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une forte proportion d’habitants assurés. A New-York, par exemple, d’après la Feuille trimestrielle de la Société coopérative d'assurance et d'épargne des fonctionnaires bulgares (1911), le 90 °/, de la population est assuré (l'enfance exceptée), ce qui constitue un record.
La diffusion croissante de cette institution qui marque dans une certaine mesure le degré de civilisation d’un pays, est due en partie aux perfectionnements qui ont été apportés dans les méthodes de calcul ; ces perfectionnements ont permis d'établir, pour les chances et les hasards de la vie, des schèmes correspondant très exactement à la réalité, et, comme nous l’avons dit plus haut, ils ont conféré à l’assurance la positivité d’une science exacte. Les hommes d’État qui avaient été les plus réfractaires à cette nouvelle science ont fini par lui rendre justice. Dans une discussion à la Sorbonne à propos de l’assurance par l'État, M. Léon Bourgeois préconisait les méthodes scientifiques en ces termes :
« La science n’est pas tout ; mais c’est le commencement de tout ; sans elle, aucun progrès, aucune réforme ; sans elle, on peut se livrer aux espérances, aux hypothèses, on ne peut toucher aux réalités. À la Chambre, nous nous occupons des questions de prévoyance, de mutualité; nous cherchons à mettre sur le papier les lois nécessaires pour assurer la vieillesse contre la maladie, le chômage ; pour assurer l’homme contre les dommages que la nécessité des forces de la nature lui impose, et nous rencontrons des groupes pleins d’ardeur, de bonne volonté, de générosité, mais ignorant certaines conditions scientifiques, ignorant les tables de la mortalité et les taux, et les tarifs que les sociétés d'assurance peuvent seules faire calculer. Et nous disons à ces groupes : Prenez garde; vous avez marché avec une foi généreuse, un entrain, une cordialité et un sentiment d’humanité auxquels nous rendons pleine justice; mais sans ce fil conducteur que la science sereine et abstraite peut seule vous donner avec certitude, prenez garde, vous allez trébucher dans le chemin et vous allez entraîner avec vous tous vos amis. »
Note historique.
On a donc reconnu qu'il était de toute nécessité de donner une base mathématique à l’assurance ; nous vouons une reconnaissante admiration à ceux qui, en poursuivant ce but, ont créé la science actuarielle.
L'un des plus grands géomètres que la France ait produits, Blaise Pascal (1623-1662), doit être considéré comme le véritable fondateur du calcul des probabilités. Il fut engagé par un joueur à déterminer numériquement les différentes chances qu'offrait le jeu de dés. Il résolut la question (1654) et publia le résultat de ses recherches sous le titre de « Géométrie du hasard ». à
La question fut reprise par Pierre de Fermat (1601-1665), conseiller au Parlement de Toulouse. Celui-ci appliqua le premier la théorie des combinaisons au calcul des probabilités.
Le Hollandais Christian Huygens (1629-1665), physicien, géomètre et astronome, publia sur les jeux de hasard un petit traité intitulé De Ratiociniis in ludo aleae, c’est-à-dire « Sur les partages dans le jeu de dés ». Cet ouvrage l’a fait considérer comme fondateur de la théorie des probabilités. Ce traité purement mathématique indiqua la voie qui devait conduire plus tard aux plus importants résultats dans le domaine de l’assurance sur la vie.
Dans la suite, une longue série de mathématiciens (Dr Price, Bernoulli, Léonard Euler, Poisson, Laplace, pour ne citer que les plus illustres) développèrent la théorie des probabilités ; ces savants ont ainsi contribué à la création de la science actuarielle qui constitue une nouvelle branche des mathématiques appliquées et qui a pris une importance capitale, comme base pour la solution rationnelle des questions d'assurance.
Le premier qui ait songé à proposer la science économique comme but au calcul des probabilités, est Jean de Witt (1625-