfl ni PAan, ni \m armées, ni les

généraux d'alors ; nous retrouverons encore moins devant nous les troupes prussiennes de cette époque, leur tactique vieilKe et leurs cbefe incapables. Quant à TËspagne de 1808, il nous manque, grâce à Dieu, bien des chosespoor loi ressembler; il nous manque en outre une armée anglaise et an Welling^ ton, sans lesquels le soulèvement de l'Espagne serait resté impuissant.

Un antre intérêt français, et un intérêt de premier ordre, se trouve -engagé dans la question que nous débattons aujourd'hui. Il sera permis à un vieux libéral de pousser un cri d'alarme, an nom de la liberté plus sérieusement menacée peut-être qu'elle ne le fut ja« mais chez nous.

La guerre prolongée c'est la guerre à outrance, et la gnene à outrance, c'est la "^révolution à outrance, c'est le désordre à outrance. C'est, en ôn de compte, le despotisme à outrance. An sortir de là, on cbercbe un abri quel qu'il soit;, une dictature, une tyrannie,

qui sait? Une restauration impériale. Ea France tout arrive, comme vous savez.

«Tadiiare les amis de la liberté d'y prendre garde: nous TeDons de mettre les pieds sur une route bien connue, trop connue, sur celle qui conduit au despotisme d'en haut, après avoir passé par le despotisnae d'en bas. Parcourir une fèis de plus ce chemin, ce serait discréditer à tout jamais la liberté dont Tanarchie a grand soin d'emprunter et de profimer le nom. D^à nons commençons àdésapprendrecepeu de liberté que nous savicms!

Laissez faire la guerre de partisans, elle nous donnera, vous pouvez m'en croire, une belle éducation constitutionnelle! Elle nous en«seignera Tobéissance anx lois, la pratique du droit et le respect de la justice ! Elle nous donnera l'habitude et le goût des vrais progrès ! Elle nous apportera ces mœurs austères et dignes, ce gouvernement de soi, cette indépendance individuelle et locale, cette résistance à l'arbitraire qui font les peuples libres!

Que les champions de la république y soient attentifs : la conclusion d'une paix prochaine et honorable est sa seule chance de saint en France. Si, en chraxhant i copier VSask hé-

ÀA

roVqiie de 92, on nous fidt cnindie laoo^

plus ou moins fidèle du régime révolutionnaire d'alors, si la guerre prolongée remet plus oa moins entre des mains dolentes Tadministration des départements et le gmiYernement du pays, vous verrez la France rurale, qui n'est pas fort républicaine, se lever m beau jour et mettre fin à la répmblk qne.

La république ne durera qu'à la condition de rallier autour d'elle le parti de la li« bertâ, c'est-à-dire le parti de la paix. Noos, libénuiz,noa8 n'ayons point de préfentimi contre la république ; pour peu qu'elle ne signifie pas l'anarchie et la tyrannie, nous la sontiendrons volontifirs. C'est la fonne de gouvernement qui nous divise le moins à l'heure qu'il est ; et que nous importent d'ailleurs, en iB4se des effondrements actuels, les fermes de gouvernement? Ancnn homme éclairé ne repousse la république prise en elle-même; nous ne repoussons que la république sans mœurs républicaines, la république sans répubOeains, la république sans liberté. Pour ce qui me concerne, le nom de république m' effarouche si peu, que je propose en ce moment même d'en créer une. Les

deux pays qiie j'idme le nrienz, après le miflOi

sont deux républiques, la Suisse et les Etats- Unis.

Il faut railxer le plus tôt possible dans les TOies régulières, qui sont aussi les Toies HMrales; il faut en venir à consulter la France, à savoir ce que le pays veut, à marcher avec ensemble vers mi avenir meilieiir. Si la goem se prolonge et s'exaspère, adiea nos chanees de relèvement ! Elles s'en iront avec nos chances de liberté. Le relèvement est une œuvre immense qui ne se passera pomt de la paix.

Sans la paix, je dis plus, sans Papaisement, impossible d'entreprendre ce travail qui est notre unique espérance et dont la pensée fût battre les coeurs patriotes.

Une fois en possession de la paix réelle (et la paix honorable sera la seule réelle), nous pourrons désarmer, économiser, décentraliser, diminuer le gouTemement etaoeroltre la liberté. Nous pourrons nous rendre compte de notre maladie intérieure, remonter aux causes morales, aux causes profondes, des désastres que nous avons subis; nous pourrons faire notre examen de conscience , nous reccmnattre, nous r^^tir, nous réformer, entrer dans des voies meilleures, éviter

ces vieux écueils du latinisme où nous nous sommes tant de fois brisés. Tout cela sera difficile, mais tout cela sera bien beau; j'entrevois, lorsque j'y pense, une grandeur nouvelle qui attend mon pays, une influence nouvelle, et je demande à Dieu de nous épargner la goerreà outrance qui nous rejetterait brutalement vers un tout autre avenir.

Ne nous laissons pas dire qu'en nous résignant à l'indépendance de l'Alsace, nous commençons le démembrement de la France.

Sans avoir la passion de cette unité excessive qui a fait souvent notre force et plus souvent peut-être notre faiblesse^ je suis loin de soubaiter pour la France un fédéralisme impuâisant. Mais c'est précisément la lutte révolutionnaire qui menace de nous pousser dans ce sens-là. Voyez les tentatives de fédération anarcbique qui se sont produites à Touleuse et à Marseille. C'est un symptôme dont on fera bien de tenir compte : pour peu qu'un régime irrégulier et violent se perpétue, pour peu que Tétat de guerre achève de devenir

Fétat de désordre, la Francei oceapée ici par l^ranger, Burezdtée aiUeaiB iMur les passions extrêmes, effrayée plus loin par le retour des pratiques subversiTes, pourrait bien se disloquer.

La perte d^ine proyince n'a jamais tué un grand pays et il serait aisé de montrer, l'histoire à la main, que la Prusse, pour ne parler que d'dle, date sa grandeur de soe amoindrissement : c'est après léna, après la perte d'une grande partie de son territoire, que la Prusse nouTelle est née, que Steina mis la main à son œuvre, qu'on a marehé vers la liberté, qu'on a recueilli les forces nationales, et que les anciens marquis de Brandebourg se sont préparés & devenir empereurs d'Allemagne.

Cet exemple n'est pas le seul et nous en découvririons dans nos propres annales, à l'époque des guerres anglaises, quand la France presque entière et Paris même était occupé par l'ennemi. Non, les défaites n'ont jamais tué que les pays qui mouraient de leur beUemort

Âthènes, vaincue et subjuguée par Sparte n'est pas morte; mais la Grèce corrompue

eitHiorte mm la conquête romune. Rome eUe- même était morte, on peat le dire, morte

par ses vices et par son énervement, avant d'être miae au tombeau par les barbares.

Odoacre et ses HémleBannrâit-ito taé Rome, parluuNurd?

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