CHAPITRE XVII
Joie des patriotes au départ des Français. — Scène du temps; le9 dames napolitaines. — Premier acte de la souveraineté populaire ; accusation de Charles Laubert. — Premiers soins du gouvernement. — ■ Abolition delà noblesse et des droits féodaux. — Lois pour soulager le peuple. — Dévoùment des moines et des prêtres pour instruire la populace. — Les clubs. — La société des amis des lois. — Accusation de deux membres du corps législatif. — Progrès du cardinal Ruffo dans la Calabre, etla Basilicata. — Mort de l'évêque Serao. — La cour de Sicile.— Prise d'Altamura ; excès des croisés. — Les Russes, les Turcs et les Anglais, auxililiaireS de l'armée de la Foi, obéissent à Ruffo , cardinal et général en chef.
Si l'entrée des Français à INaples avait été saluée avec enthousiasme par les patriotes, leur départ devint un objet de réjouissances publiques. A leur arrivée , il devaient apporter la liberté , la paix , le bonheur ; grâces à leur éloignement, Naples allait jouir de tous ces
biens. Personne ne se doutait que le sang allait couler après le départ des étrangers, et que des catastrophes devaient succéder à l'invasion , comme des meurtres et la misère l'avaient précédée.
Dès ce jour , la foule des patriotes qui s'étaient tenus à l'écart reparut -7 dès ce jour , la liberté ne devait plus être un mot trompeurle despotisme militaire était fini, et le règne de l'égalité , des lois , de la vertu , allait commencer sous les auspices de la république parthénopéenne. Telles étaient du moins les espérances des hommes généreux. Mais , derrière ces justes espérances , des idées exagérées 9 des vœux coupables se frayaient un chemin rapide. Pour quelques-uns, la liberté , c'était la licence effrénée de la presse et de la place publique , le mépris de la morale et de la pudeur ; pour d'autres , une véritable liberté ne pouvait s'établir sans copier exactement les mœurs et les gouvernemens de Rome et de Sparte. Pour le plus grand nombre cependant, la liberté, c'était le respect des droits , de la pensée de chacun 5 c'était l'oubli du passé , le mépris de la vengeance comme d'une passion indigne des républicains ; le pardon des persécutions et des persécuteurs, comme première condition de
paix et de durée. Grâce donc à la licence qui s'établit dans la presse et sur la place publique, une immense quantité décrits inonda le pays : ici un auteur invoquait l'ombre de Mazaniello pour lui faire prononcer les discours les plus exaltés ; là, un autre publiait des dialogues entre le Géant du Palais (*) et le Sebeto (**) , sur les amours secrets de Caroline et d'Acton. Tous voulaient flétrir le gouvernement déchu et les races royales aux yeux du peuple , et comme la plus grande partie de ce peuple ne savait pas lire, on imagina de substituer les harangues et les chansons aux écrits. Dès ce moment, les places retentirent de déclamations extravagantes , de couplets orduriers , aux applaudissemens des hommes corrompus et aux grands éclats de rire des lazzari.
En même temps , les citoyens qui portaient les noms de Ferdinand, de Charles, de France Le Géant du Palais était une statue colossale de Jupiter. Cette statue était debout à côté du palais royal , au temps de la république ; à présent elle est dans le musée Dei Regii studii.
(**) Le Sebeto est une petite rivière qui coule à une petite distance de la ville. Cette rivière a été beaucoup célébrée par les poètes, et particulièrement par Sannazzaro.
cois , les changeaient pour ceux de Brutus , de Publicola ou tels autres , empruntés aux grands hommes de l'antiquité ; leur haine des rois et des princes allait jusqu'à ne vouloir rien avoir de commun avec eux , pas même leurs noms. Les rues , les places changèrent aussi de dénominations , et les spectacles devinrent de véritables assemblées populaires. Souvent , au milieu des représentations des tragédies d'Alfieri, un orateur se levait, démontrait l'analogie des temps modernes avec les anciens décrits dans la pièce , répétait le serment de haine à la royauté , et la foule des spectateurs électrisée y répondait par les cris mort aux rois ! vive la liberté ! Les femmes , même dans les classes supérieures, n'étaient pas étrangères aux passions de l'époque ; il n'était pas rare de les voir haranguer le peuple au nom de l'égalité et de la fraternité ; presque toutes choisirent leurs amans ou leurs époux parmi les patriotes les plus exaltés, et surent plus tard (nous le disons à leur honneur ) être fidèles à leur choix , car elles bravèrent la hache du bourreau , les horreurs des cachots, pour soulager dans le malheur ceux qu'elles avaient aimés dans la prospérité. Mais ces excès sont les seuls qui suivirent rétablissement du gouvernement républicain.
