‹ La République parthénopéenneChapitre 17 sur 31 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nouvelle insurrection. — Le peuple se prépare au combat. — Scène religieuse. — Les patriotes s'emparent du château Saint- Elme. — Attaque des Français. — Résistance opiniâtre du peuple. — Les patriotes napolitains auxiliaires des Français. — Prise de Bfaples.

Le chant du pêcheur a cessé; la mer est silencieuse ; les barques légères qui ramènent le soir tant de pères de famille au foyer domestique ont touché le rivage.

Le ciel d'où descend le souffle du génie est voilé comme pour annoncer un triste événement; les rues sont désertes, les portes fermées : plus de voitures dorées qui parcourent la ville, un silence lugubre s'est emparé d'elle.

Tout-à-coup le cri lointain aux armes! se fai* entendre , cri terrible que tous les échos de la ville répètent, que le tocsin, cette voix guerrière du peuple, prolonge et multiplie.

Voici des canons braqués sur les places et servis par des cannoniers en guenilles ,* voici de nombreux bataillons sans chefs, sans officiers qui se réunissent et se rangent aux mots de vive S. Janvier! vive la sainte foi! mort aux jacobins! C'est que les galériens et les hommes de crime ont triomphé : malheur à la ville des délices !

Mais quel est ce bûcher autour duquel des femmes, des en fans en larmes , implorent la pitié d'un barbare et de ses satellites : ce sont des mères , des épouses qui s'efforcent de sauver deux vies illustrées par un dévouement continue a l'humanité et aux sciences qui font son bonheur. Un signal a été donné , la flamme tourbillonne, la fumée s'élève, une odeur horrible se répand, des hurlemens de cannibales couvrent les gémissemens , le sacrifice est consommé : mères, épouses, en fans, vous embrasserez la seule poussière d'un fils, d'un mari, d'un père , d'un duc de la Torre et d'un Clément Filomarino ! Oh ! JNaples ! Naples, ton histoire a d'affreuses pages !

Tel fui le commencement de la seconde insurrection populaire. Les galériens et les émissaires de l'ancien gouvernement répandirent à dessein que les députés du peuple étaient aussi des traîtres, que les Français devaient entrer le soir dans la ville, que déjà des repas magnifiques se préparaient pour les recevoir. Ces bruits trouvent une aveugle croyance ; les tètes s'exaltent ; soixante mille lazzari reprennent les armes , changent les commandans des châteaux, traînent des canons dans les rues, et menacent d'exterminer les jacobins, ou plutôt tous les hommes aisés , car richesse et jacobinisme furent alors synonymes.

D'infâmes délateurs augmentent les fureurs du peuple : à l'incendie de la maison du duc de la Torre et à sa mort affreuse , succède 1 envahissement de la maison de l'avocat Fasulo ; on y fait des recherches , on y trouve une boîte remplie de cocardes françaises ; la maison alors est pillée et incendiée ; les deux frères Fasulo se sauvent par les toits , tandis que leur sœur, femme dune rare énergie , d'une main présente aux assaillans ita crucifix pour arrêter leur rage , pendant que de l'autre elle brûle la liste des conjurés qui entretenaient des intelligences avec le camp français.

Ce dévouement dune jeune fille sauva des milliers de victimes ; mais la découverte des cocardes françaises augmenta la colère du peuple qui crut de plus en plus a la trahison des jacobins, et continua à faire couler le sang des citoyens. Malheur aux hommes d'une mise élégante ! Malheur à qui ne portait point de queue , car la propreté et les cheveux coupés étaient le signe du jacobinisme et le prétexte d'une mort affreuse.

Trois hommes appartenant aux classes obscures de la société, mais chéris par leurs compagnons, sont choisis pour commander les masses qui se divisent en trois corps, et avec une nombreuse artillerie se placent sur les trois points qu'on croit menacés par les Français.

Le premier de ces individus en qui le peuple se confie s'appelle Paggio ; c'est un marchand de farine, un homme d'une intrépidité reconnue et d'un royalisme ardent. Le second est un lazzarone que le peuple désigne par le sobriquet de Pagliuchella ou petite paille : celui-ci possédait une éloquence populaire et un courage fougueux. L'autre est Michel di Lando , surnommé il Pazzo ou le fou ; sa hardiesse, son génie étrange lui ont mérité ce surnom.

