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CHAPITRE IV

Espionnage. — Conspiration. — Juntes d'état. — Supplices. — Emigrés français. — Evénement terrible. — Paix de Campo- Formio.

Quand Rome élevait des statues aux délateurs^ Rome avait cessé de commander au monde. Les Dues Augustes (*), de l'Espion , avaient fait un Héros.

Caroline d'Autriche , remettant en vigueur les mêmes principes que proscrivent la morale et la pudeur des sociétés modernes , osait répéter ces mots exécrables de Tibère : je ferai disparaître Vidée d infamie qui s'attache au titre

( ) Dm Augusii.

de délateur , en Je plaçant parmi les plus honorables de ma cour ; et cette reine , joignant les laits aux paroles , affectait d'accorder à ces hommes infâmes toute espèce de considération : elle les appelait h partager ses plaisirs^ elle leur ouvrait les portes de ses salons , elle les initiait aux secrets de son gouvernement.

Il y eut alors des délateurs de toutes les classes, de tous les rangs, de tous les âges : souvent un évéque , un prélat devenait le dénonciateur de son ami intime; souvent le domestique vendait les secrets de son maître ; souvent, au milieu des caresses de l'amour, se glissait le venin de la trahison.

Les nobles , les femmes recommandées par leur rang et leur beauté , iae dédaignaient pas de provoquer, dans l'intimité delà conversation , les épanchemens de la pensée ; puis , de provocateurs devenus accusateurs , ils faisaient jeter dans les prisons leurs amis et même leurs pareils (*).

Un mot, un geste , et jusqu'à un signe muet

(*) Je pourrais citer mille exemples ; un seul suffira. Dans un cercle de gentilshommes et de dames se trouvait un frère Augustin , nommé Laurent Bozzaotra , littérateur distingué et poète improvisateur : sollicité par ses

d'approbation à la lecture de quelque écrit politique , était un délit, et un délit puni de plusieurs années de prison. 11 arriva souvent que des épouses, des mères devinrent les causes innocentes des malheurs de leurs fds , de leurs maris : torturées par des prêtres rusés qui abusaient du mystère de la confession , elles révélaient la pensée de ceux qui leur étaient cbers ; et le tribunal dé la pénitence n'était plus qu'une succursale de la police.

L'amiticv, la religion, les liens du sang, n'existaient plus : l'amitié était stigmatisée par la trahison, la religion prostituée a la politique, les liens du sang brisés par la puissance de l'or. Ce sont de hideuses époques , celles où les vices d'une cour, les passions d'un prince \ deviennent les mœurs de tout un peuple ; l'ordre social est alors bouleversé, et dans la nation il n'y a plus que deux espèces d'hommes , les délateurs et les persécutés.

C'est à ce point de dégradation qu'étaient

amis de chanter sur la politique et sur une maladie île la reine , il s'y refusa d'abord ; mais , vaincu par les instances de la société et les fumées du vin , il chanta. Le lendemain , il se réveilla , charge de fers , dans un affreux cachot.

(48) descendues les Deux-Siciles en 1791 : cependant les événemens de la France y excitaient une vive sympathie : mais elle aurait été insuffisante pour entraîner ceux qui la ressentaient a suivre l'exemple donné par les révolutionnaires français , si la cour elle-même ne leur en eût fourni l'occasion. L'excès de ses persécutions vint ajouter au désir d'un changement le courage de tout entreprendre pour l'obtenir, et la tyrannie fut ainsi en aide aux théories des novateurs.

C'est une chose digne de remarque. Tandis que la France voyait sa noblesse préférer l'étranger a la patrie, le despotisme à la liberté ; a Naples les premiers qui conspirèrent pour proclamer l'égalité des droits furent les nobles !

L'autorité de l'anglais Acton qui les humiliait et les avilissait , le mépris que leur témoignait la reine, le besoin profondément senti d'avoir une patrie , d'être indépendant, poussa d'abord a la plainte, puis à l'association, enfin à l'action.

Pour opposer donc une digue aux vexations du gouvernement , diverses associations se formèrent à diverses époques. La première fut créée en 1791, sous les auspices de Charles Laubert , prêtre séculier de l'ordre appelé

Délie Scuole Pie, homme entreprenant, qui unissait au talent la puissance de la parole. A cette association appartinrent les Torella, les Carafa , les Pignatelli les Colonna , l'intrépide Louis Serio , et tous ceux qui étaient distingués à Naples par la science ou par la noblesse.