Cette exaltation, ce désordre des idées, bien excusables dans les premiers jours où un peuple rentre en pleine possession de lui-même, n'entraînèrent aucun désordre matériel 3 aucun trouble répréhensible ; pas une goutte de sang ne fut répandue à Naples , pas un enfant n'eut à pleurer sur le cercueil d'un père immolé à la vengeance républicaine , pas une famille ne fut privée un seul instant de son cbef : non , un gouvernement présidé par Cirillo ne pouvait faire couler des larmes.
La souveraineté populaire avait été proclamée. Le premier usage que le peuple napolitain en fit fut solennel et digne de ces temps antiques , où l'éloquence seule , en dominant les assemblées , accusait ou défendait le citoyen devant son vrai maître^ le peuple. Charles Laubert, un des membres du premier gouvernement provisoire imposé par les Français , accusé d'actes arbitraires et de dilapidations , fut traduit , a sa demande , devant le peuple. Là , usant de son éloquence , s 'exprimant avec force et conviction , il soutint son innocence , démontra que la calomnie finit toujours par atteindre les promoteurs des révolutions , fit valoir son patriotisme , et termina en annonçant qu'il quittait sa patrie , qu'il se dévouait à un
exil volontaire pour ôter tout prétexte de discorde aux ennemis de la république , et qu'il emporterait du moins avec lui la consolation d'avoir jeté les bases de la liberté napolitaine.
Le discours de Laubert fit impression ; son éloquence lui rendit l'estime de ses compatriotes j et il fut reconduit à sa maison par la foule des citoyens qui , au lieu d'une condamnation , lui décernèrent une ovation populaire.
Les nouveaux représentans du gouvernement républicain avaient employé, dès leur installation^ tous les moyens possibles pour alléger les maux du peuple, détruire les fâcheux effets produits sur lui par les concussions, les désordres, et l'attacher aux institutions. Ils avaient trouvé les caisses vides , les impôts inexigibles dans une grande partie du territoire, à cause de l'insurrection ; les billets de banque discrédités , le commerce détruit , les ateliers fermés , les ouvriers affamés , la misère la plus hideuse menaçant la propriété, la banqueroute imminente. C'est du sein de ce désordre, légué au nouveau gouvernement par l'ancien, qu'il fallait faire sortir une organisation forte, libérale, protectrice , une organisation qui rendît la sécurité au pays , et qui rouvrît les sources nombreuses de sa prospérité.
La première loi volée par le corps législatif fut celle qui abolissait la noblesse et tous les droits féodaux, et quoique les membres de l'assemblée fussent nobles pour la plupart , cette loi n'y rencontra que deux opposans ; savoir : le marquis Bruno de Foggia et le prince Pignatelli de Monteleone.
A la suite de cette loi , il fut aussi arrêté :
1.° Que les feudataires produiraient leurs titres sur les forêts } les pâtures et sur tous les terrains jadis possédés en commun par le seigneur avec les villes ou villages , et que toute propriété de ce genre qui avait été usurpée par les premiers sevait rendue et partagée entre les plus pauvres des villes et des villages , comme pour les dédommager de toutes les souffrances endurées par eux jusqu'alors.
2.° Que tous les procès, encore en litige entre les vassaux et les seigneurs, seraient immédiatement terminés en faveur des premiers contre les seconds ; car , disait la loi , il n'était pas à présumer qu'un vassal, sans la conviction de la vérité et de la justice de sa cause, eût voulu lutter contre le baron , et plaider devant son juge.
A l'abolition des droits féodaux succédèrent les lois destinées à soulager les souffrances des classes laborieuses.