Tous ces apparats guerriers, toutes ces démonstrations belliqueuses glacent d'épouvante les riches familles napolitaines et obligent un grand nombre d'entre elles à repousser la force par la force. Déjà du haut des croisées, dans plusieurs rues , une grêle de balles tombe sur ces masses frénétiques. Déjà la guerre civile avec toutes ses horreurs a commencé. Cependant les résultats de cette lutte, à laquelle l'étranger allait bientôt prendre part, laissait entrevoir un avenir terrible : vainqueurs ou vaincus les lazzari, Naples semblait condamnée à devenir un monceau de décombres ; car tel était, si la victoire couronnait ses efforts, le projet de cette popidace mobile dans ses affections et toujours extrême dans sa haine comme dans son amour ; car telle aurait été aussi la pensée du soldat victorieux , que la résistance devait pousser à venger le sang de ses frères d'armes par la honte des familles, le pillage des maisons et l'incendie de la ville-

L'orage grondait donc déjà dans le lointain et s'approchait de Parthénope , de cette nouvelle Jérusalem qui devait être déchirée par ses fds comme par l'étranger. Une telle situation remplissait d'étonnement et d'amertume les pères de famille, les vieillards qui ne

reconnaissaient plus le peuple napolitain et ne savaient comprendre comment avait pu s'opérer dans son caractère un changement si subit et si étrange : hommes d'un autre âge, représentais d'une autre civilisation, ils ne se rendaient aucun compte des nouveaux besoins de la génération qui leur succédait et des causes delà lutte engagée sous leurs yeux. Pour eux la vie c'était les plaisirs, pour nous la vie c'est l'indépendance , c'est la liberté. Cette vie ne peut se réaliser sans combats, sans convulsions sociales , sans destructions des résistances. A nous donc les sacrifices , à nos en fan s la jouissance. Mais tandis que les vieillards et les femmes s'abandonnent à une douleur stérile , une jeunesse courageuse se rassemble à la faveur des ténèbres. Moliterno est avec elle ainsi que quelques députés du peuple : des moyens de . salut sont discutés et adoptés. Demain un asile s'ouvrira pour abriter les patriotes el leurs familles ; demain les Français attaqueront , demain les fils d'une même terre s'entr'égorgeront comme pour faciliter le triomphe : de l'étranger, qui, par une juste punition , n'aura pour les uns et les autres que mépris et méfiance. Funeste destinée de l'Italie, de toujours compter sur la France et de se voir toujours

trompée dans ses espérances par une politique mesquine, égoïste on menteuse !

L'exécution du plan des patriotes exigeait la coopération de l'archevêque Capcce-Zurlo , et ce prêtre vénérable fut initié aux secrets des conjurés et entra dans leurs vues. Cependant les patriotes en armes devaient se rassembler h minuit sur la place de la Trinité et se reconnaître à ces mots de ralliement : Patrie et liberté !

Le 20 janvier 1799, a neuf heures du soir, les lazzaroni fatigués d'attendre les Français, laissant des détachemens aux points qu'ils croyaient menacés , étaient rentrés dans leurs maisons pour s'abandonner au repos. Un silence complet régnait par-tout , interrompu seulement par le qui vive des sentinelles, le pas des patrouilles ou le pétillement du feu des bivouacs populaires.

Tout-k-coup le bruit des cloches de toutes les églises se fait entendre ; des milliers de lampes apparaissent aux balcons ; le peuple se réveille, le peuple se précipite dans les rues, effrayé par une foule de récits divers.

Les Français sont maîtres de Naples, disent les uns; l'imagination exaltée des autres les a vus : le cv'iaux armes résonne mêlé aux accens plain-

tifs des femmes et des enfans , quand les portes de la cathédrale s'ouvrant , tous les yeux sont frappés du plus imprévu et du plus majestueux spectacle.

L'éclat de mille cierges inonde toutes les nefs; un nuage de parfums s'élève de mille encensoirs , la foule des lévites prosternés salue de leurs voix harmonieuses les reliques des saints patrons de Naples. Le cardinal archevêque Capece-Zurlo, objet de la vénération et de l'amour du peuple , est debout dans sa chaire , revêtu de son pallium , couvert de sa mitre pontificale ; auprès de lui se tiennent Moliterno et Ptoccaromana^ les pieds nus , les yeux mouillés de larmes, composant leur visage et leurs gestes pour se donner l'apparence de la plus sincère dévotion.

