‹ La République parthénopéenneChapitre 9 sur 31 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Intrigues de la cour de Naples. — Prépondérance absolue des Anglais sur ce cabinet.' — République romaine. — Expédition d'Egypte. — Violation du traité de Campo-Foi inio. — Massacres dei Français dans les ports de la Sicile. — Bataille d'Aboukir, son influence sur les destins de l'Europe. — Joie de la reine. — Accueil magnifique de Nelson à Naples, — La guerre contre la France est décidée dans le conseil de la reine. — Projets sinistres contre les Francai*.

La paix deCampo-Formio imposée à la cour de Naples par les victoires des Français en Italie, ne pouvait être^, pour la reine Caroline, ni sincère , ni durable: non seulement elle intriguait dans les cabinets de \ienne et de St.-Pétersbourg, mais, entièrement dévouée à l'Angleterre, elle préparait en secret les voies à une

(68) plus formidable coalition contre la France et la liberté.

Le ministre Acton , le vieux Hamilton, ambassadeur de la Grande-Bretagne , sa femme Emma-Lyona , la ci-devant Phrinée romaine 9 et tous ceux qui portaient haine à la France , environnaient Caroline et employaient toutes les ressources de la ruse , de la séduction , de l'intrigue, pour nourrir et accroître ses ressentimens contre la république française.

La présence d'un ambassadeur républicain à Naples avait excité dès le commencement dans cette cour autant de méfiance que d'horreur ; on l'avait entouré d'espions^ on le voyait avec G; !ain. Plus tard, grâce à sa loyauté, on avait commencé à l'écouter , mais la Camarilla anglaise avait triomphé et l'ambassadeur Garât était devenu l'objet du mépris et de toute la colère de Caroline.

Ce n'est point à l'esprit de parti que nous empruntons tous ces tristes détails. En portant nos regards sur cette période du passé , nous abdiquons toutes nos passions politiques du moment. Nous voulons que notre voix soit vraie comme celle de l'histoire, et c'est à ses sources les plus authentiques que nous puisons nos preuves.

Voici comment, en 1 an 7 et devant le directoire de la république française , le ministre de la guerre de cette époque s'exprimait sur la cour de Naples :

« L'histoire , en retraçant les extravagances o politiques, offrira sans doute celles que la cour a de Naples a commises comme une effrayante » leçon pour les rois : ni le sentiment de sa » faiblesse, ni l'expérience de ses forces , rien » n'a arrêté cette cour aveugle. La lutine d une » femme, les plans dun étranger, l'or anglais: » voilà son mobile et ses ressources (*) .

A ces paroles significatives, répondent celles de Garât, jadis ambassadeur auprès de la cour des deux Siciles : « Arrivé à Naples, dit-il (de- » vant le conseil des cinq-cents), je fus entouré » despions ; ils me suivaient à pied, à cheval , )> en voiture; mais ma loyauté, commençait à » en imposer a la cour; déjà on commençait )) àm'écouter; déjà j'avais obtenu l'élargisse- » ment d'un grand nombre de détenus, entassés » dans les cachots parce qu7/,y étaient soupçon- » nés d aimer nos principes révolutionnaires ;

(*) Discours du ministre Je la guerre au directoire, V. le Moniteur du 19 ventôse an. n.

(70) )> Déjà des paroles étaient données de part et » d'autre pour un traité de commerce fondé w sur le principe d'une liberté indéfinie, pour » un traité de commerce par conséquent infi- » niment avantageux aux deux peuples, mais » surtout au peuple napolitain qu'on voulait » laisser périr dans une indolence stupide , au » milieu des trésors que la nature et la terre » veulent lui prodiguer. Mais les Anglais , les » conseillers delà reine, ont tout ruiné (*).

A toutes les machinations anglaises, pour augmenter la fureur de Caroline, vint se joindre un nouvel événement. Les armées françaises étaient entrées a Rome pour y tirer vengeance de la mort du général Duphot, assassiné dans le palais même de l'ambassadeur français. Le gouvernement du pape, ce monstreux pouvoir du moyen Age, ce centre ou convergent toutes les misères de l'Italie (**) était renversé j la république romaine avait été proclamée , les sept collines de la ville éternelle, après tant de siècles, avaient résonné de nouveau du cri de liberté j et aux chants des moines , au son des cloches ,

(*) Discours au conseil des cinq cents. — Présidence de Garât. — Moniteur du 26 plwiésc an 7.

(**) Machiavelli Storie.

à la fumée de l'encensoir, avaient succédé les hymnes républicains, le roulement des tambours et le bruit du canon.

La république ainsi était aux portes de Naples, et pour empêcher tout contact, pour céder aux instances des Anglais , la reine faisait doubler ses bataillons , établir des camps à St.- Germano , ne dissimulant plus sa haine contre les Français et son désir de violer la foi des traités et de saisir la première occasion pour recommencer la guerre.

Au milieu de ces dispositions de la cour de Naples, la flotte française dirigée par ce chef aventureux que F Arabe saluait du nom de Sultan du Feu , entrait à Malte et de là voguait sur ces rivages jadis illustrés par Alexandre, Pompée et César.

L'étoile de Bonaparte l'avait fait échapper à la vigilance des Anglais. Nelson avait consommé ses provisions, en attendant dans ia Méditerranée l'escadre qui déjà avait atteint les côtes de l'Egypte.