Tous les impôts indirects furent abolis : plus de monopole sur les tabacs et les sels, plus de droits sur la farine et les boissons ; le travail du pauvre , la sueur de son front ne furent plus taxés pour épargner la fortune du riche.
En même temps, une caisse publique formée par des offrandes particulières, et destinée à secourir les pauvres , fut établie dans chaque arrondissement de la ville de Naples , et Cirillo , l'auteur de cette mesure philantropique , voulut donner l'exemple en déposant le premier, dans ce trésor des pauvres , toute sa fortune , toute son argenterie, tousses bijoux, jusqu'aux boucles de ses souliers. Ce sacrifice ne suffisant pas, Cirillo proposa et obtint qu'on fit disparaître toutes les broderies des habits des représentans, pour en employer la valeur au profit des pauvres ; enfin , il renonça, dans le même but, à la moitié de ses appointemcns. Son exemple fut bientôt suivi , et jamais , dans aucune époque , le sort du pauvre napolitain ne fut l'objet dune aussi efficace sollicitude.
Dans chaque quartier de la ville ^ deux fonctions gratuites furent créées sous le nom de père et de mère des pauvres. Le citoyen et la citoyenne le plus recommandés par l'estime publique furent choisis pour remplir ces nobles
fonctions. Elles consistaient à visiter tous les jours l'obscur asile des indigens pour y apporter les secours que la patrie doit à ses eufans infirmes et malheureux , et procurer du travail à l'ouvrier qui en manquait; enfin, pour faire habiller les enfans pauvres , leur ouvrir la route de l'instruction , et les mettre en état de devenir plus tard des citoyens utiles et dévoués.
Le corps législatif, après avoir amélioré le sort des paysans et assuré celui des pauvres, s'occupa des propriétaires et des possesseurs de billets de banque. Par une loi, il déclara que les dettes des banques étaient dettes nationales , et que les créanciers seraient payés par des assignations sur les biens nationaux. Ainsi ce gouvernement, composé parl'élitc du peuple, savait veiller aux intérêts du peuple, et commençait à inspirer la plus grande confiance.
En même temps les moines et les prêtres, pour seconder le gouvernement dans ses efforts, se dévouèrent à l'instruction du peuple. Les nommés Belloni et Pistici, tous les deux moines de l'ordre des Minimes , élevèrent des chaires sur la place publique., et y prêchèrent à l'immense foule des lazzari que l'Evangile était d'accord avec les maximes républicaines , et que le
dogme de l'égalité et de la fraternité avait été établi par le vénérable fondateur de leur ordre, le bienheureux François d'Assises . En même temps le prêtre Michel-Ange Cicconi traduisait l'Evangile dans le patois des lazzari, et leur enseignait dans les places, dans les églises, et jusque dans les cabarets , à être chrétiens et démocrates. Les curés eux-mêmes en faisaient autant dans leurs sermons.
Les oreilles du peuple entendaient ainsi , pour la première fois, ces vérités éternelles que le despotisme politique et religieux s'est de tout temps efforcé de cacher pour consolider sa tyrannie. Les lazzari n'écoutèrent d'abord ce langage qu'avec méfiance ; mais quand ils virent que les actes du gouvernement répondaient aux maximes de leurs nouveaux prédicateurs , ils commencèrent à avoir foi dans leurs paroles. Une morale jusqu'alors inconnue allait surgir de ce noble concours de toutes les volontés. Le peuple napolitain allait dépouiller sa vieille enveloppe, et vivre d'une vie toute nouvelle. Pourquoi faut-il que la république ait si tôt péri !
