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vente des terres, la publication des documents officiels. Administration provinciale et municipale, justice, éducation, religion, tout cela échappe à l'action du gouvernement.
Ainsi, la part de souveraineté que se sont réservée les États est considérable ; la part d'autorité qu'ils ont laissée à l'Union est très restreinte; et le pouvoir exécutif de l'Union est borné, exceptionnel, comme la souveraineté au nom de laquelle il agit.
Si le gouvernement de l'Union est limité par les lois, il ne l'est pas moins par les mœurs, par les habitudes et le goût d'indépendance locale, provinciale : dans la lutte continuelle entre l'Union et les Étals, qui forme le fond de la vie politique américaine, ce sont toujours les Etats qui ont le dernier mot ; qu'il s'agisse des travaux publics, des relations avec les Indiens, de la vente des terres, de la question monétaire ou des tarifs, l'Union ne cesse de reculer devant les États ; et, si quelque chose menace l'avenir de l'Amérique du Noril, c'est la rupture du lien fédéral.
Ainsi, le pouvoir exécutif de l'Union est resserré de toutes parts ; et c'est en ce sens que l'auteur de la Démocratie en Amérique a pu parler à diverses reprises de la « faiblesse » de ce pouvoir. « L'Union,
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dit-il, est une grande république quant à l'étendue; mais on pourrait en quelque sorte l'assimiler à une petite république, à cause du peu d'objets dont s'occupe son gouvernement. Ses actes sont importants, mais ils sont rares. Comme la souveraineté de l'Union est gênée et incomplète, l'usage de cette souveraineté n'est point dangereux pour la liberté. »
Et, au lieu de voir dans ce fait, que le Président et ses ministres peuvent rester aux affaires môme s'ils ne sont plus d'accord avec le Parlement, une preuve de force, il y voit au contraire une marque d'impuissance : c'est parce qu'ils se meuvent dans un cercle étroit qu'ils peuvent, sans grand inconvénient, rester en lutte ouverte avec l'opinion publique et les Chambres pendant la courte durée de la magistrature présidentielle ; on sait que cela ne tire pas à conséquence ; ils ne peuvent pas grand 'chose.
Et maintenant prenez cet exécutif américain, — ce Président, responsable, seulement en cas de crime ou de trahison, devant le Parlement, ces ministres, responsaljles devant lui seul et .soustraits au contrôle des représentants du peuple, — et essayez de transplanter cet exécutif dans notre pays ; exposer les conditions de
l'Exécutif fédéral américain, n'est-ce pas montrer du même coup qu'il n'existe aucune espèce d'analogie entre le gouvernement des États-Unis et le nôtre, et que la Constitution américaine est étroitement liée à la société américaine?
Tandis qu'en Amérique les lois, les mœurs et la nature conspirent à restreindre la puissance executive de l'Union et à rendre inoffensif le pouvoir personnel du Président, en France, au contraire, les lois, les mœurs et la nature conspirent à étendre sans cesse, à pousser au maximum la puissance du gouvernement central. Là-bas, la souveraineté est divisée à Tinfini ; la force des gouvernements locaux et des courants d'opinion vient se briser contre mille corps intermédiaires qui garantissent la liberté et préservent le paj's des révolutions et des coups d'État; ici, la souveraineté est une, compacte; le pouvoir qui agit en son nom s'étend à tout, et, dépassant ses limites normales, pénètre de cent manières dans la gestion des intérêts privés; toutes les parties du pays sont accoutumées à obéir aux mêmes lois ; chaque citoyen, isolé, ne peut opposer que sa faiblesse individuelle à la force irrésistible du gouvernement; la France, organisée en l'an VIII pour le pouvoir absolu
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d'un homme, est demeurée telle, ou à peu près, et n'a de république que le nom ; ou du moins c'est une république entravée d'institutions césariennes. Essayez donc de greffer sur un pays ainsi fait un Président à Taméricaine, c'est-à-dire la créature, l'agent d'un parti vainqueur, doublé de ministres libres d'abuser de leurs droits pendant quatre ans, sans autre recours des représentants du pays que la mise en accusation du Président devant le Sénat (seulement en cas de crime) ; imaginez la nation, le Parlement désarmés en présence des actes arbitraires ou de la politique imprudente de ces commis échappant à tout contrôle et abrités derrière le pouvoir personnel du Président; enfin celui-ci maître absolu de la politique extérieure, de l'armée, et de cette autre armée, l'administration : en vérité, ne serait-ce pas là un despotisme intolérable ?
De plus, un Président indépendant des Chambres ne peut être élu par elles ; et, en effet, les partisans du système américain veulent rendre l'élection du Président au suffrage universel '.
Nous dirons aussi quelques mots sur ce point, et le remarquable ouvrage de M. le duc de