La foule alors, telle qu'un torrent qui se perd dans un gouffre sans fond, la foule arrive de tous les côtés et envahit la cathédrale et ses nombreuses avenues. Des paroles de paix, d'union sont tour-à-tour prononcées par l'archevêque et par Moliterno , qui s'offre de guider ses concitoyens au combat , et accompagne de sanglots simulés chacune de ses phrases. Le peuple ému par cet apparat religieux , secoué par ces discours adroitement préparés , le

peuple fondant en larmes demande à déposer les armes , à se laisser guider par Moliterno, et comme l'église ne peut contenir la foule qui ne cesse de s'accroître, on propose une procession à travers la ville.

Le cortège aussitôt s'ébranle : des enfans tenant dans leurs mains des fagots allumés précèdent la longue fde des péîiitens, et dissipent devant elle l'obscurité de la nuit : le peuple suit en chantant des hymnes sacrés : sous un dais magnifique l'archevêque portant le Saint- Sacrement, et accompagné par Moliterno et Roccaromana, les pieds toujours nus, la tête touj ours découverte, ferme la procession .

Sont-ce bien là ces habitans d'une terre brûlante, et pour ainsi dire revêtus d'une enveloppe bitumineuse, qui, le matin., étaient prêts à s'entr égorger ? Où bien sont-ce des Anachorètes de la Thébaïde qui font résonner le désert de la voix des cantiques célestes ? On ne saurait le dire.

A chaque place, à chaque rue populeuse les paroles de paix déjà prononcées dans l'église ;ont répétées avec le même succès, et cette nultitude habituée depuis tant de siècles à tremper devant l'éclat de la religion , cette multiude obéit et dépose les armes dans l'église de

St. -Laurent, où elle doit venir les reprendre le lendemain pour marcher contre les Français sous les ordres de Moliterno, proclamé capitaine général.

La procession est terminée ; le cardinal archevêque est rentré dans son palais ; INaples est ensevelie dans le sommeil , mais non tout entière, car des hommes ardens veillent encore ; car ceux que les mots patrie et liberté appellent sur la place de la Trinité , s'y réunissent au milieu du plus profond silence.

Déjà le nombre s'en est accru; déjà une heure s'est écoulée quand Moliterno et Roccaromana y arrivent. Ce ne sont plus les humbles pénitens de la procession. Pour eux la comédie est finie , ils ont revêtu leur costume militaire , des sabres étincelans sont dans leurs mains, et une troupe d'amis dévoués les accompagne.

Leur présence est le signal attendu : on se presse de profiter de ce moment de sommeil populaire, car demain le peuple voudra combattre les Français , et les patriotes sont résolus à briser leurs armes , plutôt que de s'en servir contre les soldats de la république.

C'est sur le château St.-Elme qu'on est convenu de tenter un premier coup de main ; c'est de ce côté que se dirigent les patriotes. Cette entre-

( *61 ) prise réussit. Des premières sentinelles les unes sont égorgées , les autres trompées ; et tandis que le commandant de la forteresse, homme du peuple sans expérience militaire, fait baisser le pont-levis pour recevoir un soi-disant messager de Michel le Fou , les patriotes fondent sur la garde , s'emparent des portes et du château.

Ensuite on se dirige vers le couvent de St.-Martin : ce couvent qui s'élève gigantesque sur la colline la plus délicieuse de la ville , et où régnait tout le luxe et la paresse bienheureuse du moyen âge ; ce couvent , aujourd'hui charmante retraite des invalides , est envahi par les patriotes qui y cherchent des vivres et des étoffes pour confectionner un drapeau aux trois couleurs françaises.

Ces deux succès obtenus , la nouvelle en est portée aux familles des patriotes et au général Championnet : aux unes pour quelles viennent se réfugier dans le couvent , à l'autre pour qu il commence son attaque contre la ville. En effet , dès l'aurore du 21 janvier, les familles des patriotes, guidées par la célèbre Eléonora Fonseca-Pimentel, femme que nous devons à la fois admirer et plaindre, se renfermèrent dans le couvent qui fut fortifié, tan-

( 162 ) dis que Championnet qui avait fait o"e la prise du château St.-Elme une condition formelle pour ébranler son camp , fit ses dispositions en conséquence.

