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DISCOURS PRONONCE A NOGENT-LE-ROTROU

le H mars ISffl.

Chers concitoyens et amis , Je ne trouve pas de paroles suffisantes pour vous exprimer les sentiments de reconnaissance dont mon âme est remplie. Si la vie politique est souvent mêlée d'amertumes — et je n'en connais guère de plus grande, pour ma part, que cette difficulté qu'éprouve tout homme public à apparaître au pays tel qu'il est réellement et à ne pas voir ses opinions défigurées par les intérêts subalternes des partis et la fumée grossière des passions, — elle olîre aussi parfois des joies singulièrement hautes et pures : voir s'empresser autour de soi, dans un élan fraternel

de confiance, d'estime et d'affection, ceux qui vous ont vu à l'œuvre pendant longues années, qui ont été les témoins quotidiens de vos efforts et qui sont devenus, en quelque sorte, votre famille intellectuelle, est-il, pour un patriote, plus douce récompense et plus puissant encouragement?

Merci donc à ceux dont l'amitié délicate a conçu l'idée de cette imposante manifestation , à ceux qui ont pris la peine de l'organiser avec tant de grâce et de goût , et à vous tous, cliers amis d'Eure-et-Loir, venus, pour me fêter, de tous les points de l'arrondissement et du département!...

Mais ce qui achève de donner à cette journée un incomparable éclat et son véritable caractère, c'est la présence à Nogent-le-Rotrou d'un grand nombre de députés représentant les diversiis régions de la France et qui, tous, appartiennent aux nouvelles générations parlementaires. Ces hommes, qui sont les compagnons des heures difficiles, ont bien voulu, par une pensée touchante, ajouter à cette fête, dont le souvenir restera pour moi ineffaçable, la suprême douceur de leur amitié. Moi qui sais, pour les voir tous les jours dans la lutte, ce que chacun d'eux met de talent, de science, de noble labeur, d'idées

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généreuses au service de la France, je sens aussi tout le prix d'affections qui sont en même temps, j'ose le dire, la force de notre parti, car nos joies et nos tristesses sont communes, et le succès de l'un est la victoire de tous.

Et maintenant, que mon éminent ami Poincaré me permette de lui dire combien je suis ému des paroles beaucoup trop bienveillantes que lui a inspirées son amitié pour moi et combien nous lui sommes tous reconnaissants du beau discours qu'il vient de prononcer devant nous et qui aura dans tout le pays un profond retentissement. Nulle parole, en France, à cette heure, n'a plus d'autorité que la sienne. Il a eu cette rare fortune, à l'âge où tant d'autres débutent dans la vie parlementaire, de subir à trois reprises l'épreuve du pouvoir, comme ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-arts et comme ministre des finances, et d'en sortir chaque fois grandi. Paraît-il à la tribune, la majorité se sent en confiance et l'opposition inquiète, car l'une et l'autre admirent la précision, la souplesse et la force de cette fine lame, ce jeu sobre et serré, celte escrime redoutable, aux adroites ripostes, aux étincelantcs parades, ces coups portés toujours juste, d'une main sûre, au point sensible. Il est une de nos

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plus grandes forces, il est une des plus hautes espérances de la République.

Le remarquable discours que nous venons d'entendre est un nouvel indice de la transformation qui s'opère à cette heure dans les idées politiques de la France.

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