Si la corn' de jXaples, dans un tel état de choses, fidèle aux conditions du traité de Campo-Formio (*) , avait, comme elle le devait, fermé ses

(*J Voici l'article 3g* traité : «S. M. le roi des Deiu-

( 72) S]Jod aux vaisseaux de la Grande-Bretagne, peut-on prévoir ce qui serait arrivé ? Nelson , obligé pour se ravitailler d'abandonner la Méditerranée , n'aurait point gagné la fameuse bataille d'Aboukir, et les destins du monde étaient changés.

Mais Nelson était maître d'Acton, de Caroline et du royaume de Naples : les ports de la Sicile accueillirent ses onze vaisseaux , et les commandans des places de Syracuse et d'Augusta s'empressèrent de leur fournir des vivres., des munitions, et toute espèce de secours.

Tandis qu'on agissait ainsi envers les Anglais ,

» Siciles , vis-à-vis de toutes les puissances belligérantes , •» s'engage à interdire indistinctement l'accès dans ses » ports à tous vaisseaux armés en guerre appartenant » auxdites puissances, qui excéderont le nombre de ■ quatre au plus , d'après les règles connues de la susdite » neutralité. Tout approvisionnement de munitions ou » marchandises connues sous le nom de contrebande » leur sera refusé. »

Or, comment cet article a-t-il été observé ? Quarante jours après la stipulation du traité, sept frégates anglaises étaient dans le port de Naples , et le 9 thermidor an VII , les onze vaisseaux de Nelson entrèrent à pleines voiles dans les ports d'Augusta et de Syracuse.

Message du Directoire exécutif au conseil des Cinq-Cents , oA frimaire an VII. — Moniteur du 26 frimaire,

on tenait une tout autre conduite h l'égard des Français. Partout les vaisseaux de la flotte française lurent pour ainsi dire repoussés : bien plus, à Girgente et à Trapani, le sang français coula, malgré l'état de paix , le droit de gens et les devoirs de l'humanité.

« Et si on pense ( est-il écrit dans le mes- » sage du directoire du 24 frimaire ) à la con- » duite qu'a tenue Naples directement avec )) nous; si l'on considère que malgré l'article » 4 du traité qui porte que le roi de Na- )) pies serait tenu d'accorder dans ses ports et » dans ses rades toute sûreté et protection k » tous les vaisseaux français marchands , en » quelque nombre qu ils fussent ^ et à tous les » vaisseaux de guerre qui n'excéderaient pas » le numéro 4 , quelques bàtimens du convoi » de la flotte française ayant été obligés de » mouiller dans les parages de la Sicile , à Tra- » pani , à Girgenti , à Messine , curent lieu des » mouveinens visiblement excités par le gouver- » nement de Naples, et au milieu desquels plu- » sieurs soldats français descendus à terre fu- « rent assassinés (*) : » quel jugement sévère

(*) Message du Directoire au conseil des Cinq-Cents, — Moniteur du 2.6 frimaire an p'H.

n'a-t-on pas droit de porter sur un gouvernement qui tenait si peu compte des traités?

Telle fut la balance de la justice de la cour napolitaine jusqu'à la bataille d'Aboukir ; mais quand la plage égyptienne fut couverte des débris dune puissante flotte républicaine , mais quand on crut l'étoile de Bonaparte obscurcie et ses vieilles légions ensevelies à jamais dans le désert , le masque qui couvrait tous les cabinets de l'Europe tomba , et les deux principes , le principe populaire et le monarchique , engagèrent de nouveau ouvertement la lutte à outrance que la révolution de juillet a ranimée , et qui doit finir par foudroyer un jour tous les trônes de l'Europe.

A la nouvelle donc du désastre d' Aboukir , les négociations de Rastadt furent ralenties. Paul de Russie réunit ses hordes , et désigna pour ensanglanter les plaines de la belle Italie ce même Sowaroff qui avait été le bourreau de la Pologne. L'Autriche rassembla ses troupes , attendit ses alliés du Nord , et un nouveau déluge de barbares se disposa à fondre sur la terre de la civilisation , de la liberté et des arts. Cette fois ce n'était pas le besoin de déverser sur l'Europe centrale le trop-plein de; steppes du Nord qui poussaient ces barbares,

c'était l'or de l'Angleterre, l'or d'une aristocratie qui voulait le retour du moyen-âge pour tyranniser et spolier les nations avec ses monopoles d'industrie et de commerce. Une nouvelle coalition fut conclue entre l'Autriche , la Russie, l'Angleterre et la reine de Naples. Dans cette association monstrueuse , chaque puissance apporta sa mise de fonds contre la liberté : l'Autriche et la Russie promirent leurs nombreux bataillons, l'Angleterre ses trésors et ses vaisseaux , Caroline ses passions effrénées ; car, tandis que les deux grandes puissances voulaient attendre un prétexte pour violer le traité, elle se chargea de le fournir, de commencer la guerre , et de faire passer en proverbe la foi de la cour sicilienne.

Aux provisions accordées aux vaisseaux anglais succéda la réception fastueuse faite à l'amiral JNelson; Ferdinand alla à sa rencontre, et le conduisit à son palais au bruit des salves de l'artillerie 3 au son des cloches , aux acclamations de la populace : les arsenaux royaux s'ouvrirent pour radouber ses navires, tandis que sous les yeux de l'ambassadeur français apparaissaient dans la rade de Naples les débris de la flotte de sa patrie (*).

f*) Victoires et conquêtes des Français , vol . 9, pag. 1 86.

Ce fut en vain que le Directoire, après tant d'insultes et de manques de foi , pour éviter de tirer le glaire du fourreau, demanda, par le moyen de ses plénipotentiaires, les réparations suivantes :

1.° Expulser l'anglais Acton , non-seulement du ministère , mais du royaume ;

2.° Livrer à la république française les commandai! s de Trapani et Girgenti ;

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