La ville de JNaples est enveloppée au nord par le demi-cercle que forment les collines Capodimonte , Infrascata , Due Pointe , etc. , lesquelles sont dominées par le château St.- Elme. N'ayant rien à craindre des batteries de ce château maintenant occupé par les patriotes^ Championnet fit couronner d'artillerie toutes les hauteurs qui commandent JNaples , envoya par divers sentiers détournés des troupes légères chargées de harceler le peuple de plusieurs côtés à la fois , afin de le contraindre a diviser ses masses profondes , et dirigea ses principales colonnes , soutenues par de la cavalerie et du canon , vers le faubourg de Capodichino et la porte Capuana. Ces deux points étaient les plus avantageux pour une attaque sérieuse, parce que les deux rues qui y aboutissent favorisent par leur largeur le déploiement de la cavalerie et le jeu de la mitraille.

Cependant le matin du 21 janvier, le peuple se confiant aux promesses de Moliterno, s'était rendu sur la place St. -Laurent. La la foule , qui s'augmentait à chaque instant , attendait avec

( *«5 ) impatience son capitaine général, quand une bombe partie du cbâteau St.-Elme vint tomber au milieu d'elle et y apporta la surprise et la mort : le cri à la trahison sort de toutes les bouches , tandis que les yeux dirigés vers la forteresse s'en convainquent , car sur ses remparts flotte le drapeau français.

A cette vue les passions calmées bouillonnent de nouveau avec plus de force ; le peuple se reproche sa crédulité, le peuple est animéd' un seul désir 3 celui d'exterminer tous les nobles et tous les citoyens des classes moyennes ; on se décide à commencer le massacre et à attaquer la forteresse sur-le-champ ; des hordes de furieux s'ébranlent déjà, mais les messagers qui arrivent de divers endroits, annoncent le mouvement des Français et obligent le peuple à différer sa vengeance et à songer à se défendre plutôt qu'à attaquer.

Ce peuple si calomnié, si souvent accusé de lâcheté, redouble d'énergie à l'approche du danger; il court avec enthousiasme au combat, suivi par des enfans et des femmes, n'ayant pour armes que des pierres ou des broches. Ni le manque de tactique, d'officiers, de chefs militaires ne l'arrête; ni la position formidable qu'a prise l'ennemi ne le décourage; ni la renom-

mée de ces vieilles troupes aguerries dans tant de combats ne l'épouvante. Il ne consulte que sa valeur, il n'écoute que sa haine aveugle contre l'étranger. Paggio se dirige du côté deForia; Michel le fou du côté de Saint-Ferdinando; Pagliuchella place des batteries sur la montagna Spaccata pour foudroyer le camp retranché des Français à Capodimonte, tandis qu'un autre homme du peuple, dont le nom est demeuré ignoré, court défendre la porte Capuana.

Nous ne rapporterons pas avec détails les prodiges qui s'opérèrent de part et d'autre dans ces combats ., où ni le sabre , ni la baïonnette y ni la mitraille n'arrêtèrent ce peuple digne d'un autre sort. Il nous suffira de dire que Championnet eut à lutter soixante heures contre ces masses inexpérimentées qui , après avoir été décimées dans les deux journées des 21 et 22 , après avoir tenté infructueusement plusieurs sorties durant la nuit du 21 au 22 et durant la nuit suivante , n'hésitèrent pas le 23 à se présenter denouveauau combat, et refoulées par lesbaïonnettes etl'artillerie française, surent , défendant le champ de bataille pied a pied , se faire un rempart de chaque maison , de chaque accident de terrain.

Le troisième jour de cette affreuse boucherie , la colonne française qui s'avançait par la rue de Foria , sous le commandement de Championnet lui-même , n'était parvenue que jusqu'à la porte deSt.-Gennaro , et sur tous les autres points les assaillans n'avaient pu gagner un seul pouce de terrain (*).

Acculé à cette porte , où la rue Foria se resserrait considérablement, le peuple redoubla de vigueur et sa résistance sembla un moment impossible à vaincre. Déjà Championnet découragé renonçait à sa conquête^ déjà il avait donné l'ordre de battre en retraite , déjà cet ordre commençait à s'exécuter lorsque les élèves de l'école de médecine , de l'hôpital des incurables et les moines de St. -Jean de Dieu s'aperçurent du mouvement rétrograde de la colonne républicaine, et calculant d'un regard les tristes conséquences qu'auraient pour eux la retraite des Français, attaquèrent comme des forcenés le peuple par derrière, et firent pleuvoir sur lui une grêle de balles.