Des clubs ou sociétés patriotiques s'étaient déjà établis à Naples, à l'imitation de ceux de la France et de l'Angleterre. Bientôt ces clubs se
multiplièrent , et prétendirent , non seulement veiller sur la conduite du gouvernement , mais encore sur toutes les branches de l'administration. La société des Amis des Lois qui comptait huit mille affiliés , demanda qu'on écartât des emplois tous ceux qui avaient été nommés par les Français ; une autre société , celle des Jacobins, présidée par l'illustre Antoine Salfi (*) , accusa comme aristocrates ceux des membres du corps législatif qui s'étaient opposés à la loi contre la noblesse. En effet , un jour , tandis que le corps législatif était en séance, la salle fut environnée par cinq cents jacobins armés , et Louis Serio , avocat célèbre , désigné par Salfi comme accusateur public , se présenta devant l'assemblée, et, dénonçant avec toute la force de son éloquence , comme traîtres , le marquis Bruno di Foggia et le prince de Monteleone , les deux opposans à la loi , ainsi que le ministre delà marine Doria, il demanda l'expulsion des deux premiers du corps législatif
(*) Antoine Salfi est très-connu dans le monde littéraire par sa Continuation de l'Histoire de Ginguené sur la littérature italienne, et par une foule d'ouvrages qu'il a publiés à Paris durant son long exil. Il est mort pendant l'été de 1832. Homme pur et vertueux , il est mort rêvant encore la liberté et l'indépendance de l'Italie.
et la destitution du dernier. Le corps législatif voulant en même temps écouter les plaintes des citoyens , et faire respecter la liberté de ses délibérations, se déclara en permanence et appela pour sa garde une légion de la milice nationale. Les débats sur l'accusation s'ouvrirent alors; ils furent très-animés, et se prolongèrent bien avant dans la nuit. En vain les jacobins laissaient entendre de temps en temps des cris de vengeance et de mort , les représentais du peuple , conservant au milieu de ce tumulte toute leur indépendance , continuèrent avec calme leurs discussion s. Elles prenaien tune tournure favorable, et l'on pouvait déjà prévoir que le maintien dans l'assemblée des deux accusés serait décrété, quand ceux-ci, pour éviter de devenir une cause de guerre civile, donnèrent leur démission, sortirent delà salle, et se jetèrent entre les bras des jacobins qui , satisfaits de leur dévoûment à la patrie , au lieu de les insulter ou d'exécuter leurs menaces, les reconduisirent sains et saufs dans leurs palais , sans prononcer un seul reproche, un seul mot qui pût blesser ceux qui s'étaient confiés à leur garde, à leur loyauté.
Ces deux démissionnaires furent remplacés par deux lazzari désignés par la même société
des Jacobins , qui , enhardie par son coupable triomphe , obtint encore qu'à Doria , ministre de la mariné, succédât le célèbre et malheureux Caracciolo, l'amiral qui avait escorté le roi en Sicile,, et qui était revenu à Naples pour offrir à sa patrie , dans le temps du danger , son bras et ses talens. Mais tandis qu'à Naples on discutait et on élaborait les lois les plus nécessaires , le cardinal Ruffo , à la tête d'une armée nombreuse , s'avançait en Calabre de succès en succès. Cosenza , Catanzaro, Paola, Monteleone, villes importantes et dévouées au nouvel ordre de choses, avaient dû, malgré la plus courageuse résistance, succomber sous l'attaque des hordes du cardinal. La seule ville de Co trône avait résisté , grâce à ses remparts , à son artillerie et au dévoûment de ses citoyens.
Les massacres , les meurtres , les excès commis dans toutes les villes , répandirent au loin la terreur ; mais le pillage et les contributions exigées par les insurgés les avaient fait subsister, et avaient appelé dans leurs rangs ceux qui n'avaient rien à perdre et comptaient tout gagner dans cette guerre de brigandages , dont le but était la prise et le pillage de la plus opulente ville de l'Italie, de Naples.
La cour de Sicile, informée des progrès du
cardinal, s'apprêta aies seconder: Caroline surtout, qui avait dédaigné les offres de ses féaux Rinaldi et Ruffo , en écoutant le récit de leurs exploits , les horreurs qui accompagnaient leur marche , Caroline 5 disons-nous , tressaillit de joie, et s'empressa, savourant déjà les douceurs de la vengeance , de soutenir l'entreprise des croisés.
De pleins pouvoirs furent accordés au cardinal avec le titre de vicaire-général du royaume, et la faculté de demander toute espèce de secours aux alliés de la cour de Sicile ; des promesses d'immunité, pour toute espèce d'impôts pendant dix ans, furent faites aux Calabrois; des récompenses énormes furent annoncées aux chefs des insurgés Fra Diavolo et ses collègues ; et comme Mammone les surpassait tous par ses goûts sanguinaires et sa férocité, le roi Ferdinand , a l'instigation de Caroline, voulut lui accorder une distinction toute particulière ; en effet , il lui écrivit une lettre de remercîmens , où il ne rougit pas de l'appeler : mon général et mon ami.