Ils avaient des jours convenus pour se réunir, recevaient les journaux de France, et, suivant sur ces feuilles les progrès de la révolution , ils s'abandonnaient aux rêves d'un avenir brillant , à l'espérance si douce de procurer un jour la liberté k leur patrie et de concourir à l'amélioration de l'humanité. Tristes illusions qu'ils payèrent de leur vie ! Souvent leurs réunions se changeaient en fêtes brillantes, et si un jour les voyait fraterniser au milieu des toasts et de la joie , un autre les voyait monter sur l'échafaud pour y répandre un sang qui devait consolider les liens de leur association , en présence du bourreau et de la hache.

Parmi ces fêtes mémorables , il faut citer celle où intervint Latouche Préville, amiral français , alors ambassadeur à Naples. Dans une vaste salle, que la richesse et l'élégance avaient ornée t étaient réunis les patriotes les plus déterminés de l'association : là , au milieu des chants des poètes , des sons harmonieux de

la musique Italienne, transportés au sein dune vie future de liberté, tous ces citoyens reçurent des mains de Latouche le ruban tricolore , arc-en-ciel de l'alliance 'des peuples, symbole du pacte qui devait unir à jamais la France et l'Italie dans des destinées communes , promesse mutuelle de vaincre ou de périr ensemble pour la liberté. Mais bêlas î ce pacte a été violé , cette promesse n'a pas été tenue. En vain l'Italie, en 1830, a répondu à l'appel de la France; en vain elle a invoqué le souvenir des fortunes diverses qu'elles ont traversées ensemble , les fds de la France ont abandonné leurs frères d'Italie : aujourd'hui les balles piémontaises brisent leurs poitrines, le sabre autrichien tranche leurs tètes. Pleure Italie î Pleure sur la foi violée !

Ces associations, qui sans doute échauffaient peu à peu l'esprit public , mais qui ne pouvaient toutefois être assimilées à des conspirations , furent jugées par la cour de Caroline comme des complots de haute trahison , contre lesquels une junte d'état fut établie ; et tandis que la reine , s'abandonnant à toute sa haine contre la France, unissait ses soldats et ses vaisseaux a ceux de l'Angleterre pour entrer frauduleusement à Toulon , elle livrait les pa-

î noies napolitains à celte première junte delai : tribunal qui méprisait les lois , la justice, les hommes ; réunion de tigres plutôt que de magistrats , devant lesquels il n'y avait ni liberté de défense , ni observation des formes juridiques ; assemblée enfin de sicaires , dont toute la mission se bornait à jeter dans les fers ou sous la hache du bourreau tous ceux que Caroline et Acton leur désignaient.

Les deux membres de cette junte étaient Guidobaldi et Vanni • son président était ce même prince de Castelcicala , qui fut si longtemps ambassadeur près de la cour des Bourbons de la branche aînée , et qui , depuis les événemens de juillet 1850 , a continué jusqu'à sa mort à remplir les mêmes fonctions } comme pour indiquer que la malheureuse et trop confiante Italie ne devait rien attendre du pouvoir des barricades !

A la création de ces inquisiteurs d'état les espions se multiplièrent , les prisons regorgèrent de victimes de tout rang , de tout âge , de nobles comme de savans. Louis Mcdici lui - même plus tard l'ami intime du prince de Mettcrnich , dénoncé comme libéral parce que le ministre Acton craignait de rencontrer en lui un rival préféré par la reine , fut jeté

dans les cachots, et cependant Louis Medici a été de tout temps l'homme le plus dévoué aux Bourbons , le plus ardent ennemi de la liberté.

Chaque famille eut bientôt à pleurer quelqu'un de ses membres , ignorant même dans quelle prison il gémissait , tant les inquisiteurs s enveloppaient de mystère ï Chaque famille enfin , en perdant toute garantie de liberté individuelle, perdit toute sécurité. En vain des magistrats honorables réclamèrent avec énergie contre la violation des lois , en vain ils firent entendre au roi de graves remontrances , Caroline savait détruire l'effet de toutes les plaintes, de tous les conseils ; et tandis que le prince continuait sa vie de plaisir au milieu des plus riantes campagnes, elle opprimait le peuple sous le poids des impôts, des persécutions et des outrages.

