‹ La République parthénopéenneChapitre 10 sur 31 · Réduire à dix mille le nombre des soldats napolitains · texte numérisé non relu

Réduire à dix mille le nombre des soldats napolitains

4.° Remettre au pouvoir des Français tous les ports du royaume pour y faire respecter la neutralité si honteusement violée.

La note du Directoire qui contenait ces demandes demeura sans réponse de la part du cabinet de Naplcs; les arméniens furent accélérés ; l'initiative de la guerre fut arrêtée dans le conseil de la reine ^ et les passeports demandés par l'ambassadeur français, Lacombe - Saint- Michel , lui furent d'abord refusés.

Mais cette guerre , qu on n'hésitait pas à affronter, devait-elle du moins être faite loyalement, armée contre armée ? Non! le poignard du fanatisme allait briller dans toute l'Italie ; les émissaires de la cour de Naples venaient de la parcourir dans tous les sens, pour y conseiller le meurtre, l'assassinat, etle prince Pignatelli,

un des ministres du roi de Naples , écrivait en son nom la lettre suivante au comte de Priona, ministre du roi de Sardaigne :

« La providence est fatiguée de favoriser les » crimes , et la cause des rois ne sera plus » flétrie par les rigueurs de la bizarre fortune. » La bataille d'Aboukir doit être le signal du » réveil énergique de l'Europe, et la nation » anglaise jouit d'une gloire à laquelle auraient » pu aspirer certaines puissances , si l'intérêt » particulier n'avait pas prévalu sur l'intérêt gé- » néral du continent. Nous pouvons dire que » sir Georges Nelson a dissipé ce charme qui » semblait avoir subjugué tous les peuples ; il » semble que, même en vous écrivant, j'en- » tends ce murmure léger qui circule sur tous » les points de l'Europe, pour apprendre à » chacun qu'avec de la prudence et du courage » il peut contribuer à la ruine de ce gouverne- » ment régicide, le fléau des rois et l'oppres- » seur des peuples !

» Je vous répéterai ,, monsieur le Comte , ce » que sir Nelson a dit lui-même au roi mon » maître , lorsque sa majesté daigna descendre » à bord de l'amiral anglais. Sire, un gouver- » nement révolutionnaire est un torrent grossi , » pour ainsi dire, de tous les crimes de l'au-

» dace; mais lorsqu'il trouve une digue dans » son débordement^ ses eaux stagnantes se des- » sèchent dans les immenses prairies qu'il a » couvertes de ses inondations , et retiré bien- )> tôt dans son ancien lit ^ il n'est plus qu'un » faible ruisseau comme il était avant. Oui , » monsieur le comte , vous pouvez être con- » vaincu que la nation française a fini son rôle » chevaleresque , que la chute éclatante de sa » puissance maritime doit nécessairement en- » traîner sa décadence continentale. L'Anglais » nous donne un exemple auquel doivent se » rallier tous les gouvernemens ; il vient de » frapper le pied d'argile de ce colosse , et le » colosse est ébranlé.

» Vous pouvez assurer Sa Majesté Sarde , que » les nouvelles les plus heureuses viennent de » nous arriver de Berlin : je ne vous appren- » drai pas cependant que cette cour accède à la « coalition , l'influence française y domine tou- » jours , et l'incertude du cabinet de Berlin » paraît se communiquer à celui de Vienne ; » mais de grands événemens décideront ces » deux puissances , et ces événemens définitifs » s'élaborent en quelque sorte dans le vaste gé- )> nie du prince Repnin. Je n'ai pas besoin de » vous faire observer que derrière Repnin vous

» devez apercevoir le puissant empire des » Russies, la Porte Ottomane et toutes les » forces de la Grande-Bretagne. L'ambassa- » deur russe mande à monsieur le chevalier » Acton qu'il ne peut rien sur l'esprit de Fré- » déric , qu'il renonce même au projet d'arra- » cher la cour de Vienne à son système d'une » timide temporisation ; mais que si Naples se » déclare, et si, dans le Piémont, vous conti- » niiez à creuser, dans le silence dune pru- » dente circonspection , le tombeau des Fran- )) çais j alors il répond d'une grande révolu- )) tion dans le système de l'Europe , et qu'une » fois la campagne commencée, elle ne se ter- » minera pas sans amener des changemens » auxquels on est loin de s'attendre.