En même temps , des armes, des munitions furent envoyées au cardinal, ainsi que deux régimens de cavalerie aux ordres de Micheroux , émigré français , et du prince de Luparano. A
ces secours il faut joindre une grande quantité d'officiers siciliens et napolitains , qui vinrent rejoindre les insurgés avec le projet de discipliner et de commander leurs masses furibondes ; mais ce fut inutilement qu'ils le tentèrent : leur voix ne fut écoutée ni du cardinal ni de ses bandes. L'un continua à prodiguer ses bénédictions au milieu des crimes et des rapines ; les autres , à brûler , à piller , à violer , comme par le passé. En vain les deux officiers supérieurs portèrent des plaintes sérieuses et de sages conseils à son éminence ; en vain ils plaidèrent devant lui, et dans l'intérêt de la cause royale, la cause plus sacrée de l'humanité y le prélat demeura inflexible : le prélat d'ailleurs ne pouvait enfreindre son pacte avec les bandits qui composaient son armée. ]\e les avait-il pas appelés au nom du paradis et du pillage ? Mais Mieheroux et Luparano , qui ne voulaient point autoriser, par leur présence, de si horribles forfaits et en partager la honte et la responsabilité , se décidèrent à quitter les croisés et h parcourir le royaume, pour essayer de le replacer sous le gouvernement de la légitimité et du bon plaisir de Caroline et d'Acton.
RufFo ne fut point déconcerté de l'abandon
des deux officiers ; il continua sa route vers la Basilicata, entra à Potenza , sa capitale ; et là , par son ordre et par les mains infâmes de ses brigands, fut fusillé dans son propre lit l'évêque Serao , homme qui réunissait, à la piété et à la vertu la plus pure , les connaissances les plus étendues et les plus variées , mais qui avait eu le tort, impardonnable aux yeux de la cour pontificale, de se déclarer contre sa suprématie religieuse , et de soutenir les droits de l'état contre les usurpations de Rome (*).
De Potenza , le cardinal s'avança sur Altamura , dans la terre de Bari , ville qu'il prit d'assaut , et qu'il abandonna pendant quinze jours à toutes les fureurs de ses cannibales. Les maisons incendiées , les cloîtres de religieuses violés, les églises profanées, annoncèrent l'entrée des soldats de la foi ; les patriotes , ou massacrés , ou brûlés , ou fendus comme des troncs d'arbres avec des coins de fer , ou dévorés par des chiens, ou rôtis sur des charbons ardens ; les enfans étouffés sur le sein de leurs mères , ou écrasés contre les murailles ; les femmes enceintes outragées, puis éventrées
(*) V. de Potter, Vie de Scipion de Ricci, évêque de Pistoja, vol. l.er, pag. 179.
pour arracher de leur sein le fœtus à peine formé, signalèrent l'entrée des partisans delà royauté légitime. Ni l'âge ni le sexe ne furent épargnés, etAltamura, pendant deux semaines, vit s'accomplir dans ses murs des crimes , des orgies , des actes si infâmes , si inouis , qu'il n'existe dans aucune langue d'expressions assez fortes pour flétrir dignement et ceux qui les commirent et ceux qui ne les punirent pas.
Après la conquête d'Altamura , le cardinal se décida à diriger ses troupes sur INaples , et , pour renforcer les soixante mille brigands qu'il avait sous ses ordres, il demanda aux trois amiraux des flottes turque , russe et anglaise , qui stationnaient dans l'Adriatique , quelques milliers de soldats disciplinés et une nombreuse artillerie. Sa demande lui fut accordée, et l'on vit ainsi les schismatiques grecs , les protestans , les musulmans, se faire les auxiliaires de l'armée catholique pour défendre une royauté impie ; et Ruffo , fier de voir marcher sous ses ordres et la croix romaine et l'aigle de Russie et le léopard d'Angleterre et le croissant de Mahomet , s'avança plein d'espérance et d'audace vers la malheureuse Naples.
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