Le général Rusca profitant aussitôt de cette diversion utile, exécuta une nouvelle charge et enleva le point si long -temps disputé : le peuple

(*) A présent cette porte n'existe plus , et la rue de Foria aboutit à une clo-; plus belles placer dé Nn; \v>.

( *?6 ) recula et la vaste place délie Pigne qui s'offrait immédiatement après la porte de St.-Gennaro, devint le champ du carnage ; là le sabre du dragon et du chasseur purent faire le moulinet sans obstacle , l'artillerie et l'infanterie purent se développer et foudroyer les lazzari.

Dans le même instant une troupe de patriotes prit aussi à revers Pagliuchella et les siens ; d'autres fondirent sur Michel-le-Fou , s'en emparèrent et le conduisirent devant le général Macdonald (*) qui avait admiré son héroïque résistance ; d'autres enfin couverts d'habits simulés se mêlèrent aux lazzari de la porte Capuana, poignardèrent les canonniers sur leurs pièces et ouvrirent cette seconde barrière aux Français. Partout, oui partout le sang napolitain , versé par des mains fratricides , scella la victoire de l'étranger.

Un dernier rempart restait au peuple qui s'était retiré de la rue Foria : c'était le palais du marquis Solimena , situé sur une éminence. Quatre mille lazzari s'y réfugièrent et voulurent en vain s'y défendre. Les obus français brûlèrent le palais, et les quatre mille lazzari furent tous massacrés.

A six heures du soir, le 23 janvier 1799,

(*) Aujourd'hui maréchal de France.

( 167 ) les Français étaient complètement maîtres de la ville : à six heures le peuple avait partout succombé après la plus héroïque résistance. Nous rappelons ici pour l'honneur de notre patrie les paroles des écrivains français eux-mêmes.

« Une rage aveugle, dit Y Histoire des Vic- » foires et Conquêtes, anima les lazzaroni à » la vue des Français presque maîtres de » Naples; ils se défendirent avec un courage » surnaturel , et c'est sur leurs cadavres amon- » celés qu'il fallut s'avancer dans les rues. On » fit d'une part et d'autre des prodiges de va- » leur. 11 faudrait nommer tous les soldats, of- » ficiers et généraux pour payer à chacun le » tribut d'éloges que tous méritèrent dans » cette sanglante journée (*). »

Ainsi maître de Naples, Championnet , pour se concilier la multitude, fit distribuer de l'argent aux lazzari , qui se dispersèrent plus irrités contre les patriotes que contre les Français, et n'attendant que l'occasion de se venger des premiers.

Cependant les feux des bivouacs français brillaient dans toute la ville- les soldats couverts de sang et de dépouilles précieuses les

(*) Vol. 10. chap. V, p\*g; 3fr.

entouraient avec gaîté; les refrains républicains couvraient la voix plaintive des blessés ; des torrens de pluie tombaient, peut-être pour effacer les traces sanglantes d'un horrible fratricide; et tandis que le voile de la nuit enveloppait les vainqueurs et les vaincus, des groupes de citoyens paisibles lisaient avec effroi, à la lueur des torches , la proclamation suivante du général en chef.

« Citoyens! j'ai suspendu pour un moment » la vengeance militaire provoquée par 1 hor- » rible licence et la frénésie de quelques indi- » vidus stipendiés par vos assassins. Je sais » combien ce peuple est bon , et je gémis dans » mon cœur des maux inévitables qu'il a soufr » ferts. Profitez donc, citoyens, de ce moment, » rentrez dans Tordre , déposez les armes au » Chàteau-JNeuf) et la religion^ les propriétés » et les personnes seront conservées. Les mai- » sons d'où il partira un coup de fusil seront » brûlées et les habitans fusillés. Mais si le » calme se rétablit, j'oublierai le passé et le » bonheur renaîtra dans ces riantes contrées,.

Signe CHAMPION ET (*). N \[n<\

Naples, 4 pluviôse.

(*) Moniteur du ? ventôse an Vil.

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