Après de longues et hypocrites procédures, après de fréquentes violations de domicile par les vils satellites de l'inquisition , connus sous le nom des visiteurs , arrivèrent enfin les condamnations. Les innocens , ceux qui n'avaient fait qu'écouter avec admiration le récit des événemens de la France } furent enfermés pour plusieurs années dans les prisons ; les suspects , ceux qui nourrissaient un secret désir d'appliquer à leur patrie les principes de la révo-

lution française , furent jetés dans les fers ou dans les souterrains infects des îles du Maritinio et de la Pantelleria ; trois jeunes gens., coupables d'avoir reçu des écrits et des lettres de France , furent condamnés à mort.

La renommée annonça rapidement dans la ville les premières sentences de cet inique tribunal, et un cri unanime de colère et de pitié fut poussé par tout le peuple . En effet, depuis deux siècles, Naples était restée à l'abri des poursuites qu'on dirigeait alors contre la liberté dépenser; et quand, une fois déjà, les rois d'Espagne avaient voulu y établir le joug de l'inquisition religieuse , tous ses habitans s'étaient soulevés , avaient chassé les ministres du tribunal sanguinaire , et ce pays jusqu'alors était le seul où le fanatisme n'avait point élevé de bûchers , où les croyans de tous les cultes avaient trouvé un asile assuré. Combien donc ne parut-il pas horrible qu'une opinion , qu'aucun acte n'avai t manifestée , qu'une pensée pût être punie de mort ! Aussi, n'hésitait-on pas à blâmer publiquement le gouvernement^ le roi, qui ne savait pas opposer un frein aux désordres de la reine et d'un étranger.

Aux clameurs populaires s'unirent les pleurs des familles des trois condamnés à mort ; elles^

implorèrent la clémence du roi j mais le roi était plus occupe de ses poissons et de ses oiseaux que de ses sujets ; les trois mères éplorées allèrent se jeter aux pieds de la reine et lui demandèrent de conserver à leur vieillesse ces trois têtes promises au bourreau ; mais Caroline avait soif de sang, et ces quelques goutles qui allaient être versées étaient loin de lui suffire. Quils périssent avait dit Acton , qu'ils périssent répéta la reine , et tout espoir de les sauver s'évanouit.

Le peuple s'émut, des cris séditieux se firent entendre au moment de l'exécution , mais des troupes nombreuses réunies à dessein comprimèrent le tumulte; ces trois jeunes gens , premiers martyrs de la liberté , moururent avec courage. L'un d'eux Emmanuel de Deo , qui monta le dernier sur l'échafaud, repoussa tout offre de salut, préférant la mort à l'infamie d'une révélation. Ils moururent , et la ville fut plongée dans la douleur , et sur le visage de chaque habitant était peinte la tristesse la plus profonde : mais chose à peine croyable et qui donnera beaucoup à penser à ceux qui soutiennent l'utilité de la peine de mort et des exécutions publiques ; ce même peuple, qui d'abord frémit d'horreur à la vue d'un tel spec-

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tacie, y applaudit ensuite, et vint y aàsistci comme à une fêle , quand chaque jour , pendant des mois entiers , les exécutions des patriotes se renouvelèrent par centaines : tant la nature humaine se laisse influencer par l'habitude !

Les persécutions de la junte n'en restèrent pas là : les événemens qui suivirent fournirent de nouveaux alimens à son activité. A peine Louis X\I fut- il enfermé dans le temple, à peine la république fut-elle proclamée en France , que Caroline crut déjà la voir dans son propre palais : cruelle d'abord par haine de la révolution , elle le devint alors par peur.

Toutes les réunions, quelque fût leur nature, furent défendues ; les courses des chevaux le furent également sur le motif quelles rappelaient les courses mémorables de Sparte et d'Athènes. La peur de la république et des vengeances populaires déchiraient la cour de Caroline , et cette peur était entretenue avec soin par le favori-ministre qui avait établi son empire sur l'impopularité et sur la terreur.

C'est ainsi que fut administré le royaume de Naples jusqu'au commencement de 93 • Biais quand, au 21 janvier et au 23 octobre, la fui de Louis XVI et celle de Marie Vntoinetto

d'Autriche , l'un cousin , l'autre sœur de Caroline , roulèrent sur l'échafaud , alors l'épouvante de celle-ci fut au comble : des rêves effrayans assiégeaient son sommeil : il lui semblait déjà que la destinée de sa sœur l'attendait. Dans la première coalition, comme dans la seconde, elle fit tout pour engager les princes de l'Europe à démembrer la France , à écraser ce peuple héroïque qui , en proclamant la république, avait improvisé 14 armées , repris Toulon , vaincu Lyon , et menacé les rois jusque sur leurs trônes.

