Ceux qui ont délogé les lazzari des for
teresses , et qui les ont combattus au moment de l'entrée des Français ;
5.° Ceux qui se sont battus contre PuuTo , ou ont aidé à hisser le drapeau national et à renverser la statue de Charles III ;
4.° Ceux qui ont pris part à la fête nationale dans laquelle fuient brûlés le drapeau royal et le drapeau anglais ;
«5.° Ceux qui, en parlant ou en écrivant, ont offensé le roi ou la famille royale , et enfin tous ceux qui , par des actes quelconques, ont montré de rattachement à la république.
Ce décret glaça d'effroi tous les citoyens. Heureux alors tous ceux que leur incapacité avait tenus loin des emplois ; heureux qui n'avait pas été jugé par seè taiens ou ses vertus digne de servir la chose publique I car les taiens, les vertus, le dévoûment a la patrie étaient aux yeux de la monarchie restaurée autant de crimes dignes des plus grands supplices.
Cette époque de hideuse tyrannie eut ses apologistes. Tandis que les prisons se remplissaient sans cesse des citoyens les plus respectables , tandis que la potence était permanente , que chaque famille pleurait un de ses membres, des plumes mercenaires proclamaient sans honte le roi Ferdinand, le Marc Aurèle, le
Titus Napolitain ; et une foule stupide, assistant au théâtre de St. -Carlo, a l'apothéose de la famille royale, poussait les cris ridicules et insensés de vive le roi plus qu absolu! meure la nation!
Cependant le prince , que la volonté de Caroline avait envoyé à Naples , fut rappelé par cette même volonté capricieuse, ou peut-être jalouse du pouvoir exercé par lui , et ce prince, né pour être l'esclave de sa cour et le fléau du peuple, obéit aussitôt. Un vaisseau anglais le ramena en Cicile ; tandis que les ordres de Caroline élevèrent à la dignité de vice-roi le prince du Cassero Sicilien , qui reçut pour toute instruction de détruire à jamais les patriotes. En même temps elle envoya dans les provinces des commissaires qui , sous le nom de presidi , eurent pour mission d'extirper partout l'esprit républicain , en faisant arrêter et condamner, sans aucune forme légale , quiconque avait rempli un emploi sous le règne de la république, ou quiconque était seulement soupçonné d'avoir formé des vœux pour elle.
Maîtres de Naples , les royalistes songèrent à rentrer en possession du château St.-Elme. Mejean , commandant de la garnison française qui l'occupait , s'empressa de le livrer sans coup férir aux alliés de Ferdinand, et de leur
restituer aussi les otages qui lui avaient été confiés pour garantir la capitulation déjà si lâchement violée.
Cette conduite de Méjean ne saurait être excusée. L'histoire doit la flétrir comme l'acte d'une trahison manifeste (*). Méjean, en gardant le silence sur la violation du traité qu'il était en son pouvoir de faire respecter, ou du moins en consentant à rendre les otages qui le garantissaient sans faire entendre la moindre réclamation contre cette violation , Méjean s'en rendit complice , et la responsabilité des assassinats, des pillages, des désordres qui en furent la suite doit en partie peser sur sa tête. Méjean^, d'ailleurs , fit plus que de rendre les otages et la forteresse ; le jour ou il évacua Naples , quelques malheureux républicains essayèrent d'échapper à la mort qui les menaçait en se revêtant de l'uniforme des Français , et se mêlant dans leurs rangs : Méjean les dénonça aux soldats de Ruffo et les livra à leurs bourreaux. Cet acte que rien ne peut justifier , suffit pour rendre exécrable la mémoire de son auteur.
Après la reddition de St.-Elme , et le dé-
(*) V. Victoires et Conquêtes des Français, vol. 2, an 1799. Italie.
part du roi , la populace continua ses orgies et ses festins de cannibales : les journées des 8 et 9 juillet furent horribles : des bûchers préparés sur la place du Palais-Royal élevèrent de nouveau leurs tourbillons de flammes et éclairèrent l'affreuse répétition des actes atroces que nous avons déjà racontés et que nous nous devons de ne pas reproduire ; seulement nous ajouterons que ces mêmes bûchers servirent de flambeaux aux fêtes données à la même heure , sur les vaisseaux anglais, par Nelson et par Emma Lyona.
PTétai t-ce pas un spectacle vraiment royal ? sur la terre, les flammes rougeàtres des bûchers^ les cris des victimes , les pleurs de leurs familles, les imprécations de leurs bourreaux, les horribles acclamations dune populace enivrée de sang et de vin ; sur la mer , la musique anglaise exécutant le rule britannia ; des femmes à moitié nues , des fleurs, des mets exquis, des vins versés à profusion , des chansons d'amour et de joie ^ toute une brillante orgie enfin ; et, pour couronner ce tableau unique , le Vésuve lançant clans les airs ses gigantesques colonnes de fumée , et menaçant d'engloutir en une minute , les victimes et leurs bourreaux , Naples , les vaisseaux anglais, Nelson et Emma Lyona.