HISTORIQUE
L'histoire de la chirurgie des nerfs splanchniques est donc seulement en train de s’écrire.
En 1921, Jean préconise la section des nerfs splanchniques dans le traitement de certains syndromes de spasme pylorique avec hyperacidité et hypersécrétion. En 1923, Daniélopolu, considérant l'importance des nerfs dans la régulation de la tension artérielle, conçoit l'hypothèse de leur résection dans le traitement de l'hypertension. Dans la même année, Brüning suggère une idée semblable. Mais c’est surtout Pende qui, au XXX° Congrès de Médecine de Milan (1924), s’est fait le champion de cette conception. Dès 1903, cet auteur avait observé que la section expérimentale des nerfs splanchniques entraînait l’atrophie de la substance médullaire de la glande surrénale et équivalait en sorte à une véritable médullectomie physiologique. En 1924, il préconisa dans les termes suivants la section des nerfs splanchniques gauches dans la cure de certains états hypertensifs :
«En ce qui concerne les états d’hyperépinéphrie, j'émets timidement l’idée (étant donné mon incom-
pétence en matière de technique chirurgicale) d’une
Cap ire
méthode que je crois nouvelle, à moins qu’elle m’ait déjà été proposée par d’autres et dont l'efficacité me semble prouvée par les études expérimentales que j’achève actuellement. Grâce à l’opération que je soumets à l’examen de mes collègues chirurgiens je pense qu’il est possible, à l’heure actuelle, de traiter avec succès soit l’hyperadrénalinémie, soit indépendamment d’elle un autre état des plus graves et contre lequel on est absolument désarmé médicalement : l'hypertension artérielle grave et plus précisément l'hypertension dite essentielle. La résection des nerfs splanchniques gauches qui innerve les médullaires des deux glandes, soit en diminuant la sécrétion adrénalinienne, soit en provoquant directement une vasodilatation dans le territoire circulatoire abdominal peut déterminer des conditions favorables au traitement de l’état hypertensif. Mais seule l’expérimentation clinique que la chirurgie d’aujourd’hui est capable de réaliser dira si cette idée était juste. »
L'idée était juste. Mais non la conception d’agir simultanément sur les deux glandes surrénales en coupant seulement les nerfs splanchniques gauches. Cest à Tournade et à Chabrol qu’est revenu le grand mérite de montrer que la distribution des nerfs était strictement unilatérale et que la section d’un nerf ne tarissait que la sécrétion de la glande surrénale du même côté. s
Bien que Rowntree et Adson aient accompli en 1925 une ganglionectomie lombaire chez un hyper-
tendu, opération techniquement assez voisine, c’est,
UE
croyons-nous, Piéri qui le premier a réalisé la splanchnicectomie par voie haute, chez i’homme, en 1927, dans le traitement de divers cas d’atonie gastro-intestinale que nous rapportons. Depuis, les tentatives, quoique restant dans l’ensemble assez isolées, se sont. renouvelées : Rossi, en 1929, étudie une voie d’abord sus-diaphragmatique. Sousa Pereira fait paraître, cette même année, une très complète étude anatomique et chirurgicale de cette question et se montre partisan de l’abord sous-diaphragmatique des nerfs. Les tentatives cliniques se multiplient : de Piéri, en. 1930, chez des hypertendus, de Durante, en 1932, chez des artéritiques, de Donati, de Craig et Brown ;. en France, de Leriche, de Langeron et Vincent, de Baumgartner. Et à l’heure actuelle nous avons pu colliger une trentaine d’observations de splanchnicectomie, et cela sans faire état de la statistique d’Adson et Brown qui porte sur 60 autres cas, mais. qui n’ont malheureusement pas été publiés.
Certes, le nombre des observations connues est. comme on le voit, encore trop restreint pour per-mettre de juger à sa juste valeur cette nouvelle res-source de notre arsenal thérapeutique. Il nous a paru néanmoins suffisant pour nous encourager à en poursuivre l’étude, dans une voie que de nouvelles connaissances physiologiques plus précises, une meilleure: discrimination clinique, une technique chirurgicale
plus fine, amélioreront encore sans doute.