Les habitans de Toulon , réfugiés à Naples , et une multitude de nobles émigrés augmentaient par leurs exagérations les craintes et les colères de la reine ; ils racontaient des choses horribles des jacobins , et proclamaient que le temps fatal à la religion et au trône était arrivé , invoquant pour preuve les flammes de Toulon , les massacres de Lyon et la mort du plus saint des rois.

Les émigrés français trouvèrent à la cour de INaples faveurs , emplois , fortune. Les hommes de tous les partis sympathisaient avec leurs malheurs et s'empressaient de les alléger. On ne les voyait point devenir en butte aux plus lâches persécutions, on ne les chassait point de

villej en ville , de contrée en contrée ; la calomnie n'osait pas transformer l'écrivain indépendant en un vil assassin pour donner prétexte à toutes les injustices , pour colorer de basses complaisances envers des princes étrangers. Tant d'infamies , disons-le , était au-dessous du caractère d'Acton lui-même ; il était réservé à nos jours d'en être témoins (*). Les émigrés d'alors avaient perdu une patrie , mais du moins ils en retrouvaient une autre. Les enfans des fugitifs de Toulon obtinrent des places gratuites dans les couvens et dans les lycées les plus

(*) Parmi les persécutions dont les réfugiés politiques de tous les pays ont été accablés , célèbre sera celle des rédacteurs de la Jeune Italie, journal publié à Marseille en langue italienne , et consacré à la propagation des doctrines républicaines.

Ces persécutions dégénérèrent en calomnie contre l'avocat Mazzini qui le dirigeait , et contre un écrivain qui prenait part à la rédaction. Ces persécutions enfin , sur le seul appui d'un document apocryphe publié par le Moniteur, désignèrent Mazzini comme président ; l'écrivain , l'un des rédacteurs de la Jeune Italie , comme secrétaire d'un tribunal secret et sanguinaire , d'où seraient partis les arrêts de mort de deux italiens poignardés à Rhodez , dans le mois de mai 1823.

( Voir le Moniteur du 'J juin 1833. — Le National et la Tribune , du mois de juin , pour les justifications).

renommes , afin que leur éducation n'eut pas à souffrir de l'exil de leurs pères : ceux-ci recevaient un subside (*) que nous , les enfans , et les petits enfans des Italiens qui le payèrent , nous nés à l'ombre du drapeau tricolore français , nous nous sommes trouvés dans le cas de réclamer , sans pouvoir l'obtenir qu'au prix d'une loi qui nous égale aux ilotes de Sparte ï

La junte d'état , pour calmer les terreurs de la reine , multipliait chaque jour ses recherches; et tandis qu'on s'attendait h de nouvelles exécutions , Caroline abdiquant tout le respect dû à la propriété , comme elle avait déjà fait pour celui qu'on doit à la vie des citoyens, ne reculait devant aucun genre d'extorsion ni de fraude , afin de subvenir aux dépenses de la guerre et aux insatiables exigences de ses favoris.

Les particuliers furent appelés à concourir aux réparations des routes depuis long-temps négligées , et des sommes considérables furent, pour cet objet , déposées dans les mains du gouvernement ; mais celui-ci les appliqua à ses propres besoins , et les routes demeurèrent sans

(*) Cent trente francs par mois pour chaque réfugié Toulonais..

réparation. 11 existait des banques privées qui étaient dépositaires de 5i> milions de ducats ; Caroline les déclara banques du gouvernement., s'empara de leurs capitaux , et y substitua un papier monnaie que ne garantissait aucune propriété 5 ce papier perdit, dès qu'il parut , les deux tiers de sa valeur nominale , et cependant le gouvernement continua d'en émettre ; on vendit les biens allodiaux de la couronne , on supprima les riches couvens > et on fit argent de leurs propriétés ; on parvint à réunir ainsi 12 millions de ducats ; une partie fut employée à racheter du papier monnaie qu'on remit aussitôt en circulation : la banqueroute devint imminente : le commerce était nul, le crédit anéanti.

