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usages de la cour de Naples. Caroline d'Autriche proscrivit tout ce qui venait de la France , pour donner la préférence à tout ce qui venait de l'Angleterre ; et, comme les despotes ont coutume d'imposer à leur peuple leurs propres ca^ priées , des ordonnances , ridiculement sévères , essayèrent de faire adopter par la nation l'Anglomanie qui s'était emparée de la cour. Il lut dès-lors défendu de couper les cheveux h la française , de s'hahiller à la française , de lire les écrits ou les journaux français. Anathème a la France révolutionnaire ! devint le cri de Caroline. Mais que pouvaient les anathèmes de l'Eglise ou de la tyrannie contre le hesoin et le désir impérieux d'une régénération qu'éprouvait l'Italie au dix-huitième siècle ?
Les écrits défendus , les modes prohibées n'en étaient que plus recherchés : toutes ces entraves rendaient le pouvoir plus insupportable et n'avaient aucune prise sur des habitudes depuis long-temps contractées.
C'est une grande erreur des gouvernails , de croire qu'ils puissent^ h leur gré , changer les mœurs , les haines ou les penchans d'un peuple.
Ni les ordonnances , ni plus t ird les supplices ne parvinrent a arracher dt, cœur des cias-
(M) ses intelligentes de Naplcs , le besoin de tout connaître , l'inclination à tout admirer dans les événemens qui se passaient alors en France. Chaque victoire des droits de l'homme était pour l'Italie un sujet de joie , et toutes les théories de réforme, déjà répandues dans l'esprit public , obtenaient , des triomphes de la l'évolution française , une éclatante sanction.
Malheureusement la populace était abrutie, ignorante , fanatique , et ne partageait pas les sentimens des autres classes. La haine qu'avait dû lui inspirer la tyrannie espagnole s'étendait naturellement sur tous les étrangers : elle était ennemie des nobles , parce que les nobles s'étaient faits les auxiliaires des étrangers contre elle : elle chérissait ses princes quand ils lui donnaient le pain à vil prix , ou quand ils l'amusaient par des fêtes et des spectacles (i); aussi facile à se mutiner qu'à s'apaiser , mobile dans ses désirs , ardente dans ses passions , rusée par caractère , plutôt que par éducation : dévote , jalouse, avide de miracles et des phénomènes extraordinaires , une telle populace devait être
(*)Un ancien proverbe napolitain dit que pour satisfaire la populace , il ne faut que trois (..força , farina et f es te, t'est-à-dire : potence , farine et fêtes.
toujours l'instrument docile d'un pouvoir habile à exploiter son ignorance et sa crédulité.
Delà , toutes ces fables répandues par le gouvernement et accueillies par le bas peuple : les français , lui disait-on , ne sont pas seulement ennemis des rois , ils le sont aussi de dieu lui-même ; ils profanent ses temples , ils dévastent ses autels, ils déshonorent les femmes et les fdles.
Ces accusations absurdes , accréditées par des agens secrets , même par quelques émigrés français , recevaient une autorité irrésistible de la voix des curés et des moines qui en faisaient retentir les chaires et les confessionnaux.
C'est ainsi qu'une haine violente s'enracinait à INaples contre les Français : c'est ainsi que les hommes éclairés qui sympathisaient avec la France, compris dans la même haine, se virent plus tard en butte à la fureur populaire , et devinrent victimes des passions de Caroline dont les Lazaroni et un cardinal fuient les exécuteurs aveugles.
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