» A la réception de ces dépêches, il s'est » tenu un conseil secret dans le cahinet aux » livres de la reine. Le chevalier Acton a déve- » loppé , avec cette dialectique éloquente )) que même ses ennemis privés admirent en » lui , toutes les chances qui semblent assurer » le succès de la coalition ; il a fait valoir la » triple alliance du Nord, comme nous proté- » géant par une masse de forces qui peut nous » faire hasarder l'offensive avec la plus entière » sécurité. Brûlons une seule amorce } a-t-il

» souvent répété, le congrès de Rastadt est » aussitôt dissout, les armées impériales dlta- » lie et d'Allemagne s'ébranlent : si la Prusse » reste neutre , au moins fera-t-elle payer chè- » renient à la France sa neutralité. C'est sur la » position militaire des républicains dans la » Lombardie , 1 Etat ecclésiastique et le Pié- » mont, que le ministre se confie , avec la plus » entière assurance , pour le succès définitif de » cette campagne. Je crois remplir les inten- » tions du roi mon maître en vous assurant , » monsieur le comte, que la délivrance de II- » talie tient en ce moment à l'intérêt que Sa » Majesté Sarde voudra prendre pour la cause » de ses amis communs. Notre contrée peut » devenir encore le tombeau de la nation fran- » çaisc , si les Piémontais , courageux au milieu » des fers pesans dont le peuple régicide les » accable , conspirent dans le silence de la ser- » vitude la mort de leurs tyrans.

» Nous savons ici que des membres du con- » seil du roi votre maître, circonspects jusqu'à » la timidité , reculent d'horreur à la seule idée w du parjure et de l'assassinat, comme si le m traité d'alliance qui lie Sa Majesté Sarde au » gouvernement français pouvait être un titre » politique que l'on doive respecter. La force

» oppressive du vainqueur ne la-t-elle pas » dicté ! ne lavez-vous pas accepté pour plier » sous la dure nécessité des plus malheureuses » circonstances ? Mais de tels traités sont des » injures dont on se venge en les violant à » la première occasion favorable qui se pré- » sente (*). Comment, en présence d'un roi pri- » sonnier dans sa capitale, environné de baïon- » nettes , appeler assassinats le massacre partiel » des soldats de vos tyrans ! La faiblesse n'a » donc pas des ressources légitimes contre la » force oppressive ? Parce que l'ennemi entre- » lace vos chaînes des rameaux d'une paix flé- » trissante, est-ce un crime que de l'en écraser ?

» D'après l'axiome des républicains , le bai- » ser fraternel qu'un tyran veut recevoir d'eux » doit être un coup mortel qu'on dirige contre » son sein ; et , pour parler à la française , Bru- » tus poignarda César qui l'embrassait , en l'ap- » pelant son fds .

» Oui , monsieur le comte , Sa Majesté Sarde » sans armées, sans places fortes , se trouvant » même environnée de bataillons républicains ,

(*) Voici toute la politique du cabinet des Deux-Siciles : le parjure, le manque de foi. En 1799, comme en 1826, le parjure était une action généreuse!

» peut encore aspirer à la gloire de sauver VI- » talie.

» Les troupes françaises sont éparses dans » le Piémont, sur la foi des traités ; il faut » exalter le patriotisme piémontaisjusqu'au » sentiment du plus effervescent enthousiasme , » et que chaque habitant aspire ainsi à l'hon- » neur d'étendre à ses pieds un des ennemis » de son pays. Ces massacres partiels seront » plus décisifs pour le Piémont qu'une bataille » rangée , et jamais la juste postérité ne flé- » frira du nom d'assassinats les actes énergi- » ques de tout un peuple qui marche sur les » cadavres de ses oppresseurs , à la conquête )) de sa liberté !

» J'espère, monsieur le comte, que vous » ferez valoir ces considérations puissantes » dans le conseil de Sa Majesté Sarde. »

Signé } prince François Pignatelli (*).

Un tel document révèle suffisamment à la postérité d'où partirent ces trames occultes, ces complots horribles, ces assassinats multipliés qu'on n'a pas craint de citer alors, et de-

(*) Lettre du 2 octobre 1798 au comte de Priocca , ministre de Sa Majesté Sarde, et gouverneur de Turin.

puis comme le résultat du caractère italien. Qu'on le dise maintenant , les véritables sicaires, était-ce le peuple italien ou les hommes dépravés qui le tenaient sous le joug? était-ce le peuple italien ou la cour de Naples, cette infâme officine, où s'arrêtaient froidement les meurtres qui remplirent bientôt toute l'Italie?

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