Vanni , le plus actif d'entre les inquisiteurs , était l'objet du mépris et de la haine publique , quoiqu'il ne fût au fond que l'instrument do Castclcicala et d'Acton , qui savaient habilement faire peser sur lui l'effrayante responsabilité des crimes dont ils profit aient. Ce fut ce même Vanni qui répandit le bruit de la découverte d'une nouvelle conspiration , dans laquelle se trouvait compromise l'élite de la nation , et dont les affiliés n'allaient pas moins qu'à vingt mille. Selon lui ; tous devaient être

arrêtés , car tous étaient coupables ; les preuves étaient dans ses mains : et bientôt en effet il fit emprisonner les hommes que leur réputation et leur fortune recommandaient davantage.

Tant d'actes arbitraires , qui jetaient le deuil ou la crainte dans toutes les familles , émurent une foule de magistrats déjà vieillis sous la robe , et dont l'âge et l'austérité de mœurs s'étaient concilié même le respect du roi. En effet, un imposant spectacle s'offrit un jour à Ferdinand : des vieillards à cheveux blancs, en longues robes noires , le visage couvert des nobles rides , que l'âge et les soucis de la justice y avaient déposées , ayant pour cortège l'amour, le respect et la vénération d'un peuple entier , se présentèrent à lui , et lui exposèrent , avec l'accent de la douleur, les dangers que couraient son gouvernement et sa famille , les outrages faits aux lois et à la justice , la conduite des inquisiteurs , les murmures du peuple , le désespoir des familles , la multiplicité des poursuites et l'innocence des accusés ; et ils conclurent en déclarant qu'ils étaient décidés à se retirer en masse des tribunaux si la justice n'y reparaissait pas avec toutes les formes protectrices des accusés , si des sicaires transformés en magistrats continuaient d'en profaner l'enceinte.

Ces paroles produisirent leur effet , le roi en fut ému , et voulut cette fois , cette fois seule î commander en maître à la reine, aux favoris et aux inquisiteurs.

Caroline s'efforça de conjurer l'orage avant qu'il fût trop tard : elle appela à son secours l'épouvantait des conspirations, des mouvemens populaires ; mais voyant qu'elle ne parvenait point ainsi a ébranler la conviction du roi , elle changea de tactique , et jeta , comme il était déjà convenu d'avance , toute la responsabilité du passé sur Vanni : c'était lui , disait-elle , c'était ce monstre qui avait méconnu ses intentions bienveillantes,, outrepassé ses instructions ; elle protesta de son amour pour le peuple napolitain , et invoqua en sa faveur les témoignages d'Acton, de Castelcicala^ ses complices.

Peut-être le roi se laissa-t-il persuader , peutêtre aussi devina-t-il la reine ; quoiqu'il en soit', la disgrâce de Vanni et la suppression momentanée de la junte d'état furent décidées : heureux Ferdinand! si de ce jour il se fût emparé d'une main ferme du pouvoir et eût secoué pour toujours l'influence de la reine ou des favoris !

Vanni atterré par la décision rovale, crut pouvoir en sa disgrâce compter encore sur la reine ,

puisqu'il n'avait fait qu'agir d'après ses ordres \t niais la reine était résolue à l'immoler. Il se retourna vers Acton et vers Castelcicala , son confrère de l'inquisition : même désavouement, même mépris ; le mot d'ordre était donné, partout on nia une coopération criminelle, partout on cria à l'assassin , et Vauni , en proie aux remords , repoussé par ses complices mêmes, flétri par la voix publique , Vanni finit par se précipiter d'une croisée de son hôtel.

Le peuple vit avec joie son corps étendu sans vie sur le pavé , ses membres fracassés , son sang jaillissant de toute part , et l'histoire conserve les dernières lignes qu'il a tracées avant son suicide ,, comme un monument de la justice éternelle, comme un exemple de la bonne foi et de la reconnaissance des princes.

a L'ingratitude d'une cour perfide , les per- » séditions d'un ennemi terrible , le manque » d'asile m'ont déterminé a attenter à une vie » devenue pour moi un horrible fardeau. Qu'on » n'accuse personne de ma mort. Puisse mon » exemple éclairer les inquisiteurs d'état!

La mort de Vanni rendit l'espérance aux familles des prisonniers , et les détails de cette mort produisirent une grande impression sur le peuple , tandis que les victoires de Bona-

( 63 ) parle obligeaient Caroline k dissimuler sa haine contre la France , à conclure une trêve , à rappeler de la Lombardie les régi mens napolitains , et plus tard enfin à faire signer par son ministre, le duc de Gallo , le traité de Campo-Formio,

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